Collégiale Saint-Pierre de Lille

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Collégiale Saint-Pierre de Lille
image illustrative de l’article Collégiale Saint-Pierre de Lille
Présentation
Culte Catholique romain
Rattachement Diocèse de Cambrai (au XVIIIe siècle)
Début de la construction XIe siècle
Fin des travaux XVIIe siècle (détruite en 1794)
Style dominant gothique
Protection Logo monument historique Classé MH (1971, vestiges)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Hauts-de-France
Département Nord
Ville Lille
Coordonnées 50° 38′ 31″ nord, 3° 03′ 44″ est

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Collégiale Saint-Pierre de Lille

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Collégiale Saint-Pierre de Lille

La collégiale Saint-Pierre était une ancienne grande église située dans le Vieux-Lille qui a rythmé la vie religieuse de Lille pendant près de 750 ans. Après avoir été sérieusement endommagée lors du siège de la ville par les Autrichiens en 1792, sa destruction commença en 1794. Sa crypte, seul vestige qui demeure aujourd'hui, a été classée monument historique en 1971[1].

Localisation[modifier | modifier le code]

Emplacement de la Collégiale Saint-Pierre (R) à côté de l'avenue du Peuple Belge (quai de la basse Deûle) en 1745.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

La première mention de cette collégiale remonte à une charte de dotation datée de 1066 qui donne des indications sur la châtellenie d'alors. Par cette charte, le comte Baudouin V de Flandre lui octroya le quart du castrum carolingien d'antan, une ferme à Flers et les deux tiers des revenus de l'église d'Annapes ; un chapitre de chanoines fut aussi créé. Après sa mort, celui qui eut été le plus puissant des comtes de Flandre fut inhumé au milieu du chœur de la collégiale Saint-Pierre[2]. Peu de temps après, Jean de Warneton, qui allait devenir évêque, fit partie de ses chanoines.

En 1088, Radbod, évêque de Tournai et de Noyon, fait don de l'église et des prébendes de Gits, au nord de Roulers, à la collégiale. Ce sont les premières d'une série acquisitions qui va faire de la collégiale Saint-Pierre une des plus puissantes propriétaires terriennes de la région.

Pendant longtemps, le corps de saint Hubert de Seclin y reposait. Cette collégiale des origines était de style roman et la pierre de Tournai fut largement utilisée lors de son édification.

Le XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Notre-Dame de la Treille[modifier | modifier le code]

Dans la première moitié de ce siècle, le chapitre de la collégiale acquit la statue de Notre-Dame de la Treille (vocable ici retenu pour la Vierge Marie), elle, réalisée dans le dernier quart du XIIe siècle. La statue était composée d'un tête de marbre tandis que son corps et l'Enfant Jésus étaient en pierre blanche polychrome. Hélas, à la suite de la Bataille de Mons-en-Pévèle, en 1304, Lille fut mise à sac par l'armée de Philippe le Bel, la collégiale fut incendiée et la statue quasiment détruite : il ne subsistait que sa tête.

Évolution de la paroisse[modifier | modifier le code]

À l'instar de la paroisse Saint-Étienne, la paroisse Saint-Pierre fut aussi réduite pour permettre les créations des paroisses Sainte-Catherine, Saint-André et La Madeleine. Enfin, à partir de cette période, des écolâtres enseignèrent dans ce qui fut l'école de la collégiale; et, malgré l'ouverture de deux écoles laïques au XVIe siècle, les chanoines et leurs laïcs affiliés gardèrent pendant longtemps le monopole de enseignement à Lille.

Extension de la collégiale et de son influence[modifier | modifier le code]

L'action de Philippe le Bon (XVe siècle)[modifier | modifier le code]

En 1405, la comtesse Marguerite III de Flandre y fut inhumée. Philippe le Bon, duc de Bourgogne et comte de Flandre, fit ensuite rebâtir la collégiale et fit restaurer, jusqu'aux genoux, la statue. Il y fonda aussi, en 1425, une maîtrise. Cette dernière permit à la collégiale de développer une vie musicale polyphonique de qualité permanente. En 1462, l'acte de fondation de l'Hospice Gantois rattacha ce dernier à la collégiale Saint-Pierre.

Au fur et à mesure que la collégiale et son chapitre gagnèrent en prestige, ils attirèrent à eux certaines dévotions dont celle de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs au cours de la deuxième moitié du XVe siècle ; ce fait ayant été traité par le dominicain Michel François de Templemars en 1495. En effet, la dévotion lilloise à Notre-Dame des sept douleurs datait déjà du XIIIe siècle mais Philippe Le Bon contribua à son extension. Empreint de piété mariale, lui qui priait souvent la Vierge Marie, mère de Jésus, prouva sa ferveur en faisant sculpter une statue en bois de Notre-Dame des sept douleurs pour la faire placer vers 1450 auprès de l'image miraculeuse de Notre-Dame de la Treille dans la collégiale.

L'époque moderne[modifier | modifier le code]

La dévotion à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs s'amplifia à tel point que les papes Alexandre III et Clément IX donnèrent leur accord, pour la création d'un office spécifique, aux églises lilloises. Cette dévotion ne cessera de grandir jusqu'à la destruction de la cathédrale en 1792. En 1634, Notre-Dame-de-la-Treille fut nommée patronne de la ville ; elle était d'ailleurs officiellement et originellement fêtée le dimanche après la Sainte Trinité (depuis la date de cette fête patronale a été transférée au 28 octobre). Lors de la Guerre de Dévolution, le roi Louis XIV prend Lille en 1667, et, souhaitant rassurer les autochtones quant à leurs privilèges et libertés, il prête serment devant Notre-Dame de la Treille puis finalise la statue en lui adjoignant deux jambes complètes.

Lorsque la collégiale fut détruite, c'est à Sainte-Catherine, le 25 mai 1844, que la dévotion à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, fut rétablie.

Architecture et mobilier[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Au XIIIe siècle, la collégiale romane fut transformée en église de style gothique avec de plus grandes dimensions (quoique encore inférieures à celles du XVIIIe siècle), ses clercs s'inspirant de la cathédrale de Soissons : cet événement témoigna de l'accroissement de pouvoir réalisé pendant ce siècle.

La forme définitive de la collégiale était pourvue d'une voûte gothique dont elle fut dotée en 1504; mais aussi d'un jubé acquis pendant le XVIe siècle.

En 1635, les chanoines firent ériger les sept stations douloureuses de la Vierge, à la suite du succès de la dévotion, qui sont parcourues comme celles d'un chemin de croix.

Les vestiges de la crypte romane de la collégiale Saint-Pierre sont classés monuments historiques et sont accessibles, par un escalier, à partir de la rue des Prisons. Du cloitre de la collégiale ne subsistent que deux arches de son dernier état dans un jardin privé de la place du concert. Le cellier de la collégiale est lui aussi intact sous la cave d'un hôtel particulier de cette même place.

Mobilier[modifier | modifier le code]

La plupart des tableaux connus dont elle fut ornée furent acquis pendant le XVIe siècle. Divers éléments de son mobilier sont conservés, pour la plupart, dans les musées ou autres églises de Lille, une partie des œuvres ayant été rassemblées en 1792 à l'ancien couvent des récollets, rue des arts à Lille[3] :

Tombeaux des comtes de Flandre[modifier | modifier le code]

Baudouin V de Flandre dit "de Lille"[modifier | modifier le code]

Le comte Baudouin V de Flandre meurt à Lille le Date invalide ([1 septembre 1067). Il sera inhumé au milieu du chœur de la Collégiale. Après l'incendie de celle-ci en 1334, le tombeau du comte est rétablit avec une nouvelle épitaphe[4]. Aubin-Louis Millin, dans le cinquième tome des « Antiquités nationales ou recueil de monuments » publié en l’an VII du calendrier républicain (1799-1800) écrit à propos de la tombe de Baudouin V:

En entrant de la nef dans le chœur de l’église, on trouvoit sur une tombe plate cette inscription :

Chy gist tres haus, tres nobles et tres poissans princes BAUDEWINS li DEBONNAIRES jadis contes de Flandres li onzieme, qui funda ceste église et trespassa en lan de grace mil LXVIII. Dites vo pater ner pour lame[5].

Sa tombe disparue avec la destruction de la collégiale au début du XIXe siècle. Son corps fut cependant retrouvé lors de fouille au début du XXIe siècle.

Louis II de Flandre, dit "de Male"[modifier | modifier le code]

Bien qu'il fit construire une chapelle à côté de l'église Notre-Dame de Courtrai pour s'y faire enterrer, la chapelle des Comtes, Louis de Male n'y sera pas inhumé.

Sa dépouille sera fastueusement mis en terre aux côtés de son épouse, Marguerite de Brabant († 1380), en la Collégiale le 1er mars 1384. Marguerite III de Flandre, fille des défunts, viendra les rejoindre après sa mort survenue le à Arras, tandis que son époux, Philippe le Hardi, sera quant à lui enterré à la Chartreuse de Champol en Bourgogne. Son tombeau, démonté à la Révolution, est désormais visible au Musée des Beaux-Arts de Dijon.

Le tombeau, fait d'airain doré, se trouvait dans la chapelle Notre-Dame de la Treille. Le monument, qui offrait un carré long, était décoré sur ses quatre faces de 24 figures de cuivre, de dix-huit pouces de hauteur, reproduisant, entouré de divers emblèmes, les princes et princesses des maisons des époux[6]. Aubin-Louis Millin en fait la description complète dans son recueil des monuments[7].

Le tombeau de Louis de Male, avec ses trois gisants, était visible dans la Collégiale de Lille jusqu'à la Révolution Française. Celle-ci sera complètement détruite en 1806 mais, par chance, le tombeau échappa aux destructions révolutionnaires et fut transporté dans l'ancien hôtel de ville de Lille. Il disparut néanmoins de la circulation vers 1830.

Autres tombeaux[modifier | modifier le code]

Aubin-Louis Millin décrit, dans son recueil des "Antiquités Nationales ou recueil de monumens" de 1799-1800, de nombreuses autres tombes qui se trouvait dans la collégiale, notamment celui d'Hugues de Launoy et de sa femme Marguerite de Molembais ainsi que de différents princes des Maisons de Flandre et de Bourgogne[8].

Galerie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no PA00107574, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Le corps de Baudouin V de Flandre a été découvert, lors de fouilles, au début du XXIe siècle.
  3. Armand Gaston Camus, Voyage fait dans les départements nouvellement réunis et dans les départements du Bas-Rhin, du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, à la fin de l'an X, Paris, Baudoin, (notice BnF no FRBNF36280083)
  4. J.-B. Dupont, Topographie historique, statistique et médicale de l'arrondissement de Lille : Département du Nord /, Chez Delarue ;, (lire en ligne)
  5. Aubin-Louis Millin, Antiquités nationales ou recueil de monuments pour servir l'histoire de l'Empire, tels que tombeaux, inscription, Drouhin, (lire en ligne)
  6. Jean-Claude Garcin, L’Égypte d’aujourd’hui, Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (ISBN 9782222021728 et 9782271081216, lire en ligne), p. 11–26
  7. Aubin-Louis Millin, Antiquités nationales ou recueil de monuments pour servir l'histoire de l'Empire, tels que tombeaux, inscription, Drouhin, (lire en ligne)
  8. Aubin-Louis Millin, Antiquités nationales ou recueil de monuments pour servir l'histoire de l'Empire, tels que tombeaux, inscription, Drouhin, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Archives municipales de Lille.
  • Archives départementales du Nord.
  • Louis Trénard (dir.), Histoire d'une métropole
  • Bruno Brouckaert, Une fondation princière : La maîtrise de la Collégiale Saint-Pierre de Lille (XVe siècle), éditions de l'Université catholique de Lille, 1944.
  • Julius Junius Regnault-Warin, Lille ancienne et moderne, Lille, Castiaux, , 336 p. (lire en ligne), « Collégiale de St. Pierre », p. 32-39.