L'Avare (film, 1980)

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L'Avare
Description de cette image, également commentée ci-après
Logo du film, issu de l'affiche créée par René Ferracci.

Réalisation Jean Girault
Louis de Funès
Scénario Jean Girault
Louis de Funès
Jean Halain
d'après L'Avare de Molière
Acteurs principaux
Sociétés de production Les Films Christian Fechner
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre comédie
Durée 120 minutes
Sortie 1980

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

L'Avare est un film comique français réalisé par Jean Girault et Louis de Funès, sorti en 1980.

Adapté de L'Avare de Molière, le long-métrage marque l'unique incursion de Louis de Funès dans la réalisation, du moins la seule signée par l'acteur. Également co-adaptateur du scénario, il supervise l'ensemble de la création du film et se met en scène dans le rôle d'Harpagon, dans ce qui sera l'un de ses derniers films. Bien qu'il rêvait depuis longtemps d'interpréter la pièce, ce n'est qu'à la fin des années 1970 qu'il franchit le pas, après avoir refusé de nombreuses propositions durant près de trente ans, aussi bien au théâtre qu'au cinéma.

Projet lancé après Le Gendarme et les Extra-terrestres en 1978, L'Avare est tourné dans l'ordre chronologique de l'intrigue, d'octobre 1979 à février 1980, dans les studios de Billancourt, dans les ruelles médiévales et la cathédrale de Senlis puis, pour la scène finale, dans le désert du Sahara, près de l'oasis de Nefta (Tunisie).

Dès son annonce, le projet est largement commenté par la presse et les critiques, faisant de la sortie du film un événement culturel majeur. Symbolisant la rencontre d'un cinéma comique populaire avec l'œuvre classique de Molière, L'Avare influence la remise d'un César d'honneur à Louis de Funès pour l'ensemble de sa carrière, lors de la 5e cérémonie des César, au cours de laquelle un extrait du film est projeté.

Avec 2,4 millions d'entrées en France, L'Avare n'est finalement qu'un succès « modéré » — en comparaison des résultats habituels de Louis de Funès au box-office. Il se classe en 13e place du classement des films de 1980, loin derrière les triomphes de La Boum, L'Empire contre-attaque ou encore Les Sous-doués.

Des années après sa sortie, cet Avare demeure l'une des adaptations de Molière les plus montrées aux écoliers.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Peinture ovale en couleur. Buste d'homme de profil, portant perruque, regardant le spectateur.
Un portrait de Molière s'adresse à Harpagon à la fin du film, après qu'il ait retrouvé sa cassette. Il s'agit de l'œuvre de Pierre Mignard, peinte en 1658, actuellement au musée Condé.

Accroche[modifier | modifier le code]

Harpagon, un riche veuf, vit avec ses enfants, Cléante et Élise. Avare à l'extrême, il a enterré, dans son jardin, une cassette pleine d'or et soupçonne perpétuellement son entourage de vouloir la lui voler. Il souhaite que ses enfants réalisent de beaux mariages d'argent et, pour lui-même, caresse un projet de secondes noces qui devra ne rien lui coûter.

Il ignore que Cléante est amoureux de Marianne (la jeune femme de condition modeste qu'Harpagon compte épouser), et qu'Élise aime Valère, l'intendant de la maison. Tous deux n'osent avouer leur inclination à leur père. Pourtant, le temps presse. C'est le soir même qu'Harpagon s'apprête à signer son contrat de mariage.

Résumé détaillé[modifier | modifier le code]

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Information icon with gradient background.svg Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section proviennent du générique de l'œuvre audiovisuelle présentée ici.

Photographie en noir et blanc d'un homme âgé d'une soixante d'années, droit, l'air digne, dans un uniforme de gendarme.
Louis de Funès en 1978, tournant Le Gendarme et les Extra-terrestres sur le port de Saint-Tropez. Il est à la fois interprète principal, réalisateur et adaptateur du scénario de L'Avare.

Distribution[modifier | modifier le code]

Michel Galabru lors du tournage du Gendarme et les Extra-terrestres. Fidèle partenaire de Louis de Funès, il interprète maître Jacques dans L'Avare, après avoir été à la Comédie-Française durant sept ans.

Production et réalisation[modifier | modifier le code]

Louis de Funès, Molière et L'Avare[modifier | modifier le code]

L'envie d’interpréter Harpagon au théâtre[modifier | modifier le code]

« L'Avare était un projet que Louis de Funès portait en lui depuis très longtemps. C'était un challenge auquel il avait envie de s'attaquer mais avec une sorte de respect presque excessif pour l'œuvre. »

Christian Fechner[4]

Depuis au moins les années 1950, Louis de Funès rêve de jouer la pièce L'Avare de Molière, et son personnage central d'Harpagon. C'est le seul texte classique qu'il accepterait de servir, bien que le rôle soit dramatique[b]. Le principal intérêt du rôle est, pour lui, de montrer un défaut qu'il trouve très comique : l'avarice[cit. 1]. Il s'est particulièrement amusé de ce défaut chez sa mère[6],[4], qu'il considère comme son premier professeur de comédie (son fort caractère et ses énervements ayant en grande partie influencé son jeu d'acteur)[7]. Plusieurs fois, le jeune Louis a été témoin de l'avarice de sa mère[cit. 2]. Il raconta par exemple qu'elle « sautait au plafond » alors qu'elle avait perdu de l'argent qu'elle avait caché[6]. Une autre fois, elle s'était mise dans un état d'excitation impressionnant en égarant un billet de banque : « Si vous aviez vu ça. C'était terrible. Et en même temps drôle à la fois. Car c'est dans ce genre de contexte que les gens se révèlent vraiment »[5].

Par la suite, durant sa carrière, l'avarice compte parmi les passions humaines qu'il apprécie le plus incarner[c]. Très tôt, il dissémine dans son jeu des mimiques et des gestes de rapports à l'argent[c]. On trouve des mimiques de rapacité, dont le geste enveloppant pour attraper des billets, dès 1953 dans le personnage du commissaire de police du film Les Corsaires du bois de Boulogne, le chauffeur de taxi de Week-end à Paris, le petit escroc de Légère et court vêtue et le directeur de l'hôtel de La Tournée des grands ducs[c]. Dans Comme un cheveu sur la soupe apparaît son jeu de rétention des billets à la sortie du portefeuille, qui deviendra plus tard classique chez l'acteur[c]. Dans Le Gros Lot, segment du film à sketches Les Veinards, il interprète un gagnant de la loterie cramponné à sa valise de billets[c]. Le personnage de don Salluste dans La Folie des grandeurs est aussi cupide et proche de sa richesse qu'Harpagon[8],[cit. 3].

« [Harpagon] n'est pas un personnage très amusant, il est même sinistre. Mais ce qui m'intéresse, c'est ce que peut provoquer une névrose comme l'avarice. J'aimerais montrer que cet homme devient fou comme on le devient tous dans ces moments de panique. Notre cerveau est bien fragile lorsque les choses nous échappent. On est capable de sauter à pieds joints ou de se rouler par terre. Et ça, c'est drôle ! »

— Louis de Funès[b],[d].

En plus d'être avare, Harpagon est aussi un personnage malhonnête, sans scrupules et sans morale[c]. Pour l'acteur, Harpagon constitue la quintessence des personnages qu'il incarne depuis qu'il a accédé à des rôles d'importance au théâtre et au cinéma[c],[cit. 4]. Il pense aussi que Molière, lorsqu'il jouait sur scène, devait avoir un jeu similaire au sien : fort, musqué, grimacier, « au public »[e]. Il a parfois été conforté dans cette idée par des critiques ou autres hommes de théâtre[e]. Jean Anouilh notamment, pour qui il interpréta Ornifle ou le Courant d'air puis La Valse des toréadors, lui trouve une filiation avec Molière et la commedia dell'arte : « Molière, comédien, devait jouer comme ça. Lui aussi faisait des grimaces et trop de gestes pour les loges qui pinçaient le nez — tandis que le parterre hurlait de rire »[e],[f],[cit. 5]. Louis de Funès a envie de jouer L'Avare au théâtre, au contact du public :

« C'est au théâtre, soir après soir, qu'un personnage se construit, le public est une aide précieuse, il me guide par ses réactions vers la folie ordinaire, le rôle de Barnier dans Oscar s'est étoffé chaque jour. Je ne sais pas ce que deviendrait Harpagon, je n'ai pas d'idées préconçues sur le rôle. Mais il se dessinerait petit à petit. D'abord au fil des répétitions, puis au fur et à mesure des représentations. »

— Louis de Funès[b].

De nombreuses occasions manquées, au théâtre et au cinéma[modifier | modifier le code]

De très nombreux projets d'Avare ont régulièrement été montés autour de Louis de Funès, avec une annonce dans la presse presque chaque année depuis les années 1950[g]. À chaque fois, il a refusé le rôle d'Harpagon[a]. Lors du tournage du film, il s'explique : « Je ne trouvais pas le temps et je n'étais pas mûr pour le rôle »[g],[9]. Toutefois, en 1964, pour son ami l'homme de radio Jean Chouquet, il a accepté d'enregistrer un disque 45 tours Louis de Funès joue avec les classiques sur des extraits de textes de Molière (ainsi que La Fontaine, La Bruyère, Racine, Boileau, Corneille et Voltaire), puis un disque 33 tours sur Molière et La Fontaine, tous deux contenant le monologue de la cassette de L'Avare[4],[cit. 6].

Le comédien Grandmesnil dans L'Avare à la Comédie-Française, lors du monologue de la cassette. Pendant une trentaine d'années, le rôle d'Harpagon attire et obsède Louis de Funès autant qu'il l'effraie.

La plus ancienne proposition retrouvée remonte à 1957 et vient d'André Barsacq, pour jouer la pièce une fois par semaine au théâtre de l'Atelier[4],[9],[i],[d]. En 1958, Georges Vitaly annonce qu'il mettra en scène Louis de Funès dans L'Avare à la fin de l'année au théâtre La Bruyère, après l'avoir dirigé dans La Puce à l'oreille en 1952[a]. En 1959, l'acteur signe un contrat avec les tournées Karsenty pour jouer L'Avare en tournée en province mais, effrayé et angoissé par le rôle, décide d'accepter la proposition de Marcel Karsenty de jouer à la place Oscar, la pièce qui le rendra célèbre[9],[a],[4]. Au printemps 1960, il est annoncé dans L'Avare à la rentrée au théâtre Fontaine[a]. Début 1961, il est annoncé qu'outre ses six représentations d’Oscar par semaine au théâtre de la Porte-Saint-Martin, il jouerait le septième soir dans L'Avare au théâtre de l'Atelier[a]. En 1962, on lui propose d'interpréter l'avare sous la direction de Daniel Sorano, pour les festivals d'été, aux côtés de Rosy Varte notamment[a],[j],[cit. 7]. Toujours en 1962, le réalisateur Jean Chérasse, avec qui il vient de tourner La Vendetta, lui propose une adaptation cinématographique très libre de L'Avare, qu'il accepte, mais le film ne trouve pas de producteur et l'acteur s'engage sur d'autres projets[a],[k]. La même année encore, le comédien est annoncé au théâtre de l'Atelier, pour les matinées du week-end, mais est occupé par La Grosse Valse au théâtre des Variétés[a]. Fin 1963, Georges Wilson, directeur du Théâtre national populaire, semble s'être mis d'accord avec l'acteur pour des représentations de L'Avare durant la saison 1964-65 au prestigieux théâtre de Chaillot[a]. En 1967, Jean-Louis Barrault l'invite, par voie de presse, à jouer la pièce dans son théâtre de France[a]. Lors du développement périlleux du Tatoué, le réalisateur Denys de La Patellière envisage de tourner à la place une adaptation de L'Avare avec Louis de Funès, tandis qu'il dirigerait l'autre vedette prévue, Jean Gabin, dans un film adapté d'un roman de Balzac[l]. En , Louis de Funès est annoncé dans L'Avare au cinéma, au moment où il tourne Hibernatus[a]. Fin 1971, alors que le comédien va reprendre Oscar au théâtre, Jacqueline Cartier de France-Soir fait part d'un projet de jouer la pièce de Claude Magnier en alternance avec L'Avare, Louis de Funès devant travailler avec le metteur en scène Jacques Charon sur la pièce aussitôt après la première d’Oscar[a]. Au printemps 1972, pendant le succès d’Oscar au théâtre du Palais-Royal, alors que le directeur Jean-Michel Rouzière lui propose pour la saison suivante de choisir entre poursuivre Oscar ou monter L'Avare, Louis de Funès préfère continuer Oscar[a],[m].

Réalisation d'un rêve de trente ans[modifier | modifier le code]

« Il y a vingt ans, j'étais trop jeune pour ce rôle qui exige la maturité. Je suis maintenant prêt à l'affronter. Je l'étudie depuis longtemps tout en lisant et relisant les explications de texte que Charles Dullin a noté lorsqu'il a mis en scène et interprété la pièce. »

Louis de Funès en 1979[j].

Pendant des années, Louis de Funès « attend d'être mûr »[10]. De nombreuses idées d'adaptation lui viennent, qu'il note dans un très gros cahier à spirales sur lequel il écrit dès qu'il a un moment libre, lors de ses tournages par exemple[10]. De plus, il réunit peu à peu une importante documentation sur la pièce, sur la biographie de Molière, sur ses œuvres et son époque[10]. Il se procure notamment une version de L'Avare comprenant, outre le texte original, des indications de mise en scène et éléments d'analyse de la pièce écrits par Charles Dullin, comédien de la première moitié du XXe siècle qui compte parmi les plus fameux interprètes d'Harpagon[9].

Depuis un double infarctus en mars 1975, Louis de Funès ne peut plus faire de théâtre, ce qui rend définitivement impossible son rêve de jouer L'Avare sur scène[b]. Sa dernière performance théâtrale demeure La Valse des toréadors de Jean Anouilh, jouée durant 198 représentations en 1973-1974[11]. Après son retour au cinéma dans L'Aile ou la Cuisse en 1976, il est sous contrat pour trois films — qui seront La Zizanie, L'Avare et La Soupe aux choux — avec le jeune producteur Christian Fechner, qui s'est battu pour lui obtenir une assurance, lui permettant ainsi de reprendre le chemin des plateaux de tournage après ses graves problèmes de santé. Désormais, il tourne en étant suivi de près par des médecins, à un rythme de travail ralenti, apparaissant dans un film par an, et suit un régime alimentaire drastique. Sa seule possibilité de jouer L'Avare serait donc un projet pour l'écran, au cinéma voire à la télévision[2],[cit. 8].

Il neige au printemps, acclamé pour sa réalisation, donne l'idée à Louis de Funès d'adapter L'Avare en téléfilm.

L'envie d'une adaptation filmée de L'Avare resurgit lors d'une diffusion de Il neige au printemps de George Cukor[9]. Louis de Funès est impressionné par ce téléfilm américain qui parvient à être de grande qualité malgré très peu de décors et surtout de très longs dialogues — ce qui l'effrayait dans L'Avare[9],[cit. 9]. Il apprécie également l'interprétation d'Harpagon par Henri Virlogeux dans le téléfilm L'Avare de Jean Pignol, diffusé en 1978[5]. Il se décide donc d'adapter à son tour L'Avare pour la télévision[9],[note 1]. Il considère avoir atteint la maturité nécessaire pour jouer le rôle, d'autant plus qu'il a désormais l'âge d'Harpagon, « soixante bien comptés »[9]. Christian Fechner le convainc de se lancer dans ce projet[6].

Des discussions ont lieu en 1978 avec des responsables de la télévision française[a]. Connaissant le manque de moyens de la télévision, l'acteur leur propose de tourner un Avare pour lequel il ne toucherait aucun cachet[2],[a]. Les chaînes de télévisions lui proposent un budget de production de 1,5 millions de francs, soit autant que pour une soirée de variétés[2],[a]. Mais ce budget est trop insuffisant par rapport à ses ambitions, « pour réaliser toutes ses idées. Les plus folles, les plus coûteuses aussi »[2]. Misant sur l'énorme popularité de l'acteur, Christian Fechner lui suggère de plutôt développer une adaptation pour le grand écran[n], et lui accorde un budget de vingt millions de francs, soit treize fois plus que celui proposé par les chaînes de télévision[a].

Christian Fechner soumet à Louis de Funès l'idée de réaliser le film lui-même, en raison de sa grande connaissance de la pièce[6]. Depuis ses premiers grands rôles, il désirait passer à la réalisation mais malgré plus occasions il n'avait jamais franchit le pas[o],[note 2]. L’acteur décide de co-réaliser le film avec son ami Jean Girault, réalisateur de douze de ses films, à savoir les cinq précédents films du Gendarme, Pouic-Pouic, Faites sauter la banque !, Les Grandes Vacances et Jo, puis, après L'Avare, La Soupe aux choux et Le Gendarme et les Gendarmettes. Également sur proposition de Fechner, Louis de Funès accepte un temps de co-produire le film, mais se rétracte la veille du tournage[q],[note 3],[cit. 10].

Lorsque Le Gendarme et les Extra-terrestres sort en salles en janvier 1979, Louis de Funès n'annonce pas son projet suivant durant la promotion, ce qu'il a pourtant toujours fait auparavant, laissant planer l'incertitude[g]. En réalité, il n'ose pas encore annoncer publiquement qu'il prépare une adaptation de L'Avare. Après avoir sporadiquement parlé d'Harpagon dans diverses interviews, évoquant sa fascination pour le personnage mais aussi son intimidation face au rôle, il finit par révéler son projet dans un long texte qu'il signe, publié dans Figaro dimanche, où il dit notamment : « … l'heure est venue. (…) Avec ce que j'ai appris au cinéma, je peux donner au personnage ce quelque chose de plus que je sentais, mais n'étais pas sûr de faire passer sur une scène »[c]. Le film doit sortir en mars ou en avril 1980[10].

Écriture, décors et costumes[modifier | modifier le code]

Louis de Funès a tenu à ce qu'aucune réplique du texte de Molière ne soit coupée[8]. Ce fut pourtant le cas car quelques répliques lors de la scène où Cléante et La Flèche lisent le mémoire ne figurent pas dans le film. Le film reste très fidèle à l'œuvre originale, mis à part quelques détails ajoutés par de Funès (comme l'imitation de Donald Duck au tribunal ou encore la fuite d'Harpagon devant la femme qui demande de l'argent à la messe). Selon Michel Galabru, de Funès aurait été fortement inspiré par certaines attitudes de sa mère pour interpréter le rôle d'Harpagon[13].

Composition de la distribution[modifier | modifier le code]

Des acteurs et actrices familiers…[modifier | modifier le code]

La composition de la distribution est entièrement décidée par Louis de Funès, qui désire rassembler pour son film des acteurs et actrices ayant une bonne expérience du théâtre classique[r]. Ce sont pour la plupart des anciens camarades de jeu de ses précédents films car, dans sa fin de carrière, il ne s'entoure plus que de sa troupe de fidèles, sa « famille de cinéma », des amis qu'il a régulièrement côtoyé lors de tournages ou au théâtre[4],[6].

Ayant apprécié son interprétation d'Harpagon dans un téléfilm en 1978, Louis de Funès voulait confier le rôle d'Anselme à Henri Virlogeux, qu'il avait déjà côtoyé dans Le Tatoué.

Pour le rôle de maître Jacques, cuisinier et cocher d'Harpagon, il fait appel à Michel Galabru, loyal partenaire pour lequel il a beaucoup d'estime, le considérant comme un nouveau « Raimu avec un coin de rêve dans l'œil »[s],[note 4]. En plus de retrouver un ami et son supérieur l'adjudant Gerber dans Le Gendarme de Saint-Tropez et ses suites, il recourt à un comédien rompu au théâtre classique, pensionnaire de la Comédie-Française de 1950 à 1957, après trois années de Conservatoire[t],[r]. Il propose le rôle de l'entremetteuse Frosine à Claude Gensac qui tient souvent le rôle de son épouse à l'écran et est aussi une ancienne élève du Conservatoire[t],[r],[note 5]. Tous deux acceptent aussitôt mais le préviennent de la complexité à jouer et retenir les textes de Molière[t]. Pour le rôle d'Anselme, il pense à Henri Virlogeux, qui avait justement interprété Harpagon dans le téléfilm de Jean Pignol diffusé en 1978, mais celui-ci refuse[h],[4] ; il confie donc le rôle à Georges Audoubert, alors pensionnaire de la Comédie-Française[t].

Fidèles acolytes depuis le spectacle La Grosse Valse[14], Guy Grosso et Michel Modo sont ici Brindavoine et La Merluche, les deux laquais d'Harpagon[r],[t],[note 6]. Après être apparue dans Le Gendarme et les Extra-terrestres dans le rôle de l'épouse de l'adjudant Gerber, Micheline Bourday interprète à la fois Dame Claude, servante d'Harpagon, et la quêteuse qui le poursuit avec sa sébile. Le comédien et chansonnier Henri Génès, vu dans plusieurs de ses films dont le dernier Gendarme, joue le commissaire qu'Harpagon convoque pour retrouver sa cassette. Louis de Funès distribue le rôle muet de la mère de Marianne à Madeleine Barbulée, une amie avec qui il a joué à ses débuts[cit. 11], et celui de Maître Simon, le courtier qui établit l'usure entre Harpagon et Cléante, à Max Montavon, un acteur dont il est très proche et qui joue des seconds rôles dans nombre de ses films[t].

…et des comédiens plus débutants[modifier | modifier le code]

Acteur à la notoriété naissante, Bernard Ménez s'est lui-même proposé auprès de Louis de Funès pour le rôle de La Flèche.

Pour les rôles de « jeunes », Louis de Funès visite le Conservatoire et plusieurs cours de théâtre parisiens comme le cours Florent, accompagné de Jean Girault et Christian Fechner, et fait passer des auditions lui-même[r],[u],[9],[5]. Ayant récemment découvert le magnétoscope grâce à Fechner, il demande à ce que les comédiens les plus intéressants soient filmés en vidéo, pour les sélectionner à l'image[r]. Marianne, l'amante de Cléante qu'Harpagon compte épouser, est incarnée par Anne Caudry, petite-fille de Georges Bernanos, notamment vue dans Confidences pour confidences et Oublier Venise[5]. Le rôle de Cléante, fils d'Harpagon, est confié à Franck Cabot-David, élève de l'ENSATT et du Conservatoire, qui était déjà Cléante dans le téléfilm de Jean Pignol, et que Louis de Funès avait déjà vu dans une réalisation de Jean Delannoy[9],[note 7]. L'interprète d'Élise, la fille d'Harpagon, est Claire Dupray, également élève du Conservatoire. Élève au cours Florent, Pierre Aussedat participe à une audition pour le rôle de Valère, sans succès[4]. Louis de Funès apprécie toutefois sa prestation[15]. Trois semaines plus tard, il est recontacté pour le rôle du clerc du commissaire, alors qu'une audition où il n'est pas allé avait été organisée dans le but de le retrouver[4],[15].

Seule exception, le rôle de La Flèche, valet de Cléante, n'est pas distribué à la suite d'auditions[u]. Ayant eu vent du projet dans la presse professionnelle un an avant sa réalisation, Bernard Ménez s'est aventuré à se proposer lui-même auprès de Louis de Funès, en le rencontrant dans sa loge lors du tournage du Gendarme et les Extra-terrestres dans les studios de Boulogne-Billancourt[16],[17],[r],[u]. À l'époque, il avait déjà acquis une petite notoriété avec les films Pleure pas la bouche pleine et Le Chaud Lapin de Pascal Thomas, et connaissait très bien le rôle puisqu'il l'avait joué, avec d'autres pièces du répertoire classique, pour les collèges et les lycées de la région parisienne dans le cadre de la « compagnie Sganarelle », dont il est le fondateur[16],[17],[r]. Louis de Funès lui dit le connaître, ayant vu les films de Pascal Thomas, et l'apprécier beaucoup : il lui donne aussitôt le rôle et l'envoie vers le producteur[16].

Tournage[modifier | modifier le code]

En studios à Boulogne-Billancourt et dans les rues de Senlis[modifier | modifier le code]

Le tournage débute le , aux studios de Billancourt[v],[u]. Le film est tourné en continuité, c'est-à-dire dans l'ordre chronologique de la pièce, ce qui représente un luxe, certains décors étant ainsi utilisés à des jours voire des semaines d'intervalle[v]. Le producteur Christian Fechner permet au film d'occuper les six plateaux des studios de Billancourt — loués pour six mois, d'octobre 1979 à mars 1980 — pour qu'aucun décor ne soit détruit et qu'aucun accessoire ne soit déplacé après les prises de vues, dans le cas où les rushes ne conviendraient pas à Louis de Funès et qu'il faudrait donc re-tourner une scène, « pour modifier un regard, un geste, une tirade »[v],[4]. Cela arrive à plusieurs reprises, notamment pour les deux premières scènes de la pièce : entièrement jouées par les jeunes comédiens débutants, très denses en texte et manquant de rythme (déjà dans le texte de Molière), ces scènes sont tournées une deuxième fois, après visionnage des rushes et d'un pré-montage sommaire[w].

Intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, où est tournée la scène d'exposition d'Harpagon, qui s'enfuit pour échapper à la quête.

Les quelques scènes d'extérieurs sont tournées dans la vieille ville de Senlis[w], la municipalité ayant consenti à neutraliser ses ruelles médiévales pendant la première semaine du mois de [u],[note 8]. La cathédrale Notre-Dame de Senlis sert de décor pour le début de la scène d'exposition d'Harpagon, lorsqu'il fuit la messe pour échapper à la quête. Ce tournage en extérieurs s'avère difficile en raison d'un froid terrible[w]. Le froid hivernal est tel que l'eau gèle dans les pichets d'étain sur la terrasse de l'auberge où se rendent Frosine, Cléante, Élise et Marianne[w]. Les comédiens, dont les costumes d'époque cachent de chaudes épaisseurs d'habits modernes, doivent sucer des glaçons avant chaque prise pour qu'il n'y ait pas trop de buée lorsqu'ils parlent[w].

En dehors du froid à Senlis, le principal ennui lors du tournage est qu'il arrive à Louis de Funès d'avoir des problèmes de mémoire, bien qu'il ait eu auparavant beaucoup de texte à jouer au théâtre, notamment pour La Valse des toréadors de Jean Anouilh[w]. Il ne parvient pas à mémoriser certaines tirades d'Harpagon, ce qui empêche de les tourner en continuité[w]. Ces répliques sont donc découpées en plusieurs prises de quelques lignes, entrecoupées au montage par des plans de coupe et contrechamps imaginés par Jean Girault[w]. Ainsi, le monologue du vol de la cassette est découpé en quinze plans, en plus d'un passage où La Merluche et Brindavoine viennent narguer l'avare[w]. La scripte Florence Moncorgé-Gabin explique que « comme il tenait par-dessus tout au respect du texte de Molière, il ne pouvait plus se permettre ce qu'il faisait avec Oscar ou avec les dialogues des Gendarmes en changeant un mot ici ou là »[w]. Également, lors du dernier acte, très difficile et aux longues répliques, Louis de Funès manque d'assurance face à l'interprète d'Anselme, Georges Audoubert de la Comédie-Française, et ne peut plus jouer[13],[x] :

« Subitement, il s'est arrêté de jouer, a repris la scène, s'est trompé, a stoppé de nouveau. Il était comme en panne de carburant. Il a demander quelques minutes pour souffler et est resté seul au milieu du décor. Nous étions tous aussi muets et désemparés que lui, mais sans savoir pourquoi. (…) Brusquement, il m'est venu une idée. Il m'avait parlé de sa mère et des colères terribles qu'elle piquait. (…) Je me suis assise doucement près de lui et je lui est parlé de sa maman pendant quelques minutes : « Ta maman te voit en ce moment, ne la déçois pas. Qu'est-ce que ça peut te faire d'avoir en face de toi un gars du Français soi-disant habitué aux grands textes anciens ? » J'ai tapé dans le mille. C'est ce qui l'avait bloqué, il avait peur de ne pas être à la hauteur du texte devant ce partenaire. (…) Et, bien sûr, après il a joué la scène superbement. »

— Claude Gensac, 2005[x],[y].

Quelques fois, le tournage est émaillé par des fous-rires. Même s'il a joué La Flèche des centaines de fois, Bernard Ménez parvient à être désarçonné par Louis de Funès : « Il avait une grande pratique de la caméra et, tout au moins pour les scènes avec moi, il était bon en quelques prises. Dans la scène où il me tape dessus dans l'escalier, je dois me tourner parce que je sens que je vais craquer : c'est cette prise qui a été conservée et, à l'écran, je me vois en train de rire »[w]. Pourtant rôdé à son comique, Michel Galabru est également sujet à des fous-rires, notamment au moment de l'affrontement entre Harpagon et Maître Jacques à propos du repas : « Je tournais nez à nez avec lui et on ne pouvait pas finir, tant son regard était extraordinaire. Tourner avec lui était par moments difficiles parce qu'il était vraiment très drôle. Mais ces moments irrésistibles, ces fous rires, je ne les ai pas vu à l'écran. Dans L'Avare, on ne voit pas suffisamment sa puissance comique »[w].

La co-réalisation Jean Girault / Louis de Funès[modifier | modifier le code]

Texte indiquant « CHRISTIAN FECHNER présente LOUIS DE FUNES / L'AVARE de MOLIÈRE / Un film de JEAN GIRAULT » sur un fond uni marron clair.
Bien que Louis de Funès ait signé le film, l'affiche présente L'Avare comme uniquement réalisé par Jean Girault.

Sur le plateau de L'Avare, Louis de Funès effectue ses premiers dans la réalisation, qu'il partage avec le réalisateur prolifique Jean Girault. En réalité, l'acteur-réalisateur ne s'immisce que très peu dans la technique, et ne lance ainsi aucun « action ! », « moteur ! », ou « coupez ! »[v]. Avouant ne pas connaître grand chose aux appareils de cinéma[9], l'acteur-réalisateur novice laisse à son partenaire expérimenté les aspects techniques de la réalisation — le réglage et le cadrage des caméras, entre autres —, tandis qu'il prend pleinement en charge le côté artistique du film[6], c'est-à-dire la mise en scène et la direction d'acteurs[v],[x]. Louis de Funès veille notamment sur l'interprétation de ses partenaires, surtout les jeunes plutôt inexpérimentés[x] ; il agit comme étant le « premier spectateur des comédiens, comme eux sont devenus mes premiers spectateurs aussi[9] ». D'après Claude Gensac, il ne dirigeait de fait personne, mais donnait seulement des conseils sur leur jeu à ceux qui lui en demandait[13]. Bernard Ménez explique que Jean Girault « déterminait les cadres et les lumières avec précision » et son co-réalisateur « gérait l'artistique » et « avait également tout pouvoir sur le script et ses éventuels débordements »[17].

Louis de Funès supervise le montage du film, réalisé par Michel Lewin, monteur régulier des films de Jean Girault.

« Il y a une très bonne entente entre nous. Pour Le Gendarme, j'avais aussi adopté ce principe de participation aux différents stades du tournage ou du montage. Je faisais des suggestions. C'était valable ou cela ne l'était pas, mais on en discutait, on échangeait nos propres idées sur tel point. Je crois avoir une assez bonne compréhension du montage et du rythme d’un film. Un film comique, bien entendu. Car pour les dramatiques, il y a des temps que je connais moins, que je sens beaucoup moins. »

— Louis de Funès, 1979[10]

« C'est un coréalisation artistique, pas une coréalisation technique. Jean Girault a dirigé la technique à 80%. Louis de Funès, comme tous les grands comiques, faisait très attention au cadre. Mais les mouvements de caméra ou la lumière étaient sous la direction de Girault. Il faut bien comprendre le plateau avec de Funès : il peut faire vingt-cinq, trente, trente-cinq prises en étant extraordinairement concentré. Ce sont des prises très studieuses, je ne le vois pas dire “coupez !” ou “action !”. »

— Christian Fechner[v].

Dans le désert du Sahara, en Tunisie, pour la scène finale[modifier | modifier le code]

Les derniers plans du film, imaginés par Louis de Funès, montrent Harpagon tirant sa cassette dans le sable d'un désert[z]. Christian Fechner pense tourner cette courte scène dans la Mer de sable d'Ermenonville dans l'Oise[z],[u]. Louis de Funès a une ambition plus coûteuse, désirant tourner dans l'oasis tunisienne de Nefta, qu'il avait découverte lors du service militaire au titre de la coopération de son fils Patrick[z], et dont il fut séduit par la beauté[aa],[note 9]. Le producteur, d'abord réticent, cède au caprice de l'acteur, en reconnaissant que le film sera de toutes façons rentable et qu'un tournage en Tunisie ne peut être qu'agréable[z].

Photographie d'un désert.
La séquence finale de L'Avare est tournée dans des dunes du désert du Sahara proches de Nefta.

Une Caravelle est affrétée spécialement pour Tozeur, avec Olivier de Funès comme copilote[z]. Une équipe de vingt-cinq personnes fait le déplacement en Tunisie et séjourne au Sahara Palace de Nefta[z]. L'oasis est alors protégé par d'importants dispositifs de police, en raison de la venue du président tunisien Habib Bourguiba, qui rencontre par ailleurs Louis de Funès et lui récite la tirade de Flambeau dans L'Aiglon d'Edmond Rostand[z]. Le lendemain de leur arrivée, l'équipe tourne la scène finale de L'Avare dans un morceau de désert occupé quelque temps plus tôt par le tournage de La Guerre des étoiles[z]. Louis de Funès traîne au bout d'une longue chaîne la cassette d'Harpagon, emplie de trente-quatre kilos de fausses pièces — le poids exact de 10 000 écus d'or[9],[ab], l'acteur s'étant renseigné auprès de spécialistes de la monnaie[4]. Des prises de vues sont également réalisées le lendemain puis toute l'équipe retourne à Paris[ab]. Quelques heures plus tard, une violente insurrection armée menée par des opposants au régime de Bourguiba, qui aurait pu empêcher le retour de l'équipe, a lieu dans la zone[ab].

Cette scène finale, d'une durée de 26 secondes, revient ainsi à 260 000 francs[ab],[u]. Toutefois, lors de la projection des rushes à Paris, Louis de Funès est quelque peu déçu des images tournées : malgré son poids, la cassette ne s'est pas autant enfoncée dans le sable qu'il le souhaitait et Harpagon ne semble pas souffrir lorsqu'il la traîne, puisqu'elle glisse sans mal à la surface de la dune[ab].

Musique[modifier | modifier le code]

Jean Bizet est un compositeur totalement inconnu, la bande-originale de L'Avare semblant être sa seule composition pour un film[note 10]. Dans le film, la fonction principale de la musique est de rappeler l'époque de l'intrigue, pour mettre le spectateur dans l'ambiance du XVIIe siècle[19]. La composition de Jean Bizet est donc une musique de style baroque avec des instruments comme le violon, le clavecin, ou encore le piccolo[19].

À ce jour, la bande-originale de L'Avare n'a pas été publiée. Seul le générique du film est présent dans la compilation en CD Louis de Funès, bandes originales des films, vol. 2, publiée en 1998 et ré-éditée en 2007, avec les musiques de Pouic-Pouic, Le Grand Restaurant, Le Petit Baigneur, Le Tatoué, Sur un arbre perché, Les Aventures de Rabbi Jacob, L'Aile ou la Cuisse, La Zizanie et des chansons de La Grosse Valse[20],[21].

Exploitation et accueil[modifier | modifier le code]

Promotion, César d'honneur, et avant-premières[modifier | modifier le code]

Alors que le tournage est en cours, le , le journal de 20 heures de TF1 dévoile un extrait du film, avec des images tournées récemment : la scène entre Michel Galabru et Louis de Funès dans laquelle Harpagon demande « Pourrais-je savoir de vous, maître Jacques, ce que l'on dit de moi ? »[22].

Une photographie de Louis de Funès et Kirk Douglas lors des Césars 1980, où il reçut son César d'honneur, et celui décerné à Gérard Oury en 1993, exposés au musée Louis de Funès.

Symbolisant l'union tant attendue du théâtre classique de Molière avec un cinéma comique français populaire, L'Avare influence la décision de l'Académie des arts et techniques du cinéma de remettre à Louis de Funès un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière lors de la 5e cérémonie des César, le [23],[24]. Un extrait du film est projeté, un mois avant sa sortie en salles, après que l'acteur ait reçu sa récompense des mains de Jerry Lewis[23],[ac],[ad].

À l'instar de L'Aile ou la Cuisse et La Zizanie, L'Avare bénéficie d'une promotion d'envergure[12] avec un budget publicitaire de 800 000 francs, qui permet notamment une campagne d'affichage massive dans toute la France urbaine[e],[note 11]. Trois jours avant la sortie du film, Louis de Funès est invité dans Les Rendez-vous du dimanche, l'émission de l'après-midi à large audience de Michel Drucker sur TF1[12], où est diffusé la bande-annonce du film puis l'extrait déjà diffusé en décembre[9], également diffusé dans le journal de 20 heures d'Antenne 2 le même jour[27]. Depuis L'Aile ou la Cuisse, l'acteur accepte de participer à la promotion de ses films, donnant de nombreuses interviews, au cours du tournage puis lors de la sortie du film[e]. Avec Michel Drucker, il revient sur la création du film, ses inspirations, ses partenaires de jeu et sur l'important traitement médiatique de son film[9]. En effet, la sortie du film est l’événement culturel majeur du moment, massivement couvert par la presse[ae],[note 12]. Dans Les Nouvelles littéraires, Jours de France, Le Quotidien de Paris ou encore France-Soir, les articles sur le film s'étalent sur de pleines pages[ae], tandis que Louis de Funès est en une de L'Express en Harpagon, aux côtés du buste de Molière[9].

Depuis l'annonce du projet, l'intrusion de l'acteur populaire et commercial qu'est Louis de Funès dans le domaine de la culture savante que représente Molière est largement commentée par la presse, qui critique aussi l'ampleur des moyens publicitaires et la sortie simultanée du film sur 210 écrans[ae]. La plupart de ses déclarations sont commentées et vivement critiquées, notamment lorsqu'il affirme plusieurs fois « Je me demande si Molière n'a pas écrit L'Avare en pensant à moi », entraînant des réponses violentes, le qualifiant de « prétentieux », comme par exemple Télérama qui écrit « Ce M. De Funès cousu d'or ose s'attaquer à Molière… »[af].

Le producteur Christian Fechner n'a toutefois pas organisé de projections pour la presse avant la sortie du film, comme c'était le cas pour L'Aile ou la Cuisse, sauf pour quelques journalistes proches de Louis de Funès[e]. Une avant-première mondiale a lieu le 29 février, au cinéma Le Colisée du Havre, où l'acteur principal ne se rend pas[e]. Une autre avant-première, offerte par France-Soir à ses lecteurs, est organisée le 4 mars, dans les deux salles, pleines, du Marignan-Concorde, sur les Champs-Élysées : Louis de Funès assiste aux séances, inquiet du résultat, sans se montrer au public, et constate avec joie que les spectateurs rient bien mais sont aussi silencieux et attentifs pendant les scènes « sérieuses »[ae].

Un accueil critique mitigé[modifier | modifier le code]

« Il y a deux pièces dans L'Avare, une farce et une tragédie. Une tragédie qui joue sur le mot d'avare : au XVIIIe siècle, l'avare n'est pas celui qui veut garder ce qu'il a, mais celui qui en veut toujours davantage. Harpagon n'est pas un homme pauvre, il a une maisonnée, un carrosse. Et la rivalité de ce milliardaire vieux et de son fils auprès de la même femme est un sujet terrible. De Funès a réussi à rendre cette double dimension : il est grave par moments, et il y a aussi les fioritures gestuelles, les mimiques qui lui sont propres. Mais pourquoi pas ? Le jeu dit classique a été inventé au début du XIXe siècle par opposition au jeu romantique. Je crois que De Funès s'est comporté en bon élève de Stanislasvki, et qu'il a joué aussi le sous-texte. Je l'en félicite, c'est un tour de force. »

Jean Duvignaud, critique de théâtre[4].

L'Avare reçoit un accueil très contrasté de la critique, plus que tout autre film de Louis de Funès, puisqu'une partie de la critique ne tarit pas d'éloges tandis que l'autre attaque très violemment le film et son interprète principal co-réalisateur[ae]. Étonnamment, des critiques ou des publications qui lui ont souvent été favorables étrillent le film, alors que d'autres qui étaient d'habitude virulents à son égard expriment cette fois-ci des avis positifs[ae]. Pour la première fois de sa carrière, le comédien craint véritablement l'avis des critiques professionnels, parce qu'ils vont juger son travail de co-réalisation mais surtout car il tient à ce que sa fidélité à l'œuvre de Molière soit reconnue[ag]. Jusqu'alors, l'acteur ne lisait pas les critiques, souvent trop violentes envers lui[ae],[cit. 12].

Dans France-Soir, Robert Chazal, soutien indéfectible de Louis de Funès, dont il est l'ami et le biographe, parle d'une « adaptation feu d'artifice »[ae],[note 13]. Jean-François Revel, futur académicien, consacre son éditorial dans L'Express au film et titre « Un classique sans viol »[9]. Dans une critique très élogieuse, il rappelle que « le jeu de Molière était très chargé » et soutient que Louis de Funès « est même un Harpagon plus complet que Charles Dullin » — le comparant à un comédien considéré comme le « père » des interprétations modernes d'Harpagon — et conclut : « Louis de Funès et sa troupe jouent à mon avis L'Avare aussi bien qu'il est possible de le faire, et jamais autrement qu'on ne doit le faire : comme une comédie à l'état pur, une comédie un peu grosse, trop grosse pour véhiculer d'autre intention que de faire rire. Tout Molière n'est pas dans L'Avare mais tout L'Avare est dans le film de Louis de Funès »[ag]. Le Point applaudit : « Ces noces de la grande littérature et du spectacle plébéien réjouissent l’esprit. Molière se déscolarise, de Funès le popularise. Bravo ! »[ag],[28]. Le journal La Croix titre « De Funès est aussi un grand metteur en scène » et évoque « un modèle d'intelligente transposition cinématographique d'une comédie classique »[ag]. Dans Les Nouvelles littéraires, Michel Boujut et Roland Topor éreintent durement le film alors que, quelques pages plus loin, Georges Charensol en tire une critique positive[ae],[cit. 13].

Fait rare et presque unique, le jeu d'acteur de Louis de Funès est abondamment et finement analysé, la plupart des critiques s'attendant à ce que son immersion dans le théâtre classique lui donne l'occasion de s'éloigner de son répertoire habituel, qu'il change de jeu[ae]. Pour plusieurs critiques, ce n'est pas le cas. Dans Le Monde, Jean de Baroncelli exprime son dépit : « À deux ou trois reprises, une expression dramatique, une lueur de panique dans ce regard si bleu nous font croire que de Funès va changer de registre. Mais ce ne sont que de brèves, trop brèves notations. Le grand comédien avait fait surface. Sous les grimaces du pitre, il s'éclipse »[ae],[29]. De même, Fabienne Pascaud dans Télérama trouve qu'il « s'enlise dans la plus banale convention. Le gendarme de Saint-Tropez s'est tout simplement costumé »[ae],[af]. Avec une pointe de méchanceté, Le Canard enchaîné note que « Tantôt il traduit avec éclat la rapacité sourcilleuse ou colérique. Tantôt d'indigentes pitreries amènent à le surnommer Harpacon »[ag],[af]. Michel Perez pense également que Louis de Funès aurait du abandonner son jeu traditionnel, qu'il n'a jamais apprécié[ai],[cit. 14].

Dans Le Figaro, la critique de Jean-Jacques Gautier, de l'Académie française, est très négative envers l'acteur et son film, bien qu'il ait été l'un de ses soutiens lorsqu'il faisait du théâtre. Titrée « Un grand absent : Molière », la critique détaille avec précision tout ce que Gautier juge être des manquements à l'œuvre classique[ag]. L'académicien termine : « C'est dommage (…) avec toutes les possibilités, les ressources, l'électricité, la furia burlesque et outrancière de Louis de Funès qui serait sans doute beaucoup mieux et plus drôle sous une autre direction que la sienne »[ag]. La revue Cahiers du cinéma, toujours virulente envers les films de l'acteur, constate avec joie le désintérêt du public pour son film[ag],[cit. 15].

De manière générale, la critique négative remet en question l'intérêt même du projet, et va jusqu'à reprocher à Louis de Funès une sorte de prétention d'avoir imaginé être capable de jouer et mettre en scène du Molière, à l'exemple de L'Humanité Dimanche qui proclame « un ratage, pour une raison toute simple : la comédie moliéresque est une chose trop sérieuse pour être laissée à des comiques »[af],[ag],[28]. Ainsi, l'attitude de la critique envers Louis de Funès pour L'Avare est à rapprocher de celles à l'égard de Raimu interprétant Le Malade imaginaire à la Comédie-Française en 1944 ou de Fernand Reynaud jouant Le Bourgeois gentilhomme en 1962[af], deux comiques s'étant essayés à l'œuvre de Molière[c]. Dans L'Express, Jean-François Revel commentait : « Notre culture élitiste sort ses griffes et se drape dans sa dignité chaque fois qu'un comédien ayant réussi dans le divertissement populaire prétend interpréter un rôle du répertoire classique »[9].

Face à ces critiques mitigées, qu'il essuie avec amertume, Louis de Funès annonce en représailles s'attaquer à « Monsieur Jourdain », personnage principal de la pièce Le Bourgeois gentilhomme, qui représente selon lui « l'expression de la bêtise humaine », sans suite[af].

Un box-office décevant[modifier | modifier le code]

L'Avare sort le 5 mars 1980 dans une combinaison importante de 210 salles dans la France entière, dont vingt-et-une pour Paris et vingt-et-une pour sa périphérie, soit un large circuit de distribution[e]. La presse corporative qualifie de sortie « coup de poing » cette sortie parisienne dans quarante-deux salles[aj]. Ces méthodes de distribution encore récentes, qui consistent à tirer un grand nombre de copies pour sortir dans beaucoup de salles dès la première semaine, ont pour but de toucher d'emblée la majeure partie du public potentiel du film[aj].

Lors de sa première semaine, le film attire 137 813 spectateurs à Paris et en banlieue, soit 15 % du total des entrées du 5 mars au 11 mars 1980, un résultat plutôt convenable mais sans plus[aj]. Le Film français commente amèrement : « La plus grosse combinaison de sortie jamais utilisée à Paris aboutit à un score de 11 000 entrées supérieur, à peine, à celui que réalisait en février 1979 Le Gendarme et les Extra-terrestres, (…) qui était sorti sur presque moitié moins de salles (vingt-quatre) »[aj]. Le film sort pourtant en période de vacances scolaires d'hiver, propice aux films familiaux[12]. Durant sa deuxième semaine, le film perd 12 % de ses entrées parisiennes[12]. La quatrième semaine voit la sortie du nouveau film avec Jean-Paul Belmondo, Le Guignolo, qui écrase la concurrence[aj], avec 37 000 entrées pour son seul premier jour[30]. En comparaison, les résultats du premier jour respectif de L'Avare, Star Trek, le film et 1941 réunis équivalent à 36 000 entrées[30]. Avec ses quarante salles parisiennes, Le Guignolo enregistre 274 697 entrées en une semaine, soit le double de la première semaine de L'Avare[aj],[note 14].

Un bouche-à-oreille médiocre, associé aux mauvaises critiques, fait qu'au fil des semaines le box-office hebdomadaire de L'Avare chute conséquemment[12]. Ces scores peu encourageants, « très en dessous des chiffres escomptés par ses producteurs[30] », sont soulignés avec insistance par la presse[12]. Le film reste douze semaines à l'affiche des salles d'exclusivité parisiennes[aj],[note 15]. L'énorme budget du film est amorti par les recettes françaises des douze premières semaines[aj].

Box-office des premières semaines d'exploitation du film, semaine par semaine, à Paris et en banlieue
Source : « Box-office hebdomadaire Paris 1980 » sur Box-Office Story
Semaine Rang Entrées Cumul Salles no 1 du box-office hebdo.
1 au [32],[1],[aj] 1er 137 813 137 813 entrées 42 L'Avare
2 au [33],[1] 1er 120 218 258 031 entrées 41 L'Avare
3 au [34] 3e 76 001 334 032 entrées 41 Star Trek, le film (1re sem., 37 salles, 99 348 entrées)
4 au [35],[aj] 6e 42 697 376 729 entrées 33 Le Guignolo (1re sem., 40 salles, 274 697 entrées)
5 au [36] 6e 30 285 407 014 entrées 22 Le Guignolo (2e sem., 41 salles, 171 753 entrées)
6 au [37] 14e 17 497 424 511 entrées NC Le Guignolo (3e sem., 41 salles, 101 495 entrées)
7 au [38] 20e 11 897 436 408 entrées NC Le Guignolo (4e sem., 41 salles, 68 979 entrées)

À la fin de son exploitation en salles, le film enregistre 454 394 entrées sur Paris et sa périphérie[aj] et 2 433 452 entrées dans la France entière[12],[cit. 16]. Sans constituer un échec commercial retentissant[aj], L'Avare est un succès modeste face aux résultats habituels de Louis de Funès au box-office, à l'exemple de son film précédent Le Gendarme et les Extra-terrestres qui, avec ses 6 millions d'entrées, était le no 1 du classement annuel français de 1979. Depuis le début de sa période de gloire, l'acteur n'avait connu qu'un seul score plus faible, celui de Sur un arbre perché en 1971, avec 1 622 836 entrées. En Allemagne de l'Ouest, L'Avare n'attire que 880 000 spectateurs, un score qui contraste sévèrement avec celui du Gendarme et les Extra-terrestres et ses 5,6 millions d'entrées outre-Rhin l'année précédente[12]. En Espagne, le film fait 434 586 entrées[39].

En définitive, l'adaptation de l'œuvre de Molière par Louis de Funès et Jean Girault affiche des résultats décevants alors que l'année 1980 a vu les succès de nombreuses comédies françaises comme La Boum, Les Sous-doués, Inspecteur la Bavure ou Le Guignolo[12]. L'Avare parvient à la treizième place du classement annuel des films sortis en France en 1980[note 16]. L'essentiel des entrées est principalement dû à la réputation de l'acteur et à sa base solide d'admirateurs qui viennent en salles dès lors qu'il est à l'affiche, tandis que le bouche-à-oreille n'a par la suite pas fonctionné, en raison des défauts du film[8]. Claude Gensac rappelle aussi que beaucoup de Français ne gardent qu'un souvenir scolaire de Molière, qu'ils ont étudié avec ennui en classe, ce qui expliquerait le peu d'intérêt du public pour cette énième adaptation de son œuvre[40]. Alors qu'il dominait le box-office français dans la seconde moitié des années 1960, Louis de Funès est désormais battu par Jean-Paul Belmondo (devenu commercialement plus puissant), avec certes moins de films chaque année à son actif, et dans un contexte d'hégémonie du cinéma américain, que ce soit des superproductions telles que Apocalypse Now et Alien ou des films d'auteur comme Manhattan de Woody Allen ou Kramer contre Kramer[aj].

Exploitations ultérieures[modifier | modifier le code]

Sorties à l'étranger[modifier | modifier le code]

L'Avare sort également à l'étranger[41], Louis de Funès étant populaire dans toute l'Europe et dans d'autres parties du monde.

Titre « Louis, der Geizkragen ».
Titre allemand du film.
  • en Allemagne de l'Ouest, le , sous le titre « Louis, der Geizkragen »[note 17].
  • aux Pays-Bas, le , sous le titre « De Vrek ».
  • au Portugal, le , sous le titre « O Avarento ».
  • en Espagne (et en Argentine), sous le titre « El avaro ».
  • en Grèce, sous le titre « O megalos tsigounis ».
  • en Bulgarie, sous le titre « Скъперникът ».
  • en République Tchèque, sous le titre « Lakomec ».
  • en Hongrie, sous le titre « A fösvény ».
  • en Pologne, sous le titre « Skapiec ».
  • en Roumanie, sous le titre « Avarul ».
  • en URSS, sous le titre russe « Скупой ».
  • Le titre anglophone du film est « The Miser ».

Diffusions à la télévision française[modifier | modifier le code]

La première diffusion de L'Avare à la télévision a lieu en mars 1983 sur FR3, en hommage à Louis de Funès mort en janvier de la même année[al].

Éditions vidéo[modifier | modifier le code]

L'Avare sort d'abord en VHS, avec notamment une édition en 1992[42]. En 1995, la VHS de L'Avare constitue le no 4 de la collection « Les grands comiques », avec celle de Ah ! les belles bacchantes[43]. Par la suite, le film est présent dans plusieurs intégrales de VHS, en 2002 dans un coffret intitulé L'essentiel de Louis de Funès : 20e anniversaire incluant huit autres films[44], ainsi qu'en 2004 dans un coffret titré Louis de Funès : l'indispensable contenant au total douze films[45].

En 2002, le film sort en DVD chez Studio Canal[46]. Ce dernier inclut une galerie de photos, une filmographie de l'acteur, les bandes-annonces et un documentaire making-of composé de témoignages de Christian Fechner, Michel Galabru, Claude Gensac et Michel Modo et de l'archive de l'interview de Louis de Funès par Michel Drucker[46]. En 2003, ce DVD est commercialisé dans un pack duo avec La Zizanie[47]. En 2004, L'Avare constitue le no 10 de la collection « Comiques de légende »[48]. En 2009, le film est présent dans un coffret avec La Zizanie et Le Tatoué[49] et dans une intégrale de huit films titrée L'essentiel de Louis de Funès[50]. L'Avare ressort ensuite en DVD en 2010, dans une remastérisation en haute définition[51]. Cette édition reprend les bonus de celle de 2002[51]. Ce DVD est par la suite présent dans plusieurs intégrales, dans un coffret l'associant à La Zizanie et L'Aile ou la Cuisse en 2011[52], dans un autre comprenant L'Aile ou la Cuisse et Pouic-Pouic en 2014[53], dans les rééditions de L'essentiel de Louis de Funès en 2015[50] et 2016[54], et dans un coffret de quatre films en 2017[55],[56]. À ce jour, L'Avare n'est pas sorti en Blu-ray.

Postérité[modifier | modifier le code]

Des années après sa sortie, L'Avare de Louis de Funès est l'une des adaptations de Molière les plus souvent montrées dans les collèges et lycées lors qu'est étudiée son œuvre, en raison de la popularité toujours existante de l'acteur principal auprès des jeunes générations[b],[ac],[6]. D'après Patrick de Funès, des professeurs de comédie emploient également des extraits du film pour guider leurs élèves vers une interprétation originale[b].

Malgré les résultats décevants du film, le personnage d'Harpagon reste attaché à Louis de Funès. Dans l'épisode Les hormones de la série d'animation Il était une fois... la Vie, le « conservateur » de la glande thyroïde, réserve d'iode du corps, a les traits de l'acteur dans L'Avare et est très proche de son iode[57]. Le personnage est doublé par Roger Carel et reprend le monologue d'Harpagon. Plusieurs répliques de la pièce sont reprises, telle que « Que la peste soit de l'avarice et des avaricieux ! ».

En 1990, le réalisateur italien Tonino Cervi donne une nouvelle adaptation très libre de la pièce avec L'avaro, interprété par Alberto Sordi, l'un des piliers de la « comédie à l'italienne ».

Analyse[modifier | modifier le code]

Pour plus d'informations sur la pièce originelle de Molière qu'ont adapté Jean Girault, Louis de Funès et Jean Halain, voir L'Avare.

Coupes et modifications du texte original[modifier | modifier le code]

Selon le biographe Jean-Marc Loubier, l'erreur fondamentale de Louis de Funès est « incontestablement d'avoir voulu porter à l’écran cette pièce qui ne peut se donner que sur les planches d'un théâtre où même un texte classique permet moultes libertés » ; avoir voulu conserver la quasi-intégralité du texte original est aussi un faux pas d'après lui car « il ne faut pas hésiter à se démarquer, quitte à trahir. De Funès a voulu rester fidèle, il a eu tort »[24].

Décors et costumes[modifier | modifier le code]

Louis de Funès a donné des indications pour les décors et costumes[i]. Chaque personnage se voit attribuer une couleur dominante pour ses costumes[i], conçus dans des couleurs très contrastées, très vives, avec par exemple le vêtement d'Harpagon entièrement noir ou la robe de Frosine rose foncé[58]. Les décors sont dans des teintes pastel un peu fanées[i]. L'association des couleurs des costumes et des décors doit donner « une impression de gaieté »[i].

Sur demande de Louis de Funès, Albert Uderzo (ici dessinant Astérix en 1971) a dessiné les chevaux d'Harpagon pour une scène du film.

L'acteur-réalisateur a demandé à Albert Uderzo, dessinateur d’Astérix, de dessiner en taille réelle les chevaux d'Harpagon, pour la scène où maître Jacques montre à l'avare leur maigreur et refuse de les utiliser, tellement ils sont peu nourris[59]. Uderzo accepta et réalisa « ce dessin de deux chevaux malingres, malades parce qu'affamés et pour cause, leur propriétaire était avare ! »[59]. Le dessinateur lui-même jugeait que l'idée de remplacer de véritables animaux par des dessins en taille réelle était « farfelue »[59]. Pour Michel Galabru, cette invention — « un cheval qu'Uderzo avait fait si splendide qu'on ne pouvait pas avoir pitié » selon lui[e] — fait partie des quelques « fautes très lourdes » commises par Louis de Funès dans son adaptation : « Je n'ai rien dit à l'époque mais il ne fallait pas qu'Uderzo dessine le cheval dans la scène de maître Jacques. Avec cette toile de fond, le monologue ne voulait plus rien dire et allait à l'encontre de l'évocation voulue par Molière. Le classique ne s'accommode pas trop de plaisanteries et de pastiches »[am]. Toujours selon l'acteur, le décor était trop riche par rapport à l'avarice d'Harpagon : « d'une part, La Merluche disait “J'ai mon hauts-de-chausses tout troué par-derrière, et qu'on me voit, révérence garder…”, tandis que d'autre part, la cuisine était somptueuse avec partout des jambons et des bouteilles. L'avare ne peut pas avoir une cuisine aussi riche »[e].

Mise en scène, interprétation et influences[modifier | modifier le code]

Les apartés, les répliques destinées au public et non aux autres personnages, sont prononcés en regard caméra par les comédiens, une idée que Louis de Funès tire de la prestation de Laurence Olivier dans Richard III, adapté de la pièce de Shakespeare[9].

Qualité de l'adaptation et de la réalisation[modifier | modifier le code]

Réalisateur et ancien acteur, Gérard Oury juge que Louis de Funès, qu'il a dirigé avec succès dans Le Corniaud, La Grande Vadrouille, La Folie des grandeurs et Les Aventures de Rabbi Jacob, n'aurait pas dû réaliser lui-même L'Avare[24] :

« Je n'ai jamais cru que Louis écrirait un film. Le problème de la mise en scène tient dans l'idée d'ensemble. Être comédien c'est du nombrilisme. Être metteur en scène c'est avoir l'œil sur tout. C'est construire. Il est difficile de faire les deux à fois. Louis ne le pouvait pas… L'Avare a été réalisé au détriment de son investissement personnel d'acteur. Il aurait fallu que Louis se réserve. »

— Gérard Oury[24],[h].

Deux acteurs se sont notamment exprimés sur le film. Acclamé pour ses représentations de L'Avare, Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, a dit s'être inspiré — entres autres — de Louis de Funès pour sa propre interprétation d'Harpagon ; sur le film, il a déclaré en 2009 : « Son film L'Avare, filmé par Jean Girault, est exécrable : les autres n’existent pas, tout est pour lui et on le sent très intimidé par le rôle — ce qui est touchant. Mais il est très bon hors-texte, dans des gestes, des mimiques. De Funès est le seul acteur dont je me demande : comment fait-il pour être aussi bon dans des films aussi nuls ? »[60]. Christian Clavier, parfois qualifié d'héritier artistique de Louis de Funès (ce qu'il réfute), s'exprime sur le film en 2018, à l'occasion du 35e anniversaire de la mort de l'acteur : « Il passe à côté de l'étude psychologique des personnages pour ne se concentrer que sur les situations. Il a négligé une chose fondamentale, c'est que l'avare est amoureux de la même femme que son fils. Il n'est pas seulement un radin obsédé par sa cassette. Dans son film, le rapport à l'argent devient caricatural et anecdotique, alors que l'un des ressorts essentiels de la pièce est que le personnage pense que plus il économise, plus il vivra longtemps. Malheureusement, Louis passe à côté de cela »[61].

Six mois après la sortie du film, Louis de Funès jugeait lui-même : « J'ai manqué mon Avare »[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À la fin des années 1970, avec notamment le succès critique et public du Molière d'Ariane Mnouchkine, la production audiovisuelle française connaît un regain d'intérêt pour les adaptations de pièces de théâtre de Molière. Ses œuvres les plus célèbres sont alors régulièrement adaptées en téléfilms. Par exemple, à la même période, Roger Coggio s'engage dans la réalisation de deux films tirés des pièces de théâtre de l'auteur, Les Fourberies de Scapin et Le Bourgeois gentilhomme (qui sortiront après L'Avare)[12].
  2. Plusieurs fois, ses films à suivre ont été annoncés comme réalisés par lui-même. C'est par exemple le cas dès les prémices du projet du Grand Restaurant en 1958[p]. Aussi, en 1967, lors du tournage d’Oscar, il évoquait « le contrat que j'ai signé avec Gaumont pour deux films que je dirigerai moi-même. [...] Je n'ai pas encore choisi de scénario. Mais comme je suis pas sûr d'avoir envie de jouer au metteur en scène l'an prochain, je me suis réservé le droit de désigner un réalisateur de mon choix », deux films — Hibernatus et L'Homme orchestre — finalement réalisés respectivement par Édouard Molinaro et Serge Korber[o].
  3. Durant toute sa carrière, Louis de Funès a tenu à ne percevoir qu'un unique cachet pour chaque film. Seule exception : il avait accepté d'obtenir un pourcentage des recettes pour La Grande Vadrouille, qui a par ailleurs été le plus gros succès de sa carrière. Être coproducteur de ses films lui aurait permis de percevoir des revenus supplémentaires, en fonction des recettes, en plus de son cachet. Acteur parmi les mieux payés d'Europe, il considérait que le cachet qu'il touchait était déjà suffisamment élevé pour le métier qu'il exerçait (d'après Christian Fechner, « il n'imaginait pas qu'on puisse gagner plus »). Il refusait d'assumer d'autres fonctions que celle d'acteur, contrairement à d'autres vedettes comme Alain Delon, qui était co-producteur de ses propres films et utilisait son image à des fins commerciales[q].
  4. La première rencontre cinématographique entre Louis de Funès et Michel Galabru remonte au film Nous irons à Deauville, en 1962. Ils se sont ensuite retrouvés dans les six films du Gendarme de Saint-Tropez, Le Petit Baigneur et Jo.
  5. Claude Gensac retrouve ainsi un rôle d'ampleur aux côtés de Louis de Funès, après avoir été absente de ses derniers films et reléguée dans un rôle mineur dans L'Aile ou la Cuisse. « Madame de Funès à l'écran », elle a interprété les épouses des personnages de Louis de Funès dans Oscar, Les Grandes Vacances, Le gendarme se marie, Hibernatus, Le Gendarme en balade, Jo, Le Gendarme et les Gendarmettes.
  6. Constituant le duo comique « Grosso et Modo », Guy Grosso et Michel Modo sont des partenaires réguliers de Louis de Funès. Après leur rencontre sur scène lors de La Grosse Valse, ils apparaissent notamment à ses côtés au cinéma dans La Belle Américaine, Le Corniaud, Le Grand Restaurant, La Grande Vadrouille, Les Grandes Vacances et dans les six films du Gendarme de Saint-Tropez.
  7. Franck Cabot-David a notamment été l'acteur principal de la série télévisée Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut de Jean Delannoy, d'après Manon Lescaut.
  8. Parmi ces rares lieux de tournage extérieurs à Senlis, Harpagon descend un escalier de la place de la Fontaine des Étuves lorsqu'il est poursuivi par la quêteuse, puis il passe par les rues de la Treille et de la Chancellerie. L'entrée de la maison d'Harpagon est au no 4, rue des Cordeliers. L'entrée du notaire maître Simon se situe rue du Haubergier. (L'Avare (Jean Girault, Louis de Funès, 1980) sur la page « Paname Urbex » sur Facebook)
  9. L'idée de tourner là-bas lui était venue en pleine nuit, lors de l'écriture du scénario : « Écoute, j'ai une idée pour la fin du film ! Je vais traîner la cassette dans le désert ! Nous allons tourner la scène à Nefta. » lança-t-il à son épouse[aa].
  10. D'après le catalogue de la Bibliothèque nationale de France, Jean Bizet aurait publié une quinzaine de partitions diverses, toutes aux éditions musicales transatlantiques[18]. On trouve notamment plusieurs œuvres destinées aux concours de l'École normale de musique de Paris.
  11. Autre objet publicitaire[9], un coffret de trois disques 33 tours LP paraît chez WEA Filipacchi Music au moment de la sortie du film, contenant l'intégralité des dialogues du film, découpé par actes et scènes[25]. Un simple disque 45 tours titré « Au voleur, au voleur / Scène de la bastonnade » est également édité, avec le monologue de la cassette (acte I, scène 7) sur une face et la scène de la bastonnade de maître Jacques par Harpagon (acte III, scènes 1 et 3) sur l'autre[26].
  12. La bande-annonce parle de « l’événement cinématographique 1980 ».
  13. Robert Chazal est l'auteur de la première biographie de l'acteur et l'unique publiée de son vivant : Louis de Funès, Paris, Éditions Denoël, collection Étoiles, 1972.
  14. Avec sa campagne de promotion d'envergure et la popularité de Louis de Funès, L'Avare était prévu comme un grand succès en salles par les producteurs, les exploitants de salles et le reste de la profession. Il devait même rivaliser avec Le Guignolo, avec Jean-Paul Belmondo, autre champion du box-office français. La Revue du cinéma annonçait que « le mois de mars verra l’affrontement des deux supergrands du box-office avec la sortie de L'Avare et du Guignolo[31] ».
  15. La période d'« exclusivité » d'un film désigne en France son exploitation dans les salles de première exclusivité à Paris, et parfois au même moment dans une grande ville en régions. Le film est uniquement projeté dans ces salles situées aux abords des Champs-Élysées, avec un accueil de qualité supérieure, pour lequel le spectateur paie un tarif maximal. Par la suite, quelques semaines plus tard, le film termine sa période d'« exclusivité » et commence à être projeté dans les salles de continuation, situées dans les mêmes quartiers mais aux tarifs plus bas. À partir des années 1970, ce système est peu à peu mis à mal par les sorties simultanées dans la France entière de grosses productions, dont celles de Louis de Funès.
  16. À la 13e place, L'Avare se situe derrière Le Coup du parapluie de Gérard Oury avec Pierre Richard et devant La Banquière avec Romy Schneider. Le Guignolo est à la 9e place. L'Avare est le 8e film français de la liste, en excluant les succès des films étrangers L'Empire contre-attaque, Kramer contre Kramer, Y a-t-il un pilote dans l'avion ? et The Blues Brothers.
  17. En Allemagne de l'Ouest, Louis de Funès était au départ appelé Balduin pour des raisons inconnues. Chacun de ses films comportait ce prénom dans le titre, à l'exemple de Balduin, der Heiratsmuffel (Le gendarme se marie) ou Balduin, der Trockenschwimmer (Le Petit Baigneur), bien que le personnage garde son nom d'origine dans le film. Par la suite, les distributeurs de RFA ayant dû admettre qu'appeler Balduin un acteur nommé Louis était absurde, ses quatre derniers films sont exploités avec son vrai prénom : Louis’ unheimliche Begegnung mit den Außerirdischen (Le Gendarme et les Extra-terrestres), Louis, der Geizkragen (L'Avare), Louis und seine außerirdischen Kohlköpfe (La Soupe aux choux) et Louis und seine verrückten Politessen (Le Gendarme et les Gendarmettes). (Dicale 2012, p. 27-28)

Citations[modifier | modifier le code]

  1. Louis de Funès[5] : « Il y a une chose qui me fera toujours beaucoup rire, c'est le moment où un certain nombre de personnes — un très grand nombre — perdent leur dignité. Et principalement pour des questions d'argent. »
  2. Jean Girault[7] : « Je me souviens très bien de la mère de Louis. Une petit femme marrante. Pour jouer L'Avare, il a pensé à elle. Ils n'étaient peut-être pas très riches dans la famille et elle cachait son argent. Si elle ne retrouvait pas un billet ça la rendait malade. »
  3. Réalisateur de La Folie des grandeurs, Gérard Oury explique que le personnage de don Salluste dans son film tient « un peu d'Harpagon de L'Avare de Molière, un peu de Salluste dans Ruy Blas » et possède « un côté démiurge comme le professeur Henry Higgins dans Pygmalion » (interview de 1971)
  4. Louis de Funès, Première, décembre 1979[5] : « Ce qui me plaît dans un personnage comme Harpagon, c'est qu'il a toutes les qualités qu'on n'ose pas avouer d'habitude. Or, ces gens-là, sous l'Ancien Régime, avaient d'emblée, tous les droits pour eux. C'étaient les patrons d'autrefois, c'était la justice… Moi, j'adore interpréter les patrons de petit acabit, genre petit contremaître bien vilain, bien traître, bien méchant. »
  5. Jean Anouilh, préface du programme de La Valse des toréadors, 1973 (Dicale 2009, p. 439) : « La Valse des toréadors (…) n'a d'autre ambition que de faire rire. Peut-être y parviendra-t-elle, grâce au génie de Louis de Funès qui a d'instinct retrouvé un très ancien style de jeu qui remonte aux atellanes, passe par la commedia dell'arte, les tréteaux du Pont-Neuf, pour aboutir à l'Illustre Théâtre et, j'en suis persuadé, à la façon de jouer du patron du théâtre français (…). Car, je le savais, moi aussi, depuis toujours, mais j'en ai eu la confirmation en épluchant des critiques de l'époque (qui avaient déjà très bon goût) : Molière, comédien, devait jouer comme ça. Lui aussi faisait des grimaces et trop de gestes pour les loges qui pinçaient le nez — tandis que le parterre hurlait de rire. Les loges étaient alors de droite, elles sont de gauche aujourd'hui et le parterre, qui est ni de droite ni de gauche, hurle toujours de rire. Cela doit tout de même vouloir dire quelque chose. »
  6. Jean Chouquet[h],[4] : « Louis de Funès, avec moi, a dit le monologue de L'Avare. Depuis ce moment précis, il n'a plus pensé qu'à le réinterpréter. L'Avare le passionnait, il disait « Un jour, je monterai L'Avare. ». Il ne le fit que vingt ans plus tard… »
  7. Article de presse[j] : « Louis de Funès fera ses grands débuts dans la comédie classique, le 25 juin, en interprétant L'Avare, mis en scène par Daniel Sorano, dans le cadre du festival de Brive-la-Gaillarde. (…) Rosy Varte, Jeanne Patrick et Christiane Desbois feront également parti de la distribution de L'Avare qui sera présenté deux fois à Brive-la-Gaillarde et trois fois à Carcassonne. »
  8. Christian Fechner[g] : « Je pense qu'il aurait rêvé jouer L'Avare au théâtre. Je crois que ça aurait été un événement énorme. C'est parce qu'il ne pouvait plus le faire sur scène qu'il l'a fait au cinéma. »
  9. Louis de Funès[i] : « J'ai horreur du bavardage au cinéma. Tous les dialoguistes me redoutent : cric-crac-cric-crac, je coupe dans leurs textes. Je ne pouvais pas faire cela à Molière, mais le cinéma peut-il supporter de longues répliques ? Oui, je le sais depuis que j'ai vu à la télévision, Laurence Olivier et Katharine Hepburn dans Il neige au printemps. »
  10. Christian Fechner[q] : « Arrive donc L'Avare, un film qui lui tient particulièrement à cœur. Puisque depuis nous avons signé notre contrat après L'Aile ou la Cuisse, il a été d'une correction exemplaire vis-à-vis de moi, je n'ai pas de raison de lui rendre la pareille. Je lui propose d'être coproducteur. Comme je le connais, j'ajoute : « Vous ne risquez pas tout votre salaire, juste une petite partie. » Et il accepte. Les contrats de coproduction sont signés et tout est en ordre quand le dimanche, veille du tournage, il m'appelle et me dit : « Christian, ça ne va pas. Ça fait des semaines que je réfléchis à nos accords et ça me dérange. – Pourquoi ? – Vous me connaissez, je suis bilieux, je passe et je repasse des choses dans ma tête. Le film va probablement marcher ; vous allez probablement m'envoyer des comptes très brillants mais je ne pourrai jamais m'empêcher de me demander si ces comptes sont vraiment exacts. Et ça va me gâcher le plaisir éventuel de recevoir plus d'argent. – Alors que voulez-vous qu'on fasse ? – Ce qui me ferait plaisir, c'est qu'on revienne au contrat d'avant. » Et c'est ce qu'on a fait. Pour les films suivants, on n'a plus reparlé de l'idée de coproduction. »
  11. Madeleine Barbulée à Jean-Marc Loubier, le 28 septembre 1980[t] : « Louis, que je connaissais depuis ses débuts, m'a appelée (…) Il m'a dit en quelques mots ce qu'il attendait de moi et je ne pouvais pas lui refuser. On avait souvent tourné ensemble à nos débuts, et puis nous avions un ami commun : Jean Anouilh. J'ai dit oui sans même lui demander combien je serais payée. Il avait eu la courtoisie de penser à moi et, sans être une intime je n'ai jamais douté de sa générosité — il a dû savoir que je traversais une passe financière difficile mais il ne m'en a jamais rien dit. Il était comme ça, Louis. Il ne disait pas. Il faisait »
  12. Christian Fechner racontait que « quand [Louis de Funès] achetait un journal, il arrachait la page des spectacles et la mettait à la poubelle avant de lire. Il avait peur d'un article qui l'aurait trop touché »[ah].
  13. Georges Charensol, Les Nouvelles littéraires, 17 mars 1980[ag],[28] : « Il nous convie à une bouffonnerie conforme à la tradition inaugurée par Molière qui, en bon disciple des comédiens italiens, devait, comme on dit, en faire des tonnes. De Funès ne néglige aucun effet, même il en rajoute, pas tous du meilleur goût, comme son déguisement en paon, mais je reconnais que la salle s'esclaffe, donc il a raison. »
  14. Michel Perez, Le Matin de Paris, 1980[ai] : « Personnellement, je n'ai jamais été convaincu (sauf au temps de son numéro des Branquignols) de la force comique du tempérament de Louis de Funès, et j'ai toujours soupçonné qu'il aurait pu être un comédien de génie dans un registre tout à fait opposé. L'Avare me semble fonctionner sur un terrible malentendu et je n'y vois qu'un comédien qui se donne un mal extraordinaire pour être fidèle à son image de comique national en multipliant les apartés grotesques, les mimiques appuyées, les borborygmes et les gloussements qui ont fait sa gloire alors qu'il lui était peut-être plus facile d'être convaincant en se privant de ses effets de choc. »
  15. Serge Daney, Les Cahiers du cinéma, mai 1980[ag] : « Grisé par la rumeur flatteuse qui voyait en lui l'Harpagon idéal, Louis de Funès cosigne avec Jean Girault un Avare hideux qui nous entraîne nettement en dessous du Smic esthétique. Il perd ainsi toute chance de passer in extremis dans l'histoire du cinéma, ne passe pas par la case départ et ne touche pas vingt mille francs. Matraquées, les masses et les scolaires boudent néanmoins ce pénible navet. L'Avare ne rentrera pas dans son argent : il y a donc une justice. »
  16. Lorsqu'on l'interroge sur le « demi-succès » de L'Avare, Louis de Funès rétorque pourtant : « Comment ça un demi-succès ? On a fait 600 000 entrées, rien qu'à Paris »[ak].

Références[modifier | modifier le code]

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  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Franck et Jérôme Gavard-Perret, « Chronique d'un film : L'Avare de Jean Girault et Louis de Funès (1980) », Chroniques de films, sur Autour de Louis de Funès (consulté le 12 février 2018).
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  7. a et b Annick Rannou, « Deux milliards pour un Avare », Télé Star, no 179,‎ , p. 12-13 (lire en ligne).
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Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

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  37. Leguèbe 2003, p. 89.
  38. Dicale 2009, p. 513.
  39. Galabru et Raveleau 2016, lire en ligne sur Google Livres.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

icône image Médias externes
Images
L'affiche de L'Avare, crée par René Ferracci.
Vidéos
La bande-annonce du film sur Allociné.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Michel Galabru et Alexandre Raveleau, Les Rôles de ma vie, Paris, Hors Collection, , 316 p. (ISBN 2258135818)
  • Voir aussi l'article « Louis de Funès » pour une large bibliographie sur l'acteur.

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Films documentaires[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]