Grottes de Kizil

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Grottes de Kizil
Mécènes koutchéens, aux cheveux roux et aux yeux clairs, peinture murale,  VIe siècle environ, grottes de Kizil
Mécènes koutchéens, aux cheveux roux et aux yeux clairs, peinture murale, VIe siècle environ, grottes de Kizil
Localisation
Pays Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Coordonnées 41° 47′ 00″ N 82° 30′ 00″ E / 41.783333, 82.541° 47′ 00″ Nord 82° 30′ 00″ Est / 41.783333, 82.5  

Géolocalisation sur la carte : Chine

(Voir situation sur carte : Chine)
Grottes de Kizil
Grottes de Kizil

Les grottes de Kizil[1], ou grottes des mille bouddhas de Kizil, sont, semble-t-il, les grottes bouddhiques les plus anciennes connues en Chine, les premières d'entre elles pourraient dater du IIIe siècle, un siècle environ avant celles de Mogao[2]. Elles sont situées dans le bassin du Tarim, à environ 7 km au sud-ouest du village de Kizil, à 75 km au nord-ouest de Kucha, dans le district de Baicheng, Région autonome ouïghoure du Xinjiang, sur la branche de la route de la soie qui contourne le désert du Taklamakan par le nord. Les fresques qu'elles renferment sont considérées comme les plus belles peintures murales d'Asie centrale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les grottes de Kizil sont des grottes artificielles creusées entre le IIIe et le VIIIe ou IXe siècle dans les escarpements de la rive nord de la rivière Muzat. Le moine grand voyageur et traducteur Xuanzang y fait une halte appréciée qu'il raconte ensuite dans son récit de voyage Rapport du voyage en Occident à l'époque des Grands Tang. L'abandon des principales grottes semble dater du Xe siècle après la guerre menée par les Tang au VIIe siècle contre les princes koutchéens. Ensuite l'islamisation, sous l'action des Turcs qarakhanides au Xe siècle, a entraîné l'abandon définitif des grottes avec la destruction de toutes les statues[réf. nécessaire], l'Islam, comme l'ensemble des religions abrahamiques interdisant les représentations figurées dans les lieux de culte, les statues figuratives étant assimilées alors à de l'idolâtrie[3],[4].

Durant un millénaire environ avant la prise de Koutcha par les chinois en 658, la région a constitué un royaume indépendant, centre de commerce et de culture indo-européenne, le royaume de Kucha (en chinois, Qiuci[5]). Celui-ci possédait sa propre langue, le koutchéen[6], appartenant à la famille des langues indo-européennes, et ses propres styles de musique et de peinture. Le style des fresques a évolué avec le temps, celui des plus anciennes étant indo-européen, alors que les peintures murales[7] les plus récentes ont adopté les règles stylistiques chinoises. Les peintres du deuxième style de Kizil [8] ont employé à profusion le bleu de lapis-lazuli qui devait provenir des mines du Badakshan[9] avec un vert profond de malachite. Ces deux couleurs produisent encore une très vive sensation de fraîcheur dans l'ombre des sanctuaires.

Diverses expéditions archéologiques, russes, japonaises et allemandes, visitèrent ces grottes dès le début du XXe siècle, et, selon les méthodes employées à l'époque pour préserver les œuvres d'art anciennes de la dégradation par les populations locales, emportèrent avec elles des objets et des documents, ainsi que des fresques découpées sur les parois des grottes. Les plus importantes furent les quatre expéditions allemandes menées entre 1903 et 1913 par Albert Grünwedel et Albert von Le Coq, qui rapportèrent ainsi en Allemagne 470 m2 de peintures murales, conservées au Musée d'art asiatique de Berlin.

Le site a également souffert de dégradations commises lors de la Révolution culturelle, ainsi que de travaux de restauration et d'aménagement mal conduits au début du XXIe siècle.

Description[modifier | modifier le code]

Les grottes de Kizil forment un ensemble qui s'étend sur une longueur de plus de trois kilomètres, et sont étagées sur plusieurs niveaux. Certaines d'entre elles étaient utilisées pour le culte religieux, et d'autres pour le logement. On pouvait y accéder grâce à des plates-formes de bois reliées par des échelles. Sur les 236 grottes répertoriées, environ 80 seulement contiennent des fresques. Quelques-unes seulement sont ouvertes au public.

Le style des fresques des grottes les plus anciennes suggère l'influence de la culture du Gandhâra, royaume ancien qui s'était développé entre le Ier siècle av. J.-C. et le VIIe siècle en Afghanistan et au nord-ouest du Pakistan actuels.

Les thèmes bouddhistes représentés sur les fresques sont notamment ceux développés dans des Jâtakas - en particulier des fables bouddhiques comme celle du Roi des Ours offrant de la nourriture en aumône, ou du Roi des Éléphants se sacrifiant pour aider des pauvres - ou dans des Avadanas (suivant en cela l'exemple des grottes d'Ajantâ en Inde), et de nombreuses scènes de la vie du Sakyamuni, le Bouddha historique, et de divers personnages saints.

Des sujets profanes y sont également représentés, couvrant de nombreux domaines de la culture et de la vie quotidienne dans la région, comme des musiciens, des mécènes, des scènes de chasse, de pêche ou de travaux agricoles, des paysages, des animaux. On a pu ainsi considérer les fresques de Kizil comme une encyclopédie picturale de la culture du royaume de Guici.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Forme romanisée alternative : Qizil
  2. Mais « l'âge des plus anciennes peintures n'est pas encore rigoureusement fixé ». La période de son plein épanouissement étant située entre le Ve siècle et le milieu du VIIe siècle. Référence : Laure Feugère, historienne d'art au Musée Guimet, dans : Photogr. : Reza ; Texte : Jacques Giès, Laure Feugère, André Coutin 2002, p. 29.
  3. Si cette interdiction est respectée de façon stricte dans les espaces religieux, les représentations figurées en culture d'Islam sont cependant communes dans le domaine profane.
  4. Un interdit de la représentation S'appuyant sur un verset du Coran rejetant les statues des idoles et sur un hadîth accusant les faiseurs d'images de vouloir rivaliser avec Dieu, seul créateur et insuffleur de vie, certains théologiens musulmans ont condamné formellement la représentation des êtres animés. mais il s'agit en réalité du troisième Commandement du Décalogue
  5. Photogr. : Reza ; Texte : Jacques Giès, Laure Feugère, André Coutin 2002, p. 39
  6. Appelé aussi parfois tokharien B
  7. Il s'agit de peintures murales réalisées sur les murs épanelés recouverts de couches d'argile mêlées de poils d'animaux (chèvre, chameau, etc.) de paille hachée, de débrits végétaux agglomérés avec de la colle de peau ou de jus d'abricots qui servent de liant. Là dessus un enduit blanc à la chaux et contenant du gypse est poli. Puis le dessin est esquissé à l'aide d'un poncif. Les couleurs naturelles comportent probablement, durant la première phase, un liant à l'eau du type gomme arabique, ce qui en fait des peintures semblables à nos gouaches avec des effets de peintures opaques. Puis avec le rendu du modelé des figures par des couleurs nuancées sur la largeur du trait de pinceau, la couleur est simplement plus ou mois diluée à l'eau, comme une aquarelle. La fresque véritable est réalisée avec des effets d' aquarelle sur un enduit de chaux fraîche avec lequel les couleurs réagissent, la réaction les protégeant ensuite. Ici les couleurs restent très fragiles dans cette peinture murale a secco (Photogr. : Reza ; Texte : Jacques Giès, Laure Feugère, André Coutin 2002, p. 52).
  8. (avant 650 environ)
  9. Photogr. : Reza ; Texte : Jacques Giès, Laure Feugère, André Coutin 2002, p. 33

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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