Riaumont

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Riaumont
Chapelle du monastère.
Chapelle du monastère.

Ordre Sainte-Croix de Riaumont
Fondation 1960
Diocèse Arras
Fondateur Albert Revet
Style(s) dominant(s) Néo-roman
Site web http://www.riaumont.net
Localisation
Pays France
Pas-de-Calais Département
Commune Liévin
Coordonnées 50° 24′ 59″ nord, 2° 47′ 14″ est
Géolocalisation sur la carte : Pas-de-Calais
(Voir situation sur carte : Pas-de-Calais)
Riaumont
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Riaumont

Riaumont est situé sur la colline de Riaumont, à Liévin, dans le département du Pas-de-Calais en France.

Ce terme générique désigne tout d'abord une communauté religieuse de spiritualité scoute et rattachée à la famille bénédictine, dont les membres sont oblats réguliers de l'Abbaye Notre-Dame de Fontgombault. Le terme désigne deuxièmement un village d'enfants capable d'accueillir des élèves en pension. Enfin le terme désigne l'association des scouts et guides de Riaumont ayant été dépendante de l'association des scouts catholiques de France jusqu'en 1998 et des éclaireurs neutres de France jusqu'en 2019.

Historique[modifier | modifier le code]

L'ordre a été fondé sur la colline de Riaumont par Albert Revet en 1958[1], d'après une idée émise par le Jacques Sevin lors d'une discussion à Vézelay en 1947. À la mort d'Albert Revet en 1986 la direction passe au P. Jean-Paul Argouarc'h jusqu'en 2002 où il est remplacé après trois mandats successifs par le P. Alain Hocquemiller. Ce dernier cède la direction au P. Christophe Gapais en 2016.

L'œuvre reçoit le soutien d'écrivains comme Gilbert Renault (de son nom de plume « colonel Rémy ») en 1961[2] ; Serge Dalens et Jean-Louis Foncine, auteurs de la collection Signe de Piste, Pierre Joubert, le dessinateur scout[réf. nécessaire].

Construit pour les jeunes à la demande de la DDASS et des juges du Pas-de-Calais[réf. nécessaire], le foyer et l'école hors contrat reçoivent des enfants en difficulté. L'établissement devient un foyer d'accueil de la DDASS qui y confie des enfants placés sous sa tutelle. L'État finance la construction et l'entretien de plusieurs bâtiments, ainsi que le salaire des éducateurs.

Parallèlement, la fondation d’un ordre scout de religieux est entrepris par Albert Revet et Jean Rupp.

En 1981[3], la DDASS pointe des dysfonctionnements (mauvaises conditions d’hygiène et de sécurité sanitaire). Elle décide de fermer le foyer en 1983[4]. L'établissement accueille alors des enfants placés par leurs familles[5], notamment des enfants originaires d'Asie du Sud-Est[6].

Institut Sainte-Croix de Riaumont[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Extrémité droite du transept de la chapelle du monastère.

Cet ordre religieux scout est, selon la volonté de son fondateur, dans la lignée de l'ordre scout qu'avait fondé Jacques Sevin : « une vie religieuse dans l'esprit de scoutisme au service des jeunes » . Sa règle lui confère une double filiation, celle de l'ordre de Saint-Benoît (les religieux sont des oblats bénédictins) et celle du scoutisme[réf. nécessaire].

En 1971, les statuts sont approuvés par dom Jean Roy, abbé de l'abbaye Notre-Dame de Fontgombault et Jean Rupp, évêque de Monaco, qui fut prieur général de la première fondation de Jacques Sevin, l'ordre de la Sainte Croix de Jérusalem[7].

En 1991, les constitutions sont approuvées définitivement par Jean-Paul II et Henri Derouet, évêque d'Arras.

Cet ordre religieux de droit pontifical se rattache au motu proprio Ecclesia Dei de 1988, et célèbre la liturgie selon la forme tridentine du rite romain. L’institut est donc sous l'autorité de la commission pontificale Ecclesia Dei, un dicastère de la curie romaine qui supervise les communautés traditionalistes restées fidèles à Rome[8].

Vêture[modifier | modifier le code]

La bure et le scapulaire sont repris des bénédictins. L'habit de cérémonie, une cape blanche marquée d'une croix potencée rouge, se réfère au scoutisme et aux ordres militaires religieux. Le symbole principal en est la croix potencée, insigne des scouts de France qui tire son origine de la croix du royaume de Jérusalem[réf. nécessaire].

Lieux de culte[modifier | modifier le code]

L'Institut dispose de sa propre chapelle dans l'enceinte du village ; ses offices dominicaux sont ouverts au public[9].

En 2003, Jean-Paul Jaeger, évêque d'Arras, bénit la première pierre d'une nouvelle église en construction dédiée à saint Jean-Baptiste[10].

L'École Saint Jean de Bosco, le village d'enfants[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Créée en 1990, elle est un collège qui comprend un internat avec différents cursus dans un cadre hors-contrat de l'Éducation nationale.

Pédagogie[modifier | modifier le code]

Les activités extrascolaires et de plein air sont nombreuses. La pédagogie de l'école se présente comme un retour au « réalisme chrétien », inspirée du scoutisme fondé par Baden Powell. L'objectif pédagogique de l'école est de réaliser une éducation « pleinement chrétienne s'inspirant du réalisme thomiste et de la pédagogie du scoutisme ». Les enfants travaillent sur les chantiers en vue de la construction des bâtiments (foyers, ferme, chapelle, local scout, monastère), parfois comme application pratique de l'enseignement technique dispensé[11].

Concernant la pédagogie scoute proprement dite, certains la rapprochent d'une description donnée par l'historien du scoutisme Jean-Jacques Gauthé dans un article du journal Le Monde du intitulé « Les Petits Soldats du scoutisme » : « Défense du vrai scoutisme, puisqu'ils estiment que celui-ci a été dénaturé par les Scouts de France […] défense de la vraie foi à travers la messe de saint Pie V […] contestation des valeurs issues de la Révolution de 1789 […] références constantes à la contre-révolution dont ils épousent les thèmes. […] Les valeurs qu'ils défendent sont celles du dépassement de soi par des activités physiques exigeantes, de la virilité se traduisant parfois par un style paramilitaire […] La volonté de former une élite catholique est manifeste. »

Quelques éléments du village[modifier | modifier le code]

Le village possède quelques curiosités qui ont trait au scoutisme, tel un mémorial érigé pour des scouts morts pour la France, un musée « scout » qui regroupe de nombreux insignes et pièces d'uniforme issus des différentes associations scoutes ou, encore, différents vêtements liturgiques et objets ayant appartenu soit à des aumôniers scouts, soit à des aumôniers des tranchées, durant la Première Guerre mondiale. On peut y voir des œuvres du peintre et sculpteur Gérard Ambroselli ainsi que des œuvres de Pierre Joubert. Par ailleurs, pour les chercheurs et universitaires, le « labo scout » regroupe de nombreux ouvrages, journaux et écrits divers sur le scoutisme. Il y a également une boutique vendant des vêtements et articles scouts.

De nombreux scouts et guides de différentes associations s'y retrouvent régulièrement pour un Village de Noël[12] (à la Saint-Nicolas, ), et parfois pour de gigantesques feux de camp dit « Feux de la Saint-Jean ».

Association des scouts et guides de Riaumont[modifier | modifier le code]

Issue de la troupe Scouts de France « 1re Lens » dans les années 1960, l'association des scouts et guides de Riaumont refuse la réforme des scouts de France intervenue en 1964 (séparation de la tranche adolescente en deux branches: pionniers et rangers) et rejoint temporairement les Scouts d'Europe afin de garder une pédagogie unitaire.

Revet, inquiet de la tendance européiste développée par le régionaliste breton Pierre Géraud-Keraod, préféra se joindre, en 1968, aux Scouts et Guides Saint-Georges, plus « nationaux »: Revet mit d’ailleurs le site de Riaumont à disposition pour la fondation de cette fédération. Cependant, les tensions liées à l'application de la réforme liturgique du concile Vatican II au sein des Scouts et Guides Saint-Georges aboutissent, en 1980, à la création de l'Association française de scouts et guides catholiques. De 2001 à 2019, les Scouts et guides de Riaumont[13] ont été association affiliée aux Éclaireurs neutres de France (ENF), mouvement de scoutisme fondé en 1947, agréé par le ministère de la Jeunesse et des Sports.

Suicide et accusations[modifier | modifier le code]

Suicide d'un enfant en 2001[modifier | modifier le code]

En juin 2001, le suicide d'un adolescent de 14 ans dans les murs de l'école donne lieu à une inspection générale de l'établissement. Les services de la préfecture d'Arras, ainsi que les inspecteurs de l'Aide sociale à l'enfance délégués sur place mettront hors de cause la pédagogie de l'établissement. De même, le mois suivant en camp, sept inspections[14] en moins de quinze jours (inspection vétérinaire, inspecteur de la DDASS, deux fois la gendarmerie et trois fois la Jeunesse et Sport).

En juin 2001, un enfant témoigne de mauvais traitements : « Une fois, avec des copains, […] on a dû sentir et laver les slips sales des autres, on nous a mis le nez dedans parce qu'on avait glissé dans la boue en jouant » et une ambiance particulière : « À Riaumont, c'est une ambiance militaire ». Ce point de vue est repris à sa manière par Charlie Hebdo. Serge de Beketch, défenseur de Riaumont, commente cette décision dans sa publication Le Libre Journal de la France Courtoise du [15] « le torchon alter-mondialiste des amis (déloyaux) du pédomane Patrick Font s’emparait de la mort d’un scout de Riaumont pour diffamer les orphelins de Béthune (Patrick Besson) en termes (et graffitis) si orduriers qu’on ne peut les citer. Le Village d’Enfants s’est défendu devant la XVIIe Chambre. Il a été débouté. »

Le village de Riaumont publie alors un droit de réponse. Par ailleurs, les propres parents du jeune garçon ont adressé une lettre[16] visant à rétablir la vérité qu'ils estimaient déformée par l'article en question. La grand-mère quant à elle souhaitait le retrait de l'enfant du pensionnat.

Mise en examen pour détention d'images pédopornographiques[modifier | modifier le code]

Une enquête est confiée à l’Office central pour la répression des violences aux personnes et à la police judiciaire de Lille en 2010, et est suivie d'une information judiciaire en 2014. Les investigations permettent d’entendre « plus de 250 » enfants. Une dizaine évoque alors des châtiments corporels entre 2007 et 2014. Au printemps 2017, la police se rend à Riaumont et interpelle Alain Hocquemiller, le prieur de l’époque, qui est mis en examen pour « détention d’images pédopornographiques »[17]. Ayant depuis rejoint le sud de la France, il est entendu par les enquêteurs en janvier 2019 [18].

Mises en examen pour viols, agressions sexuelles ou maltraitances[modifier | modifier le code]

En mai 2018, le site Lepoint.fr[19] révèle que plus de deux cents anciens du village d'enfants de Riaumont sont en cours d'audition depuis des mois pour des soupçons de maltraitance et affaires sexuelles[8]. De nombreux médias reprennent aussitôt ces allégations. La communauté religieuse demande, alors qu'elle collabore loyalement avec la justice, le respect du secret de l'instruction et refuse les amalgames[20]. Cette enquête préliminaire débouche sur des mises en examen sous contrôle judiciaire de plusieurs religieux en [21].

Au 18 février 2022, onze personnes avaient été mises en examen par le parquet de Béthune, pour des allégations de « viols, agressions sexuelles ou maltraitances », sur des enfants de moins de 15 ans[22].

Le 2 mars 2022, la journaliste Ixchel Delaporte publie un livre accablant sur l'histoire du foyer de Riaumont depuis 1960. L'ouvrage fait suite à sa rencontres avec Bruno Raout et son précédent livre sur Vincent Lambert, tous les deux abusés par le même encadrant, Philippe Peignot, devenu prêtre après son passage à Riaumont[23],[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Année 1960 (FR-FRAN - FRAN_IR_013510) - Archives Portal Europe », sur www.archivesportaleurope.net (consulté le )
  2. « Lettre du Colonel Rémy »
  3. « Paris . (FR-FRAN - FRAN_IR_018366) - Archives Portal Europe », sur www.archivesportaleurope.net (consulté le )
  4. « FRAN_IR_008244 - Salle des inventaires virtuelle », sur www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le )
  5. Union nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes, « Que sait-on de ? La Communauté de Riaumont », sur www.unadfi.org (consulté le )
  6. « Témoignage d'une famille de réfugiés asiatiques »
  7. « Lettre avec sceau de de Mgr Rupp en 1971 »
  8. a et b « Enquête judiciaire sur la communauté traditionaliste de Riaumont », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
  9. Mélanie Dacheville, « Trente enfants du Village de Riaumont ont préparé le chemin de croix », la Voix du Nord,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. « Film de la cérémonie avec Mgr Jaeger »
  11. « La menuiserie du village de Riaumont inaugurée en grande pompe », la Voix du Nord,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. « Liévin: le village d’enfants de Riaumont a ouvert ses portes à l’approche de Noël », sur La Voix du Nord (consulté le )
  13. « Libération Champagne : Les scouts de Riaumont : une école de vie - Culture et loisirs », sur web.archive.org, (consulté le )
  14. « Riaumont.net - Inspections camps scouts », sur archive.ph, (consulté le )
  15. La voix du Nord - n° 474 du 18 juillet 2001
  16. « Lettre de la mère du jeune Romain », sur Village de Riaumont, (consulté le ).
  17. « La communauté de prêtres de Riaumont au cœur d'une enquête pour agressions sexuelles et violences », sur France 3 Hauts-de-France (consulté le )
  18. « Pas-de-Calais : quatre religieux mis en examen pour « violences légères » sur mineurs », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  19. Mégane Chiecchi, Marc Leplongeon, « EXCLUSIF. L'Église catholique touchée par un nouveau scandale de pédophilie », sur Le Point, (consulté le )
  20. Stéphanie Maurice, « A Riaumont, le rigorisme jusqu'à la maltraitance ? », sur Libération (consulté le )
  21. « Liévin : quatre religieux de la communauté de Riaumont mis en examen pour "violences légères" sur mineurs », sur France 3 Hauts-de-France (consulté le )
  22. « "Les enfants martyrs de Riaumont" : un livre révèle les abus en toute impunité du pensionnat catholique intégriste de Liévin », sur FR3 Hauts de France, (consulté le ).
  23. « "Les enfants martyrs de Riaumont" : un livre révèle les abus en toute impunité du pensionnat catholique intégriste de Liévin », sur France 3 Hauts-de-France (consulté le )
  24. « Pendant des années, des pensionnaires d’une communauté catholique intégriste ont été battus, torturés et violés », sur L'Obs, (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]