Le Tatoué

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Le Tatoué
Description de cette image, également commentée ci-après
Affiche italienne du film, montrant Louis de Funès à vélo
et Jean Gabin en voiture le poursuivant.

Réalisation Denys de La Patellière
Scénario Pascal Jardin
Acteurs principaux
Sociétés de production Les Films Copernic
Les Films Corona
Ascot-Cineraid
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Genre Comédie
Durée 92 minutes
Sortie 1968

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Tatoué est un film comique franco-italien réalisé par Denys de La Patellière, sorti en 1968.

Confrontant Jean Gabin et Louis de Funès dans un duo comique jusqu'alors inédit, le film est conçu comme un « coup » commercial par le producteur Maurice Jacquin, qui mise sur l'énorme popularité des deux acteurs pour s'assurer un triomphe certain au box-office.

L'écriture du scénario est confiée à l'écrivain Alphonse Boudard qui abandonne rapidement le projet, faute d'aboutir à un scénario convenable. Le dialoguiste Pascal Jardin intervient pour tenter de terminer le scénario à temps. Finalement, le réalisateur Denys de La Patellière se voit obligé de commencer le tournage sans véritable scénario. Tout est tourné dans l'ordre chronologique de l'histoire, pour suivre le travail d'écriture de Pascal Jardin, qui écrit les scènes au jour le jour. Le tournage se déroule du à , aux studios de Boulogne et en extérieurs en Dordogne, notamment au château de Paluel. Pour diverses raisons, une certaine mésentente règne durant ce tournage entre Jean Gabin et Louis de Funès, malgré leur bonne entente lors de leurs précédentes rencontres dans La Traversée de Paris et Le Gentleman d'Epsom.

Louis de Funès interprète Félicien Mezeray, un marchand d'art qui veut à tout prix racheter un tatouage réalisé par Modigliani que porte dans son dos un ancien légionnaire nommé Legrain, joué par Jean Gabin, et lui propose en échange de faire retaper sa maison de campagne, sans savoir que celle-ci est un château du XIIe siècle en ruines, car Legrain se trouve être en réalité un comte et châtelain désargenté.

Malgré des critiques plutôt négatives, Le Tatoué est le succès de la rentrée 1968 avec plus de 3,2 millions d'entrées et se classe ainsi à la huitième place des films sortis cette année-là. Ce score au box-office est toutefois très inférieur aux résultats habituels des films de Louis de Funès et de Jean Gabin de l'époque.

Résumé détaillé[modifier | modifier le code]

Le tatouage tant convoité de Legrain réalisé par Modigliani ressemble fortement à l'un des portraits de Beatrice Hastings, peint par le célèbre artiste en 1915.

Lors d'une visite chez Dubois, modeste peintre en art naïf, chez qui il achète de grandes quantités de toiles de petite valeur, le marchand d'art Félicien Mézeray fait la rencontre de Legrain, un ancien légionnaire venu se faire portraiturer, qui porte sur le dos un tatouage réalisé par le célèbre peintre Amedeo Modigliani. Mézeray fait aussitôt d'extravagantes propositions pour acheter son tatouage à Legrain, qui refuse net, et va même jusqu'à le suivre chez lui, dans son petit pavillon de Saint-Ouen. Le vieil homme continuant de l'éconduire, Mézeray laisse sa carte de visite et lui propose une offre de 20 millions de francs.

De retour chez lui, Félicien Mézeray, persuadé qu'il arrivera à ses fins, aborde déjà la vente de l'œuvre avec deux acheteurs américains, Smith et Larsen, sans avoir encore convaincu le récalcitrant légionnaire. Avant même de parler du prix de vente du tatouage, il parvient à leur vendre pour 180 millions un lot de peintures sans intérêt dont il veut se débarrasser, en menaçant de céder le Modigliani à un de leurs concurrents. Ils se rendent ensuite chez le légionnaire, qui les accueille avec fracas, mais consent à leur montrer son tatouage un instant, et leur en raconte l'origine : le soir du « Défilé de la Victoire », premier défilé du 14 juillet d'après la Grande Guerre, « il était deux heures du matin, je suis entré au café du Dôme à Montparnasse, il régnait comme une démence. Alors y'a un type qui s'est approché de moi et qui m'a dit « je veux te tatouer une femme dans le dos », et je me suis couché sur le billard. Et ça n'est que vingt ans plus tard que j'ai appris que c'était Modigliani et que j'étais devenu un chef d'œuvre ! » ; la valeur de l'œuvre n'avait néanmoins aucune importance pour lui et il continua à servir la Légion. Bien qu'il n'ait toujours pas l'accord de Legrain, Mézeray revoit plus tard chez lui Smith et Larsen pour négocier la vente de l'œuvre, en présence de son exubérante épouse. Il explique que le tatoué devra subir une opération d'exérèse de sa peau pour prélever le Modigliani. Le prix du tatouage est fixé à 500 millions, Mézeray devant présenter aux Américains la signature écrite de Legrain pour le lendemain à vingt heures, sous peine de devoir rendre les 180 millions déjà donnés pour les tableaux invendables. Le soir, l'épouse de Mézeray s'inquiète de cette affaire qui a été négociée sans même que le vieil homme n'ait donné son aval, mais Mézeray n'en a que faire, et pense plutôt à sa future richesse et son élévation sociale.

Le tacot du comte de Montignac est une Chenard et Walcker de 1925 (ici un modèle proche).

Le jour suivant, dans le pavillon de Legrain, Mézeray fait face à l'intraitable légionnaire, qui refuse des propositions allant jusqu'à cinquante millions pour son tatouage. Legrain lui dit pas être intéressé par l'argent, ne subsistant convenablement qu'avec sa retraite de légionnaire, et lui explique avoir même une propriété à la campagne. Apprenant cela, Mézeray lui propose de la rénover à ses frais en échange de son accord au sujet du Modigliani. Legrain accepte, mais déclare qu'il ne signera cet accord que lorsque les travaux seront commencés. Enthousiaste et pressé d'avoir la signature, le marchand d'art réclame d'aller voir immédiatement la maison de campagne. Tous deux partent donc aussitôt dans la voiture d'avant-guerre du légionnaire, entamant un long périple, au rythme très lent. Étonné par la longueur du voyage, lui qui croyait avoir affaire à une petite maison dans la proche banlieue parisienne, Mézeray apprend finalement de Legrain que sa propriété se situe dans le Périgord noir, et qu'il doivent encore passer une nuit sous la tente avant d'arriver.

Le lendemain, Legrain et Mézeray arrivent aux abords d'un château médiéval en ruines. Au départ ravi d'avoir fait le détour pour voir ces vestiges, et pressé d'enfin arriver à la maison de campagne de Legrain, le marchand d'art déchante rapidement lorsque Legrain lui déclare que cette ruine est la propriété en question. Alors qu'il pensait pouvoir acquérir le Modigliani pour une bouchée de pain en échange de la remise en état d'une petite maison de banlieue, Mézeray se retrouve face à un château en ruines, auquel Legrain veut installer tous les équipements modernes et qu'il désire voir rebâti selon les méthodes anciennes des bâtisseurs de cathédrales, ce qui coûtera des millions. Il apprend que le légionnaire Legrain est en réalité un comte désargenté, dernier de la lignée des Montignac, dont ce château est la demeure ancestrale depuis le XIe siècle. Acculé, ayant signé pour la rénovation de la « maison de campagne » et devant impérativement signer le contrat pour le tatouage, Mézeray se précipite au village de Montignac pour trouver un entrepreneur qui lancera sur le champ les travaux. Moyennant une belle avance, l'entrepreneur Pellot accepte de venir visiter le château : il ne peut commencer immédiatement les travaux mais s'engage à les débuter dès le lendemain matin. Ne pouvant avoir la signature de Legrain avant le début du chantier, Mézeray est donc contraint de passer la nuit au château, en compagnie du légionnaire.

Au cours de cette soirée, Mézeray en apprend plus sur ce curieux personnage. Né en 1896, Enguerrand de Montignac s'est engagé dans la légion étrangère en 1914, sous le nom de légionnaire de « Legrain », du nom de la bonne qu'avait épousé son père, exprès pour agacer ce dernier. La faillite de son père le décida de ne plus jamais dépendre de l'argent et de rejoindre l'armée. Son pavillon de Saint-Ouen lui a par ailleurs été légué par cette bonne. Vivant en misanthrope, Legrain ne semble avoir pour seul ami que « son » rat, Platon, qui traîne dans le château. Dans la nuit, alors qu'ils dorment ensemble dans le seul lit du château, Mézeray et Legrain sont réveillés par les bruits de pilleurs, qui visitent régulièrement le château. Possédant des armes et des explosifs, le comte confie à Mézeray une mitraillette et tous deux poursuivent les trois pilleurs en leur tirant dessus, une équipée que Mézeray trouve très amusante. Montignac fait exploser la voiture des voleurs à la grenade. Les pillards sont repoussés dans les oubliettes du château, dans le bassin du cul-de-basse-fosse plein d'eau croupie.

La maison de campagne à rénover n'est autre qu'un château médiéval en ruines, car Legrain est en fait un comte désargenté, dernier de la lignée des Montignac.

Au petit matin, Mézeray est réveillé au son du clairon par Montignac, et effectue tant bien que mal le rituel matinal du lever de drapeau. Exaspéré par le manque d'aptitudes militaires de Mézeray, l'ancien légionnaire le contraint à faire des mouvements et autres exercices, alors que celui-ci ne demande qu'à déjeuner. Legrain finit par mettre Mézeray en tenue de campagne pour lui enseigner le maniement des armes et le combat. Pellot et ses ouvriers arrivent au château et rencontrent un Mézeray en uniforme excédé par les ordres du légionnaire. Il pousse les ouvriers à rapidement débuter leur oeuvre, les menaçant de son fusil. Les travaux étant enfin considérés comme commencés, le comte accepte de signer la vente du tatouage. Deux gendarmes de Montignac arrivent alors, enquêtant sur les bruits de fusillades entendus près du château dans la nuit. Après que le comte a tenté de leur cacher ses agissements nocturnes, les brigadiers libèrent les pillards emprisonnés dans le cul-de-basse-fosse et les embarquent.

Mézeray et le comte signent finalement leur accord mais, n'ayant pas été informé que le tatouage devra être prélevé de son vivant par une opération chirurgicale, il croit que l'œuvre sera récupérée à sa mort et prévient qu'il faudrait attendre encore beaucoup de temps, ayant notamment eu deux grand-pères centenaires. Pressé d'obtenir la signature après toute cette attente, le marchand d'art omet volontairement ce point crucial et, l'accord signé, se précipite au village. Le ton évasif de Mézeray à propos du prélèvement du tatouage intrigue Legrain. Persuadé qu'il trame quelque chose dans son dos, le comte suit son périple en vélo au loin depuis les remparts avec ses jumelles, et le surprend dans une discussion avec Pellot, à qui il passe une liasse de billets. Quand, un moment après, il esquive de peu une chute de pierres du plafond causée par un ouvrier, le comte imagine que Mézeray a payé l'entrepreneur pour organiser un accident criminel, afin de s'emparer tout de suite du Modigliani. Furieux, le comte s'arme d'un pistolet et s'empresse de rattraper Mézeray à bord de son tacot. Confus, celui-ci est ramené au château et les deux « complices » sont sommés de s'expliquer : Pellot avoue que Mézeray l'a seulement payé pour bâcler les travaux. Bien que Mézeray n'ait pas voulu le tuer, le comte est remonté par cette révélation et se venge en lançant une grenade qui détruit un pan de mur, pour ajouter aux frais de reconstruction. Mézeray s'en fiche et repart en volant la camionnette de Pellot pour rallier au plus vite Paris. En route, Mézeray aperçoit un hélicoptère d'épandage en vol et l'interpelle pour le faire descendre, puis soudoie le pilote pour qu'il l'amène à Paris. Enfin de retour chez lui, il accueille Smith et Larsen et leur présente l'accord signé d'Enguerrand, Louis, Marie de Montignac, en expliquant avec difficulté qu'il s'agit du nom véritable de Legrain. Larsen remarque que l'accord ne stipule nullement que Legrain accepte l'opération de prélèvement, et accuse Mézeray de vouloir les rouler.

Entrée du château de Paluel.

Pour vérifier que l’accord présenté par Mézeray n'est pas un faux, Smith et Larsen font appel à des détectives qui partent dans le Périgord pour rencontrer le comte. Au château de Montignac, où les travaux vont bon train, Legrain scrute l'arrivée de ces hommes suspects et, les voyant se munir d'armes, les prend pour des tueurs envoyés par Mézeray pour tenter une fois de plus de l'abattre. Les deux détectives se faisant passer pour des émissaires du ministère des Affaires culturelles venant visiter le château en raison de sa restauration, le comte leur propose de débuter la visite guidée par le souterrain, et les conduit dans son cul-de-basse-fosse, puis décide de partir pour Paris pour s'expliquer avec Mézeray. Alors qu'il s'apprête à partir, un réalisateur de télévision se présente à lui en expliquant que son émission Chefs-d'œuvre en péril, liée au ministère des Affaires culturelles, veut faire un reportage sur le château ; Montignac le prend pour un autre tueur à gage, recommence son numéro de guide et le jette lui aussi dans ses oubliettes. Après avoir prévenu la gendarmerie de sa nouvelle prise, le comte part pour la capitale, bien décidé à pourfendre le traître marchand d'art. Il fait une entrée tonitruante chez Mézeray, alors que ses enfants donnaient une surprise-partie, et, son sabre à la main, menace de se venger de sa tentative d'assassinat. Mézeray lui explique qu'il n'a pas besoin de le tuer puisqu'il suffit d'une opération chirurgicale pour prélever son tatouage, mais l'ancien légionnaire s'oppose catégoriquement à cela.

Un temps après, ayant reçu l'autorisation du musée de Boston d'acheter le tatouage pour deux millions de dollars, Larsen et Smith réactivent l'affaire en proposant à Legrain de traiter directement avec eux, arguant que leur proposition vaut le triple de la somme avancée par Mézeray. Affirmant ne pas être vénal, Legrain refuse cette offre faramineuse, qu'il juge offensante, de même que de négliger Mézeray, lui ayant donné sa parole d'honneur et sa signature. Face à son insistance et pour ne pas perdre les 180 millions qu'ils ont déjà investis par avance dans les croûtes invendables de Mézeray, les acheteurs américains concrétisent donc l'affaire avec le marchand d'art. Il est finalement conclu que le tatouage sera donc vendu en viager, prélevé à la mort du comte-légionnaire.

Une visite médicale étant au préalable nécessaire afin de se prémunir contre toute détérioration de l'œuvre, le comte de Montignac passe un examen chez un éminent dermatologue, qui évalue que sa peau est en parfait état. Toutefois, face à un excès de cellulite qui pourrait déformer le tatouage, le dermatologue préconise de faire un régime, ce à quoi le comte s'oppose farouchement, ou du sport. Alors que Mézeray juge le vieil homme incapable de faire du sport, celui-ci se défend et lance même le défi au marchand d'art d'en faire avec lui. Tous deux se lancent donc dans des activités physiques, pratiquant le judo, la boxe, puis le patinage, ce qui les rapproche. Cependant, le soir, ils dînent copieusement dans un restaurant, suivant les goûts de bon vivant du comte. Là, Mézeray, d'habitude homme pressé et uniquement occupé par l'argent, prend goût à la bonne chère et la vie libre prônée par le truculent légionnaire. Ce dernier le met même au défi de le rejoindre au château pour trois semaines, le pensant incapable d'abandonner ses affaires et son épouse. Le lendemain, à l'aéroport d'Orly, Mézeray fait croire à son épouse qu'il part pour un prétendu voyage d'affaires à New York mais, en réalité, il ne prend pas le vol, même s'il a laissé ses bagages dans l'avion. Le comte l'attend dans son tacot devant Orly, et tous deux partent pour la Dordogne, où Mézeray compte bien profiter d'une nouvelle vie, loin de son entreprise et son envahissante épouse. Il espère bien s'amuser, par exemple en emprisonnant quelques pilleurs de châteaux.

Quelque temps plus tard, alors que les travaux du château de Montignac se poursuivent, supervisés par le comte et Mézeray, devenus de grands amis, ils reçoivent la visite d'une imposante délégation comprenant le ministre des Affaires culturelles et le préfet. Sous l'œil amusé de son ami, qu'il présente comme l'honorable mécène de cette restauration, le comte de Montignac s'engage à leur présenter son château, commençant inévitablement par la visite des « fondations qui sont romanes et du plus grand intérêt sur le plan archéologique »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

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  • Titre : Le Tatoué
  • Titre italien : Nemici... per la pelle ou Il Tatuato
  • Titre international : The Tattoo
Bernard Stora (ici en 2007) est assistant-réalisateur sur Le Tatoué. Il deviendra plus tard un scénariste et réalisateur reconnu.

Distribution[modifier | modifier le code]

Non crédités[modifier | modifier le code]

Coupés au montage[modifier | modifier le code]

Production et réalisation[modifier | modifier le code]

Genèse et développement[modifier | modifier le code]

Un « coup » commercial d'envergure pour Maurice Jacquin[modifier | modifier le code]

Louis de Funès dans Le Petit Baigneur, l'un des plus gros succès de l'année 1968, tourné en 1967 et sorti l'année suivante, quelques mois avant Le Tatoué.

En 1967, le producteur Maurice Jacquin tient à la fois sous contrat Jean Gabin et Louis de Funès, puisque sa maison de production Les Films Copernic avait produit Le Tonnerre de Dieu, Du rififi à Paname et Le Soleil des voyous avec le premier, et venait de tourner Les Grandes Vacances et Le Petit Baigneur avec le second[3]. Profitant de cette occasion, Maurice Jacquin envisage de réunir les deux vedettes dans un film, ce qui constituerait assurément un « coup » commercial énorme, au vu de la popularité des deux acteurs[3]. En effet, Jean Gabin est considéré comme l'un des plus grands acteurs français vivant, même s'il n'est pas le plus bankable, tandis que Louis de Funès enchaîne alors des succès d'ampleur, dominant sans conteste le box-office français depuis Le Gendarme de Saint-Tropez en 1964[3].

Auparavant, les noms de Jean Gabin et Louis de Funès n'étaient apparus que sur trois génériques de mêmes films, le second loin derrière le nom prestigieux du premier[4]. En 1955, dans le Napoléon de Sacha Guitry, Gabin incarnait le maréchal Lannes dans une courte scène, tandis que de Funès n'était qu'une silhouette dans le rôle d'un soldat[4]. L'année d'après, une scène culte les réunit dans La Traversée de Paris, où Gabin est l'imposant Grandgil et de Funès l'épicier Jambier alimentant le marché noir, l'un de ses premiers seconds rôles marquants[4],[note 2]. Devenu un acteur de second rôle demandé, un an avant Pouic-Pouic, Louis de Funès partageait en 1962 dans Le Gentleman d'Epsom des scènes importantes avec la vedette Gabin, autour duquel le film était construit, étant l'heureuse victime de l'arnaque au cheval perdant qu'il monte[4].

Lithogravure de Jean Gabin réalisée pour le musée Jean-Gabin à Mériel.

Le producteur parvient à convaincre les deux acteurs de former un duo comique le temps d'un film[3]. Le projet doit être réalisé par Denys de La Patellière, fort du succès de Du rififi à Paname, et qui avait déjà côtoyé de Funès en 1952 sur le tournage de Boniface somnambule où il était assistant réalisateur[3]. Jacquin arrête des dates pour le tournage, prévu à partir de février 1968[3]. L'écriture du scénario est confiée à l'écrivain Alphonse Boudard[3], qui a scénarisé trois films interprétés par Gabin — Du rififi à Paname, Le Jardinier d'Argenteuil et Le Soleil des voyous — après que ce dernier se fut brouillé avec son scénariste-dialoguiste attitré Michel Audiard[5]. Boudard entreprend d'adapter une nouvelle dont il est l'auteur intitulée Gégène le tatoué, écrite en 1965[6], qui raconte l'histoire d'un marchand de tableaux essayant d'acheter le tatouage que porte dans son dos un marginal, et qui serait l'œuvre de Modigliani[3].

La rémunération des deux vedettes diffère : Jean Gabin a un cachet de 100 millions d'anciens francs, contre 150 millions pour Louis de Funès[7]. La Patellière explique que « Gabin avait pour principe de ne pas exiger trop d'argent. Il disait que si on mettait tout l'argent sur la vedette, il ne reste plus rien pour tourner le film »[7]. À l'époque, l'acteur est depuis huit ans salarié de ses producteurs, pour lesquels il doit deux films par an, payés environ un million de francs chacun, un système qui lui permet de couvrir au mieux les dépenses de son domaine agricole de La Pichonnière[8]. Louis de Funès, lui, a un cachet plus élevé puisque il a potentiel de départ d'au minimum un million de spectateurs du fait de ses précédents triomphes commerciaux ; le réalisateur commente qu'« il n'était pas non plus très souple dans ce genre de négociation, pour ce que j'en ai su. Il demandait — et obtenait — beaucoup mais était connu pour ne pas être très favorable à un intéressement aux recettes, alors que ça aurait pu lui rapporter beaucoup plus »[7].

Élaboration difficile d'un scénario[modifier | modifier le code]

L'écrivain Alphonse Boudard, premier scénariste du film.

Alphonse Boudard écrit les premières versions de l'adaptation de sa nouvelle en prenant compte des observations des deux vedettes émises lorsque le sujet leur a été proposé[9]. La trame est encore très différente de celle du film achevé, notamment dans l'évolution des rapports entre Legrain et Mézeray au cours de l'histoire[9]. Dans les premières versions du scénario, les deux personnages se tutoient dès leur arrivée au château de Montignac, avant de finalement se tourner le dos à la fin du film[9]. Certaines séquences diffèrent ou disparaissent du scénario final. Alors qu'il n'est contraint qu'à quelques ordres et exercices militaires dans le film final, Mézeray doit carrément subir ici un véritable entraînement de légionnaire, notamment de maniement des armes[9]. Lorsqu'ils repoussent les pillards, ils utilisent entre autres des pains de plastic, ce qui provoque l'effondrement d'une aile du château[9]. Aussi, Legrain, débarquant à l'improviste chez le marchand d'art, est converti à la mouvance flower power hippie par les enfants de Mézeray, deux personnages quasi-absents du film final[9].

Surtout, le film doit alors se terminer sur la « défaite » du personnage de Legrain face à Mézeray[9]. À la fin, le marchand d'art part le rejoindre dans son château, lassé de la vie parisienne, et parle de ne plus jamais retourner à Paris. Il déclare vouloir désormais s'astreindre à un mode de vie rustique mais Legrain l'avertit : « Tu ne seras pas installé depuis une heure que tu auras envie de téléphoner. Demain, tu feras venir une secrétaire… deux secrétaires… trois secrétaires… »[9]. Par la suite, sa prédilection se confirme puisque Mézeray finit par construite une gigantesque usine à côté du château pour fabriquer à la chaîne le « Pâté du Légionnaire », basé sur une délicieuse recette de pâté de lapin — mentionnée plusieurs fois tout au long du scénario — transmise dans la famille de Montignac. Cette première version du scénario s'achève sur le comte, dégoûté, qui fuit à bord de son tacot[9] :

« Route usine. Extérieur. Jour.
Quant au comte de Montignac, légionnaire Legrain, au volant de son inaltérable B12, il s'en va chercher ailleurs le calme et la paix des champs… Symbole des temps nouveaux : une file de gros camions flambants neufs, venant de l'usine, le dépasse. Il les regarde, avec dégoût, passer un à un. Chaque camion est orné de l'image d'une énorme boîte de conserve. Le couvercle de la boîte de conserve s'orne d'un portrait plus grand que nature du comte de Montignac. Et le portrait est entouré d'une banderole qui proclame : “Pâté du Légionnaire”. »

— Dernière scène du scénario refusé d'Alphonse Boudard[9].

Le scénario du film n'était pas véritablement achevé lorsque le tournage a débuté. D'abord écrit par Alphonse Boudard, il fut largement modifié par Pascal Jardin[10].

Composition de la distribution[modifier | modifier le code]

L'acteur américain Joe Warfield (ici en 2006) interprète Larsen, acheteur américain du tatouage de Legrain (celui qui comprend le français).

Tournage[modifier | modifier le code]

Déroulement, des studios au château de Paluel[modifier | modifier le code]

Le Tatoué est tourné avec des caméras américaines Mitchell (en) BNC 88 (la version insonorisée) pour les prises de vues en studios et des caméras françaises Caméflex pour les tournages en extérieurs ainsi qu'une ou plusieurs dolly de marques Moviola (en)[12]. La totalité des plans est tournée sous la direction de Denys de La Patellière, assisté de Marco Pico et Bernard Stora, sans seconde équipe[13].

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Ambiance refroidie entre Gabin et de Funès[modifier | modifier le code]

Alors que Jean Gabin est une tête d'affiche depuis l'entre-deux-guerres, Louis de Funès ne l'est que depuis quelques années, mais avec un succès plus considérable que son aîné.

Bande originale[modifier | modifier le code]

Montage[modifier | modifier le code]

Le montage du film se déroule alors que les événements de mai 68 ont lieu à travers toute la France[16]. La production de la quasi-totalité des films en cours de réalisation à ce moment-là en France — qu'ils soient français ou étrangers — est interrompue, tous les tournages étant paralysés par les grèves et les pénuries d'essences. Le réalisateur Denys de La Patellière, étant le président du syndicat CGT du cinéma, participe aux manifestations[16]. Le montage du Tatoué n'est néanmoins pas impacté par l'actualité car les monteurs Claude Durand et Myriam Baum sont du même côté que le réalisateur[16]. Le tirage des copies d'exploitation est ensuite réalisé au laboratoire Franay LTC à Saint-Cloud[12].

Exploitation et accueil[modifier | modifier le code]

Sortie en salles et box-office[modifier | modifier le code]

Le Tatoué a fini huitième du box-office de l'année 1968 en France avec 3 211 778 entrées.

Box-office détaillé des premiers mois d'exploitation du film, semaine par semaine, en France
Source : « BO hebdo France 1968 » et « BO hebdo France 1969 » sur Box-Office Archives
Semaine Rang Entrées Cumul Salles no 1 du box-office hebdo.
1 au 4e 80 221 80 221 entrées 6 Faut pas prendre les enfants…
2 au 9e 55 830 136 051 entrées 5 Faut pas prendre les enfants…
3 au 11e 50 702 186 753 entrées 8 Faut pas prendre les enfants…
4 au 5e 73 475 260 228 entrées 16 Faut pas prendre les enfants…
5 au 1er 148 306 408 534 entrées 36 Le Tatoué
6 au 1er 312 151 720 685 entrées 72 Le Tatoué
7 au 1er 488 161 1 208 846 entrées 103 Le Tatoué
8 au 1er 278 142 1 486 988 entrées 100 Le Tatoué
9 au 1er 112 950 1 599 938 entrées 76 Le Tatoué
10 au 1er 101 640 1 701 578 entrées 65 Le Tatoué
11 au 3e 87 583 1 789 161 entrées 67 La Prisonnière
12 au 5e 76 234 1 865 395 entrées 72 La Prisonnière
13 au 7e 45 870 1 911 265 entrées 53 Le Livre de la jungle
14 au 8e 49 357 1 960 622 entrées 60 Le Livre de la jungle
15 au 5e 181 321 2 141 943 entrées 115 Le Livre de la jungle
16 au 6e 119 608 2 261 551 entrées 98 Le Livre de la jungle
17 au 15e 46 276 2 307 827 entrées 57 Le gendarme se marie
18 au 12e 55 403 2 363 230 entrées 72 Le gendarme se marie
19 au 15e 39 406 2 402 636 entrées 69 Le gendarme se marie
20 au 20e 32 997 2 435 633 entrées 61 Le gendarme se marie
21 au 25e 28 119 2 463 752 entrées 59 Le gendarme se marie
22 au 30e 21 753 2 485 505 entrées 53 Le Livre de la jungle
Box-office détaillé des premières semaines d'exploitation du film, à Paris
Source : « Box-office hebdomadaire Paris 1968 » sur Box-Office Story
Semaine Rang Entrées Cumul no 1 du box-office hebdo.
1 au [17] 1er 80 040 80 040 entrées Le Tatoué
2 au 1er 59 430 139 470 entrées Le Tatoué
3 au 1er 47 462 186 932 entrées Le Tatoué
4 au 1er 48 300 235 232 entrées Le Tatoué
5 au 2e 33 510 268 742 entrées Ho !
6 au 4e 30 490 299 232 entrées Barbarella
7 au 7e 33 824 333 056 entrées Le gendarme se marie
8 au 7e 29 894 362 950 entrées Le gendarme se marie

À l'étranger[modifier | modifier le code]

Des critiques mitigées[modifier | modifier le code]

Exploitations ultérieures[modifier | modifier le code]

Diffusions à la télévision française[modifier | modifier le code]

Éditions en vidéo[modifier | modifier le code]

En 2016, Le Tatoué sort en Blu-ray, par Studio Canal, dans une version restaurée[18]. L'édition ne contient aucun bonus[18]. Cependant, la présence d'un menu en allemand comprend une bande-annonce internationale où le film est nommé The Million dollar tattoo[18]. Celle-ci inclut également des scènes ratées où Jean Gabin et Louis de Funès rient entre eux[18].

Autour du film[modifier | modifier le code]

En 1970, Alphonse Boudard remporte une procédure judiciaire pour ne plus être crédité au générique du film[6], affirmant que son « scénario initial ayant été totalement modifié par un nommé Pascal Jardin[10] ». Après son abandon de l'écriture du scénario, il avait été convenu que l'adaptation de sa nouvelle se ferait sans lui, mais qu'il serait mentionné « selon une idée originale d'Alphonse Boudard », sauf s'il déciderait de retirer son nom du générique en ayant vu le film fini[6]. Le problème est que le film a été présenté au public sans avoir été soumis au préalable à Boudard, qui assigna donc Les Films Copernic à l'enlever du générique et à lui reverser des dommages-intérêts[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Marco Pico est crédité « Marc Picaud » au générique du film.
  2. À la sortie de La Traversée de Paris, Louis de Funès n'est qu'un second rôle, et son nom n'est qu'en tout petit en bas de l'affiche. Ce n'est que plus tard que le visage de Louis de Funès apparaîtra sur les jaquettes de VHS et DVD et sur les affiches de ressortie du film, avec son nom aussi important que ceux de Bourvil et Gabin, en raison de sa célébrité postérieure et de sa fameuse scène de « Jambier, 45 rue Poliveau ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Yves Jacquot, Pascal Sorin, « Le Tatoué », sur Encyclo-ciné, (consulté le 1er juin 2016).
  2. « Le Tatoué » sur le site du CNC.
  3. a b c d e f g et h Dicale 2009, p. 349.
  4. a b c et d Dicale 2009, p. 353.
  5. Philippe Durant, Michel Audiard, Le Cherche midi, , 518 p. (ISBN 2749126983, lire en ligne) :

    « Dans le cœur et dans les contrats de Jean Gabin, Michel Audiard fut finalement remplacé par Alphonse Boudard. Cet ancien taulard savait lui aussi manier l'argot et fut à l'origine de toute une série de films dont Du rififi à Paname, Le Jardinier d'Argenteuil et Le Soleil des voyous et même Le Tatoué, bien qu'il ait retiré son nom du générique. »

  6. a b c et d TGI Paris, Cour de Cassation, Chambre civile 1, du 21 décembre 1971, 70-11.470, Publié au bulletin.
  7. a b et c Dicale 2009, p. 352.
  8. Un Français nommé Gabin, documentaire d'Yves Jeuland et François Aymé, France 3, 2017 ((en) Un Français nommé Gabin sur l’Internet Movie Database).
  9. a b c d e f g h i et j Dicale 2009, p. 350.
  10. a et b Alphonse Boudard, « Lettre publiée en rubrique Lettres des téléspectateurs », Télé 7 jours, no 732,‎ semaine du 4 au 10 mai 1974, p. 5 :

    « Je tiens à signaler aux lecteurs de Télé 7 jours que je ne suis pas le scénariste du film Le Tatoué. J’ai obtenu d'un tribunal que mon nom soit retiré du générique. Mon scénario initial ayant été totalement modifié par un nommé Pascal Jardin. »

  11. Franck et Jérôme Gavard-Perret, « Interview de Michel Tureau », sur Autour de Louis de Funès,
  12. a et b (en) Technical Specifications sur l’Internet Movie Database.
  13. Franck et Jérôme Gavard-Perret, « Denys de La Patellière, deuxième interview », sur Autour de Louis de Funès, (consulté le 14 mai 2016).
  14. « Suresnes (92) - Lieu de tournage du "Tatoué" (Denys de La Patellière, 1967) », autourdelouisdefunes.fr, consulté le 28 octobre 2018.
  15. « Tatoué (Le) (1968) », l2tc.com, consulté le 28 octobre 2018.
  16. a b et c Olivier Petit, « Le Tatoué : 5 secrets du duo Gabin / De Funès », sur www.telestar.fr, Télé Star, (consulté le 13 mai 2016).
  17. Dicale 2009, p. 359.
  18. a b c et d Franck Brissard, « Le Tatoué : le test complet du Blu-ray », sur DVDFr, (consulté le 28 mars 2018).
  19. Chateau le Paluel sur le.perigord.free.fr
  20. La Chenard et Walcker de Jean Gabin dans Le Tatoué (1967), sur le site nimotozor99.free.fr, consulté le 6 novembre 2014

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]