Lynchage

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Carte postale représentant le lynchage de Lige Daniels, garçon noir de 16 ans, accusé d'avoir tué une vieille femme blanche, au Texas, États-Unis, le 3 août 1920.

Un lynchage est une exécution sommaire commise par une foule.

Origines[modifier | modifier le code]

Durant l'intense période de contestations contre le régime colonial qui précéda la guerre d'indépendance des États-Unis, un certain Charles Lynch (1736-1796), « patriote » de l'État de Virginie, décida de réformer la façon dont la justice était appliquée dans sa région.

Juge de paix, il instaura des procès expéditifs menant parfois à des exécutions sommaires à l'encontre des défenseurs de la couronne britannique. Il réunissait la cour, recrutait les jurés et présidait à l'exécution. Quand la cour devait ajourner, le prisonnier était exécuté[réf. nécessaire]. La « loi de Lynch » se répandit dans les territoires de l'Ouest américain et s'y développa jusqu'à l'établissement et la consolidation de l'État de droit. Ses méthodes expéditives et les erreurs judiciaires furent couvertes par la Cour suprême[réf. nécessaire]. Lynch devint par la suite sénateur. Jusqu'en 1911, en Caroline du Nord, ces pratiques étaient considérées comme bénéfiques[réf. nécessaire].

Vers 1837, la « loi de Lynch » donna naissance au mot « lynchage » particulièrement en Nouvelle-Angleterre où, en dépit des lois qui les protégeaient, des noirs furent poursuivis par des Comités de vigilance, qui donneront naissance au Ku Klux Klan. Dans le Sud des États-Unis, le mépris de règles de procédure considérées comme favorables aux criminels est renforcé par l'hostilité au gouvernement fédéral.

Malgré les deux origines possibles, à savoir Charles ou John ou William Lynch ou le nom du comté de Lynch Creek, on trouve des procédés de justice expéditive similaire au XIXe siècle en Irlande et en Russie, qui consistent à faire subir une peine mineure à un suspect sans examen des faits devant un quelconque tribunal constitué selon les règles de procédures conformément à la loi en vigueur.

D'aucuns voient une origine de ce procédé d'exception dans :

  • les procédures dites Lydford law, loi du gibet ou Halifax law, Cowper justice et Jeddart justice en Grande-Bretagne durant la période révolutionnaire, qui se caractérisaient par le fait qu'une partie de la communauté prenne en main la justice et la mette en œuvre selon sa propre interprétation en dépit des lois du royaume.

Toutefois, c'est la sanction de peine de mort par pendaison et quasiment sans jugement qui retint une telle dénomination.

Historique[modifier | modifier le code]

De 1882 à 1951[réf. nécessaire], 4 700 hommes, femmes et enfants – pratiquement une personne par semaine pendant quatre-vingts ans – furent ainsi victimes de ces pratiques aux États-Unis, perpétrées au nom d'une loi non écrite. Des années 1880 aux années 1930, on recense une majorité de victimes noires parmi les lynchés : 2 400 personnes (selon les sources) contre 300 personnes blanches, durant la même période. La plupart de ces lynchages ayant eu lieu dans les États du Sud des États-Unis[1]. Bien souvent, le fait, pour une personne de couleur, d'avoir « offensé la suprématie blanche » : une dispute, des insultes, un témoignage à charge contre un Blanc, pouvait la conduire à la potence. Parmi ceux-ci, deux couples d'afro-américains (Roger et Dorothy Malcolm, ainsi que George et Mae Murray Dorsey) furent assassinés le 25 juillet 1946 à Monroe, ville située à 70 kilomètres au sud-est d’Atlanta, dans le comté de Walton, en Géorgie. Une trentaine de personnes les ayant extirpés de leurs voitures, ils furent ensuite abattus après avoir été attachés à des arbres, après quoi les corps furent jetés dans les buissons. Suite à cela, le président Truman fut le premier homme politique américain à avoir, ouvertement, une position contre le lynchage, d'autant plus que l'un des hommes était un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et que Dorothy Malcolm était enceinte de sept mois. Truman envoya le FBI sur les lieux, mais les enquêteurs fédéraux se heurtèrent à un mur de silence. Leurs meurtriers échappèrent alors à la justice[2].

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Les Noirs ont beaucoup souffert aux États-Unis (1890-1960), car la population blanche, mécontente de la décision du Président Lincoln d'abolir l'esclavage (1862), a décidé d'intervenir. Le Ku Klux Klan en particulier a conduit au meurtre de beaucoup de Noirs. Ces tendances racistes cessèrent vers 1960 avec le mouvement des droits civiques.

En France[modifier | modifier le code]

  • Lynchage du commissaire de police collaborationniste Jacques Marsac, par la population de Dijon, le 15 février 1945[3]. Après un meeting du Comité de Libération de la Côte d'Or, la foule se rend à la prison, et capture le prisonnier. Elle le massacre, lui crevant les yeux, et le transperçant de part en part. Le cadavre est pendu à un panneau puis à un arbre, avant d'être empalé sur les grilles de la mairie puis traîné dans les rues[4].

Art[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Victor Hugo, dans Les Misérables l'évoque ainsi à propos de la Révolution de Juillet :

« Le zèle parfois allait jusqu'à l'extermination. Tel peloton de gardes nationaux se constituait de son autorité privée conseil de guerre et jugeait et exécutait en cinq minutes un insurgé prisonnier. C'est une improvisation de cette sorte qui avait tué Jean Prouvaire. Féroce loi de Lynch, qu'aucun parti n'a le droit de reprocher aux autres, car elle est appliquée par la république en Amérique comme par la monarchie en Europe. Cette loi de Lynch se compliquait de méprises. Un jour d'émeute, un jeune poète, nommé Paul-Aimé Garnier, fut poursuivi place Royale, la baïonnette aux reins, et n'échappa qu'en se réfugiant sous la porte cochère du numéro 6. On criait : « En voilà encore un de ces Saint-Simoniens ! » et l'on voulait le tuer. Or, il avait sous le bras un volume des mémoires du duc de Saint-Simon. Un garde national avait lu sur ce livre le mot : Saint-Simon, et avait crié : « À mort ! » »

— Victor Hugo, cité par Augustin Chevalier, « La loi de Lynch, récit de mœurs anglaises », extrait de la Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1876)

Cinéma[modifier | modifier le code]

Les westerns traitent généralement des rapports de l'individu citoyen et de l'État de droit selon une thématique bien rodée : la culpabilité, la mise en accusation, la nécessité de justice. Sans humanisme aveugle ni dénonciation mécanique des institutions, ils explorent un rapport ambivalent dans lequel l'organisation communautaire peut aussi bien persécuter l'homme que le libérer quand l'engrenage hystérique des logiques de masse conduit les plus notables, mais aussi n'importe qui, voire chacun, à oublier les principes de la justice et de la citoyenneté.

Chanson[modifier | modifier le code]

La chanson Strange Fruit, interprétée par Billie Holiday à partir de 1939, a contribué à rappeler à l'opinion publique que la pratique du lynchage continuait.

Danse[modifier | modifier le code]

Dans les années 1930, le New dance group se bat contre la ségrégation et dénonce le lynchage des noirs dans le Sud[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article sur le lynchage aux États-Unis (article en anglais)
  2. Aujourd'hui, les descendants des lynchés, regroupés au sein d'une association, demandent des comptes à leur pays afin d'obtenir réparation.
  3. http://galerie.unblog.fr/2008/11/21/marsac/#more-10
  4. http://www.gazette-cotedor.fr/2011/06/08/philippe-anginot-marsac-etait/
  5. Rosita Boisseau, « Quand la danse américaine partait en guerre contre les injustices », dans Le Monde du 15-02-2008, mis en ligne le 14-02-2008, [lire en ligne]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]