Distanciation (théâtre)

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La distanciation est un principe théâtral lié au départ à la dramaturgie de Bertolt Brecht. Se positionnant à l'inverse du théâtre aristotélicien, le théâtre épique se fonde, selon Brecht, sur la distanciation (en allemand Verfremdungseffekt). S'opposant à l'identification de l'acteur à son personnage, elle produit un effet d'étrangeté par divers procédés de recul, comme l'adresse au spectateur, le jeu des acteurs depuis le public, la fable épique, la référence directe à un problème social, les songes, les changements à vue, etc. Ces procédés visent à perturber la perception linéaire passive du spectateur et à rompre le pacte tacite de croyance en ce qu'il voit (ce que Jean Ricardou nomme « illusion référentielle » pour le roman).

Dans son Petit organon pour le théâtre, Brecht s'attaque clairement au réalisme. Le principe de la distanciation se place, dit-il, à la « frontière de l'esthétique et du politique », afin de « faire percevoir un objet, un personnage, un processus, et en même temps le rendre insolite, étrange », et de « prendre ses distances par rapport à la réalité »[1]. La distanciation politise la conscience du spectateur et l'amène à réfléchir sur la place de l’acte théâtral dans la société.

Ce principe de « distanciation », déjà développé dans le paradoxe du comédien de Diderot, s'oppose à celui d'« identification » illustré par Horace dans son Art poétique où il prête ces mots au spectateur s'adressant à l'acteur: « Si vis me flere dolendum est primum ipsi tibi. » (Si tu veux que je pleure, tu dois d'abord souffrir toi-même). On trouve une position intermédiaire chez la comédienne Marguerite Moreno, citée par Jules Renard dans son Journal (6 décembre 1895 ): « Un acteur n'est jamais dans la peau de son héros, mais il n'est plus dans la sienne. Quand je joue Monime, je ne pense pas à Monime, mais je ne suis plus Moreno. Je suis métamorphosée en je ne sais quoi de vibrant, de surexcité, d'embêté. »

En plein entracte, alors que la lumière est souvent déjà allumée dans la salle, apparaît « le jardinier » qui vient s'adresser au public (« Lamento du Jardinier ») : « Moi, je ne suis plus dans le jeu. C'est pourquoi je suis libre de venir vous dire ce que la pièce ne pourra vous dire. Dans de pareilles histoires, ils ne vont pas s'interrompre de se tuer et de se mordre pour venir vous dire que la vie n'a qu'un seul but, aimer... ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]