Cathédrale Saint-André d'Avranches

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Cathédrale Saint-André d'Avranches
Image illustrative de l'article Cathédrale Saint-André d'Avranches
La cathédrale Saint-André d'après un dessin du XVIIIe siècle.
Présentation
Culte Catholique romain
Type Cathédrale
Début de la construction XIe siècle
Autres campagnes de travaux Détruite en 1794
Style dominant roman
Géographie
Pays France
Région Normandie
Département Manche
Ville Avranches
Coordonnées 48° 41′ 16″ nord, 1° 21′ 53″ ouest[1]

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Cathédrale Saint-André d'Avranches

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Cathédrale Saint-André d'Avranches

L’ancienne cathédrale Saint-André d’Avranches s’élevait sur le sommet d’un promontoire au nord-ouest de la vieille ville d’Avranches (à l’emplacement de la sous-préfecture et de la place Daniel-Huet aujourd’hui). En très mauvais état au XVIIIe siècle, elle s’effondra une nuit d’.

Histoire[modifier | modifier le code]

La première cathédrale d'Avranches[modifier | modifier le code]

Le site de la première église avranchinaise est sujet à caution. L’absence de fouilles ne permet pas de dater la construction de cette première église. Son implantation pose également problème. Trois sites sont généralement évoqués : Saint-André, Saint-Saturnin, Saint-Gervais-Saint-Protais. La tradition fait de Saint-Gervais une église plus ancienne que Saint-André, et serait de ce fait la première cathédrale. C'était l'opinion de J. Mathière et de René Herval, même s'il nuançait cette idée par le relais de Saint-Saturnin à Saint-Gervais au VIe siècle. C. Bouhier fait de Saint-Gervais « l'un des premiers lieu de culte de la province dans les dernières années du IVe siècle ». Cette hypothèse s'appuie sur le Roman d'Aiquin qui montre Charlemagne en visite à Avranches, où il assiste à la messe conduite par l'évêque dans l'église Saint-Gervais ainsi que sur la tradition, tardive, qui voulait que lors d'une entrée solennelle de l'évêque d'Avranches dans la ville, il devait se rendre à Saint-Gervais avant de se rendre à la cathédrale[2].

La cathédrale romane[modifier | modifier le code]

Suite aux invasions des Normands pendant le IXe siècle, la cathédrale est abandonnée[3]. Le premier évêque à réoccuper son siège à Avranches est Norgod (vers 990 - vers 1017), qui se retire rapidement de ses devoirs au Mont-Saint-Michel, ébloui par les nombreuses destructions[3].

La cathédrale d'Avranches apparaît pour la première fois dans les textes en 1025, au moment de sa reconstruction sous l’épiscopat de Maugis (vers 1022 - vers 1026)[3]. À cette époque, la Normandie assiste à la reconstruction de chacune des cathédrales de ses six diocèses. Si le duc de Normandie Richard II soutient le projet financièrement et politiquement, il faut voir en Maugis le véritable promoteur de ce vaste projet architectural. Il meurt peu après le lancement des travaux et il est enterré dans la tour nord-ouest[3].

La construction de la cathédrale romane d’Avranches s’échelonna sur près d’un siècle. Peut-être même y eut-il deux campagnes de construction. Hugues (vers 1028 - vers 1060) poursuit la construction de la cathédrale, dont les parties les plus importantes sont achevées sous son épiscopat[3]. Après les premiers travaux engagés par Maugis, il faut attendre le pour voir la cathédrale enfin consacrée[3], sous l’épiscopat de Turgis (1094-1134), en présence du roi d'Angleterre Henri Ier. Les chapelles rayonnantes avaient la particularité d'alterner comme à la Trinité de Fécamp des chapelles rondes et carrées[4].

« Cette église a quinze piliers de chaque côté de sa longueur, avec des bas-côtés tout autour du chœur et de la nef. Elle est accompagnée de deux grosses tours carrées. La grosse horloge est dans une troisième tour »[5].

Du XIIe au XVIe siècles[modifier | modifier le code]

En 1172, le puissant roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt vint à Avranches pour faire amende honorable devant les légats du pape, pour le meurtre de l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket, qui avait ému toute la chrétienté. Au bas de la place Daniel-Huet, une dalle funéraire du XVIIe siècle, entourée de chaînes, rappelle l'emplacement de la porte nord de la cathédrale, là où le roi d'Angleterre reçut la discipline. Voir le monument Henri II de la place Daniel Huet à Avranches.

Aux XIe et XIIe siècles, l'enseignement théologique donné à l'école du chapitre d'Avranches par des chanoines et des moines normands était très réputé. Deux moines du Bec, les italiens Lanfranc de Pavie et Anselme d’Aoste, s’illustrèrent à Avranches à la fin du XIe siècle avant de devenir archevêques de Cantorbéry.

La principale faiblesse de la cathédrale résidait dans sa situation : exposée en première ligne, elle fut la cible de toutes les attaques et, à diverses reprises, dut être consolidée.

En avril 1450, lors d’un ultime épisode avranchinais de la guerre de Cent Ans, François Ier, duc de Bretagne, allié du roi de France, dirigea les troupes royales rassemblées au Pont-Gilbert, avec pour objectif de chasser l'occupant anglais de la ville. Après trois semaines de siège, l'artillerie avait fait de tels ravages que le capitaine anglais John Lampet demanda la fin des combats. L’état pitoyable des fortifications, du palais épiscopal et de la cathédrale, nécessita des travaux colossaux.

Au XVIe siècle, de novembre 1591 à février 1592, un nouveau siège par le duc de Montpensier meurtrit la cité : la population, guidée par le gouverneur de la ville Odoard de Péricard et son frère l'évêque François de Péricard, s'est ralliée à la « Sainte Ligue » catholique et refusait de reconnaître le roi Henri IV[6]. La ville capitula au terme de plusieurs mois de harcèlement et de bombardement par l'artillerie royale. Une fois encore la ville devait panser ses plaies.

L'auteur anglais Wraxall junior, dans son Voyage dans les provinces méridionales de France publié en 1784, rapporte quelques détails sur la cathédrale. Les tours sont en ruine à de nombreux endroits bien que sa construction originaire ait été « prodigieusement forte »[7].

Destruction[modifier | modifier le code]

La suppression de l'évêché d'Avranches est survenue à la suite du décret du . La cathédrale Saint-André fut réduite à une simple église paroissiale. Rioult de Montbray, prêtre constitutionnel nommé curé d'Avranches le , effectue des travaux hasardeux et en particulier, le 20 germinal de l’an II (9-10 avril 1794), la suppression du jubé en pierre qui fermait le chœur et entailler le soubassement des colonnes, pour permettre aux habitants la vue des offices. Le chœur était en mauvais état et les 60 000 livres réunies pour sa restauration ont été pris par le receveur des Domaines, au nom de la nation. Ce jubé ayant probablement eu un effet de soutènement, sa disparition entraîna un écartement puis l'écroulement d'une partie des voûtes du chœur le . Malgré la volonté de la mairie de conserver le reste de l'édifice, la loi du qui déclare les biens des communes biens nationaux entraîne l'enlève des plombs des toits et cause des infiltrations[8]. La cathédrale ruinée resta ainsi pendant tout le reste de la Révolution[9].

Les crédits demandés par la municipalité à l'Administration Centrale du département ne venant pas et empêchant les réparations d'être effectuées, la nef s'écroule peu à peu. Par souci de sécurité, le conseil municipal décide le 1er floréal an X () d'abattre les derniers murs de la nef et de la tour-horloge[10].

Les deux tours romanes de la façade sont encore debout en 1810[10], malgré leur mauvais état, grâce à la volonté du maire Tesnière de Brémesnil qui espérait les restaurer avec l’aide du gouvernement. Leur intérêt géodésique fut mis en avant pour leur sauvegarde et le télégraphe aérien Chappe installé sur la tour nord lui offrit un répit de quelques années.

Cependant, une nouvelle décision municipale condamna ces tours séculaires à la destruction en 1812[10] et ce fut la disparition définitive de la « Belle Andrine »[11]. Seul un pilier de la cathédrale demeurait, détruit en 1835[12].

Les dimensions[modifier | modifier le code]

Plan de la cathédrale, tiré du livre d'Émile-Auber Pigeon, Le diocèse d'Avranches, tome 2, p.678, Imprimerie de Salettes, Coutances, 1888.

Les dimensions figurant dans ce tableau proviennent de la Revue de l'Avranchin[13].

Longueur 89 m
Largeur de la façade occidentale 27 m
Hauteur des tours de la façade occidentale avec pyramides et croix 42 m
Hauteur de la tour de l'horloge avec flèche (jusqu'à la fin du XVIIe siècle) 57 m
Hauteur de la tour de l'horloge avec dôme (à la fin du XVIIe siècle) 50 m
Largeur à la base des croisées 32 m
Largeur à la base des croisées + cloître + chapelle des Morts 57 m
Largeur de la nef et des bas-côtés (sans les chapelles) 22 m
Hauteur sous voûte de la nef et du chœur 22 m

Architecture[modifier | modifier le code]

Description historique[modifier | modifier le code]

Seule représentation connue de la façade occidentale de la cathédrale d'Avranches, réalisée avant sa destruction.

Dédiée à saint André, patron de la ville, la cathédrale était surnommé la « Belle Andrine » par les Avranchinais. D’architecture romane en grande partie, elle fut remaniée plusieurs fois, au XIIIe siècle, puis à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle. Le matériau principal qui fut utilisé pour sa construction était le granit.

Les éléments romans primitifs, la nef et les tours jumelles encadrant un beau portail, dataient des premières années du XIe siècle. Son chœur, son déambulatoire, ses chapelles rayonnantes et sa tour de l’horloge, surmontée d’une flèche aiguë, avaient été achevés au commencement du XIIe siècle.

Le XIIIe siècle gothique avait ajouté le porche septentrional à double baie, les arches et les fenêtres de la nef. Les chapelles latérales, le transept du midi et la salle capitulaire étaient des adjonctions datant de la fin du XVe et du début du XVIe siècle.

Le plan[modifier | modifier le code]

Suivant un plan extrait de l'ouvrage de l'abbé Pigeon sur le diocèse d'Avranches[14], la cathédrale était installée sur un promontoire, à l'intérieur des murs d'enceinte de la ville. La cathédrale possédait une nef longue de 6 travées, précédée par un narthex de 2 travées à l'ouest. C'est là contre la façade occidentale que prenait place l'orgue. Un bas-côté desservait les huit chapelles, quatre de chaque côté.

L'entrée principale se faisait au nord par un porche à double baies qui ouvrait face au jubé, tandis que du côté opposé se trouvait dans les mêmes proportions la chapelle Saint-Jean.

Le chœur de 5 travées s'étendait vers l'est, et son abside munie de 5 pans, entièrement ceinturée par le déambulatoire. Il donnait accès aux chapelles absidiales, alternées dans leur plan, trois chapelles avec abside avec entre elles deux chapelles à plan carré, et fournissait au sud un passage vers le cloître des chanoines.

La cathédrale comptait un total de 19 chapelles. L'autel majeur du chœur était dédié à Saint-André tandis qu'à l'entrée se trouvaient les autels Sainte-Croix à gauche et Saint-Denis à droite. La quasi-totalité des autels, statues et pierres tombales ont été détruites. Le chanoine Prosper Cornille, archiprêtre d'Avranches, a fait réédifier un autel de marbre blanc en provenant dans la basilique Saint-Gervais[15].

Autour de la cathédrale s'élevaient les divers édifices dévolus au clergé chargé de l'administration de l'évêché. Le cloître des chanoines qui servait de cimetière, qui servait de passage entre la cathédrale et la salle synodale, la chapelle des morts où se tenait traditionnellement l'élection du nouvel évêque, la grande salle des synodes et le palais épiscopal. L'évêque disposait d'un passage particulier qui lui permettait depuis l'évêché de rejoindre la cathédrale par la chapelle axiale.

Actuellement[modifier | modifier le code]

Le monument Henri II Plantagenêt

Sur le site de l'ancienne cathédrale Saint-André a été aménagé le square Thomas Becket, à l'entrée duquel se trouve une dalle funéraire située à l'emplacement du portail nord de la cathédrale où Henri II Plantagenêt vint faire pénitence dans l'espoir d'expier le meurtre de Thomas Becket. Elle porte une inscription moderne :

« Sur cette pierre
ici à la porte de la cathédrale d'Avranches,
après le meurtre de Thomas Becket,
archevêque de Cantorbéry,
Henri II
roi d'Angleterre et duc de Normandie,
reçut à genoux,
des légats du Pape,
l'absolution apostolique,
le dimanche 22 mai MCLXXII »

Aucun vestige de la cathédrale Saint-André ne subsiste in situ.

Des fouilles partielles de la nef et du parvis ont été effectuées de 1972 à 1977 qui ont permis la découverte de la première église des IVe-Ve siècles et de mieux connaître les édifices carolingien et roman qui lui ont succédé[16].


Une maquette en carton du XIXe siècle et des éléments de décor sculpté sont présenté à l'Historial d'Avranches. Il y est également présenté un tableau intitulé « Avranches en 1649 », huile sur toile peinte par Charles Fouqué (1841-1919) d'après Nicolas Gravier (XVIIe siècle. Les stalles se trouvent aujourd'hui dans le chœur de l'église de Saint-Quentin-sur-le-Homme. L'église Notre-Dame-des-Champs d'Avranches abrite les statues en bois polychrome de sainte-Anne et saint-André du XVIIIe siècle. D'autres éléments architecturaux et une autre statue en bois sont présentés au musée municipal d'Avranches.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Géoportail
  2. Daniel Levalet, « La cathédrale Saint-André et les origines chrétiennes d'Avranches » dans Archéologie Médiévale, volume 12, 1982, p. 107-153.
  3. a, b, c, d, e et f Richard Allen, « ‘A proud and headstrong man’: John of Ivry, bishop of Avranches and archbishop of Rouen, 1060–79 », Historical Research, vol. 83, no 220 (mai 2010), p. 189-227.
  4. Jean Vallery-Radot, L'église de la Trinité de Fécamp, H. Laurens, Paris, 1929, cité dans la Bibliothèque de l'école des chartes, vol. 90, 1929, p. 198.
  5. Jean-Martial Besse et Charles Beaunier, Abbayes et prieurés de l'ancienne France, tome 7, Province ecclésiastique de Rouen, Paris et Ligugé, 1914, p. 93
  6. de Beaurepaire 1936, p. 9
  7. de Beaurepaire 1936, p. 6
  8. de Beaurepaire 1936, p. 4
  9. Chanoine Emile-Aubert Pigeon, Le diocèse d'Avranches, Coutances, 1888, t. II, p. 688.
  10. a, b et c de Beaurepaire 1936, p. 5
  11. Chanoine Emile-Aubert Pigeon, Le diocèse d'Avranches, Coutances, 1888, t. II, p. 689-690.
  12. S. de Lalaing, Les côtes de la France, de Cherbourg à Saint-Nazaire, J. Lefort, Lille et Paris, 1886-1890, p. 60.
  13. Revue de l'Avranchin : bulletin... de la Société d'archéologie, de littérature, sciences et arts d'Avranches et de Mortain, 1906, lire sur Gallica
  14. E. A. Pigeon (éd.), Le diocèse d'Avranches, Avranches, 1887-1888.
  15. de Beaurepaire 1936, p. 8
  16. Daniel Levalet, « La cathédrale Saint-André et les origines chrétiennes d'Avranches », Archéologie médiévale, Caen, 1982, vol. 12 p. 107-153. abstract.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Émile-Auber Pigeon, Le Diocèse d'Avranches, 2 tomes, imprimerie de Salettes, Coutances, 1888.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Levalet, « La cathédrale Saint-André et les origines chrétiennes d'Avranches » dans Archéologie Médiévale, volume 12, 1982, p. 107-153
  • Ch.-A. de Beaurepaire, L'ancienne cathédrale d'Avranches, Bayeux, R.-P. Colas, , 14 p.
  • François Saint-James et David Nicolas-Méry, « Quelques observations sur la cathédrale Saint-André d'Avranches » dans Revue de l'Avranchin et du pays de Granville, tome 90, n° 434, mars 2013
  • François Saint-James, Erik Follain et David Nicolas-Méry, « La cathédrale Saint-André d'Avranches. Renaissance d'un édifice perdu » dans Patrimoine normand, n° 93, avril-mai-juin 2015

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liste de monuments détruits en France

Liens externes[modifier | modifier le code]