Déjà-vu

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Le déjà-vu est la sensation d'avoir déjà été témoin ou d'avoir déjà vécu une situation présente, accompagnée d'une sensation d'irréalité, d'étrangeté. Il s’agit d’une forme de paramnésie[1] (du grec para, « à côté », et mnésis, « mémoire », formé sur amnésis). Cette impression touche à peu près 70% des gens soit 7 personnes sur 10. Selon le psychologue suisse Arthur Funkhouser, on peut en distinguer trois types différents : le déjà vécu, le déjà senti et le déjà visité[2].

Ce terme a été créé en 1876 par Émile Boirac (1851-1917), qui l'a employé dans son livre L’Avenir des sciences psychiques. Il est aujourd'hui utilisé internationalement, après avoir écarté tous ses concurrents, français et étrangers. Par exemple : Souvenir du présent (Bergson 1908), Illusion of familiarity (Jasper 1954), Identificerende Erinner-ungsfälschung (Kraepelin 1887), etc.

Caractéristiques du déjà vu[modifier | modifier le code]

La meilleure définition serait celle de Neppe : « Toute impression subjectivement inappropriée de familiarité d'une expérience présente avec un passé indéfini »[3]. Cette impression est à distinguer :

  • du flashback : où l'on se voit revivre une expérience passée.
  • de la cryptomnésie : où un souvenir enfoui réapparait comme un élément nouveau, et non pas rappellé.
  • du pressentiment actualisé : où le présent a été pressenti.
  • de l'éclair de mémoire : où un souvenir surgit tout à coup , dans un présent « normal ».
  • de la dépersonnalisation : où l'on a le sentiment de n'être plus soi-même dans un présent étrange.

Le déjà-vu est une expérience intime et personnelle, qui ne peut être jugée ou partagée par autrui. Le sujet a le sentiment de reconnaitre une situation présente nouvelle comme familière (déjà vue), tout en ayant conscience que c'est impossible (le « déjà-visité » au cours d'un premier voyage, par exemple). Ce qui engendre une perplexité qui peut aller jusqu'à l'anxiété, d'autres au contraire peuvent trouver la situation plaisante. L'impression de déjà-vu est un mélange d'affectivité (le « déjà senti »), de perception (reconnaissance) et de mémoire (passé indéfini). La reconnaissance peut être très précise, aller jusqu'aux détails de la situation présente, mais cette précision de perception s'oppose à l'imprécision de mémoire (incapacité de déterminer où, et quand, a eu lieu la supposée situation d'origine).

Cette reconnaissance peut s'accompagner du sentiment d'être capable de prévoir ce qui va arriver. Le sujet peut s'en servir pour tester la réalité de ses impressions, et les faire disparaitre.

Le déjà-vu peut être mineur, de faible durée, de quelques secondes à 1 ou 2 minutes, il apparait et disparait rapidement. C'est la forme la plus décrite par les auteurs littéraires. La forme majeure, elle, se prolonge, pour être vécue comme une intrusion indésirable. Le sujet a l'impression de « déjà-vécu » une, voire plusieurs fois dans le passé. Cette impression a du mal à disparaitre[3].

Une personne sur deux aurait vécu, au moins une fois, un déjà-vu (forme non pathologique). Les formes pathologiques sont liées à des troubles neurologiques ou psychiatriques.

Causes[modifier | modifier le code]

Le déjà-vu est un phénomène commun qui n'a rien de spécifique. A lui seul, il n'a pas de valeur diagnostique ou pronostique.

formes non pathologiques[modifier | modifier le code]

Chez le sujet normal, le déjà-vu peut survenir spontanément ou suite à la fatigue, à l'émotion, au stress, à un état anxieux, à la prise de drogues ou de médicaments[4]. Les données sont contradictoires ou discutées en ce qui concerne le niveau d'éducation et le statut socio-économique (le déjà-vu serait fréquent chez les plus diplômés). Il en est de même pour le type de personnalité, le déjà-vu serait plus fréquent chez la personnalité dite obsessionnelle, qui remet en doute la perception de la réalité, ou la personnalité dite hystérique, en fabulation consciente ou inconsciente, en demande affective pour attirer l'attention de l'autre.

formes pathologiques[modifier | modifier le code]

L'épilepsie temporale est la cause la plus étudiée. Le déjà-vu se manifeste au début des troubles annonciateurs (aura) de la crise. Il s'accompagne de déjà-senti et de déjà-entendu, avec des illusions et des hallucinations visuelles et auditives, dans un climat désagréable, voire de peur.. Il s'ensuit un automatisme moteur (gestes répétitifs) et mental (pensées forcées, répétitives) qui s'impose au sujet. Le processus peut se poursuivre jusqu'à la crise généralisée avec perte de conscience. Les zones cérébrales en cause sont le lobe temporal, l'hippocampe, le noyau amygdalien, la corne d'Ammon. La stimulation de la zone rhinale (située sous l'hippocampe) de patients épileptiques déclenche dans 11 % des cas une impression de déjà-vu[5].

Le déjà-vu peut se rencontrer au cours de nombreux autres troubles neurologiques : neurovasculaires, post-infectieux, post-traumatiques.

En ce qui concerne les troubles psychiatriques, il y a débat sur les rapports du déjà-vu avec la dépersonnalisation. Les deux phénomènes reposeraient sur un trouble d'appréhension de la réalité. Le déjà-vu en serait une forme mineure (le nouveau apparait comme familier), la dépersonnalisation serait une forme majeure (le familier parait étrange, irréel, ce qui peut aller jusqu'au jamais-vu et jamais-vécu). Les avis divergent sur la définition ou les limites exactes du déjà-vu, qui peut être associé ou pas[6], avec les troubles bipolaires, troubles de l'humeur, schizophrénie etc.

Théories explicatives[modifier | modifier le code]

Elles sont très nombreuses car « chaque auteur, qui étudie suffisamment le phénomène, formule la sienne »[3]. Les principales sont les suivantes :

psychologiques[modifier | modifier le code]

Des théories sont basées sur l'émotion. Un élément du réel, par le biais d'une chaine associative inconsciente, réagirait avec un souvenir oublié ou refoulé. Sous l'effet d'une émotion passée transférée en émotion présente, la familiarité du détail est transférée au tout. L'illusion du déjà-vu (perception) ne serait que la réalité d'un réel déjà-éprouvé (émotion). Proches de cette conception, sont les tentatives de reproduire le déjà-vu par hypnose

D'autres théories sont basées sur l'attention. Le déjà-vu serait dû à un déficit transitoire de l'attention, au cours duquel une perception inconsciente continue d'être enregistrée en mémoire (mémoire à court terme). Quand l'attention revient, le sujet est confronté à une double lecture, celle du présent, et celle du souvenir du présent. Le déjà-vu ne serait qu'une perception/mémoire simultanées, un défaut de coordination entre la perception et la mémorisation.

neurologiques[modifier | modifier le code]

Des théories sont basées sur les rapports entre les deux hémisphères cérébraux. Le déjà-vu serait lié à des troubles de transmission, une désynchronisation, ou un décalage entre les deux hémisphères. Le déjà-vu serait une sorte de diplopie (vision double) mentale, on aurait deux souvenirs d'une même situation comme on peut voir double un même objet.

D'autres théories, s'inspirant des exemples pathologiques, font appels à des décharges ou des interruptions neuronales, des excès ou des déficits de neurotransmetteurs, dans telle ou telle zone cérébrale.

Enfin, d'autres font appel à des théories de la mémoire, notamment sur le stockage des souvenirs. Ceux-ci seraient stockées sous forme d'éléments partiels, puis reconstruits au moment du rappel, à la façon d'un hologramme (photographie à 3 dimensions). Le déjà-vu serait basé sur une erreur de stockage, ou de reconstruction d'éléments partiels similaires

psychodynamiques[modifier | modifier le code]

Le déjà-vu est interprété comme une réaction de défense, contre une anxiété inconsciente liée à la situation présente. Le déjà-vu fait office de mémoire-écran pour se protéger. C'est une réassurance qui réalise aussi un désir de seconde chance, voire de puissance du déjà-expérimenté. Le déjà-vu serait ici un encore-vu. Dans Psychopathologie de la vie quotidienne (1901), Sigmund Freud considère que le déjà-vu est bel et bien la reviviscence (réapparition d'un souvenir) d'une perception, mais de la perception d'un fantasme inconscient et dont on ne peut donc se souvenir consciemment.

Le déjà-vu peut être assimilé à un déjà-rêvé. Dans L'interprétation des rêves (1900), le déjà-vu est un thème de rêve (le déjà-vu dans un rêve, où l'on rêve d'un déjà-vu). Freud l'interprète comme une reviviscence des voies génitales de la mère, « un endroit dont chacun peut dire, à juste titre, que c'est un déjà-visité »[3].

neuropsychologique[modifier | modifier le code]

L'approche neuropsychologique est principalement dominée par deux chercheurs, le Pr Chris Moulin et le Pr Anne M Cleary.

Le Pr Moulin avance que la sensation de déjà-vu serait un trouble dans le processus de familiarité, l'un des deux processus mentaux servant à retrouver un souvenir en mémoire[7]. Selon lui, une augmentation inappropriée de la familiarité provoquerait le sentiment de familiarité envers le stimulus présent. Cette augmentation trouverait son origine dans le lobe temporal, lobe étant très relié aux états pathologiques du déjà-vu comme les prouve les études avec les patients atteints d'épilepsie temporale[5].

L'approche du Pr Cleary trouve ses origines dans les théories de la Gesltatl. Selon elle, les ressemblances visuelles entre une scène stockée en mémoire à long terme et un stimulus visuel seraient à l'origine de la sensation de déjà-vu[8].

Cependant cette hypothèse semble difficilement envisageable du fait que des personnes atteintes de cécité semble tout de même avoir des sensations de déjà-vu. Cette sensation aurait donc une origine cérébrale et non visuelle[9].

parapsychologiques[modifier | modifier le code]

Le déjà-vu serait un souvenir de rêves prémonitoires, ou encore de vie antérieure, ce qui implique alors la métempsycose ou la réincarnation. Ce serait aussi une réception télépathique, ou bien le souvenir par corps astral qui se sépare de nous pour aller en éclaireur..

Les déjà-vu comme souvenir émanant d'un univers parallèle, ou comme souvenir implanté, appartiennent pour l'instant au domaine de la Science-Fiction ou des dessins animés japonais (voir la liste ci-dessous).

La sensation de déjà-vu dans la culture[modifier | modifier le code]

Au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Stephen King, "That feeling, you can only say what it is in french" paru dans le recueil de nouvelles "Tout est fatal" en 2003
  • Edgar Allan Poe, Histoires extraordinaires.
  • Funkhouser, Arthur (1996). Three types of deja vu.
  • Dickens, Charles (1991). Personal History of David Copperfield. Time Warner Libraries.
  • Howstuffworks What is déjà vu? Moulin, C.J.A.
  • Conway, M.A. Thompson, R.G., James, N. & Jones, R.W. (2005). Disordered Memory Awareness: Recollective Confabulation in Two Cases of Persistent Déjà vecu, Neuropsychologia (43): 1362-1378.
  • Hawthorne, Nathaniel (1863). Our Old Home, Boston: Houghton Mifflin & Co.. ISBN 1-4043-7424-8.
  • Scott, Sir Walter (1815). Guy Mannering or The Astrologer, Edinburgh: J. Ballantyne & Co.

Dans la chanson[modifier | modifier le code]

  • Déjà vu, Michel Sardou (Paroles : M. Sardou, Musique: J.-P. Bourtayre), 1992
  • Deja vu - groupe de rock français originaire de lyon
  • Deja Vu Ain't What It Used To Be, chanson du groupe Skyclad sur l'album Folkemon
  • Deja Vu, album du quatuor folk-rock américain Crosby, Stills, Nash & Young, paru en 1970.
  • Deja Vu, chanson de Iron Maiden sur l'album Somewhere in Time
  • Déjà vu, chanson de Luna Sea sur l'album Image
  • Déjà Vu, chanson de Beyonce sur l'album Green Light Freemasons Ep en 2004
  • Déjà Vu, chanson d'Eminem sur l'album Relapse en 2009
  • Déjà Vu, chanson de Closterkeller sur l'album Aurum en 2009
  • Déjà Vu, chanson de Steve Hackett sur l'album Watcher Of The Skies: Genesis Revisited en 1996
  • Deja Vu, chanson de Lord Tariq & Peter Gunz sur l'album Make It Reign en 1998
  • Deja Vu, chanson des Troggs sur l'album Athens Andover en 1992
  • Déjà vu, morceau issu de l'album Odyssey du guitariste Yngwie Malmsteen en 1988
  • L'impression du déjà vu, chanson de Serge Gainsbourg, interprétée par Jane Birkin.
  • Strange déjà vu, chanson de Dream Theater, sur l'album Metropolis Part 2: Scenes from a Memory - Scenes Two, Part Two. Paru en 1999
  • Déjà Vu, chanson de 3OH!3 sur l'album Streets Of Gold
  • Déjà Vu, chanson de Inna featuring Bob Taylor, sur l'album Hot
  • Déjà vu, chanson de Raphael, tirée de l'album Super Welter, 2012
  • Déjà vu, chanson de Shy'm sur l'album Prendre l'air
  • My deja vu", Ace of Base
  • "Déjà vu", Disiz La Peste
  • Deja Vu, Sonamoo (groupe coréen, K-POP)
  • Deja Vu, AKB48 (groupe japonais, J-POP)
  • "Déjà vu",SS501(groupe coréen,K-POP)
  • Deja vu, chanson de Dave Rodgers
  • DEJAVU, chanson du groupe de j-rock UVERwold tiré du single Nano・Second.
  • Deja vu, chanson du group Yeah Yeah Yeahs sur l'album Show Your Bones, paru en 2006
  • Of The Soul, chanson du Rappeur Mac Miller
  • Deja vue, SKY LA REVOLTE
  • Deja Vu, DVBBS & Joey Dale (ft. Delora)
  • Déjà vu, chanson de Giorgio Moroder interpretée par Sia, tirée de l'album Déjà vu sorti en Juin 2015

Dans les mangas et les animés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paramnésie, in Dictionnaire de l'Académie de médecine. http://dictionnaire.academie-medecine.fr/?q=paramnesie
  2. Funkhouser, Arthur, Three types of déjà vu, 1996
  3. a, b, c et d (en) H.N Sno, « The Déjà Vu experience : Remembrance of Things Past ? », The American Journal of Psychiatry, no 147,‎ , p.1587-1595
  4. T. Taiminen et S. K. Jääskeläinen, « Intense and recurrent déjà vu experiences related to amantadine and phenylpropanolamine in a healthy male », Journal of Clinical Neuroscience: Official Journal of the Neurosurgical Society of Australasia, vol. 8,‎ , p. 460–462 (ISSN 0967-5868, PMID 11535020, DOI 10.1054/jocn.2000.0810, lire en ligne)
  5. a et b (en) « Déjà Experiences in Temporal Lobe Epilepsy »
  6. (en) Alan S. Brown, The D j Vu Experience, Taylor & Francis, (ISBN 9780203485446, lire en ligne)
  7. Akira R. O'Connor et Chris J. A. Moulin, « Recognition without identification, erroneous familiarity, and déjà vu », Current Psychiatry Reports, vol. 12,‎ , p. 165–173 (ISSN 1535-1645, PMID 20425276, DOI 10.1007/s11920-010-0119-5, lire en ligne)
  8. (en) Anne M. Cleary, « Recognition Memory, Familiarity, and Déjà vu Experiences », Current Directions in Psychological Science, vol. 17,‎ , p. 353–357 (ISSN 0963-7214 et 1467-8721, DOI 10.1111/j.1467-8721.2008.00605.x, lire en ligne)
  9. Akira R. O'Connor et Christopher J. A. Moulin, « Normal patterns of déjà experience in a healthy, blind male: challenging optical pathway delay theory », Brain and Cognition, vol. 62,‎ , p. 246–249 (ISSN 0278-2626, PMID 16890338, DOI 10.1016/j.bandc.2006.06.004, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]