Architecture chinoise

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La Cité interdite, Salle de l'Harmonie Suprême sur sa terrasse recouverte de marbre. 1420, reconstruite après l'incendie de 1888. Pékin
Grande pagode de l'Oie sauvage, Xi'an, Shanxi. Brique et pierre. H. : 60 m; l. du côté à la base : 25,5 m, dynastie Tang, 652 (première construction) et VIIIe siècle
Musée d'histoire de Ningbo. WANG Shu[N 1] et LU Wenyu : Amateur Architecture Studio. 2009. Détail : en parement, remploi de matériaux de démolition récupérés sur le site.

L’architecture chinoise, est depuis les années 1980 en pleine mutation. Une nouvelle génération d’architectes chinois prend la relève des premiers architectes formés en Occident au XXe siècle et l’aspect architectural et urbain de la Chine se métamorphose à vive allure, aux dépens des dernières traces de l’architecture traditionnelle (d'époques Ming et Qing essentiellement) encore visibles, et aux dépens de l’architecture des minorités : l’architecture au Tibet, celle des oasis du Xinjiang, les yourtes des éleveurs encore en usage en Mongolie Intérieure et au nord du Xinjiang, parmi tant d’autres.

Depuis les origines, l’architecture en Chine, dans les zones de peuplement Han, était majoritairement une architecture de bois, les murs de brique n’étant pas porteurs. La composition-type de l'espace reposait sur l'emploi de cours successives et de bâtiments structurés en multiples du siheyuan. C’est sous cet aspect que se présentaient globalement les villes comme les campagnes chinoises avant les années 1920. D’autres formules que cette architecture de bois et de brique mise au point au nord de la Chine, mieux adaptées aux conditions locales de ce pays immense et contrasté, ou profondément enracinées dans la culture des minorités chinoises, ont su résister à ce modèle dominant. Ce modèle servit aussi bien pour l'architecture domestique que pour l'architecture religieuse et pour celle des palais impériaux.

L’architecture, en Chine comme en Occident, est aussi le reflet des pensées qui sont à l’œuvre dans les cultures et dans les sociétés et sur lesquelles les bâtisseurs-usagers ou les spécialistes des constructions et leurs commanditaires s’appuient pour penser l’architecture. En Chine l’architecture civile et militaire ancienne repose donc largement sur les deux traditions de pensée dominantes : le confucianisme et le taoïsme, tandis que l’architecture des jardins chinois se réfère en partie sur certains aspects du bouddhisme chinois.

Quant à l'architecture contemporaine en Chine, elle est confiée à des cabinets d'architectes qui appliquent les valeurs et les méthodes du modernisme en architecture. Les très grands projets, résultats de concours internationaux, ont été souvent réalisés par des cabinets étrangers de renom international, comme c’est le cas partout ailleurs pour ce type de projet.

Sommaire

Généralités. La construction[modifier | modifier le code]

Ossature de bois et composition par agrégats[modifier | modifier le code]

Reproduction d'une maison d'époque Han. Bronze, dépôt funéraire. Guangxi Zhuang Autonomous Region Museum.
Temple Longhua (en) du bouddhisme Chán, Shanghai. L'édifice conserve la composition d'origine d'époque Song.

Selon les lieux et pour la plupart des populations Han, dans les maisons les plus huppées, l’ossature de bois, quand elle existait, reposait sur une plate-forme de fondation, et le toit pouvait avoir un caractère plus ou moins décoratif selon le statut de l’édifice et selon les moyens de ses éventuels propriétaires. Dans ce système, le mur, non porteur, servait à diviser l’espace. Le mur d’enceinte magnifiait le toit, aussi celui-ci portait-il souvent des ornements. Les murs intérieurs multipliaient les unités d’habitation et les espaces de circulation. Autour d’une, de deux ou de plusieurs cours successives les espaces se répartissaient, à peu près symétriquement sur un axe central, depuis le premier ensemble d’espaces tourné vers l’extérieur, avec la porte sur le devant, jusqu’à l’ensemble des espaces les plus intimes et préservés, sur l’arrière. Ce type de composition était très répandu dans les populations Han, majoritaires à 94 % et pour l’essentiel situées dans les régions les plus riches et les plus peuplées de l’Est. C’était le type même de l’architecture dédiée à l’empereur, quelle qu’ait été son origine ethnique. Ce modèle fonctionnait aussi pour l’architecture des bâtiments de l’administration et de la majorité des constructions religieuses.

Ce modèle pense l’architecture par agrégats : les enceintes, les bâtiments, les cours et les galeries étant traités par groupes dans la composition d’ensemble. De même, la charpenterie de ce type de bâtiment y est conçue par groupes d’unités identiques normalisées. En Chine on pense toujours l’architecture par ensembles, exceptionnellement par unité isolée. Cette conception est propre à la Chine et, par extension, on peut penser que c’est ce qui a donné en Chine son caractère extensif (du moins selon les normes occidentales) à la notion d’architecture. Car aujourd’hui en Chine, cette notion, l’architecture, s’applique aux villes, aux palais, aux temples, aux tombes, aux jardins, conçus comme des ensembles architecturés, et l’architecture chinoise inclut aussi la charpenterie ornementale. La notion d’architecture ne se limite donc pas aux bâtiments, comme en Occident, mais à des ensembles beaucoup plus larges.

La permanence d’un modèle modulable et sa dispersion. Le toit chinois et sa charpente[modifier | modifier le code]

Coupe schématique d'une structure type d'époque Tang.
Détail d'un toit en tuile du palais d'été (Beijing).
Jeu de consoles sur une charpente classique.

L’image la plus communément répandue de l’architecture chinoise est celle du pavillon dont les avant-toits sont relevés en courbes gracieuses. Cette image et celle de la pagode chinoise ont donné lieu, de par le monde occidental à de multiples variations, suivant le goût pour les styles historiques et exotiques aux XVIIIe et XIXe siècles. La mode, en Chine, des toits aux angles fortement relevés remonte au moins au XIe siècle et signale traditionnellement le monde des élites. Aujourd’hui elle s’applique partout, jusque dans les Chinatowns et certains immeubles contemporains, plutôt comme un signe d’appartenance au monde chinois cossu ou cherchant à le paraître, afin de correspondre à cette image pour des raisons parfois purement commerciales.

Ces toitures remarquables le sont effectivement en raison de leur charpente, simple ou complexe, modulable[1],[2],[3], aux pièces normalisées dès les Tang, qui permettent de reproduire tel modèle d’édifice en structure de bois où que l’on soit en Chine. Plus exactement « dans la mesure où deux bâtiments étaient du même rang, les diverses pièces de leurs charpentes étaient générées par le même module. La taille des colonnes, la longueur des poutres, les distances séparant ces divers éléments horizontaux ou verticaux, etc. étaient générés par une proportion, fonction du rang du bâtiment. »[2],[4] Les plans des édifices pouvaient varier, mais le nombre et le nombre de consoles, la courbure du toit et ainsi de suite pour tout bâtiment étaient fixés en fonction de son statut au sein d’une hiérarchie. Toute construction devait faire l’objet d’une autorisation en fonction de ce statut. Cette normalisation permettait au pouvoir d’imposer les variations architecturales codées pour tout l’empire. Cela concernait au premier chef les hiérarchies administratives, au sein du personnel, les hiérarchies des bâtiments officiels attribués aux divisions de l’espace, mais aussi les hiérarchies qui étaient établies à l’intérieur du peuple comme au sein des membres de la cour ou en fonction des pratiques religieuses afin de distinguer les formes architecturales (au sens large) attribuées à chacun. Comme on le verra plus loin le nombre de colonnes (ou poteaux) était normalisé, le peuple devant se contenter d’unités d’habitation ne dépassant pas trois entrecolonnements en façade, soit trois jian. Le nombre de groupes d’unités d’habitation pouvait varier selon les moyens du propriétaire et avec le temps, en venir à pouvoir encadrer une cour, et constituer un siheyuan, voire plusieurs[5].

Dans cette Chine ancienne le pouvoir imposait un code éminemment hiérarchisé pour tout élément architectural, comme il y avait un code vestimentaire il y avait donc un code architectural. Ainsi tous les éléments des formes architecturales soumises au pouvoir, jusque dans leurs moindres détails, et jusqu’à l'usage des couleurs ou de tout ornement, sont révélatrices des codes qui avaient cours à l'époque de la construction. Ce qui permet de savoir quel était le statut du propriétaire, du bâtiment ou de l’élément architectural[6].

Pour bénéficier d’une surface plus grande, il ne suffit pas de multiplier le nombre de colonnes, il faut aussi couvrir cet espace. La façade suit la panne faîtière du toit à double pente. Pour une surface correspondant à deux colonnes dans la profondeur, une profondeur minimale, la première traverse qui franchi tout cet espace reçoit un poinçon qui supporte la panne faîtière, tandis que les deux poteaux reçoivent chacun une panne sur chacun des longs côtés de la maison, l’ensemble constitue une ferme simplement par une traverse et un poinçon. Plus le poids de la couverture s’élève et plus il est nécessaire d’utiliser des consoles, éventuellement empilées pour assurer le lien entre les traverses et les poteaux ou les colonnes. Les colonnes ayant une forte section sont obtenues par l’assemblage de plusieurs pièces accolées. Le caractère modulable de ce principe est évident dans la charpente si l’on augmente la profondeur de la ferme de comble. Le nombre de traverses augmente jusqu’à l’entrait qui est assemblé au poinçon[1] dans le cas d’un temple. Mais dans une construction commune le poinçon du fait de la charpente est simplement chevillé à la poutre la plus haute, qui peut ainsi être supportée à ses extrémités par deux autres poinçons chevillés à la poutre inférieure, c’est le tailiang, et ce module peut être repris de chaque côté et couvrir une « travée » supplémentaire, toujours avec ce système de « poinçon ». Tous les assemblages se faisant par des chevilles. Un arbalétrier peut apparaître dans les édifices de prestige. C’est donc une solution de charpente différente du triangle mécaniquement rigide que l’on trouve en occident. Ce système permet de donner au toit une forme convexe qui produit un bel effet de légèreté, mais aussi concave parfois. Les galeries sont protégées par une avancée du toit que permettent de nombreuses variantes de montages, soit avec un poteau supplémentaire et un jeu de traverse et de poinçon soit avec un porte-à-faux réparti avec l’aide d’une console et du bras levier, ang (qui peut buter contre le dessous d’une traverse), voire au moyen du prolongement d’une traverse ou deux, et des poinçons correspondants[7]. Au cas où les poteaux supportent directement les charges et qu’ils sont simplement solidarisés par les poutres des différents niveaux, pour des toits de fermes par exemple, on appelle ce type de charpente chuandou.

Dans les célèbres charpentes chinoises apparaissent donc, au-delà du système modulaire qui permet son extension, des possibilités de solutions diverses. L’unité, volontairement encadrée par le pouvoir impérial, repose sur une diversité adaptée aux moyens des individus ou des communautés, aux fonctions des bâtiments et aux contraintes locales.

Diversité chinoise. Éléments de composition. Matériaux.[modifier | modifier le code]

Reste d'occupation troglodytique en Chine à Guyaju, district de Yanqing, Pékin. Les structures de bois adossées à la falaise ont disparu, subsistent les parties excavées.

Donc malgré cette apparence d’uniformité, le territoire de la Chine et son histoire ont donné naissance à une multitude de formes architecturales. Depuis le Néolithique, dont témoignent les rapports de fouilles, jusqu'aux derniers produits des technologies qui ponctuent les grandes villes chinoises en passant par les ensembles monumentaux de la Chine impériale et les traces dispersées de l'urbanisme ancien, l'architecture domestique actuelle et l'architecture des campagnes chinoises jusqu'en Mongolie Intérieure, au Xinjiang et au Tibet c'est cette diversité qui en fait la richesse. À côté de la Grande Muraille et de la Cité interdite et ses pavillons, des pagodes et des temples, comme le temple de Confucius et les temples taoïstes, les monastères bouddhiques, les diaolou se remarquent surtout la très grande richesse des constructions vernaculaires que la prolifération d'immeubles modernes fait regretter, malgré leurs conditions sanitaires d'un autre temps.

Sur la très longue durée de l’histoire de la Chine, l’architecture des élites s’est significativement transformée. Dans un territoire aux frontières variables au cours des siècles, l'architecture contrôlée par le pouvoir chinois a su passer d'une conception ou dominait la discrétion, voire la dissimulation, au cours des premières dynasties jusqu'aux premiers siècles de notre ère, et à la fin de l'Empire, une conception dominée par des formes bien plus grandioses, décorées, colorées. L’architecture chinoise est restée, non seulement un art de la composition avec d’infinies variations, en fonction du statut et des moyens du propriétaire, mais plus encore un art de la composition hiérarchisée de l'espace des constructions et des espaces intérieurs[8], même quand il s’agit aujourd’hui d’un appartement et non de la demeure traditionnelle. Cet art se révèle dans toute sa complexité et ses subtilités dans les grandes propriétés rurales ou urbaines composées sur un axe central, généralement nord-sud dans le nord de la Chine, le bassin traditionnel des Han, pour bénéficier d’un ensoleillement maximal. La hiérarchisation des espaces se retrouve aussi dans le sud, ou dans l’ouest, mais avec d’autres principes liés au climat et aux traditions différentes.

Maison à Nianlong. Guizhou.

L’architecture chinoise est aussi un art de la construction, où domine traditionnellement l'ossature de bois dont le remarquable système modulaire permet d'en remplacer toutes les pièces, où de construire et reconstruire à l'identique, ce qui était indispensable après les incendies qui ravageaient toutes ces constructions régulièrement. Les très rares bâtiments antérieurs à la dynastie Ming doivent leur survie à leur charpente réparée pièce par pièce, ou parce qu’ils avaient été construits entièrement en brique, comme certains bâtiments religieux. Ainsi la Pagode de Fer, en réalité construite en briques, en 1049 à Kaifeng, Henan ou les pavillons « sans poutres », en voûtes de briques, construits pour la première fois sous les Ming, (entre autres celui du monastère du Linggusi, à Nanjing, Jiangsu) sur le modèle des architectures funéraires[9].

Intérieur d'une yourte. Lac Karakul, proximité de l'autoroute de Karakorum, Xinjiang

Mais l’architecture de bois se révèle sous d’autres formes dans les habitations sur pilotis adaptées aux grandes chaleurs humides du Yunnan, du Guanxi, du Guizhou et du sud du Hunan. Ce sont chaque fois des formes et des procédés différents[10] chez ces peuples Dai[11],[12], Dong[13],Yao, Maonan Zhuang, Miao, Jingpo et De’ang possèdent tous des habitations de ce type, galan, surélevées sur leurs pilotis. Ce type étant adaptable aux pentes abruptes, avec des variations dans la structure. Les Li du mont Wuzhi, sur l’ile de Hainan, exposés aux vents violents construisent leurs étranges habitations en forme de bateau sur de petits pilotis et ils les couvrent de chaume. Quant aux Buyi des régions de Zhenning- Anshun-Liupanshui du Guizhou ils ont construit des maisons surélevées non pas en bois, un matériau rare ici, mais en pierre.

Pour lutter contre l’humidité et la chaleur du Guangdong, les habitants de Chaozhou utilisent la ventilation naturelle provenant des courants dominants. Plusieurs caractéristiques locales participent à l'effet de fraicheur. Les pièces sont typiquement étroites et profondes, la lumière provenant d’un tianjing, puits de lumière à ciel ouvert. Ceux-ci permettent la ventilation avec les corridors. On peut trouver aussi des successions de portes en lune, alignées de cour en cour sur l'axe nord-sud, ce qui permet une bonne ventilation[14].

À l’autre extrémité de la Chine, mais au Nord, les Ouïghours construisent leurs maisons avec des murs de terre épais, d’au maximum un étage avec de larges patios ombragés et des vérandas tournées sur la cour dont le petit jardin amène une légère humidité et une ombre douce avec des arbres soigneusement entretenus et souvent une vigne grimpante[15]. La yourte étant une autre solution aux conditions de climat extrême et au nomadisme. Enfin au Xinjiang du Sud[16], les maisons traditionnelles ouïghoures, petites fermes quasi-autonomes, dispersées dans des régions très sèches et exposées à de grandes différences de température ont été réalisées par les habitants avec leurs modestes moyens : ce sont des constructions à nombreuses pièces, basses, autour d'une ou plusieurs cours, en treillis de branches ou de roseaux, pour certaines pièces enduites de terre. En fonction des conditions de température, du vent... Les espaces de circulation sont au niveau du sol, mais des banquettes surélevées, en particulier dans l'iwan (une pièce centrale sans fonction déterminée mais assimilable à un séjour, permettent de bénéficicier, sur des tapis brodés, d'un certain confort, dans cette pièce ombragée et ventilée. Le jour et la nuit ainsi qu'au fil des saisons les habitants déménagent d'une pièce à l'autre. Le plus souvent l'une de ces modestes pièces est réservée à la mosquée.

Éléments structurels.[modifier | modifier le code]

Groupe ethnique Han. Chine du nord[modifier | modifier le code]

Ce groupe majoritaire à 94 % a mis au point, il n’y a pas moins de 7000 ans, une structure architecturale composée d’une ossature de bois reposant, par l’intermédiaire d’une base de pierre, sur une plate-forme de fondation[17]. L’ossature de bois étant assemblée parfaitement, elle offre une très grande résistance aux variations climatiques et aux séismes. Disposant d’immenses gisements de lœss, les populations Han ont su en tirer une céramique d’une très grande qualité. Ils ont su utiliser les briques cuites, nécessaires pour construire les fours, pour la construction des habitations et, dès le onzième siècle avant notre ère, sous la dynastie des Zhou, pour les tuiles de couverture des bâtiments, parfois vernissées comme d’autres céramiques. Cependant, dans ce pays pourtant soumis à la déforestation depuis longtemps, on peut s’étonner que la brique n’ait pas détrôné le bois pour tous les éléments structuraux, alors que le principe de la voûte était connu. En fait c’est précisément ce qui s’est passé pour l’architecture funéraire des classes dirigeantes lorsque, sous les Han, le bois commença à manquer pour construire des « résidences pour l’au-delà », souterraines, dont l’usage se répandait. On remplaça alors le bois par la brique et on appliqua la voûte du four à la couverture de ces dernières demeures. En général, pour la demeure des vivants on a maintenu la tradition du bois. Mais il est à noter que la voûte de brique est utilisée par les populations Han du Shanxi et du Shaanxi, du Henan et du Gansu pour le soutènement de leurs habitations troglodytes taillées dans le lœss, habitations en partie souterraines afin de compenser les grands écarts de température entre été et hiver[18],[19].

Siheyuan type
Plan d'un Siheyuan

Le second élément structurel de l’architecture Han, le plus répandu en Chine, est un élément de composition : le siheyuan, évoqué plus haut, la maison « à quatre pavillons assemblés », forme la plus élégante pour les bâtiments privés aux XVIIIe et XIXe siècles et qui constituait, jusqu’aux années 1980, la majorité des habitations en Chine. Le siheyuan permettant de multiples variantes régionales et sociales sur ce motif, par amplification pour les plus riches, par réduction pour les plus pauvres. Protégé par un mur d’enceinte muni d’une porte à chicane, où un écran interdit tout regard indiscret depuis la rue, le siheyuan est centré sur une cour à galeries longeant les quatre pavillons ainsi assemblés. Le bâtiment le plus important faisait face à la porte. C’était l’espace réservé au chef de famille, et le lieu d’accueil des visiteurs. Lorsque le propriétaire pouvait se le permettre, il réservait une première cour, et un premier siheyuan, à ses visiteurs et à toutes les activités tournées sur l’extérieur. Le bâtiment principal bénéficiait alors d’encore plus d’intimité. À cela s’ajoutait la répartition des autres espaces pour les enfants et leurs épouses ainsi que pour les parents et serviteurs éventuels selon une partition de la famille et de la société, doublée d’une hiérarchie rigoureusement fixée par les règles confucéennes de bienséance (voir ci-dessous) au moins depuis le milieu de la dynastie des Ming.

Pour les « gens ordinaires », sous les Tang, le bâtiment principal ne devait pas dépasser trois entrecolonnements. C’est ce motif, à quatre colonnes, la porte étant centrée sur un des longs côtés, qui était le plus employé dans l’architecture commune en Chine et servait à composer le siheyuan. Il se définissait par trois jian, trois espaces entre deux colonnes. En chine du nord ses dimensions correspondaient, en largeur à 3,3 – 3,6 m, la profondeur ne dépassant guère 4,8 m. En Chine du sud la largeur s’établissait entre 3,6 et 3,9, la profondeur ne dépassant guère 6,6 m. La profondeur d’une maison du sud était souvent le double de celle du nord. En triplant la profondeur et en haussant la hauteur des colonnes, un second étage était possible. Le jian central d’une maison à trois ou quatre baies en façade était typiquement plus large, car c’était la salle de réception et la plus utile. Le jian est une unité de mesure de l’espace architectural. Ce terme peut aussi s’appliquer à la surface au sol ou au volume compris entre quatre colonnes. Le jian peut constituer une pièce, la plus petite possible pour migrant ou jeune couple pauvre, bien qu’en général une pièce soit constituée de plusieurs jian. Ce terme peut s’appliquer comme synonyme de kaijian, lorsqu’on décrit le compartimentage de l’espace horizontal ou celui des façades.

Quand on peut se le permettre, une galerie courre le long des façades, tournées vers la cour. Les toits sont à une ou deux pentes. Les colonnes sont reliées en hauteur par des traverses[N 2] qui s’appuient sur des bras de consoles transversales et longitudinales. Des consoles sont superposées, de la plus petite en bas à la plus grande en haut, dans les parties centrales supportant de fortes charges. La charge des bords du toit est répartie par des bras leviers. Au-dessus du plafond à caisson on trouve des traverses non équarries, et des supports de bois sous les pannes qui permettent la forme courbée du toit. Sous la panne faîtière : entrait et arbalétrier. Les chevrons épousent la courbure du toit. Des chevrons d’avant-toit permettent une avancée du toit. Puis, en couverture, viennent les voliges qui sont enduites soit de plusieurs couches d'argile soit de minces bardeaux, avant de recevoir les tuiles en demi-canal, posées partie convexe vers le ciel, le joint étant recouvert par une autre tuile, partie concave vers le ciel.

Toiture de tuiles avec leurs embouts décoratifs. Maison d'un hutong, Pékin

Sur la question de la couverture[20], en général en tuile, de nombreuses exceptions existent sur le territoire chinois, en fonction des caractéristiques locales avec des couvertures en ardoises ou en chaumes, quand le toit-terrasse n'est pas enduit de terre et de chaux dans les régions sèches de l'ouest.

Fondements culturels de l’architecture chinoise[modifier | modifier le code]

Chamanisme, taoïsme et géomancie antiques dans l'architecture[modifier | modifier le code]

Dans la Chine antique c'est par la géomancie appliquée à l'espace que l'aiguille aimantée fut, dès son invention, utilisée pour choisir l’emplacement et orienter les demeures et de nombreux édifices, et décider du percement des ouvertures. La boussole du géomancien est placée au centre d’un disque couvert de cases et d’inscriptions, références aux hexagrammes du « Livre des mutations », Yi Jing (également orthographié Yi King ou Yi-King), et aux diverses associations que suggèrent ce texte divinatoire. Avec cet instrument complexe, encore utilisé aujourd’hui, le géomancien connaît, en s’appuyant sur des associations d’idées transmises par tradition orale, les multiples implications d’une orientation[21].

Le confucianisme et le code confucéen dans l'Empire[modifier | modifier le code]

Le confucianisme fut élevé au rang d’idéologie officielle d’état sous la dynastie des Han par l’empereur Han Wudi, qui régna de 149 à 87 av. J.-C., et continua à être révéré à travers les dynasties suivantes. La philosophie confucéenne attache une grande importance à l’éthique et aux relations humaines, et représente l’un des principaux piliers de la culture chinoise. Les valeurs du confucianisme imprégnèrent progressivement le quotidien, le mode de pensée, et les coutumes du peuple chinois. Parmi les principes fondamentaux de la philosophie confucéenne figurent la fidélité, la piété filiale, l’intégrité morale, la droiture, la soumission absolue du domestique au maître, de l’enfant au père, de l’épouse au mari, ainsi que la bienveillance, la sagesse, la foi et enfin l’adhésion au code confucéen. Le confucianisme a donc grandement conditionné l’architecture chinoise[22] comme la détermination du plan sur l’axe central et tout ce qui est signe de hiérarchie : la surélévation éventuelle, les dimensions, le décor et les ornements. Par ailleurs le pouvoir s’autorisait du confucianisme pour déterminer le code de la construction en fonction du statut, ou du rang de chaque édifice ou de chaque partie de l’édifice. Une demande d’autorisation était très souvent nécessaire pour en vérifier la conformité aux conventions confucéennes.

On peut constater ce mode de fonctionnement lors de la construction d’un mémorial, un monument emblématique de la culture confucéenne. Dans la Chine classique, des arches furent érigées à la mémoire de personnages illustres. Sur les voûtes étaient inscrits les noms et les exploits des personnes honorées, témoins des valeurs sociales de l’époque. Toute personne désireuse d’édifier une voûte commémorative devait dans un premier temps soumettre une demande aux autorités féodales locales. Après un premier aval, la demande suivait son cours dans la chaîne bureaucratique. C’est seulement avec l’approbation finale de l’empereur, que la voûte pouvait être enfin être construite. Elle était conçue selon le rang de la personne à qui l’on rendait les honneurs. Pour une famille ou un village, être honoré par un mémorial était considéré comme la forme suprême de reconnaissance. L’idéologie confucéenne fut le noyau du système social hiérarchique de la Chine féodale. Le rôle central que le confucianisme accordait aux rites commanda la construction et l'entretien de divers types de bâtiments, comme les pavillons des palais, les temples, les autels et les mausolées et surtout la situation du palais au cœur de la capitale et sa structure.

Les distinctions hiérarchiques dans l’architecture[modifier | modifier le code]

Le système social hiérarchique chinois engendra un système très restrictif de réglementations architecturales. Toutes les constructions étaient contrôlées par un code de construction détaillé qui différenciait clairement le rang et le statut.
Ce code appliqué comme loi dès le VIIe siècle apr. J.-C., régissait tous les aspects de la conception et de la construction, depuis l’échelle à respecter, le plan, jusqu’aux formes du toit et la décoration. Les transgressions de ce code étaient considérées comme un crime et passibles de peine de mort dans certains cas. L’architecture devint l’un des symboles les plus reconnaissables de la société féodale chinoise fondée sur la classe sociale.

Les lions de pierre sont communs en Chine. On en voit à l’entrée des restaurants et des hôtels, accueillant les clients dans un symbole de culture traditionnelle chinoise. Dans le passé, pourtant, seuls les fonctionnaires du cinquième rang et plus étaient autorisés à placer les lions de pierres somptueux devant les portes de leur maison. Le nombre de rangées de crinières de lions donnait de plus amples informations sur la position sociale du propriétaire de la maison. Les lions de l’Empereur en avaient treize, les ducs et les princes, douze, et celles des fonctionnaires variaient selon leur rang.

Les constructions traditionnelles chinoises ont souvent des figurines de céramique représentant des créatures légendaires placées le long des avant-toits. La première fonction de ces figures était de protéger les clous sous les tuiles du toit. Plus tard, elles furent utilisées comme décorations et pour signifier la position sociale des occupants. Durant la dynastie des Qing (1636-1911), les règles furent établies en reliant le nombre et le type de figures aux fonctions des bâtiments. Seulement le Palais de l’Harmonie Suprême, dans lequel l’empereur réalisait des rituels sacrificiels, possédait tous ces types de créatures, de même que des statues de dieux. On exigeait de tous les autres bâtiments qu’ils en aient moins.

L’idéologie confucéenne dans la conception de l’habitat : l’exemple des maisons traditionnelles avec cour[modifier | modifier le code]

Les maisons traditionnelles avec cour furent fortement influencées par le code de conduite hiérarchique du confucianisme qui marquait une stricte distinction entre l’intérieur et l’extérieur, le supérieur et l’inférieur, l’homme et la femme. Ces lieux clos formaient un monde à part, reclus et isolé du monde extérieur par un mur d’enceinte. Dans l’architecture traditionnelle chinoise, le centre, le nord, la gauche, et l’avant de la maison sont considérés comme supérieurs, et les côtés, le sud, la droite, l’arrière comme inférieurs. De même, l’aile nord est la plus souhaitable, car elle fait face au sud et reçoit le plus de lumière du soleil. La chambre centrale de l’aile nord, en tant que pièce la mieux localisée, faisait office de salle de réception ou de salle des ancêtres. Les chambres est de l’aile nord de la maison étaient occupées par les grands-parents, et celles de l’ouest, par le chef de famille. Les générations les plus jeunes logeaient dans les ailes est et ouest. Le fils aîné et sa famille vivaient dans l’aile est, et le cadet et sa famille dans l’aile ouest. L’aile sud abritait les chambres d’amis, les salles d’études, les cuisines et les réserves. Son entrée principale et ses chambres publiques étaient déviées de la cour intérieure par un mur et une porte décorative, isolant les chambres intérieures d’une intrusion extérieure. Les femmes n’étaient pas autorisées à quitter la cour centrale, et les invités n’avaient pas la permission d’y entrer. De plus grandes enceintes avaient souvent des cours secondaires et des bâtiments utilisés pour loger les fils et les filles célibataires, ou servaient aussi à divers usages.

Les fenêtres des chambres donnaient toutes sur la cour centrale. Un mur-écran étant dressé devant la porte principale pour empêcher la vue depuis l’extérieur. La vie à l’intérieur de la cour était un monde confiné qui soulignait la différence de statut entre les jeunes et vieilles générations, les fils aînés et cadets, les hommes et les femmes. Ces logements incarnaient l’organisation patriarcale, hiérarchique, de la société féodale chinoise, notamment la distinction entre le supérieur et l’inférieur, l’intérieur et l’extérieur, l’homme et la femme, le maître et le domestique.

Ce modèle type correspond au siheyuan canonique du nord de la Chine[23] habituellement construit en briques, ces habitations sont froides l’hiver et chaudes l’été. Mais de nombreuses variations régionales apparaissent dès que des considérations climatiques ou géologiques entrent en jeu. Ainsi dans les régions du Henan, du Gansu, du Shanxi et du Shaanxi, aux hivers rigoureux et aux étés torrides, ce modèle est adapté à la réalisation de demeures troglodytes creusées dans le lœss local, la cour étant la première étape de la « construction »[24],[25]. Dans le sud, à cheval sur le Fujian et le Guangdong, les populations Hakka, d’origine Han, qui émigrèrent du nord de la Chine entre le IVe et le IXe siècle, construisent d’imposants complexes circulaires ou carrés (exceptionnellement semi-circulaires) où les motifs hiérarchiques de la conception confucéenne de l’habitat sont totalement réinterprétés[26]. Ce type de composition architecturale a pu se développer chez des populations autochtones voisines, comme l’ethnie Kejia (Fujian) [27].

La Cité interdite : incarnation de l’idéologie confucéenne[modifier | modifier le code]

La Cité interdite représente l’expression architecturale suprême de l’idéologie confucéenne. Ce complexe de cours massif représente clairement l’importance confucéenne accordée à la stricte division des classes et la position de l’individu pris dans un système hiérarchique.

La conception de tout l’ensemble initial est l’œuvre de l’architecte Kuai Xiang de la dynastie Ming (1368-1644), qui vécut de 1397 à 1481. La construction du complexe commença en 1406. Le palais impérial représente la plus grande construction en bois de complexe royal au monde.

La Cité Interdite servit de résidence impériale et de siège du gouvernement durant les règnes des vingt-quatre empereurs des dynasties Ming et Qing, de 1368 à 1911. Ce complexe inclut des salles de cérémonie, des bureaux, des logements pour les domestiques et le personnel, ainsi que les palais et les cours intérieures dans lesquels vivaient les membres de la famille royale. Ces derniers y travaillaient aussi, y vouaient leur culte, s’y divertissaient.

La Cité Interdite couvre une surface de 720 000 m2 et contient 9999,5 chambres. Il fallut 300 000 travailleurs et quatorze années pour compléter ce gigantesque/massif projet de construction. La Cité Interdite représente les distinctions confucéennes entre le souverain/chef et le fonctionnaire/employé, l’homme et la femme, les épouses principales/officielles et les concubines. L’endroit où l’empereur traitait les affaires officielles était localisé à l’avant du complexe de la Cité Interdite. Les importantes cérémonies et le public constitué de militaires et de civils étaient reçus dans trois grands halls construits sur une terrasse élevée du sud au nord le long de l’axe central de la Cité Interdite. La somptuosité de leur construction, de même que leur situation centrale, était l’expression du respect au pouvoir impérial.

Derrière ces trois halls principaux se trouvaient les palais des empereurs et impératrices, ainsi que les nombreux auxiliaires des cours centrales. Cette configuration était l’expression du concept confucéen du « public devant, privé derrière ». La classe dirigeante de la chine ancienne pratiquait la polygamie, avec une femme principale et de multiples concubines dans une même famille. Seulement l’impératrice, en tant que seule et unique épouse officielle de l’empereur, avait ses quartiers situés sur l’axe central vénéré de la Cité Interdite. Les résidences des concubines impériales se trouvaient dans douze cours intérieures à l’est et l’ouest de la ligne centrale. Cet aménagement était la représentation graphique de la supériorité de l’épouse principale dans ses relations avec les concubines.

Le temple de Confucius à Qufu[modifier | modifier le code]

Le temple de Confucius de Qufu offre une exception apparente au code de construction confucéen. N’importe quelle personne familière de la culture traditionnelle chinoise reconnaîtra ces colonnes de dragons sculptés qui sont les symboles de l’empereur, tout comme le nombre des dix colonnes. Or ces dix colonnes de dragon sont localisées dans le Temple de Confucius à Qufu et non pas dans l’un des palais impériaux. N’est-ce pas là une violation du code confucéen ? En fait, pas vraiment, dans la mesure où ces colonnes de dragons furent érigées en l’hommage de Confucius et de l’idéologie confucéenne.

L’idéologie confucéenne et son code de conduite s’avérèrent être des moyens très efficaces pour maintenir l’ordre et la stabilité de la société féodale chinoise. En tant que système approuvé par l’état qui combinait la politique, la philosophie, et la morale, le Confucianisme atteignit progressivement le statut de religion et son fondateur, Confucius, fut vénéré comme une divinité. Dans son état actuel, l’ensemble des bâtiments ne remonte pas au-delà des Ming. Son plan, rigoureusement axé, ses successions d’enceintes, les enceintes emboîtées jusqu’au Saint des Saints tous ces signes faisaient du temple de Confucius l’un des plus importants bâtiments officiels. Les neuf entrecolonnements du bâtiment principal le plaçait au plus haut rang, à l’instar des bâtiments dédiés à l’empereur. Comme pour la Cité Interdite, l’éclat de ses couleurs, la richesse des matériaux et de l’ornementation, le caractère majestueux de ses pavillons, tout est fait pour en imposer.

Le code confucéen et l’organisation de la ville[modifier | modifier le code]

L’organisation de la ville entrait dans les fonctions de l'administration centrale, et rares étaient les villes où les plans de développement urbain n’existaient pas. Dadu, capitale des Yuan a été conçue à grande échelle. Pékin, la capitale des dynasties Ming et Qing qui suivirent, fut construite sur les ruines de la capitale des Yuan et la Cité interdite sur l’emplacement de l’ancien palais des Mongols. En 1267, Hu Bilie (Qubilai) le premier empereur de la dynastie Yuan transfère sa capitale sur un site qui comporte beaucoup de qualités géomantiques et géographiques. Ainsi naît Khanbaliq (la ville du Khan), en chinois ‘’Dadu’’ , la Grande Capitale, avec un périmètre de 30 kilomètres, sur le site de l’actuelle Beijing. Il lui fallut douze ans. La ville se trouvait sur un espace carré et couvrait une superficie d’environ 50 km². Une haute muraille entourait toute la ville, avec trois portes à l’est, à l’ouest et au sud, des remparts, et deux entrées au nord de la ville. Des vestiges archéologiques attestent que les voies principales, qui formaient un axe nord-sud et est-ouest à travers la ville, mesuraient 28 mètres de large. Les rues secondaires faisaient 14 mètres et les ruelles 7 mètres. L’ordonnancement de la ville était extrêmement rigoureux, avec des rues et des quartiers nettement démarqués.

La ville de Dadu fut construite au XIIIe siècle selon les principes du grand classique de Confucius, « Zhou Li », « Kaogong Ji », le « Rite des Zhou», les « Compétences techniques ». Cet ouvrage, écrit il y a 1 800 ans énonce : « Pour concevoir une capitale, il faudra qu’elle repose sur un terrain carré mesurant neuf li de côté (environ 4,5 kilomètres), avec trois portes de chaque côté de ses remparts. Il devra y avoir neuf rues et neuf avenues, suffisamment larges pour que neuf charrettes de chevaux, côte à côte, puissent y passer. Le palais se situera au cœur de la ville, avec le temple ancestral sur la gauche, le temple des dieux sur la droite, les bureaux à l’avant, et la place du marché à l’arrière ».

Traditions chinoises et intermédiaires entre les traditions chinoises et occidentales[modifier | modifier le code]

  • Les mingqi, céramiques funéraires.

En considérant les maquettes, mingqi, de forteresses découvertes dans les tombes d'époque Han on peut se poser la question d'une relation entre ces représentations céramiques et la réalité architecturale de l'époque. Cependant certaines caractéristiques de ces forteresses ont été adaptées au fil du temps et aux diverses conditions climatiques de la Chine et visibles encore aujourd'hui. Ainsi les environs de Kaiping, Guangdong[29], abritent plusieurs milliers de constructions qui ressemblent à des tours fortifiées. Ces tours uniques et peu connues, furent construites par les migrants chinois de retour des États-Unis, de Canada et d'Australie au XIXe siècle, à la fin de l'empire. Sur plusieurs étages, ces forts (碉楼 diaolou) remplissaient les mêmes fonctions que les châteaux forts médiévaux.

Les diaolou et les villages de Kaiping ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial en juin 2007[30]. Dans cette zone, chaude l'été et tempérée l'hiver, la localisation et donc l'ensoleillement sont essentiels. On y fait attention à briser les rayons du soleil et à utiliser une ventilation maximale.

Un lilong (里弄) dans la rue Shanxi. Sud de Shanghai

Comme le traditionnel siheyuan est l'unité des traditionnels hutong, le longtang au XXe siècle[31] en est la réinterprétation dans le contexte de l'urbanisation dense des comptoirs occidentaux de la ville cosmopolite à Shanghai.

À Shanghai, le longtang est un bloc rectangulaire à plusieurs niveaux comportant une dizaine d'unités d'habitations à étages avec escalier intérieur, posées côte à côte. Les rez-de-chaussée de ces unités d'habitations disposent d'une petite cour d'environ une dizaine de mètres carrés qui sert d'entrée principale. Une seconde entrée, sur l'arrière, débouche sur un petit couloir d'un mètre de large (tianjing). Ce type de composition architecturale, répété dans l'espace de la ville, produit des quartiers d'un schéma innovant et hybride, le lilong, adapté aux exigences de la vie chinoise. Chaque lilong peut comporter une vingtaine de longtang, le tout étant desservi par des ruelles étroites débouchant sur les rues principales voisines. Porté par un marché de la construction en pleine expansion à Shanghai le longtang s'est répandu dans tous les quartiers de 1870 aux années 1940.

Architecture chinoise contemporaine et architecture contemporaine en Chine[modifier | modifier le code]

Terminal 3, aéroport de Beijing. Dessiné par NACO (Netherlands Airport Consultants B.V) et les cabinets d'architecture Foster and Partners et Arup. Opérationnel en 2008

Il fallut attendre le début du XXe siècle pour que l’architecture puisse être envisagée, par les Chinois, comme une pratique nécessairement réservée à un corps de métier spécialisé (formé à l’étranger au début du XXe siècle) pour réaliser des constructions d’un type non-chinois, l’architecture moderne en béton, acier et verre. L’architecture traditionnelle chinoise est apparue à ces architectes sous des angles nouveaux, depuis le point de vue occidental, « école des beaux-arts », sur l’architecture. Certains d’entre eux se sont d’ailleurs penchés avec intérêt sur leur propre patrimoine dès les années 1930 et ont pu témoigner des monuments disparus pendant la guerre en enseignant eux-mêmes l’architecture ensuite[24],[32].

« Qui construit les nouvelles mégapoles aujourd’hui en Chine ? Les architectes « commerciaux »? Les instituts de design officiels, employant souvent plusieurs centaines d’architectes ? Les grandes agences étrangères ? […] Mais certainement pas les architectes expérimentaux, » qui ne peuvent y intervenir qu’à la marge…[33]

Depuis un mouvement lancé en 1976, relayé dans les années 1980 par des traductions et des articles de réflexion sur le postmodernisme[34], mais au maximum de sa puissance au cours des années 1990, de nouvelles générations prennent la relève (sur fond d’opposition à ces pionniers au style national grandiloquent[35]) et participent à l’invention d’une méthode postmoderne d’architecture où la production de bâtiments de tous types, de styles hybrides, mêlant références chinoises et structures occidentales, doit se faire à très vive allure et à très grande échelle dans toutes les villes. Shenzhen ayant été la première touchée, Pudong étant peut-être, en 2011, « ‘’La’’ » cité hyper-moderne de Chine. Les tours, les méga-constructions d’un style moderniste créatif donnent aux centres-villes des mégapoles des silhouettes de fiction. Une différenciation radicale des espaces se met en place, une « hétérotopie » violente. « De nouvelles constructions sans caractère s’édifient dans de nouvelles villes sans identité, [sans mémoire], et ne sont plus le reflet de l’âme d’une culture [36],». Alors que la campagne et la montagne, immenses, ne bougent pas et régressent souvent, car la vie y devient de plus en plus dure, de grands projets situés dans les grandes villes[37] , depuis les années 2000, donnent l’occasion aux plus célèbres architectes chinois contemporains de créer une architecture raffinée, parfois ‘’vernaculaire moderne’’, parfois d’un ‘’purisme critique’’ clair et efficace, une architecture équivalente à ce qui se fait de mieux ou de plus luxueux dans le monde. Cette révolution spectaculaire touche aussi les réseaux, sur tout le territoire. Les grands travaux de génie-civil accompagnent le travail des architectes dans le développement des réseaux : le réseau électrique, les centrales et les barrages, le barrage des Trois-Gorges en particulier, les réseaux d’adduction d’eau et d’assainissement, les réseaux de transport, les ponts, les tunnels et les gares, les ports, et les aéroports, l’aéroport international de Pékin, le réseau de télécommunication… À côté de cette révolution urbaine et des réseaux quelques bâtiments d’exception (voir la galerie ci-dessous) ont été commandités sur concours à des bureaux d’architecture de renom international à l’occasion du passage au deuxième millénaire et des jeux olympiques de 2008. Avec cette nouvelle image d’une Chine résolument moderne, les Chinois se transforment en touristes, dans la déferlante touristique mondiale, passionnés de leur propre pays et du trésor architectural qu’ils ont hérité de leurs ancêtres. Les restaurations, les reconstructions et les musées flambant neufs accompagnent une industrie du tourisme en pleine expansion où, à côté de la découverte des paysages et des activités ludiques et sportives dans des parcs aménagés rutilants, l’architecture tient une place importante avec les autres arts, au sein des pratiques culturelles en Chine contemporaine et pourrait participer à la naissance d’une nouvelle conscience sociale devant les effets de l’économie de marché et du libéralisme[38].

Parmi les architectes expérimentaux, l’exposition « Alors, la Chine ? », de 2003, retenait principalement :

  • WANG Shu [de Hanghzou],
  • l’atelier Feichang Jianzhu, fondé à Beijing par CHANG Yung Ho, ZHU Cai [de Beijing],
  • Deshaus (LIU Yichun, ZHUANG Shen, CHEN Yifeng),
  • ZHANG Lei,
  • QI Xin,
  • Agence Aube (FENG Yueqiang, Frédéric EDME),
  • Urbanus (LIU Xiaodu, MENG Yan, ZHU pei, WANG Hui),
  • DONG Yugan,
  • MA Qingyun [de Shanghai],
  • LIU Jiakun (en collaboration avec QING Lirong, ou FAN Xiaodong et ZHANG Ziqiang, ou WANG Lun).

En 2014, le président chinois Xi Jinping déclare vouloir interdire les architectures « bizarres ou grotesques »[39].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. WANG Shu a été lauréat du prix Pritzker d'architecture en 2012 :[1], et sur l'émission de France Culture Métropolitains du 27/05/2012[2] entretiens, bibliographie.
  2. Une traverse est une pièce de bois horizontale, perpendiculaire à la poutre faîtière, et qui se distingue de l'entrait en ce sens qu'il n'appartient pas à un système de ferme

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michèle Pirazzoli-t'Serstevens, documentation : Nicolas Bouvier assisté par Denise Blum 1970, p. 89 sq.
  2. a et b Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 7 , 115-116 et 190
  3. Ronald G. Knapp 2000, p. 22-23 et 79-93
  4. Ronald G. Knapp 2000, p. 2
  5. Ronald G. Knapp 2000, p. 27-37
  6. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 9
  7. Ronald G. Knapp 2000, p. 84-85
  8. Ronald G. Knapp (sous la direction de) 2005, p. 182 sq.
  9. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 232
  10. Ronald G. Knapp 2000, p. 285-291
  11. Ronald G. Knapp 2000, p. 89
  12. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 313
  13. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 313-314
  14. Ronald G. Knapp 2000, p. 239-243
  15. Ronald G. Knapp 2000, p. 312-313
  16. Archéologie et civilisation des oasis du Taklamakan 2001, p. 34-47
  17. Ronald G. Knapp 2000, p. 77 sq.
  18. Ronald G. Knapp 2000, p. 192 - 220
  19. Caroline Bodolec 2005
  20. Ronald G. Knapp 2000, p. 148 - 163
  21. Danielle Elisseeff 2007, p. 67
  22. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 6
  23. Ronald G. Knapp 2000, p. 33 sq.
  24. a et b Ronald G. Knapp 2000, p. 37 sq.
  25. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 311
  26. Ronald G. Knapp 2000, p. 260 sq.
  27. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 310
  28. Ronald G. Knapp 2000, p. 238
  29. Ronald G. Knapp 2000, p. 238-245
  30. Fiche d'actualités de l'UNESCO, Fiche d'actualités de chine-informations
  31. Ronald G. Knapp 2000, p. 258-259
  32. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt) 2005, p. 3
  33. Chantal Béret assistée de Chao-Ling Kuo, et altr. Commissaire 2003, p. 224 Chantal Béret
  34. Chantal Béret assistée de Chao-Ling Kuo, et altr. Commissaire 2003, p. 213 Wang Mingxian
  35. Chantal Béret assistée de Chao-Ling Kuo, et altr. Commissaire 2003, p. 193-199 Zhu Jianfei
  36. Chantal Béret assistée de Chao-Ling Kuo, et altr. Commissaire 2003, p. 217 Wang Mingxian
  37. Chantal Béret assistée de Chao-Ling Kuo, et altr. Commissaire 2003, p. 180-192 Zhu Jianfei
  38. Chantal Béret assistée de Chao-Ling Kuo, et altr. Commissaire 2003, p. 198 Zhu Jianfei
  39. Chine: le président Xi veut interdire les "architectures grotesques" L'Express, 16 octobre 2014
  40. Françoise Lauwaert (dir.) 2009, page de garde.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Culture chinoise[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Lauwaert (dir.), Les trois rêves du mandarin, Bruxelles, Fonds Mercator,‎ 2009, 232 p. (ISBN 978-90-6153-896-7).
    Exposition dont le propos est situé à la fin des Ming et au début des Qing. Voir aussi la page Peinture de lettrés et sa bibliographie.

Architecture ancienne monumentale[modifier | modifier le code]

  1. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt), L'Architecture chinoise, Arles, Philippe Picquier,‎ 2005, 368 p. (ISBN 2-87730-789-1).
  2. Rémi Tan, Bâtiments antiques chinois: aspects techniques, Paris, Ed. You Feng,‎ 2004, 219 p. (ISBN 2842791665).
  3. Gilles Béguin, Vincent Goossaert, Isabelle Charleux, Hélène Chollet, Nathalie Frémaux, L'ABCdaire de la Cité interdite, Paris, Flammarion,‎ 2007, 120 p. (ISBN 978-2-08-011792-2).
  4. Michèle Pirazzoli-t'Serstevens, documentation : Nicolas Bouvier assisté par Denise Blum, Chine. Architecture universelle, Suisse, Office du Livre, Fribourg,‎ 1970, 192 p. (ISBN 2-8264-0114-9)

Architecture domestique et vernaculaire[modifier | modifier le code]

  1. (fr) et (zh) Corinne Debaine-Francfort (Dir. publ.), Idriss, Abduressul. (Dir. publ.) et Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang, Keriya, mémoires d'un fleuve : Archéologie et civilisation des oasis du Taklamakan, Éditions Findakly,‎ 2001, 245 p. (ISBN 2-86805-094-8)
  2. Fu Xinian, Guo Daiheng, Liu Xujie, Pan Guxi,Qiao Yun, Sun Dazhang (sous la direction de Nancy S. Steinhardt), L'Architecture chinoise, Arles, Philippe Picquier,‎ 2005, 368 p. (ISBN 2-87730-789-1). Ouvrage très peu consacré à l'architecture domestique et vernaculaire (Pages 302-315).
  3. (en) Ronald G. Knapp (sous la direction de), House, home, family : living and being Chinese, Honolulu : University of Hawaii Press ; New York : China Institute in America,‎ 2005, 453 p.
  4. (en) Ronald G. Knapp, China's old dwellings, Honolulu : University of Hawaii Press,‎ 2000, 362 p.
    ISBN 0-8248-2075-4 (cl. : acid-free paper). - ISBN 0-8248-2214-5 (pbk.).
  5. Caroline Bodolec, L’architecture en voûte chinoise, Paris, Maisonneuve & Larose,‎ 2005, 316 p. (ISBN 2-7068-1844-1)

Jardin chinois[modifier | modifier le code]

Se reporter à la bibliographie de la page Jardin chinois.

Architecture moderne et contemporaine[modifier | modifier le code]

  1. (en) Claire Kirschen et Zhenning Fang, Commissaire. Christophe Pourtois, Commissaire. Marcelle Rabinowicz, Commissaire, Heart-Made - The Cutting-Edge of Chinese Contemporary Architecture, Fonds Mercator,‎ 2010, 362 p. (ISBN 978-90-6153-894-3)(sous toute réserve).
  2. Chantal Béret assistée de Chao-Ling Kuo, et altr. Commissaire, Alors, la Chine ?, Centre Pompidou,‎ 2003, 447 p. (ISBN 2-84426-200-7).

L’architecture chinoise au sein de la culture chinoise[modifier | modifier le code]

  1. Danielle Elisseeff, L’art chinois, Larousse. Collection : Comprendre & Reconnaître,‎ 2007, 237 p. (ISBN 978-2-03-583327-3) Excellent ouvrage d’initiation.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Architecture impériale chinoise.[modifier | modifier le code]

Cité interdite
Ancien palais d'été
Résidence de montagne de Chengde

Architecture tibétaine[modifier | modifier le code]

Architecture au Tibet
Palais du Potala

Architecture religieuse en Chine[modifier | modifier le code]

Petite pagode de l'oie sauvage
Temple du nuage blanc de Pékin (taoïste)
Mosquée de Niujie (à Beijing)
Temple de Tianning (bouddhiste à Beijing)

Architecture contemporaine en Chine[modifier | modifier le code]

CCTV Headquarters (Rem Koolhaas] 2004-2009)
Centre national des arts du spectacle (Pékin) (Paul Andreu 2001-2007)
Beijing Yintai Centre (John Portman)
Bank of China Tower (Shanghai) (Nikken Sekkei 2000)
Bank of Shanghai Headquarters (Kenzo Tange 2002-2005)
Tour de la Banque de Chine (Hong Kong) (Ieoh Ming Pei 1989)
HSBC Main Building (Hong Kong) (Norman Foster 1985)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Architectures vue par les premiers photographes[modifier | modifier le code]

Architecture contemporaine en Chine[modifier | modifier le code]