Architecture byzantine

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La cathédrale sainte-Sophie de Constantinople, considérée comme le chef-d’œuvre de l'architecture byzantine.

On appelle architecture byzantine le langage architectural qui s’est développé dans l’Empire byzantin et les pays marqués de son empreinte comme la Bulgarie, la Serbie, la Russie, l’Arménie et la Géorgie après que Constantin a transféré la capitale de l’empire de Rome vers Constantinople en 330. De Constantin et jusqu’à la construction de la basilique de la Sainte-Sagesse (Hagia Sophia) sous Justinien, elle constitue essentiellement la prolongation de l’architecture romaine traditionnelle où de vastes édifices étaient consacrés au culte ou aux affaires publiques et pouvaient accueillir de grandes foules. Par la suite, surtout au cours de la période où se multiplient les monastères et où les édifices tendent à être utilisés par une clientèle restreinte (fonctionnaires et dignitaires) plutôt que par les foules, les édifices prennent des dimensions plus restreintes en même temps que le plan adopte la forme d’une croix grecque et que l’attention se porte sur la ou les coupoles[N 1] et les clé de voûtes[N 2]. On distingue traditionnellement trois périodes: l’époque primitive (de Constantin jusqu’aux Macédoniens), la période intermédiaire (dynastie macédonienne) et la période tardive (dynasties des Comnènes et des Paléologues).

Époque primitive (527—843)[modifier | modifier le code]

plan basilical
Plan basilical de Saint-Paul-hors-les-Murs.

À l’origine, l’architecture byzantine n’est que le prolongement de l’architecture romaine. La propagation du christianisme conduit à l’édification d’églises dont le plan, dérivé au départ de celui des temples païens, adopte progressivement des formes mieux adaptées au culte chrétien. Justin Ier et Justinien furent de grands bâtisseurs tant par leurs édifices religieux (églises) que civils (forts, palais, édifices publics, marchés, aqueducs)[1]. Alors que du IVe siècle au VIe siècle la basilique rectangulaire constitue aussi bien en Orient qu’en Occident le prototype des églises paroissiales, épiscopales ou monastiques, se développe par la suite une architecture influencée par le Proche-Orient où le plan en forme de croix grecque remplace peu à peu celui de forme longitudinale[2]. Les briques se substituent à la pierre de taille comme matériau de construction, la disposition des colonnes se fait plus librement, et les mosaïques deviennent l’élément essentiel de la finition intérieure. De plus, les toitures de bois se voient remplacées par des coupoles de plus en plus complexes[3].

Les exemples les plus représentatifs de cette première période architecturale sont édifiés au cours du règne de l’empereur Constantin et sont situés à Ravenne et à Constantinople. Cette période voit un progrès décisif dans l’histoire de l’architecture lorsque les architectes, Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, découvrirent comment asseoir une coupole de forme arrondie sur une base de murs formant un carré. Certes des expériences avaient eu lieu tant en Occident qu’en Orient sur l’utilisation d’un dôme pour servir de toit à des édifices carrés, rectangulaires ou cruciformes, mais c’est vraiment avec la basilique de Sainte-Sophie de Constantinople qu’elles parvinrent à la perfection et que le dôme devint un symbole de l’architecture byzantine[4].

Plan de Sainte-Sophie
Plan de Sainte-Sophie de Constantinople.

Le plan original de Sainte-Sophie conserve celui d’une basilique avec nef centrale et bas-côtés[N 3], mais la rangée de colonnes traditionnelle se modifie par l’insertion de quatre piliers qui servent d’appui et permettent de passer des murs carrés au dôme circulaire grâce à des pendentifs[N 4] remplacés dans d’autres églises par des trompes[N 5]. On trouve ainsi la superposition de deux sortes de plans : le plan longitudinal qui permet l’extension de la longueur et le plan central sous forme d’un carré couronné par un dôme. Cette superposition permet à son tour d’étendre chacune des quatre branches de la croix sur lesquelles on peut alors élever de nouveaux dômes. Ainsi, l’église des Saints-Apôtres de Constantinople également construite sous Justinien, sera dotée de cinq dômes: un sur chacune des branches de la croix et un au point de rencontre des deux branches[5].

À Ravenne, on mentionnera surtout la basilique à plan central de Saint-Vitale (San Vitale), construite au VIe siècle[6], et la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf (Sant’Apollinare Nuovo), construite au début du VIe siècle par Théodoric le Grand. À Constantinople, outre la basilique de la Sainte-Sagesse (Hagia Sophia), furent édifiées sous Justinien celle de Sainte-Irène près de celle des Saints-Serge-et-Bacchus (aussi appelée « petite Hagia Sophia »), construite entre 527 et 536[7] et que l’on dit avoir servie de modèle aux deux premières, car on y trouve également une combinaison de traits distinctifs des églises longitudinales et de plan central[N 6].

Le Palais submergé
Le palais submergé, faisant office de citerne.

De la même période datent parmi les édifices non affectés au culte le Grand Palais de Constantinople, aujourd’hui en ruines[8] de même que le mur de Théodose (vraisemblablement commencé sous Théodose II), lequel avec ses vingt kilomètres de longueur et ses tours imposantes constitue une des principales attractions touristiques de la ville en plus d’avoir permis à celle-ci de résister pendant plus de mille ans à tous ses ennemis. Mentionnons également le « Palais submergé » (en turc, Yerebatan Sarayī). Commencé sous Justinien dans les années 530, cet édifice qui servit à des usages multiples abritait une citerne souterraine de 138m sur 65m ornée de 28 rangées de 12 colonnes chacune supportant une voûte de briques[9]. Outre l’ « aqueduc de Justinien », on peut encore admirer le pont monumental qui permet de traverser la rivière Sangarius (aujourd’hui Sakarya) datant du VIe siècle de même que le pont sur la Karamagara dans l’est de la Turquie. Datant du Ve ou VIe siècle, il s’agit d’un pont voûté à arc unique de 17m de longueur et de 10m de hauteur[10].

Dans les autres pays de l’empire on doit mentionner l'église Hagios Demetrios de Thessalonique, le couvent fortifié Sainte-Catherine du Sinaï et le monastère de Djvari (VIe siècle) dans la Géorgie moderne ainsi que les trois églises du grand complexe monastique d’Etchmiadzine siège du patriarcat d’Arménie[11].

Tous ces édifices possèdent quelques traits en commun. En premier lieu, on voit abandonner au VIe siècle un certain nombre de traditions antiques comme le chapiteau corinthien aux volutes compliquées au profit des chapiteaux impostes ou chapiteau byzantin[N 7]. Les planchers de mosaïques disparaissent également au profit d’un simple dallage de marbre. Plus important encore, les grandes salles hypostyles du plan basilical s’ornent de colonnes qui soutiennent des tribunes[N 8] et non plus seulement le toit. Sur le plan historique, l’architecture byzantine du VIe siècle représente l’achèvement d’un long processus de développement où les architectes repoussèrent au maximum les possibilités techniques dont ils disposaient[12].

Période intermédiaire(843-1024)[modifier | modifier le code]

Évolution historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Art de la dynastie macédonienne.
Intérieur de Sainte-Irène de Constantinople
Intérieur de Sainte-Irène de Constantinople. Suite à l'iconoclasme, presque toutes les décorations intérieures ont disparu et une grande croix a remplacé la figure du Christ.

À la période féconde et novatrice de Justinien succéda deux siècles de torpeur marqués par les invasions slaves dans les Balkans, les guerres avec la Perse et le siège de Constantinople en 626, la montée des Arabes et de l’Islam, la perte définitive de la Palestine, de la Syrie et de l’Égypte dans les années 630-640, la conquête de l’Afrique du Nord par les Arabes qui assiégèrent Constantinople en 674-678 et en 717-718. Pendant ces deux siècles, l’architecture religieuse stagna, résultat de la crise iconoclaste pendant laquelle on supprima les images des temples déjà existants sans pour autant en construire de nouveaux. L’architecture civile déclina également, en raison des épidémies de peste, des guerres civiles et du déclin des villes. Pendant cette période, on s’attacha essentiellement à réparer ou à maintenir les édifices existants[13]. Ces deux siècles forment une sorte de charnière que l’on pourrait classer dans cette période ou dans la précédente.

Plan d'une église à croix inscrite
Plan d'une église dite "à croix inscrite".

Nous les inclurons dans la période intermédiaire, car c’est probablement au VIIIe siècle que furent construites les premières églises à croix inscrite, plan toujours utilisé dans l’Église orthodoxe. Ce type d’église, généralement assez petite, est centré autour d’un naos (le Saint des Saints) divisé en neuf baies par quatre colonnes qui supportent une voûte. À l’ouest se trouve le narthex (hall d’entrée) et à l’est le bêma (sanctuaire généralement surélevé où se trouve l’autel protégé par un dais, reposant sur des piliers, appelé ciborium), séparé anciennement par un écran du naos, remplacé de nos jours par une iconostase (mur sur lequel sont disposées les icônes). Directement sous le dôme principal se trouve l’ambon (chaire surélevée d’où étaient lues les Écritures), et au pied de l’ambon l’espace réservé au chœur de chantres. Autour de l’abside[N 9], le clergé prenait place sur des marches en escalier entourant le trône du patriarche (le synthronon). De chaque côté du bêma se trouvaient deux petites sacristies, le diaconicon (pour les vêtements liturgiques et les textes sacrés) et le prothesis (pour la préparation de la communion)[14].

Dôme de la chapelle palatine de Palerme
Dôme de la chapelle palatine de Palerme.

De forme presque carrée, contrairement aux églises de type longitudinal ou axial ces églises voulaient représenter dans leur architecture la hiérarchie du cosmos. Partant de la partie la plus élevée, le dôme, le regard descendait vers les voûtes qui surplombaient le bêma et les absides, avant de rejoindre les murs. Cette hiérarchie était rendue tangible par des corniches de marbre qui séparaient chacune des trois composantes. Au sommet de cette hiérarchie, dans le dôme, figurait une mosaïque représentant le Christ et plus bas, une autre représentant la Vierge dans le demi-dôme de l’abside. Suivaient au troisième et dernier niveau les anges, les prophètes, apôtres, pères de l’Église et autres saints, alors que les murs illustraient diverses fêtes du calendrier liturgique[15].

L’Empire byzantin émergea au début du IXe siècle du chaos dans lequel il s’était débattu au cours des siècles précédents. On qualifie cette période de « Renaissance macédonienne ». Mais cet empire ne couvre plus l’ensemble de la Méditerranée. L’Asie Mineure est le théâtre des invasions arabes; les Slaves s’installent dans les Balkans; le sud de l’Italie et la Sicile sont le théâtre d’une lutte entre le pape et les Normands. Si bien que la deuxième période de l’architecture byzantine se concentrera presque uniquement sur Constantinople et ses environs[16]. L’Islam commencera à exercer une certaine influence.

Les règnes de Théophile (829-842) et de Basile Ier (867-886) furent marqués par une volonté de rénovation comme en témoignent les textes de l’époque où abondent des termes neos, kainos, kainourgios signifiant, ici, moins une « nouveauté » qu’un « rajeunissement » ou un « retour aux sources », en fait une consolidation de l’art traditionnel[17].

Les monuments érigés durant cette période rénovent ou imitent les monuments les plus glorieux de Justinien, sous une forme plus modeste toutefois, car ils ne sont plus destinés aux foules d’autrefois, mais au public plus restreint qui gravite autour de l’empereur: dignitaires et courtisans[18].

De même, les églises nouvellement construites sont moins destinées à être le siège d’un évêché ou d’une paroisse qu’à desservir un monastère dont le clergé devient de plus en plus autonome et cherche à se soustraire aussi bien à la juridiction épiscopale qu’impériale. À l’origine situés à la campagne où ils vivaient des fruits de leurs terres, les monastères tendent à s’installer à Constantinople ou, à tout le moins, à y établir une desserte (metochia) [19].

À cette période d’effervescence architecturale, succède sous Basile II (976-1025) une période de vide presque complet. C’est que, si Basile II réussit à repousser les frontières de l’empire qui inclut maintenant l’ensemble des Balkans et s’étend en Asie de l’Arménie aux côtes de Syrie, l’empereur est un soldat économe qui s’occupe peu d’architecture et veut avant tout reconstituer le trésor public.

Intérieur de la cathédrale de Céfalù en Sicile
Intérieur de la cathédrale de Céfalù en Sicile, mélange de styles normand et byzantin.

Dans les pays qui ont déjà fait partie de l’empire, l’influence byzantine subsiste, mais les traditions locales deviennent prééminentes. Ainsi, en Sicile, autrefois partie de l’empire, mais conquise par les musulmans en 662 avant d’être prise par les Normands en 1072, se développe un genre que l’on pourrait qualifier d’ « orientalisant ». Presque tous les rois normands iront chercher leurs artisans dans le monde byzantin. Et si les églises qu’ils feront construire adopteront généralement le plan à trois nefs occidental sans coupole, leur finition intérieure s’inspirera de celle de Byzance, sans toutefois en conserver le symbolisme. La cathédrale de Céfalù, commencée en 1131 sous le règne de Roger Ier présente dans la voûte d’abside un buste du Christ pantocrator[N 10] qui, dans une église typiquement byzantine, aurait dû occuper le dôme. Cette entorse à la « hiérarchie » se poursuit sur les murs verticaux des absides où on retrouve la Vierge, non plus comme la Theotokos (c’est-à-dire comme mère de l’enfant-Dieu), mais en position de prière entre les archanges au-dessus et les apôtres au-dessous[20].

Église Saint-Jean de Mastara, Arménie, Ve siècle
Église Saint-Jean de Mastara, Arménie, Ve siècle.

Alors que l’Empire byzantin entrait dans cette période sombre, se développa du VIIe siècle à la conquête arabe en Arménie un genre propre. Très tôt on abandonna le plan longitudinal en faveur du plan en croix inscrite dans un carré et les architectes élaboreront diverses formes de dômes qui se modifieront par diverses variations en y ajoutant des niches abritant des chapelles sur certains côtés du carré (église de Mastara) ou en détachant le dôme des quatre murs pour le faire reposer sur des piliers ou colonnes (cathédrales de Bagaran et d’Etchmiadzin) ce qui permettra la construction de tambours[N 11] de plus en plus étroits à mesure que l’on approche du sommet. Elles se caractérisent par l’utilisation de plans circulaires ou octogonaux, inscrits ou non dans un carré[21].

Principales réalisations architecturales[modifier | modifier le code]

Église du monastère Saint-Luc
Église du monastère Saint-Luc, XIe siècle, exemple de l'art byzantin pendant la dynastie macédonienne.

L’empereur Théophile se consacra surtout à la remise en état du mur de protection le long de la mer et à la construction de palais à Constantinople. L'architecture de ces palais fut fortement influencé par ce que les envoyés de Théophile avaient vu en Syrie et rappellent ceux des dynasties omeyyades et abbassides[17]. Basile Ier pour sa part, construira ou rénovera quelque trente-et-une églises, dont vingt-cinq dans la capitale et six dans les faubourgs.

La plus célèbre d’entre elles, aujourd’hui disparue et que nous ne connaissons que par des descriptions du Moyen Âge, est la Nea Ekklesia ou Nouvelle Église (880). Vraisemblablement construite sur le plan dit de la « croix inscrite », elle était couronnée de cinq dômes, couverts de mosaïques à l’intérieur et de tuiles de cuivre à l’extérieur[17]. À l’intérieur, celle-ci était dotée d’au moins quatre chapelles consacrées au Christ, à la Vierge, aux archanges Michel et Gabriel, Élie et saint Nicolas. Avec l’église votive de la Theotokos Panakrantos (église votive de la mère de Dieu, Constantinople) (aujourd'hui sous les ruines de la Mosquée Fenari Isa), elle servira de modèle pour nombre d’autres églises à travers l’empire, y compris la Cattolica di Stilo en Italie du sud (IXe siècle), l’église du monastère de Hosios Lukas (saint Luc) en Grèce (946-955), la Nea Moni (nouveau monastère) sur l’ile de Chios (1045), et le monastère de Daphni près d’Athènes (1050). Elle se répandra également dans les pays slaves en voie de conversion. Ainsi la cathédrale Sainte-Sophie d’Ohrid (aujourd’hui en République de Macédoine) ou l’église du même nom de Kiev (Ukraine) sont des exemples types de l’utilisation de la coupole sur un tambour[N 12], laquelle gagnera avec le temps en hauteur et en sveltesse.

complexe du monastère byzantin Saint-Luc
Vue de l'entrée du monastère Saint-Luc.

Les monastères byzantins de cette époque présentent des complexes architecturaux possédant des caractéristiques communes. Ils sont généralement entourés d’un mur et dotés d’un portail élaboré, souvent garni de bancs où pauvres et mendiants venaient demander l’aumône. Le portail s’ouvrait sur une large cour intérieure au milieu de laquelle s’élevait l’église qui était, contrairement à la pratique de l’époque primitive, séparée des autres bâtiments ce qui obligea à donner plus d’importance à son aspect extérieur. Les quartiers d’habitation s’alignaient à l’intérieur des murs avec leurs cellules rectangulaires, généralement voûtées. Le deuxième édifice en importance était le réfectoire et la cuisine attenante. Les autres bâtiments comprenaient habituellement une fontaine, un four, une maison pour les visiteurs, quelques fois une infirmerie et des bains[22].

C’est aussi à cette époque que commencera la construction des monastères du Mont Athos lesquels, avec la Grande Lavra de Saint Anthanase en 961 devinrent progressivement le centre du monachisme orthodoxe. Sauf pour le Protaton, église la plus ancienne située dans la capitale administrative de Karyès, toutes les autres églises épousent la forme d’un trèfle sur le modèle du katholikon (église principale d’un monastère) qui aurait été bâti par saint Athanase lui-même[23].

Période tardive (1204-1453)[modifier | modifier le code]

Dès le douzième siècle, l’Empire byzantin commença à se morceler: Chypre fit sécession en 1185 et quatre années plus tard Théodore Mancaphas s’érigeait en seigneur de Philadelphie. La chute de Constantinople en 1204 ne fit qu’accélérer cette tendance alors que se formaient l'empire de Nicée et l'empire de Trébizonde, le despotat d’Épire (capitale Arta), la principauté de Morée (capitale Mistra) et diverses principautés latines. L’architecture de cette période suivit l’évolution des influences politiques exercées sur ces territoires (Géorgiens et Turcs pour l’empire de Trébizonde, Francs et Slaves pour le despotat d’Épire, Vénitiens et Génois pour les grands centres commerciaux), de même que religieuses : Église catholique romaine et Islam. Que ce soit dans la construction des châteaux forts ou des églises, le style gothique commença à pénétrer dans cette région du monde[24].

Détail de l'architecture "en cloisonné" de l'église de la Sainte-Sagesse de Mistra
Détail de l'architecture de brique "en cloisonné" de l'église de la Sainte-Sagesse de Mistra.

L’occupation latine (1204-1261) marqua aussi la fin de l’influence de Constantinople sur le développement de l’architecture. De nouveaux centres apparurent comme Nicée, Trébizonde et Arta. Après la reconquête de Constantinople, de nouveaux édifices, principalement églises, monastères et palais, verront le jour, mais ce nouvel élan sera rapidement freiné par les guerres civiles des années 1320 et 1340. De nombreux artisans quitteront alors la capitale pour aller s’installer ailleurs et donneront une impulsion à l’architecture locale (Mesembria, Skopje, Bursa)[25].

Le despotat d’Épire fut probablement le plus dynamique sur le plan architectural, de nombreux monuments étant associés à la famille régnante. Deux des principaux édifices de cette période sont le monastère de Katô Panagia près d’Arta construit par le despote Michel II entre 1231 et 1271 et la basilique de Porta Panagia près de Trikkala érigée en 1283 par Jean Doukas, fils de Michel II. Ces deux édifices sont à « voûtes d’arêtes »[N 13]. Très répandu en Grèce à partir du XIIIe siècle, ce plan d’église à trois nefs ressemble à celui de la croix inscrite, mais sans dôme. Le chef-d’œuvre de l’école épirote reste cependant l’église de Parigoritissa d’Arta érigée en 1290 par le despote Nicéphore Ier Comnène Doukas. Il s’agit d’un édifice de trois étages presque carré. De type octogonal, le dôme central est supporté par huit piliers; quatre dômes plus petits ornent chacun des coins du toit plat[26].

église de la Parigoritissa
Église de la Parigoritissa d'Arta.

À Constantinople même et en Asie Mineure, l’architecture de la période coménienne est pratiquement inexistante à l’exception de la Elmali Kilise, église taillée dans le roc, construite vers 1050 central en Cappadoce et comprenant quatre piliers irréguliers formant une croix grecque et supportant un dôme[27] ainsi que les églises du Pantokrator (aujourd’hui connue sous le nom de Zeyrek Camii) et de la Theotokos Kyriotissa (Vierge du Trône, aujourd’hui connue sous le nom de Kalenderhane Camii) de Constantinople.

Façade de l'église Saint-Sauveur-en-Chora
Façade de l'église Sainte-Sauveur-en-Chora, Constantinople.

Si on a pu parler de « renaissance » pour caractériser le sursaut intellectuel qui survint sous la dynastie des Paléologues, celui-ci ne se manifesta guère dans le domaine architectural. Les quelques palais et monastères qui datent de cette période perpétuent les traditions de la période intérimaire sans y ajouter de nouveaux éléments. On notera l’église située au sud du monastère de Lips (Fenari Isa Camii) érigée par l’impératrice Théodora, épouse de Michel VIII vers 1280 de même que les églises du Saint-Sauveur de Chora (Kariye Camii) et de Marie Pammakaristos datant des environs de 1310. Mais il s’agit le plus souvent d’additions à des édifices déjà existants ou de rénovations comme celles du monastère de Chora par Théodore Métochitès entre 1316 et 1321[28].

Église d'Achtamar dans le lac de Van
Église d'Achtamar dans le lac de Van.

Hors de Constantinople, l’église des Saints-Apôtres de Thessalonique est souvent considérée comme typique de cette dernière période avec ses murs extérieurs ornés de motifs faits de briques entrecroisées ou de céramique. Contrairement aux époques précédentes, l’extérieur prend le pas sur l’intérieur et se dote de niches, arcades, corbeaux[N 14] et de denticules[N 15] où tuiles et pierre s’entrecroisent. Cette maçonnerie en relief atteint probablement son point culminant avec l’église d’Achtamar sur l’île du même nom dans le lac de Van, symbole de l’architecture arménienne[29]. D’autres églises de cette période précédant la chute de Constantinople subsistent à Mistra (monastère de Brontochion) et au mont Athos[30].

Contrairement à leurs collègues byzantins, les architectes slaves donnèrent de l’impulsion aux structures verticales. Il en résulte que l’on perd l’impression du dôme comme voûte céleste s’abaissant graduellement vers le monde des hommes en une courbe majestueuse. Le dôme devient une sorte de puits inversé où l’image du Pantokrator est éloignée et parait minuscule. L’espace horizontal est privilégié et, grâce au renouveau de la peinture pendant cette période, se couvre de scènes qui deviennent des tableaux sans relation avec l’espace architectural[31].

L’héritage byzantin[modifier | modifier le code]

Plan du Dôme du Rocher
Plan du Dôme du Rocher de Jérusalem

L’architecture byzantine eut une profonde influence sur l’architecture islamique primitive. Pendant la période du califat omeyyade(661-750), l’héritage artistique byzantin est à la source de l’art islamique, surtout en Syrie et en Palestine. L’influence byzantine y est particulièrement visible dans les monuments de l’époque, dans le Dôme du Rocher (691) de Jérusalem ou la mosquée des Omeyyades (709-715) de Damas. Alors que le Dôme du Rocher tire son plan et, en partie, sa décoration de l’art byzantin, le plan de la mosquée des Omeyyades offre une grande similarité avec ceux des basiliques chrétiennes des VIe et VIIe siècles tout en étant modifié pour allonger l’axe transversal plutôt que l’axe longitudinal tel qu’on le voit dans les basiliques chrétiennes, modification qui accommodait mieux la liturgie islamique. Le mihrab (niche, souvent décorée de deux colonnes et d’une arcature, qui indique la qibla, c'est-à-dire la direction de la ka'ba à La Mecque) de la mosquée est situé presque en plein centre de la partie est du mur de la quibla, l’architecte ayant probablement voulu éviter de donner l’impression d’une abside chrétienne, ce qui aurait été le cas si le mihrab avait été positionné au milieu du transept. Les figures géométriques, arches multiples, dômes et compositions polychromes de briques et de pierres qui caractérisent l’architecture islamique et maure trahissent l’influence byzantine.

Mosquée des Omeyyades, Damas
Mosquée des Omeyyades, Damas.

L’influence byzantine persista en Bulgarie, Russie, Roumanie, Serbie, Géorgie, Ukraine et autres pays orthodoxes longtemps après la chute de Constantinople pour donner finalement naissance à des écoles d’architecture propres à ces pays.

Quelques exemples d’architecture byzantine en Europe[modifier | modifier le code]

Constantinople: la basilique Sainte-Irène[modifier | modifier le code]

Dans sa forme actuelle, la basilique de la Sainte-Paix ou de Sainte-Irène (en grec Αγία Ειρήνη) remonte au VIIIe siècle. Dotée de deux coupoles, Sainte-Irène est un des premiers exemples de transition du plan basilical à un plan en croix grecque.

Basilique Saine-Irène de Constantinople
Basilique Sainte-Irène de Constantinople.

La première église fut érigée sous le règne de Constantin Ier au IVe siècle sur l’emplacement de la première église de la ville. Elle fut le théâtre d’affrontements théologiques particulièrement houleux entre orthodoxes et partisans de l’arianisme. Ce fut dans cette église qu’eut lieu en 381 le Deuxième Concile œcuménique. Elle servit également de siège patriarcal avant que ne soit construite Sainte-Sophie.

L’église primitive fut incendiée en 532 au cours de la révolte de Nika sous le règne de Justinien qui la fit reconstruire. Une partie de la voûte, exécutée à la hâte, s’affaissa peu après, ce à quoi s’ajouta un nouvel incendie en 565[32]. Elle fut encore une fois détruite par un tremblement de terre en 740, puis reconstruite en grande partie sous le règne de Constantin V sous sa forme actuelle[33].

L’église de Sainte-Irène constitue un exemple parfait du passage du plan basilical à celui de la croix grecque inscrite dans un carré. C’est la seule église byzantine à avoir conservé son atrium d’origine. La basilique couverte par une voûte à deux coupoles se termine du côté est en une abside polygonale percée de trois grandes fenêtres en plein cintre. La partie inférieure de l’édifice date de l’époque de Justinien alors que la partie supérieure a été reconstruite après le tremblement de terre de 740. Une grande croix, vestige de l’époque iconoclaste, domine le narthex là où la tradition byzantine voudrait voir la Theotokos[34]

Après la chute de Constantinople, l’église fut utilisée comme arsenal par les janissaires, puis fut transformée en 1846 en musée turc. En 1875, le manque d’espace força à transporter les collections au palais de Topkapi. L’église devint alors un musée impérial (Müze-i Hümayun) et, en 1908, en musée militaire. Depuis 1973, elle fait l’objet d’une intense rénovation et n’est utilisée que pour des concerts de musique en raison de sa sonorité exceptionnelle lors du Festival de musique d’Istanbul.

Ravenne : Saint-Apollinaire in Classe[modifier | modifier le code]

Nef de la Basilique de Saint-Apollinaire en classe
La grande nef de Saint-Apollinaire-en-classe avec les 24 colonnes qui la sépare des bas-côtés.

Ravenne fut le siège d’un exarchat en Occident. Située au nord-est de la péninsule, sur les rives de l’Adriatique, près de Venise, elle servit de base navale pour l’armée romaine, lui assurant la maîtrise de l’Adriatique. Les églises de Ravenne sont construites selon deux modèles. Les premières, manifestement d’inspiration constantinopolitaine, sont construites selon un plan octogonal avec une nef circulaire entre des piliers et une prolongation semi-circulaire devant l’abside. Les autres d’origine paléochrétienne sont construites sur le plan basilical avec toit plat.

La basilique de Saint-Apollinaire in Classe est l’un des principaux monuments de l’architecture byzantine de Ravenne. Selon l’UNESCO qui l’a classé dans le patrimoine mondial de l’humanité, « il s’agit d’un exemple exceptionnel des plus anciennes basiliques chrétiennes par la pureté et la simplicité de ses lignes et l’emploi de l’espace, de même que par la somptuosité naturelle de sa décoration »[35].

Commencée par l'évêque Ursicinus, son imposante structure de briques fut consacrée le 9 mai 549 par l'évêque Maximien grâce au financement du banquier Juliano Argentinus qui finança également la basilique de Saint Vidal. Elle est située à côté d’un cimetière chrétien, probablement sur l’emplacement d’un temple païen comme en témoignent certaines pierres réutilisées dans sa construction, près de l’ancien port de Ravenne. En 856 les reliques de saint Apollinaire, qui avait été le premier évêque de Ravenne, furent transférés de San Apolinar in Classe à la basilique de San Apolinar Nuovo[36].

L’extérieur comporte une large baie vitrée à trois arcs. Le narthex qui se trouve à droite de l’entrée est une addition postérieure de même que le clocher qui date du IXe siècle.

Détails de la  mosaïque de l'abside, Saint-Apollinaire-en-Classe
Détails de la mosaïque de l'abside, Saint-Apollinaire-en-Classe, Ravenne.

L’intérieur comporte trois nefs délimitées par deux rangées de 12 colonnes cannelées de marbre grec, surmontées de chapiteaux byzantins. La mosaïque de l'abside, joyau de cette église, présente une croix inscrite dans un médaillon sur un fond de ciel étoilé, que contemplent trois agneaux répartis en deux groupes dans une prairie verdoyante, symbolisant les apôtres de Pierre et les deux frères Jacques le Majeur et Jean. Au-dessus de la croix figure la main de Dieu et les prophètes Élie et Moïse, sur fond d'or. Sous la croix, saint Apollinaire, lève les bras dans une prière vers le ciel, au milieu d'un pré fleuri et entouré d'agneaux venus le voir. L'évêque, vêtu de l'habit sacerdotal et du pallium épiscopal, est entouré de douze agneaux, figurant les fidèles qui suivent leur berger[36]. Les murs latéraux aujourd’hui sans ornement ont dû dans le passé être également couverts de mosaïques probablement détruites par les Vénitiens en 1449. Les mosaïques sur le sol ont disparu. La décoration de l'immense arc triomphal[N 16] a été modifiée à une date inconnue, entre le VIIe et le IXe siècle. Elle représente le Christ sauveur, les bêtes représentant les quatre évangélistes et les douze apôtres sous forme d’agneaux [37].

Il semble que tant les colonnes que les briques utilisées dans la construction aient été importées de Constantinople[36].

Venise: Saint-Marc[modifier | modifier le code]

Façade de la cathédrale Saint-Marc de Venise
Façade de la cathédrale Saint-Marc de Venise.

La basilique actuelle a été érigée sur le site de la première église dédiée à Saint-Marc en 828 pour recevoir les reliques de l’évangéliste. Cette première église fut incendiée lors d’une révolution qui détruisit en 976 le palais ducal et les édifices adjacents. Débutée en 1063, la basilique est construite en forme de croix grecque inscrite dans un rectangle de 76,5 m de long et de 62,6 m de large. La coupole centrale couvre la croisée des quatre branches, chacune surmontée de sa propre coupole. Les coupoles principales atteignent une hauteur de 45 m. Ce plan reproduit celui de l’église des Saints-Apôtres de Constantinople, aujourd’hui disparue[32]. Il est intéressant de noter que les architectes, par souci « d’authenticité », cherchèrent à imiter non pas une église byzantine contemporaine, mais plutôt une église vieille d’un demi-millénaire, qui avait également abrité les reliques des apôtres André, Luc et peut-être Matthieu[38].

C’est en 1093 que fut terminée la structure extérieure et que put commencer la décoration intérieure dont de nombreux éléments proviennent de diverses églises préexistantes[39]. Non seulement, celle-ci fut-elle en grande partie l’œuvre d’artistes byzantins, mais une bonne partie du matériel, en particulier les chapiteaux, proviennent de Constantinople[40].

Façade de Saint-Marc après la reconstruction de 976-1094
Façade de Saint-Marc après la reconstruction de 976-1094, sans les ajouts gothiques subséquents.

Considérée comme « l’un des chefs-d’œuvre architecturaux de l’art byzantin[41], elle comprend trois absides dans le chevet[N 17], celui du centre étant de plus grande taille que celles des côtés. La coupole centrale est l’élément architectural le plus imposant du toit, consistant en fait en une réunion de quatorze coupoles différentes dont la taille varie en fonction de leur emplacement[41] contribuant ainsi à estomper l’impression de lourdeur que pourrait donner la coupole centrale.

Mosaïque du dôme central, de la nef et du transept
Mosaïques du dôme central, de la nef et du transept de Saint-Marc.

Cette coupole est supportée par un ensemble de piliers massifs qui se joignent à une impressionnante série de colonnes soutenant la galerie supérieure de la basilique[41]. La façade comprend cinq portes, dont la finition est de facture romane, situées entre des colonnes supportant des arches délimitant le premier étage. Les tympans[N 18] situés au-dessus des portes sont ornés de représentations d’époques et d'influences variées, sauf pour quelques-unes qui, recouvertes d’or, dénotent une origine byzantine[39].

Ce premier étage supporte une balustrade sur lequel on trouve cinq arcs aveugles qui suivent le même plan que l’étage inférieur, avec un arc central plus imposant que les arcs latéraux et des ouvertures pour laisser passer la lumière comme on en trouve dans les constructions romanes ou gothiques [39].

Les finis intérieurs de la basilique sont l’œuvre de mosaïstes byzantins. Malheureusement, les mosaïques primitives ont été perdues dans l’incendie qui ravagea l’édifice en 1106[32]. Sauf pour quelques fragments récupérés après l’incendie, les mosaïques actuelles datent du XIIe siècle. Certaines ont été ajoutées - en particulier sur la façade - entre le XVIe et le Modèle:S-XVIII, conçues selon les plans des écoles du Titien et du Tintoret, mais le programme ancien des mosaïques a généralement été préservé. Les mosaïstes ont couvert une superficie totale de 4 240 m2, réalisant ainsi l'un des plus grands ensembles de mosaïques du monde.

Grèce: monastère de Saint-Luc[modifier | modifier le code]

Intérieur de l'église du monastère Saint-Luc
Intérieur de l'église du monastère Saint-Luc.

Près de la ville de Distomo, se dresse l’un des plus importants monuments de la période intermédiaire : le monastère Saint-Luc (en grec : Όσιοσ Λουκάς ou Hosios Loukas), classé parmi les sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Il fut fondé au début du Xe siècle par un ermite, le vénérable (hosios) Luc (Lukas) dont les reliques sont toujours enterrées au monastère. Ces reliques, qui étaient supposées exsuder une sorte d’huile parfumée (myron) susceptible de guérir de nombreuses maladies, sont à l’origine de la richesse du monastère et des mosaïques qui racontent la vie de l’ermite et de l’higoumène Philotheos.

Mosaïque représentant Saint-Luc
Mosaïque représentant Saint-Luc dans l'église du même nom.

Le plus ancien édifice de ce complexe est l’église de la Théotokos, exemple exceptionnel de plan de croix inscrite importé en Grèce dans la deuxième moitié du Xe siècle. Construite probablement entre 946 et 944, celle-ci est surtout impressionnante par le traitement de l’extérieur dont les murs sont construits avec la technique du « cloisonné », c’est-à-dire où les blocs de pierre enlignés horizontalement sur une rangée sont encadrés de briques à la fois à l’horizontale et à la verticale. Au-dessus des corniches, des rangées de denticules s’étendent à l’horizontale et entourent les fenêtres. Les murs sont ornés de motifs, variations de l’alphabet kufi, la plus ancienne forme calligraphique de l'arabe provenant d'une modification du syriaque ancien[42].

Le katholikon, ou église principale du monastère, édifiée en 1011-1012, consiste au rez-de-chaussée, en une nef carrée sans ailes. Au-dessus de la corniche toutefois, le carré s’étend grâce à des niches semi-circulaires aux quatre coins auxquelles s’ajoutent quatre autre niches plus larges, mais moins profondes sur les côtés. Les niches de coins supportent des trompes qui produisent une base octogonale sur laquelle repose une couronne circulaire servant de base au dôme mesurant sept mètres de diamètre. La richesse des revêtements de marbre sur les murs, les somptueuses mosaïques (l’ensemble le mieux conservé de la « renaissance macédonienne ») et les dessins sur les planchers témoignent de la richesse initiale du monastère[43].

Russie kiévienne : cathédrale de la Sainte-Sagesse de Kiev[modifier | modifier le code]

Cathédrale Sainte-Sophie de Kiev
Cathédrale Sainte-Sophie de Kiev.

C’est avec la conversion du prince Vladimir en 989 que les premiers édifices en maçonnerie firent leur apparition dans la Russie kiévienne. La cathédrale Sainte-Sophie ou de la Sainte-Sagesse, fut commencée en 1037 et complété dans les années 1040. Détruite et restaurée à de nombreuses reprises, elle diffère sensiblement de nos jours de ce qu’elle fut à l’origine. Adoptant le plan de la croix inscrite, elle comportait non pas trois, mais cinq nefs ainsi que cinq absides du côté est. Les nefs les plus éloignées du centre, de même que le côté le plus à l’ouest étaient surmontées d’une tribune. Les supports intérieurs consistaient en douze piliers cruciformes alors que la tribune prenait appui sur trois paires de piliers octogonaux, sauf du côté est. Treize dômes arrangés de façon à former une pyramide surmontaient l’ensemble qui était entouré d’un ambulatoire. L’ensemble représentait une superficie de 30m sur 39m. La décoration intérieure frappe par la richesse des mosaïques et des fresques[44].

Cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod
Cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod.

Il est difficile de séparer les aspects purement byzantins de cette architecture des apports extérieurs. Sainte-Sophie fut le premier édifice de cette taille construite dans la Russie kiévienne. Ceci exigea que les architectes et maitres-d’œuvre viennent de Constantinople, alors que les briques et autres matériaux furent produits localement. Le marbre, denrée rare et chère, dut être importé. D’où l’absence de colonnes de marbre qui furent remplacées par des piliers de maçonnerie. Si l’on considère l’ensemble des édifices construits dans le royaume kiévien au XIe siècle comme la cathédrale du Saint-Sauveur de Černigov (env. 1036) ou Sainte-Sophie de Novgorod (1045-1050), on peut conclure que Byzance transmit à la Rus’ un plan général, celui de la croix inscrite, lequel dans sa formule la plus simple comprenait trois nefs, quatre piliers et un dôme. Cette idée architecturale introduite entre 990 et 1070 se développa par la suite en joignant la nef et le narthex donnant un plan allongé à six piliers. Toutefois, l’architecture locale n’adopta pas le plan tréflé (trois absides et trois demi-dômes sur trois des côtés d’un carré) byzantin apparu au Xe siècle, pas plus que le plan octogonal sur trompe introduit au début du XIe. Après le XIe siècle, les Russes cessèrent d'imiter Constantinople en faveur d'un style national tandis que les centres de pouvoir se déplaçaient vers Vladimir-Suzdal, puis Moscou et Saint-Pétersbourg[45].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voûte hémisphérique dont l’extérieur porte le nom de dôme. Elle peut être élevée sur un plan circulaire ou sur un plan carré, hexagonal, octogonal ou elliptique. Dans ces derniers cas, elle conserve la forme hémisphérique en rachetant la forme brisée du plan sur lequel elle repose au moyen de pendentifs ou de trompes
  2. Construction formée à l’aide de voussoirs et qui est destinée à couvrir un espace vide compris entre deux murs parallèles qui servent de pieds-droits à la voûte.
  3. Nef latérale d’une église, de hauteur généralement moindre que la nef principale. Les bas-côtés sont appelés collatéraux lorsque leur hauteur est égale à celle de la nef principale.
  4. Espaces triangulaires ou triangles concaves, placés dans les angles d’une tour carrée couronnée par une coupole. Ces espaces triangulaires concaves prolongent la surface de la coupole et viennent se raccorder aux murs.
  5. Arc diagonal tendu en biais dans chacun des quatre angles d’une tour carrée. Les quatre arcs portent de petits murs qui transforment le carré en octogone.
  6. Construite dans le palais d’Hormidas et prolongeant la basilique des saints Pierre-et-Paul avec laquelle elle partageait un atrium, cette église avait une nef octogonale inscrite dans un rectangle irrégulier et était couverte d’un dôme de 17 m. Kazhdan (1991), vol. 3 « Sergios and Bakchos, Church of Saints, p. 1879.
  7. Chapiteau en forme de pyramide tronquée et renversée sur la pointe, décoré de motifs géométriques.
  8. Dans les églises, galerie haute courant au-dessus des bas-côtés. Glossaire, p. 426.
  9. Extrémité de la nef centrale de la basilique en forme de demi-cercle, voûtée en forme de coquille.
  10. Litt. « Christ, maitre du monde » figuré généralement au sommet intérieur des coupoles des églises byzantines par une effigie de proportions gigantesques. Glossaire, p. 340.
  11. Un mur cylindrique (ou polygonal) supportant, à sa base, un dôme ou une coupole.
  12. Avec ses cinq nefs, cinq absides et treize coupoles, cette dernière est un exemple assez inhabituel de l’architecture byzantine.
  13. Dans la voûte d’arêtes, l’ouverture des deux berceaux se poursuit sans qu’ils s’interrompent mutuellement et les pans de voûtes qui subsistent après la pénétration se coupent selon des arêtes vives qui forment une croix de Saint-André, la même qui correspondait aux angles rentrants de la voûte précédente.
  14. Forte saillie de pierre, de bois ou de fer sur l’aplomb d’un parement, destinée à supporter divers objets : poutres, corniches, arcatures, etc.)
  15. Motif ornemental. Juxtaposition de petites découpures rectangulaires entaillées dans une corniche et séparées par des vides d’une largeur égale à la moitié de la largeur d’un denticule et désignées du nom de métatomes.
  16. On nomme ainsi l’arcade qui se trouve dans une église à l’entrée du chœur. Ses bases étaient réunies par une forte poutre appelée tref, laquelle était surmontée d’un grand Christ.
  17. Partie extrême de la nef, au-delà du sanctuaire, assimilée en plan à la partie supérieure de la croix où reposait la tête du Christ.
  18. Espace compris entre le linteau et l’archivolte d’un portail.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Alexander Kazhdan, 1991, vol. 1. Architecture p. 158.
  2. Cyril Mango, 1976, p. 38
  3. Cyril Mango, 1976, pp. 9-12.
  4. Mango (1976), pp. 61-64; voir également Procopius, De aedificii. I,i, 23 ff, cité dans Cyril Mango, 1972, p. 72
  5. Voir Talbot Rice (1999), pp. 55-60.
  6. Voir Agnellus, XXIV, De Ecclesio, cc. 57, 59, cité dans Mango (1972), p. 104.
  7. Mango (1976), p. 58.
  8. Voir ce que dit Procope sur les édifices séculiers de Constantinople, cité dans Mango (1972) pp. 108-113.
  9. Mango (1976), p. 68.
  10. Mango (1976), p. 70.
  11. Talbot-Rice (1963), p. 142.
  12. Mango (1976), p. 86.
  13. Kazdhan (1991), vol. 1 « Architecture», p. 158; Mango (1976), p. 89.
  14. Voir à ce sujet, Ousterhout (1999), p. 13.
  15. Mango (1976), p. 138.
  16. Mango (1976), pp. 108 à 140.
  17. a, b et c Mango (1976), p. 108
  18. Mango (1976), p. 109.
  19. Voir pour cette période, Ousterhout (1999) chap. 1.
  20. Talbot Rice (1963), pp. 159-161.
  21. Mango (1976) pp. 98-108; Talbot Rice (1963), pp. 138-144.
  22. Mango (1976), p. 110.
  23. Mango (1976), p. 118 et 120.
  24. Mango (1976), pp. 141-146.
  25. Kazhdan (1991), p. 159.
  26. Kazhdan (1991), p. 191; Mango (1976), p. 146.
  27. Pour ces églises taillées dans le roc, voir Talbot Rice (1999), pp. 134-135.
  28. Mango (1976), pp. 148-153.
  29. Talbot Rice (1999), p. 140-141.
  30. Mango (1967), p. 167.
  31. Mango (1976), pp. 166-167.
  32. a, b et c Schug-Wille (1978), p. 114.
  33. Schug-Wille (1978), p. 115.
  34. Kazhdan (1991), vol. 2. « Irene, Church of Saint », p. 1009.
  35. UNESCO « Monuments paléochrétiens de Ravenne », [en ligne] http://whc.unesco.org/fr/list/788.
  36. a, b et c Schug-Wille (1978), p. 102
  37. Schug-Wille (1978), p. 104.
  38. Mango (1976), p. 168.
  39. a, b et c Armesto et alii (1998), p. 92
  40. Schug-Wille (1978), p. 188.
  41. a, b et c Armesto et alii (1998), p. 91
  42. Mango (1976), p. 118.
  43. Mango (1976), p. 124.
  44. Mango (1976), p. 181.
  45. Mango (1976), p. 184.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Julio Armesto Sanchez, José Arias Gumarra, Ana Maria Balleteros Pator, Agustin Navas Chaveli et José Antonio Pérez Guillén, Historia del arte : Comentarios de obras maestras, Granada, Port-Royal Ediciones,‎ 1998 (ISBN 8489739153)
  • (en) Alexander Kazhdan (dir.), The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press,‎ 1991 (ISBN 0195046528).
  • (en) Cyril Mango, The Art of the Byzantine Empire, 312-1453 : Sources and Documents, University of Toronto Press, Scholarly Publishing Division (réimpr. 1986) (1re éd. 1972) (ISBN 0802066275)
  • (es) Christa Schug-Wille, « Bizancio y su mondo », dans Enciclopedia Universal del Arte, vol. IV : Bizancio y el Islam, Barcelone, Plaza & Janés,‎ 1978 (ISBN 8401605792)
  • (en) David Talbot Rice, Art of the Byzantine Era, London, Thames & Hudson,‎ 1963 (ISBN 0500200041)
  • Melchior de Vogüé et Jean Neufville, Glossaire de termes techniques à l’usage des lecteurs de « La nuit des temps », La-Pierre-Qui-Vire (Yonne), Les Presses Monastiques,‎ 1965 (ISBN 2736901002)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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