Cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême

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Cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême
Image illustrative de l'article Cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême
Présentation
Culte Catholique romain
Type Cathédrale
Rattachement Diocèse d'Angoulême (siège)
Début de la construction v. 1100
Fin des travaux 1128 (consécration)
Importantes restaurations au XIXe siècle
Style dominant Roman
Protection Logo monument historique Classée MH (1840)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Nouvelle-Aquitaine
Département Charente
Ville Angoulême
Coordonnées 45° 38′ 56″ nord, 0° 09′ 06″ est

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Cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême

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Cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême

La cathédrale Saint-Pierre est une cathédrale de style roman située à Angoulême, dans le département de la Charente.

Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Les informations suivantes proviennent principalement de : La Cathédrale d'Angoulême de Pierre Dubourg-Noves.

Son emplacement, près des remparts de la ville et d’une ancienne porte de la cité, correspondrait à celui d’un sanctuaire primitif, antérieur à la chrétienté, probablement un temple dédié à Jupiter.

Une première cathédrale fut construite au cours du IVe siècle. L’édifice disparut au moment de la prise d’Angoulême par Clovis, lorsque celui-ci chassa les Wisigoths, après la victoire de Vouillé, près de Poitiers, en 507.

La deuxième cathédrale fut consacrée en 566 par l'évêque saint Germain de Paris et l'évêque saint Euphrône de Tours et est mentionnée dans l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours[2]. Elle fut incendiée, sans doute par les Normands.

La troisième fut l’œuvre de Grimoard de Mussidan, évêque d'Angoulême (991-1018). Il était également abbé de Brantôme en Périgord, et utilisa les revenus de l'abbaye pour financer la construction de la cathédrale. Elle fut commencée vers 991 et consacrée en 1015. Elle ne dura qu'un siècle, ses dimensions étant trop réduites. Il n'en reste que le mur nord dans les deuxième et troisième travées de la nef, sous les fenêtres.

L'Angoumois, au début du XIIe siècle, comptait parmi les plus riches comtés du duché d'Aquitaine, en raison de la fertilité de son sol et du commerce actif. La cité d'Engolesme (Angoulême) pouvait donc se doter d'une vaste cathédrale.

Sa réalisation est due à l'impulsion de Girard II, évêque d'Angoulême (1101-1136)[3]. Successivement professeur, évêque et légat de quatre papes, ami des ducs d'Aquitaine, conseiller des comtes d'Angoulême, il se révéla également un artiste de premier plan. Il dirigea les travaux de sa cathédrale sous la surveillance du chanoine Itier Archambaud, mort en 1125. Ceux-ci commencèrent vers 1110 et l'église fut consacrée en 1128.

Le chantier commence par la nef, puis continue, vers 1118, avec les parties basse et médiane de la façade occidentale[4].

Cette date coïncide avec celle de la mort du chanoine Raymond Guérard, qui surveillait les travaux de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse. Ce décès a, peut-être, permis à Girard de faire venir à Angoulême certains sculpteurs toulousains, qui ont vraisemblablement exécuté les reliefs de la partie basse de la façade. Cette date correspond aussi à la reprise de Saragosse dans la Reconquête de l'Espagne contre les Sarrasins, dont certains faits de guerre sont illustrés sur la frise sous le tympan au sud de la porte centrale.

En 1125 la façade s'élève d'un 5 étage. Une lanterne à la croisée du transept et la couverture des coupoles de la nef par une charpente unique. Cela entraîne la surélévation de la façade pour cacher les parties hautes de la nef.

En 1128, une dédicace[5] a lieu dans la cathédrale, ce qui indique qu'une grande partie des travaux du chevet et peut-être la nef étaient réalisés.

En 1136, l'évêque Girard mourut en laissant la partie haute de la façade inachevée.

Vers la fin du XIIIe siècle le chevet et le transept sont enrichis avec six chapelles/absidioles. Car la cathédrale était un lieu de sépulture des comtes d'Angoulême Jean d'Orléans (1400 † 1467), le « Bon Comte Jean d'Angoulême » repose à l'angle entre les marches du chœur et celles du transept sud.

Entre 1562 et 1568 la cathédrale a souffert des guerres de religion. Elle fut canonisée en 1568 par l'armée protestante conduit par l'amiral de Coligny et le clocher sud détruit.

Pendant la période 1625-1634 la cathédrale fut restaurée et deux tours de guet ont été ajoutées en haut de la façade orientale. On les voit sur la photographie prise en 1851 lors de la Mission héliographique (photo Gustave Le Gray et Auguste Mestral). On peut voir également les clochetons, le chapiteau central, le porche avec la repose des sculptures de chaque côté et de sa double colonnade.

En 1784 une tribune en pierre était construite pour poser un orgue.

La cathédrale a été transformée en Temple de la Raison sous la Révolution.

D'importantes restaurations faites de 1852 à 1879, par l'architecte Paul Abadie, sous l'égide de Antoine-Charles Cousseau, évêque d'Angoulême, ont sensiblement modifié l'intérieur et l'extérieur de l'édifice.

La cathédrale a été classée[1] par les Monuments Historiques en 1840.

Architecture[modifier | modifier le code]

Les informations suivantes proviennent principalement de : Les églises romanes d'Angoumois, tomes I et II de Sylvie Ternet.

La cathédrale a été construite en petit appareil allongé et moyen appareil de pierre de taille avec le calcaire turonien du plateau sur lequel est construite la ville médiévale.

L'édifice se compose d'une nef unique de trois travées carrées, large de 20 m, surmontées de coupoles sur pendentifs. La nef est suivie d'un transept, aux bras très courts. Sur chaque bras du transept s'ouvre une absidiole semi-circulaire. Chaque bras est prolongé d'une travée sous clocher rectangulaire, sur laquelle était édifiée une tour-clocher.

Un chœur profond, terminé en hémicycle, autour duquel s'articulent quatre absidioles rayonnantes.

A l'intérieur de la nef, la première travée est une reconstruction du XIXe siècle.

La croisée du transept est couverte par une coupole octogonale. À l'origine il y avait un étage animé par des arcades aveugles sous le tambour de la coupole. Au XVIIe siècle des baies sont percées au centre de chaque série d'arcades. Au XIXe siècle, Abadie fit détruire cet étage pour le reconstruire en le surélevant et aménager deux baies sur chaque côté de l'octogone, puis reconstruire la coupole. Ce qui augmente considérablement l'éclairage de cette partie de la cathédrale.

Les bras du transept sont éclairés à l'est par un oculus (refait par Abadie) et couvert en berceau.

Le bras sud est prolongé d'une salle rectangulaire, aménagée au XVIIe siècle, à l'intérieur du soubassement du clocher détruit. Au nord, le soubassement du clocher est d'origine. Sur cette base repose un étage de transition octogonal, animé d'arcades à double rouleau et couvert directement d'un coupole.

Un portail latéral a été ajouté contre la deuxième travée de la nef, au nord et au sud.

Du chevet à chapelles rayonnantes, seule l'abside et l'absidiole sud sont d'origine.

Façade occidentale[modifier | modifier le code]

La façade se décompose en quatre registres superposés, peuplés d'arcades plaquées, organisées autour d'une arcade centrale surhaussée plus large que les autres. La façade est couronnée par un pignon triangulaire flanqué de deux clochetons, tous les trois ajoutés lors de la restauration par Abadie.

Deux thèmes iconographiques sont développés : l'Ascension et le Jour du jugement.

A l'étage le plus haut, le Christ en Gloire apparaît dans une mandorle, entouré des quatre figures de l'apocalypse symbolisant les quatre évangiles, le Tétramorphe.

Le troisième étage est divisé en deux travées. Dans la travée supérieure, au-dessus de la voussure de la fenêtre centrale, se trouvent deux anges de haute taille et quatre anges plus petits. Ils s'adressent aux Apôtres afin de leur montrer la céleste vision. Tous leurs regards, ainsi que ceux des élus, dispersés sous de grands arcs, se tournent vers le Sauveur dans une attitude confiante. Au nord et au sud du tympan central se trouvent deux arcades renfermant chacune deux statues. Dans la travée inférieure, au sud, trois apôtres et au nord, deux apôtres et une femme. À chaque extrémité de la travée se trouvent deux reprouvés, qui se tordent de douleur et sont devenus la proie de Satan.

Au deuxième étage, six apôtres, trois de chaque côté, sont situés dans des arcades.

Au rez-de-chaussée, le tympan du grand portail représente le Christ bénissant d'une main et présentant les Évangiles de l'autre. De chaque côté, deux arcades renferment chacune trois apôtres.

Les tympans du rez-de-chaussée
Chanson de Roland : la victoire de Saragosse.

Au-dessus, court tout le long un bandeau peuplé de scènes de chasse et de guerre. Ces sculptures ont été faites vers 1118-1119, une date qui correspond à la reprise de Saragosse dans la Reconquête de l'Espagne contre les Sarrasins. Sans doute sous l'impulsion de l'évêque Girard, cette victoire est illustrée par deux scènes de la Chanson de Roland qui relatent également la victoire de Roland à Saragosse.

La partie gauche de la frise illustre le combat équestre de l'évêque Turpin, avec sa cotte de mailles et sa mitre, contre le géant Abisme, qu'il transperce de sa lance.

Au centre : un gonfanon, puis à droite, Roland, neveu de Charlemagne, poursuit Marsile, roi de Saragosse, tranche de son épée le bras de l'adversaire dont le cheval a déjà tourné bride. Puis, sur la scène suivante, Marsile tombe devant la porte ouverte de Saragosse.

Les reliefs de cavaliers

Les deux reliefs datent de la restauration du XIXe siècle. Ils sont absents sur les photographies de 1851 et 1856. Il semble qu'il y avait d'autres reliefs de cavaliers à cet endroit, mais ils ont disparu lors d'une modification de la façade en 1808.

Le style des reliefs des tympans romans est nouveau en Angoumois et vient du Languedoc. Ils sont l’œuvre des sculpteurs ayant travaillé à la Porte des Comtes de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse, reconnaissable par l'utilisation de plis en virgule. Il a inspiré les sculptures de l'église Saint-Pierre de Châteauneuf-sur-Charente, l'église Saint-Léger de Cognac entre autres.

Les végétaux à feuilles grasses des chapiteaux, également nouveaux, s'inspirent de la tradition poitevine de sculpture, par exemple à l'église Saint-Hilaire de Melle ou à l'église Notre-Dame de Surgères.

La tour clocher[modifier | modifier le code]

Le clocher nord, d'une hauteur de 59 m, se compose de six étages. Le clocher, sauf le premier étage, est une complète reconstruction du XIXe siècle.

  • Le premier étage est éclairé sur chaque face par une baie en plein cintre aux piédroits lisses.
  • Le deuxième étage est décoré de quatre arcades aveugles qui dissimulent le niveau de la coupole.
  • Sur le troisième, deux baies géminées et bilobées animent chaque face.
  • Le quatrième étage, en retrait par rapport aux autres, est percé de trois baies à double voussure.
  • Le cinquième est percé de trois baies en plein cintre, recevant un placage de trois baies bilobées.
  • Le sixième est flanqué d'une courte colonne dans chaque angle ; quatre baies animent chacune de ses faces.

Avant la restauration, une flèche à pans coupés, couverte d'ardoises, couronnait le clocher. La flèche est bien visible sur la photographie ci-dessus, prise en 1851, avant la restauration d'Abadie.

La Porte de la Miséricorde[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup d'autres sites religieux à travers le monde, la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême possède une Porte de la Miséricorde, une porte qui, en marge des Portes Saintes ouvertes tous les 25 ans ou selon les exceptions fixées par le Pape de Rome lors du déroulement des Années Saintes ou Jubilés, a été établie à la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême à la suite du désir du pape François de voir l'actuel Jubilé de la Miséricorde se répandre partout dans le monde. En somme cette Porte, comme toutes les autres Portes de la Miséricorde, seconde les Portes Saintes quant à leurs rôles dans le présent Jubilé de la Miséricorde proclamé par le Pape François qui s'étend du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016[6],[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Collombet, Les plus belles cathédrales de France, Sélection du Reader's Digest, Paris, 1997, (ISBN 2709808889).
  • Charles Daras, Angoumois roman, Éditions Zodiaque, La Pierre-qui-Vire, 1961.
  • Louis Desgraves (photogr. Bertrand Cabrol et Pascal Moulin), Connaître la Charente, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest, , 64 p. (ISBN 2879010764).
  • Pierre Dubourg-Noves (photogr. Michel Ogier), La Cathédrale d'Angoulême, Rennes, Éditions Ouest-France, , 32 p. (ISBN 2737319862).
  • Sylvie Ternet, Les églises romanes d'Angoumois : Bâtisseurs et modes de construction en Angoumois roman, t. I, Paris, Le Croît vif, , 404 p. (ISBN 2-916104-02-X).
    Sylvie Ternet, Les églises romanes d'Angoumois : 75 églises de l'Angoumois roman, t. II, Paris, Le Croît vif, , 239 p. (ISBN 2-916104-02-X).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Notice no PA00104203, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Le crypte de cette église a été redécouverte en 1870. Deux chapiteaux du VIIe siècle ont été réemployés de chaque côté de la fenêtre axiale du choeur.
  3. L'évêque Girard II, né à Blay dans le diocèse de Bayeux et mort à Angoulême en 1136, est élu évêque en 1107. Il était légat du Pape Pascal II pour l'Aquitaine. En 1131 il fut déclaré schismatique à la suite de sa prise de position en faveur d'un antipape, Anaclet, alors que l'Église gallicane avait pris officiellement le parti d'Innocent II, en 1130 lors de l'élection de deux souverains pontifes par des conciles différents. Sa dépouille exhumée de la cathédrale fut transférée à l'extérieur dans un emplacement inconnu puis rapprochée par la suite, mais toujours secrètement quant à sa situation. Un historien amateur ayant permis de redécouvrir cette sépulture en 2004, l'actuel évêque d'Angoulême a fait déposer la dépouille du bâtisseur à une place plus en rapport avec son rang, dans le chœur de la cathédrale.
  4. Pierre Dubourg-Noves, La cathédrale d'Angoulême, dans Congrès archéologique de France, 153e session, Charente, 1995, p. 37-68, Société Française d'Archéologie, Paris, 2000.
  5. Henri Guillaume Maratu, Girard, évêque 'Angoulême : Légat du Saint Siège, Angoulême, F. Goumard, , 400 p. (lire en ligne).
  6. Jubilé de la Miséricorde
  7. Un Jubile pour notre diocèse

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]