Tabernacle (meuble)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Tabernacle de l'église Saint-Nicolas de Haslach, en Autriche : l'armoire eucharistique est surmontée d'un dais d'exposition servant à présenter le Saint Sacrement.

Le tabernacle est, dans une église catholique, le meuble qui abrite le ciboire contenant les hosties consacrées au cours de la messe. Il peut être réalisé en bois, en métal, en pierre. Il est en général placé auprès de l’autel.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers siècles du christianisme[modifier | modifier le code]

Les hosties consacrées mais non consommées sont conservées dès les premiers temps du christianisme : ainsi au temps des persécutions, les chrétiens conservaient l'eucharistie dans leurs habitations dans de petits vases ou de petites boîtes. Cette habitude disparaîtra progressivement pour s'éteindre tout à fait au début du VIe siècle, tandis que les espèces consacrées seront de plus en plus conservées dans les basiliques où elles peuvent être proposées à la vénération des fidèles. Le pain eucharistique était conservé dans un objet en forme de colombe ; on l'introduisait à travers une petite ouverture pratiquée sur le dos de la colombe et soigneusement fermée par un couvercle à charnière. La colombe elle-même était sans doute incluse dans un réceptacle en forme de tour. Tour et colombe étaient suspendues au moyen de petites chaînes, au centre du ciborium, baldaquin surmontant l’autel. La tour était habituellement en argent et la colombe en or[1].

Évolution de la réserve eucharistique en Occident[modifier | modifier le code]

Tabernacle de l'église de la Nativité de Marie à Polesella, en Vénétie.

À l'époque romane, les types de réserve eucharistique se diversifient : un nouveau réceptacle, sorte de boîte ronde ou carrée, la pyxide, vient concurrencer les précédents ou parfois s'y ajouter. La réserve peut être encore suspendue au-dessus de l'autel, avec d'autres modes de fixation, parfois rangée dans une armoire ou un lieu réservé : le secretarium (sacristie).

Dans le monde germanique, dès le VIIIe siècle, sont mentionnées des sacraires ou armoires reliquaires en forme de tourelles, dont la forme sera reprise par la suite pour signaler le lien de la réserve eucharistique. On en observe aussi dans la moitié nord de la France à la fin du Moyen-Âge. Ces tourelles pouvaient être ajourées ou complètement closes. Elles étaient le plus souvent placées latéralement contre un mur, avant de se déplacer dans l'axe de l'église et de l'autel. Elles tombent progressivement en désuétude aux XVIe et XVIIe siècle, supplantées par le tabernacle italien.[2]

L'évolution des coutumes se poursuit à la période gothique : on voit quelquefois les réceptacles placés sous l'autel. Mais surtout, l'habitude se répand d'utiliser le tabernacle, une petite armoire creusée dans le mur, à droite ou à gauche de l’autel, ce réceptacle fixe et fermé étant apparu en Occident au IXe siècle[3]. Une ouverture circulaire ou en forme de trèfle, fermée par une grille, permettait aux fidèles d’adorer en tout temps, de l’extérieur, le Saint Sacrement. Une lampe allumée devant l’ouverture indiquait de loin le lieu où étaient conservées les espèces sacrées. À partir du XIVe siècle, se répand, depuis le nord de l'Europe, un élément architectural pleinement détaché, l'« édicule eucharistique » qui réalise une sorte d’exposition permanente du Saint Sacrement devant les fidèles. C'est une construction monumentale en forme de tour au sommet de laquelle est exposée l’hostie consacrée, placée dans un vase transparent.

En réaction à la Réforme protestante, et notamment aux doctrines niant la permanence de la présence réelle du Christ dans les espèces eucharistiques, la doctrine catholique est réaffirmée avec vigueur. Se développe alors l’habitude de placer le tabernacle, bien en vue, sur le maître-autel. Il est flanqué de marches (habituellement disposées sur trois ordres) sur lesquelles sont posés des chandeliers permettant d’allumer des cierges. Il a le plus souvent la forme d’une petite maison et forme la partie la plus ornée de l'autel, plus que la table elle-même[1].

Église catholique[modifier | modifier le code]

Tabernacle baroque de l'église Santa Marina à Séville, en Andalousie.
Tabernacle en fer embouti dans une église de campagne (Moulin-Mage dans le Tarn) ; la veilleuse est allumée.

La présence réelle[modifier | modifier le code]

Le cadre dans lequel vient s'inscrire le rôle du tabernacle est celui de la théologie de l'eucharistie de l'Église catholique. Selon la doctrine de la transsubstantiation, par la consécration effectuée au cours de la messe, les hosties et le vin sont « réellement, vraiment et substantiellement » transformés ou convertis en corps et sang du Christ, tout en conservant leurs caractéristiques physiques ou espèces (texture, goût, odeur : les apparences) initiales : elles deviennent le Saint-Sacrement. Le tabernacle, aussi appelé réserve eucharistique, est donc le lieu le plus sacré dans une église puisqu'il renferme les hosties consacrées.

Pour témoigner de la « présence réelle » du Christ dans le Saint-Sacrement, un voile recouvre le tabernacle : c'est le conopée[4]. En outre, le droit canonique précise qu'une lampe du sanctuaire reste allumée à côté du tabernacle (lampe à huile dans les premiers temps de l'Église puis devenue souvent électrique de nos jours, elle comporte un récipient en verre, généralement de couleur rouge, dans lequel brûle une veilleuse). On salue d'ordinaire le Saint-Sacrement en effectuant une génuflexion devant le tabernacle, en signe d'adoration. L'instruction Inæstimabile donum détermine qu'« il faut donner une âme à ce geste. Afin que le cœur s'incline avec un profond respect devant Dieu, la génuflexion ne sera faite ni d'une manière empressée ni d'une manière distraite[5]. »

Les normes concernant le tabernacle[modifier | modifier le code]

Le Missel romain précise les normes relatives à la réserve eucharistique : le tabernacle doit être « placé dans un lieu très noble, insigne, bien visible, bien décoré et permettant la prière ». Il est prévu un rituel de bénédiction au moment de la mise en place d'un tabernacle.

Par opposition à la pratique antérieure au concile Vatican II, l'autel est le lieu du sacrifice eucharistique, qui est le centre de la messe. Il devient donc classique, dans les églises aménagées après 1969, de placer le tabernacle dans un oratoire adapté à l'adoration et à la prière personnelle des fidèles. Pour la même raison, dès que la messe est commencée, c'est l'autel qui est salué, et non plus le tabernacle[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mauro Piacenza, La conservation de l’Eucharistie
  2. Jacques Foucard-Borville, « Les repositoires et custodes eucharistiques du Moyen Âge à la Renaissance », Bulletin Monumental, vol. 155, no 4,‎ , p. 273-288 (lire en ligne).
  3. Michel Lauwers, Du matériel au spirituel réalités archéologiques et historiques des dépôts de la préhistoire à nos jours, Éditions APDCA, , p. 415
  4. Dom Robert Le Gall, Dictionnaire de liturgie, Éditions CLD.
  5. Instruction Inæstimabile donum sur quelques normes relatives au culte du mystère eucharistique, Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.
  6. Présentation générale du Missel romain sur le site du Vatican, n° 314 à 317, n°274.

Lecture supplémentaire[modifier | modifier le code]

  • Maffei, Edmond (1942) La réservation eucharistique jusqu'à la Renaissance. Bruxelles

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]