Trois Royaumes de Chine

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Localisation des Trois royaumes vers 262.

La période des « Trois Royaumes » (chinois traditionnel : 三國 ; pinyin : Sānguó), dans l'histoire chinoise, commence en 220 après la chute de la dynastie Han () et s'achève avec la réunification de la Chine par la dynastie des Jin occidentaux en 280. Les trois royaumes sont ceux de Wei () au Nord le long du fleuve Jaune, de Wu () dans le Sud-Est, et de Shu () dans le bassin du Sichuan.

La période des Trois Royaumes est précédée par une quarantaine d'années durant lesquelles l'empire Han se désagrège progressivement, divisé entre plusieurs seigneurs de guerre rivaux. Incapables de se départager sur le terrain militaire, après notamment la décisive bataille de la Falaise Rouge (208), les potentats restant, Cao Cao et son fils Cao Pi (royaume de Wei), Liu Bei (royaume de Shu) et Sun Quan (royaume de Wu), mettent en place les Trois Royaumes après l'abdication du dernier empereur Han, dont ils se disputent la succession. Ces potentats de Wei, Shu et Wu se proclament chacun à leur tour empereur dans les années 220. Leurs successeurs s'affrontent pour la domination de la Chine, avant d'être supplantés l'un après l'autre entre 265 et 280 par le clan Sima qui fonde la dynastie Jin ().

Cette brève période inaugure cette époque où l'ancien empire Han étant fragmenté, s'ensuivent plus de trois siècles de séparation entre la Chine du Nord et la Chine du Sud, durant un « Haut Moyen Âge » chinois. Au cours de cette époque mouvementée[N 1], la période des Trois Royaumes (220-280) est suivie de la dynastie des Jin occidentaux ou Jin antérieurs qui réunifient l'Empire de 265 à 316, puis de la dynastie des Jin orientaux en Chine du Sud (317-420) tandis qu'à peu près au même moment en Chine du Nord la période des « Seize Royaumes » voit s'affronter ces seize royaumes de 304 à 439. Cette longue période de fragmentation se poursuit durant l'époque des « dynasties du Nord et du Sud » (420-589)[N 2] . Elle s'achève avec la réunification entreprise sous les Sui et achevée sous les Tang.

La période des Trois Royaumes voit la mise en place de plusieurs des traits caractéristiques de cette longue ère de division : fondation de royaumes par des seigneurs de guerre se partageant la Chine, qui doivent composer avec l'existence de puissantes familles aristocratiques disposant d'un fort ancrage local, essor des régions méridionales du bassin du Yangzi qui développent une culture spécifique, renouveau d'écoles de pensée diverses en rupture avec le confucianisme officiel des Han, affirmation des religions taoïste et bouddhiste, etc.

En dépit de sa postérité, la période des Trois Royaumes jouit d'une grande popularité en raison de l'importance que la tradition chinoise accorde à plusieurs de ses grandes figures (Cao Cao, Liu Bei, Zhuge Liang, les Sept Sages de la forêt de bambous, etc.), passées du côté de la légende pour devenir de véritables figures archétypes. Cette popularité est essentiellement due au Roman des Trois royaumes, rédigé au XIVe siècle par Luo Guanzhong, l'un des ouvrages romancés les plus importants du patrimoine de la Chine, et très influent dans les pays voisins.

Sources[modifier | modifier le code]

L'histoire politique du IIIe siècle est connue grâce à trois sources historiographiques faisant partie des histoires officielles que chacune des dynasties dominant la Chine est censée faire rédiger sur celle qui l'a précédée. À la suite des Mémoires historiques de Sima Qian, ces textes comportent la description des événements ayant eu lieu dans un ordre chronologique sous la forme d'une chronique, ainsi que les biographies des grands personnages ayant vécu à la période concernée. Leurs rédacteurs émettent des jugements moraux sur les faits et les personnages qu'ils décrivent, effectuant un tri parmi des informations, mais s'appuient sur des documents officiels et des chroniques de l'époque, ce qui rend leur description des faits relativement fiable en dépit de son caractère biaisé.

L'histoire de la dynastie Han postérieure est couverte par le Livre des Han postérieurs (Hou Han shu), rédigé par Fan Ye (398-446) sous les Liu-Song. Elle est enrichie de commentaires des débuts de la dynastie Tang (première moitié du VIIe siècle), ainsi que de traités concernant notamment l'administration, qui se trouvaient à l'origine dans la Continuation du Livre des Han de Sima Biao (v. 300)[1].

La principale source sur la période des Trois Royaumes est celle qui la concerne directement, la Monographie des Trois Royaumes (Sanguo zhi), rédigée par un seul auteur, Chen Shou, qui vécut de 233 à 297 et fut donc contemporain de la plupart des faits qu'il décrit. Cette histoire officielle est largement favorable à la dynastie des Cao-Wei[N 3], considérés comme étant les seuls des Trois Royaumes à avoir la légitimité pour dominer la Chine, et à leurs successeurs les Sima-Jin sous lesquels le récit fut rédigé. La Monographie des Trois Royaumes est tout de même divisée en trois parties concernant chacun des trois royaumes, et a acquis une belle réputation dans la Chine médiévale en raison de ses qualités littéraires[2]. Divers faits volontairement cachés par Chen Shou, notamment pour ne pas froisser la dynastie Jin, sont rapportés par un commentaire officiel de la Monographie, effectué par Pei Songzhi (372-451) qui était actif sous les Song du Sud. Cet historien a également rajouté des biographies de personnages remarquables (notamment le penseur Wang Bi), à partir de sources historiographiques qui étaient à sa disposition mais qui ont disparu depuis[3].

La troisième chronique historiographique documentant la période est l'histoire officielle de la dynastie Jin, le Livre des Jin (Jin shu), rédigé durant la première moitié du VIIe siècle sous les auspices de l'empereur Taizong des Tang (626-649), qui en a surveillé la rédaction. Il s'agit d'une œuvre collective de plusieurs historiens accrédités par l'empereur, qui ont exploité divers documents de la période Jin et des textes historiographiques qui ont disparu depuis. Ils sont favorables au clan Sima qui a fondé la dynastie Jin, présentant ses fondateurs (Sima Yi, Sima Shi et Sima Zhao) comme des empereurs légitimes même s'ils ne l'ont jamais été[4].

Cadre géographique et culturel : une opposition Nord-Sud[modifier | modifier le code]

La civilisation chinoise émerge durant la période antique à partir de la région moyenne de la vallée du fleuve Jaune, la « Plaine centrale », avant de s'étendre peu à peu vers les régions voisines. Sous les Han, elle reste le centre culturel des pays chinois, le centre de l'empire, et la région la plus peuplée. Les siècles suivants sont marqués par un lent rééquilibrage en faveur du Sud, les régions situées autour du bassin du Yangzi et au-delà, dont la situation marginale s'estompe progressivement. La période des Trois Royaumes est en partie marquée par ce mouvement, même s'il reste encore peu affirmé[5].

Les pays du bassin du fleuve Jaune sont les plus marqués par l'État centralisé qui s'y est affirmé depuis plusieurs siècles. Les problèmes agricoles, que ce soit la lutte contre les risques de sécheresse, l'irrigation, où la répartition des terres en culture, y sont très aigus. Un autre problème vivace est la menace posée par les populations nomades ou semi-nomades vivant dans les steppes situées au Nord de la Grande Muraille, que les Chinois considèrent comme barbares, notamment les Xiongnu et les Xianbei, et qu'il faut écarter, sans quoi le Nord chinois est à la merci d'une invasion. Cela ne va pas sans favoriser les tendances guerrières des États du Nord, qui ne se privent pas du reste d'intégrer les habiles cavaliers des peuples des steppes. Ces diverses tendances se retrouvent dans l'évolution du royaume de Wei[6].

Les pays du bassin du Yangzi et du Sud chinois sont quant à eux marqués par un climat plus humide et un relief plus élevé, caractérisé par des régions de collines et de moyennes montagnes isolant plusieurs régions. Le Sichuan est notamment situé géographiquement à l'écart des autres pays, ce qui explique pourquoi il est un lieu privilégié d'établissement de principautés ou royaumes autonomes, comme les Maîtres célestes puis Shu-Han à la période qui nous concerne. Les pays du Sud sont peu peuplés, et du point de vue agricole il s'agit donc de mettre en culture de nouvelles terres en y établissant des paysans. C'est une terre d'émigration depuis le Nord. Mais on y trouve aussi des populations autochtones que les royaumes du Sud soumettent progressivement, tout en intégrant des éléments culturels locaux qui donnent une identité particulières à ces espaces méridionaux, particulièrement visibles dans le pays de Wu[7].

Histoire politique et militaire : fragmentation de l'empire et période des Trois Royaumes[modifier | modifier le code]

La période de désunion
« Trois Royaumes » 220-280 : 60 ans
Chine du Nord : Wei à Luoyang Chine du Sud-Ouest: Shu, Chine du Sud-Est : Wu
brève réunification : Jin occidentaux à Luoyang 265-316 : 51 ans
nouvelles fragmentations
au Nord : « Seize Royaumes » : 304-439 : 135 ans au Sud : Jin orientaux 317-420 : 103 ans
« Dynasties du Nord » et « Dynasties du Sud »
Wei du Nord 386-534 : 148 ans Liu Song 420-479 : 59 ans
Wei de l'Est 534-550 : 16 ans Qi ou Qi du Sud 479-502 : 23 ans
Wei de l'Ouest 535-556 : 21 ans Liang 502-557 : 55 ans
Qi du Nord 550-577 : 27 ans Liang postérieurs, ou Liang du Sud 555-587 : 32 ans
Zhou du Nord 557-581 : 24 ans Chen 557-589 : 32 ans


La période des « Trois Royaumes » stricto sensu, de 220 à 280, ne peut être comprise sans une évocation des décennies de lente agonie de la dynastie Han (en gros de 184 à 220). Les personnages marquants et institutions politiques et sociales des Trois Royaumes émergent en effet durant ces années, et certains n'ont pas connu la destitution des Han (en particulier Cao Cao). Cette période de quasiment un siècle est marquée par la fragmentation politique de l'empire Han, qu'aucun des grands généraux de l'époque n'est en mesure de réunifier. C'est devant ce constat que les potentats de Wei, Shu et Wu se proclament chacun à leur tout empereur dans les années 220, sans être en mesure de plus se départager par la suite. C'est finalement depuis le royaume qui assure le plus la continuité des institutions Han, celui de Wei, ayant hérité de ses régions les plus peuplées et prospères, que se met en place le processus de réunification. Il n'est le fait d'aucune des trois dynasties régnantes, mais d'une lignée de généraux de Wei, celle des Sima, fondateurs de la dynastie Jin.

La chute de la dynastie Han et l'essor des seigneurs de guerre[modifier | modifier le code]

Les provinces à la fin de l'empire Han, vers 189.

Les dernières décennies de la dynastie Han sont marquées par des tensions à la cour, opposant le groupe des eunuques à celui des aristocrates qui s'opposent pour exercer l'ascendant sur des souverains sans grand caractère ou autorité, et dont la position doit essentiellement au prestige de leur fonction, de leurs ancêtres et à la force du principe dynastique. Ces tensions s'aggravent sous le règne de Lingdi (168-189), quand les eunuques font exécuter plusieurs hauts dignitaires qui tentent de les renverser. L'affaiblissement du pouvoir central qui est consécutif à ces querelles de cour est renforcé quand explose en 184 en province la révolte des Turbans jaunes, d'inspiration taoïste, qui est péniblement réprimée, sans pour autant que les foyers de tension s'éteignent totalement dans l'empire. Le pouvoir central perd progressivement le contrôle de ses provinces[8]. C'est dans ce contexte qu'un groupe d'aristocrates a finalement raison de la faction des eunuques après la mort de Lingdi. Le général Yuan Shao supprime les eunuques, mais doit laisser la place à Dong Zhuo, commandant des forces militaires du Nord-Ouest, qui investit la capitale Luoyang, pour déposer et tuer l'empereur Shaodi et le remplacer par Xiandi (189-220), dernier empereur des Han, qui n'exerça jamais la moindre autorité, passant sa vie sous le contrôle de seigneurs de guerre qui dirigent désormais l'empire en pleine décomposition[9],[10].

Carte de localisation des principaux seigneurs de guerre en 194.

Yuan Shao menaçant ses positions à Luoyang, la capitale de l'empire, Dong Zhuo s'enfuit, non sans avoir massacré une partie de la haute aristocratie et incendié la ville. Il trouve refuge dans l'ancienne capitale occidentale Chang'an, où il se livre à de nouveaux massacres avant d'être renversé par le jeune général Lü Bu en 192. Parallèlement, plusieurs seigneurs de guerre mettent la main sur diverses provinces de l'empire. Yuan Shao domine au Nord-Ouest, Cao Cao émerge plus au sud, à proximité de Yuan Shu ; Liu Biao plus au Sud dans la région du moyen Yangzi, et au Sud-Est Sun Jian puis son fils Sun Ce, tandis qu'une partie du Sichuan est aux mains de la secte taoïste des Maîtres célestes dirigée par Zhang Lu et une autre sous la coupe du chef de guerre Liu Zhang ; au Nord-Est domine le clan Gongsun, dont le chef est alors Gongsun Zan[11] ; dans l'extrême sud, à l'écart de ces conflits, un gouverneur local du nom de Shi Xie établit sa domination[12]. Les trois premiers sont en position de force car situés à proximité de l'empereur, et c'est finalement Cao Cao qui met la main sur lui. Il s'assure ainsi une position décisive face à ses rivaux, car il peut ainsi se placer du côté de la continuité dynastique et attirer, au moins dans un premier temps, les loyalistes[13].

Yuan Shu et Lü Bu sont les premiers seigneurs de guerre à disparaître à la suite de leurs échecs contre Cao Cao[14]. Yuan Shao et Cao Cao se retrouvent alors face-à-face, avec les seigneurs de guerre voisins comme alliés ou ennemis potentiels : Liu Biao choisit une position attentiste, Sun Ce se concentre sur le Sud-Ouest où il doit encore raffermir ses positions, Gongsun Zan affronte et est défait par Yuan Shao tandis que Cao Cao a maille à partir avec un nouveau venu, Liu Bei, qui s'est un temps rangé de son côté. L'affrontement décisif entre les deux grands seigneurs de guerre du Nord a lieu à l'automne 200 à Guandu, et voit la victoire décisive de Cao Cao. Yuan Shao meurt peu après, et ses deux fils s'avèrent incapables de prendre le flambeau : l'un est éliminé par Cao Cao, l'autre par Gongsun Kang, nouveau chef du clan Gongsun[15].

La bataille de la Falaise Rouge et ses suites : l'échec de l'unification[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de la Falaise rouge.
Carte du déroulement de la bataille de la Falaise Rouge et de la retraite de Cao Cao.

À la suite de sa victoire contre Yuan Shao et fort de son contrôle sur la cour Han, Cao Cao est alors en position de force, et il est sans doute alors vu par beaucoup comme celui qui doit réunifier la Chine. En 207, il doit combattre et vaincre les tribus Wuhuan qui menacent l'empire au Nord. Il peut alors se tourner vers les seigneurs de guerre du Sud. Liu Biao, qui détient la position stratégique dans la région située à la charnière entre les régions du fleuve Jaune et du Yangzi, meurt en 208 et n'a pas de successeur à même se reprendre son héritage, laissant ainsi son territoire à la merci du plus fort. Cao Cao trouve alors un adversaire inattendu en la personne de Liu Bei, qui tient à lui barrer la route du Sud[16]. Ce dernier réussit à obtenir de justesse l'appui de Sun Quan, frère et successeur de Sun Ce, qui dispose des meilleures troupes navales, dirigées par son général Zhou Yu, pour engager le combat sur le Yangzi face aux troupes de Cao Cao, qui ont pour lui un large avantage numérique.

La bataille de la Falaise Rouge qui oppose en 208 les deux camps est restée l'une des plus célèbres de l'histoire chinoise : grâce à une stratégie pensée par Zhou Yu et Zhuge Liang, le stratège de Liu Bei, les navires de ce dernier et de Sun Quan réussissent à incendier la flotte de Cao Cao qui doit rebrousser chemin. Il ne pourra pas reprendre les régions méridionales, qui sont alors partagées entre les deux vainqueurs : Sun Quan voit ses positions renforcées dans la région basse du Yangzi, et Liu Bei s'établit dans le Sichuan après avoir éliminé Liu Zhang[17].

Cao Cao n'en reste pas moins le plus puissant. Dans les années qui suivent, il établit son contrôle sur la majeure partie de la plaine du fleuve Jaune, en éliminant notamment les petits chefs de guerre régnant à l'Ouest, réorganise l'administration du territoire qu'il domine et son armée. Il réussit à soumettre Zhang Lu et les Maîtres célestes même si Liu Bei l'empêche de dominer le Sichuan, infligeant quelques défaites à ses troupes, et si ses campagnes contre Sun Quan restent infructueuses[18]. Au même moment, le front commun de ses deux ennemis de la Falaise Rouge se craquelle : leur victoire laisse en suspens la domination de la région du moyen Yangzi, qui après des tensions est partagée entre les deux, la menace de Cao Cao restant un ciment suffisant pour les unir[19].

Trois empereurs rivaux se partagent la Chine[modifier | modifier le code]

Combat entre troupes de Shu et de Wei dans la vallée de la rivière Wei, illustration du Roman des Trois Royaumes de la période de la dynastie Qing.

Dix ans après la bataille de la Falaise Rouge, les trois rivaux ont donc chacun mis la main sur une partie de la Chine : Cao Cao domine la moitié Nord, autour du fleuve Jaune ; Sun Quan occupe la basse vallée du Yangzi ; Liu Bei est établi au Sichuan et vers le moyen Yangzi. Le premier dispose du plus vaste et plus riche territoire, des restes de la haute administration Han et des élites intellectuelles, mais sa fin de règne est ternie par son incapacité à soumettre ses deux rivaux méridionaux et des tensions à la cour, marquées notamment par une tentative d'assassinat à son encontre fomentée par des loyalistes Han. Il ne cherche jamais à renverser l'empereur Xiandi comme certains de ses conseillers le lui suggèrent, se contentant de titres de prestige comme celui de « roi de Wei », auquel Liu Bei lui répond en se parant d'un titre de rang similaire. Durant ces mêmes années, la rupture entre Sun Quan et Liu Bei est consommée : le premier dépêche son général Lü Meng pour prendre la province de Jing, disputée entre les deux, au cours de laquelle il remporte une victoire qui se solde par la mort du général Guan Yu, un des plus anciens fidèles de Liu Bei[20],[21]. Durant les années 210, Sun Quan obtient la soumission de Shi Xie et étend sa domination jusqu'au nord de l'actuel Vietnam (delta du fleuve Rouge)[12].

À la mort de Cao Cao en 220, son fils Cao Pi récupère ses titres puis franchit le pas en organisant l'abdication de Xiandi à son profit : il se proclame alors empereur de Wei. La fin de la dynastie Han est ainsi entérinée après près de 40 ans de lente agonie. Liu Bei se fait alors nommer empereur de Han, car il est descendant d'une branche collatérale de la dynastie et prétend désormais prendre la tête de celle-ci. Ses ennemis ne lui reconnaissent jamais que la domination du pays de Shu (nom antique du Sichuan). Soucieux d'assurer ses positions à la suite du conflit face à Liu Bei, Sun Quan reconnait un temps l'autorité nominale de Cao Pi, se parant du titre de roi de Wu (nom antique de la basse vallée du Yangzi), avant de la rejeter puis de prendre le titre d'empereur de Wu en 229[22]. Le quatrième seigneur de guerre resté indépendant, Gongsun Yuan, fils et successeur de Gongsun Kang, reste établi en Mandchourie du Sud (le pays de Yan) mais ne prétend jamais à un titre impérial et reste partagé entre allégeance à Wei et alliance avec Wu, ne jouant pas de rôle politique ou militaire important[23].

Sur le plan militaire, les trois empereurs ne sont pas en mesure de faire bouger les lignes dans les années qui suivent. La réplique de Liu Bei à la défaite infligée par Sun Quan se solde par un nouvel échec à Yiling en 222. L'année suivante les deux puissances du Sud redeviennent alliées face à Wei. Liu Bei meurt en 223, et son fils Liu Shan lui succède[20]. Le royaume Han-Shu est alors dirigé de facto par le général Zhuge Liang. À Wei, Cao Pi meurt en 226 et est succédé par son fils Cao Ren. Celui-ci fait face à de nouvelles offensives de Zhuge Liang, qui cherche à passer par la région de la rivière Wei, autour de Qishan, mais essuie plusieurs revers. Sun Quan ne connait pas une meilleure fortune, ses généraux échouant dans des campagnes contre ceux de Wei. Il cherche l'alliance de Gongsun Yuan contre Wei, mais ce dernier la rejette, en faisant exécuter son ambassadeur en 233 et en envoyant sa tête à Wei en signe d'allégeance. En 234, Zhuge Liang trouve la mort au cours d'une nouvelle campagne contre Wei, et le royaume de Shu-Han, privé de dirigeant talentueux, décline[24]. Le royaume de Wei n'a alors plus de rival cherchant à le menacer. En 238, son plus brillant général, Sima Yi, ancien protégé de Cao Pi, parvient à éliminer Gongsun Yuan. L'année suivante, à la mort de Cao Rui, il est proclamé co-régent pour le compte de l'empereur Cao Fang aux côtés du ministre Cao Shuang, qui se concentre sur les affaires administratives, laissant la direction des affaires militaires à Sima Yi[25].

Les Trois royaumes ne cantonnent pas leurs ambitions militaires à la seule lutte contre leurs rivaux chinois. Ils reprennent également à leur compte le mouvement d'expansion vers les régions de l'extérieur qui a été très dynamique durant les plus belles heures des Han. Dans la foulée de l'unification du nord chinois, Wei réussit à étendre son influence en direction de l'ouest, recevant des tributs d'ambassadeurs de royaumes centre-asiatiques (comme Khotan et Karachahr), tandis qu'à la frontière la province de Dunhuang, avant-poste vers l'Asie intérieure, florisse[26]. Après la conquête de la Mandchourie, l'expansion se fait également vers l'est. Le général Guanqiu Jian mène plusieurs expéditions victorieuses contre Koguryo (le Nord de la Corée) qui aboutissent à la constitution de provinces servant de base à la politique diplomatique des Cao-Wei vers l'est. Ils entrent notamment en relations avec la « reine » Himiko du Yamatai, au Japon[27]. Les deux royaumes méridionaux poussent quant à eux en direction du sud. À Shu, Zhuge Liang lance des expéditions contre les peuples du sud du Sichuan (prise de Nanzhong en 225)[28]. À Wu, Sun Quan renforce sa domination sur l'extrême sud de la Chine et le nord de l'actuel Vietnam). Disposant d'une importante flotte de guerre, il peut également attaquer les îles voisines (sans doute Taïwan, Hainan, peut-être aussi les îles Ryukyu et le sud de la Corée). Il dépêche au royaume de Funan (Cambodge) ses ambassadeurs Zhu Ying et Kang Tai, qui laissent des récits de leur voyage[21],[29].

L'unification par les Sima-Jin[modifier | modifier le code]

L'extension approximative des Trois royaumes en 262, à la veille de la conquête de Shu par Wei.

Fort de ses succès militaires, Sima Yi met progressivement la main sur la cour de Wei, en s'assurant le soutien d'une grande partie de la haute aristocratie. En 249, il élimine finalement Cao Shuang et de nombreux membres du clan Cao, tout en laissant le pouvoir nominal à l'empereur Cao Fang. Après sa mort en 251, ses fils Sima Shi (jusqu'en 255) et Sima Zhao (jusqu'en 265) assurent la relève[25]. Le premier fait déposer Cao Fang en 254, et le remplace par Cao Mao, puis se débarrasse de son plus sérieux rival Guanqiu Jian en 255. Sima Zhao fait quant à lui tuer Cao Mao en 260 après que celui-ci ait tenté de le faire assassiner, et le remplace par un autre membre du clan Cao, Cao Huan, qui n'a pas une once d'autorité à Wei[30].

À Shu-Han, le roi Liu Shan laisse le ministre Jiang Wan diriger le pays, puis prend les rênes du pouvoir en 246 à la mort de ce dernier. Il laisse l'image d'un roi falot, délaissant les affaires militaires, pour passer son temps entouré de femmes et d'eunuques. Parmi ces derniers, c'est Huang Hao qui exerce la plus grande influence dans les affaires du royaume, mauvaise si on en croit la postérité qui en a gardé l'image d'un personnage trompeur et opportuniste[31].

Le dernier des fondateurs d'un des trois royaumes, Sun Quan, périt en 252. Sa succession est houleuse, et les dernières années du royaume de Wu sont marquées par de nombreux troubles impliquant rois et ministres issus de la haute aristocratie. Son fils Sun Liang (252-258) occupe le premier le trône, sous la régence d'un de ses ministres, Zhuge Ke (un neveu de Zhuge Liang). Celui-ci remporte une victoire militaire contre Wei mais est incapable de pousser plus loin jusqu'en territoire ennemi[32]. Peu après, il est assassiné par Sun Jun, un membre du clan impérial, qui prend à son tour l'ascendant sur l'empereur. Un autre membre du clan impérial, Sun Chen, prend ensuite la direction des affaires du royaume, le tout dans un climat marqué par des révoltes provinciales. Sun Liang tente de se débarrasser de son ministre, mais celui-ci réagit et le destitue avant de l'envoyer dans un exil où il meurt, suicidé ou assassiné[33]. Sun Chen intronise alors un autre fils de Sun Quan, Sun Xiu (258-265), qui s'empresse de l'éliminer. À sa mort en 265, les ministres les plus influents favorisent la montée sur le trône de son neveu Sun Hao[33]. Celui-ci laisse le souvenir d'un souverain tyrannique et débauché, signe de la déchéance de sa dynastie aux yeux de la tradition historiographique.

Chacun des trois royaumes est alors passé sous le contrôle effectif de l'aristocratie, ne disposant plus de souverain exerçant effectivement le pouvoir. Les membres du clan Sima sont les plus puissants des chefs de guerre de cette période, et les seuls à prendre l'initiative sur le terrain militaire après l'élimination de leurs derniers rivaux à Wei. En 263, les troupes de Sima Zhao envahissent Shu-Han et reçoivent la soumission de Liu Shan, qui est emmené en captivité à Luoyang où il passe ses dernières années. Le chef du clan Sima se proclame alors « prince de Jin » (là encore le nom d'un royaume antique). Quand il meurt en 265, son successeur Sima Yan se proclame « empereur de Jin » sous le nom de Wu, destituant le dernier empereur Wei, Cao Huan. Son dernier opposant, le roi de Wu, tente une dernière offensive en 271, qui est sans effet. Il doit finalement se rendre en 280 alors que les troupes de Jin ont envahi son royaume. Le dernier des Trois Royaumes tombe, ouvrant ainsi sur une brève période d'unification de la Chine sous l'égide des Jin[30].

Des États militaires instables[modifier | modifier le code]

Les trois royaumes partagent le fait d'avoir été fondé à partir des décombres de l'empire Han à la suite des succès initiaux d'un grand général, plus ou moins bien continués par ses successeurs. Leur assise est donc militaire, et généralement la dynastie a des origines peu élevées. De fait, ils doivent composer avec d'autres chefs militaires à même de contester leur autorité en fonction de leur réussite au combat, et avec les grands propriétaires terriens qui concentrent un pouvoir moins important mais nettement plus stable. Le pouvoir des souverains de la période est donc précaire, très dépendant du sort des armes, puisque aucun d'entre eux n'a un prestige suffisant pour ne pas voir sa légitimité contestée en période d'affaiblissement. Les chefs d'État sont également confrontés au délitement de l'administration héritée des Han qu'il faut réorganiser voire repenser, et ils se s'attellent à cette tâche avec des volontés et des succès divers. Les successeurs des fondateurs des États n'ont cependant pas été en mesure de faire face aux volontés des vieilles familles qui se voient concédés de plus en plus d'avantages, et finissent par favoriser les ambitions du clan Sima, qui peut capitaliser sur ses succès militaires pour réunifier la Chine, sans être guère plus capable que ses prédécesseurs de s'imposer durablement.

Seigneurs de guerre et élites locales[modifier | modifier le code]

La période de la chute de la dynastie Han voit s'amorcer une mutation qui accouche progressivement d'un nouveau type d'élites sociales caractéristiques de la période de division qui dure jusqu'à la réunification de la Chine par les Sui et les Tang. Il est le produit des évolutions politiques et sociales ayant eu lieu sous les Han postérieurs, accélérées par le contexte troublé de la chute de la dynastie et la fondation des Trois Royaumes. On divise habituellement le groupe des élites de cette époque en deux ensembles, en fonction de l'origine de leur autorité : ceux qui doivent leur pouvoir à leurs succès militaires, leur charisme, d'où émergent de véritables seigneurs de guerre se taillant des royaumes à base territoriale souvent à partir de rien, sans jamais réellement parvenir à les stabiliser en raison de la précarité de leur position due uniquement au sort des armes ; les familles de l'élite locale dont le pouvoir est hérité, patrimonial, dont la base de la richesse est plus ancienne, terrienne, reposant sur de grands domaines, nettement plus durables mais dont l'autorité dépasse rarement le cadre provincial. Ces deux groupes sont évidemment en interaction constante.

Illustration de la période Qing du Roman des Trois Royaumes : Liu Bei, Guan Yu et Zhang Fei combattant côte-à-côte contre les Turbans jaunes.
Les seigneurs de guerre, maîtres du jeu militaire et politique

L'ascension des seigneurs de guerre puise ses racines dans l'évolution de l'organisation militaire sous les Han postérieurs : l'armée levée dans les provinces est remplacée par une armée destinée avant tout à la guerre frontalière contre les Nomades du Nord, constituée d'engagés volontaires mais aussi de criminels forcés à intégrer l'armée et de nomades incorporés après avoir été défaits. Les gouverneurs des provinces reçoivent la charge de lever et entretenir ces troupes, ce qui favorise l'installation de liens personnels entre eux et leurs soldats, et donc la constitution de véritables armées privées sur lesquels le pouvoir central n'a plus de prise. Cette tendance est renforcée par l'évolution du système des tenures militaires (voir plus bas) et la constitution de grands domaines à partir desquels leurs propriétaires peuvent lever des troupes. Quand les chefs militaires sont appelés pour mater la révolte des Turbans jaunes puis les troubles suivants, ils prennent définitivement l'ascendant sur un État moribond, renforçant leur assise territoriale pour transformer leurs provinces en véritables principautés autonomes. Ils se rallient ainsi à d'autres chefs militaires moins forts, qui peuvent être à la tête de lignages provinciaux ou parfois de simples bandes locales de déracinés, mais qui, disposant de leurs propres troupes, viennent gonfler les rangs des plus puissants - même s'il est courant que leur loyauté soit fluctuante. La compétition féroce entre seigneurs de guerre aboutit à l'élimination de la plupart d'entre eux, jusqu'à la constitution des Trois Royaumes par les survivants[34].

Un des archétypes de ce type de personnage est Cao Cao, qui se taille progressivement une réputation de grand général et parvient à réunifier toute la Chine du Nord après avoir placé sous sa coupe les restes de la famille impériale Han. Il doit donc son succès aux conditions politiques du temps : « vil brigand en temps de paix, héros dans un monde troublé » aurait dit de lui un contemporain[35]. C'est en effet un personnage ambigu, aux débuts houleux, amateur de chasse, autoritaire mais loyal envers ceux qui lui sont fidèles, qui se démarque par ses qualités guerrières et également stratégique, puisqu'il est un des plus fins connaisseurs et commentateurs de l'Art de la guerre de Sun Zi, maître ouvrage de la pensée militaire de la Chine antique. Il aurait été également un très bon joueur de go[36]. Liu Bei, lui aussi passé à la postérité comme un combattant remarquable, est issu d'une famille pauvre, déclassée, et a su s'affirmer en dépit de nombreux revers, après avoir servi d'autres chefs de guerre (Gongsun Zan, Cao Cao, Yuan Shang), avec l'aide de ses compagnons loyaux entrés comme lui dans la légende : les vaillants généraux Guan Yu et Zhang Fei et le plus brillant stratège de l'époque, Zhuge Liang[37].

D'autres ont eu moins de succès, mais représentent tout aussi bien ce milieu social marqué par l'incertitude : ainsi Yuan Shao, un des premiers généraux à émerger au moment de la chute des Han, qui se constitue une base territoriale mais subit une défaite face à Cao Cao peu avant de mourir, ses fils Yuan Shang et Yuan Tang se querellant ensuite pour récupérer l'héritage paternel et finissant tués au combat par d'autres chefs de guerre[15].

Les qualités d'hommes d'État de ces personnages sont diverses. Cao Cao est ainsi un réformateur très actif, tandis que Liu Bei ne se manifeste pas vraiment dans ce domaine. L'autre grand souverain de la période, Sun Quan, n'est pas un grand général : il doit sa position aux succès de son père Sun Jian et de son frère Sun Ce et aux généraux qu'il a sous ses ordres (Zhou Yu, Lü Meng) ; mais il fait preuve de qualités de chef de gouvernement[21].

Brique peinte issue d'une tombe de l'élite de Wei représentant une scène de la vie domestique, musée du Henan.
Les familles de l'élite locale

L'élite locale est elle généralement issue de lignages anciens et bien implantés dans une région où leur autorité est reconnue, et donc incontournable. Elle gagne de plus en plus d'autorité sous l'empire Han, profitant de l'appauvrissement progressif des paysans modestes qu'elle place sous sa coupe, mouvement qui s'accentue au moment de la déconfiture de l'empire. La base de sa richesse est agricole, comme cela se voit dans ses tombes assez luxueuses, aux peintures reproduisant souvent des scènes de vie rurale ou aux maquettes en terre cuite ou en grès, dans la tradition des Han, représentant des bâtiments, des installations agricoles (puits, greniers, tours de garde de domaines, manoirs ruraux souvent fortifiés, etc.) et des serviteurs : objets funéraires (mingqi) visant à rappeler au moment de la mort la base terrienne de la richesse du défunt[38].

Ces personnages importants se définissent par leur origine remontant à un ancêtre prestigieux, et leur identification à un terroir où se trouve le temple des ancêtres de la famille, et le cimetière du lignage. Ces familles sont donc très stables, constituant de véritables dynasties locales, certaines perdurant depuis les Han jusqu'aux Tang. Les plus puissantes disposent d'une grande autorité sur leurs dépendants travaillant sur leurs domaines, et également sur un réseau étendu de dizaines voire centaines de clans appartenant à leur lignage, ou d'autres qu'elles s'attachent par des alliances matrimoniales, ou divers services, obligations et cadeaux servant à leur conférer un statut de protecteurs généreux et bienveillants. Ces familles épousent les valeurs de l'« aristocratie de fonction » servant l'empire Han : confucianisme (donc une forme de conservatisme social et moral), goût de l'écriture et de la littérature, richesse issue de domaines agricoles, paternalisme envers leurs serviteurs. Ils noyautent la haute administration des royaumes, se transmettant généralement leurs charges de façon héréditaire[39].

Une élite sociale aux contours complexes

Dans les faits, il ne faut sans doute pas suivre de trop près l'opposition classique dans la tradition chinoise entre guerriers (wu) et civils (wen), notamment parce que des généraux talentueux peuvent être issu de vieilles lignées (c'est le cas de Yuan Shao) et que certains grands chefs de guerre ont aussi des goûts voire des qualités de lettrés et se cherchent une assise territoriale, imitant par là l'élite traditionnelle (c'est le cas des Cao et des Sun). Le cas des Sima, fondateurs de la dynastie Jin, est souvent retenu comme étant caractéristique des liens entre les deux groupes : appartenant à l'origine au milieu militaire des Han postérieurs, ils connaissent leur ascension dans la mouvance de Cao Cao et de Cao Pi, avant de supplanter leurs successeurs grâce aux talents militaires des chefs du lignage, en premier lieu Sima Yi. Pour mieux asseoir leur pouvoir, ils se constituent une généalogie fictive comprenant des ancêtres prestigieux, suivant les idéaux confucianistes qu'ils épousent, et concluent des alliances matrimoniales avec les grandes familles[40]. Les femmes sont en effet des vecteurs d'influence des grandes familles, les patriarches de lignages cherchant à placer leurs filles et sœurs dans les familles d'autres grands personnages pour occuper une plus haute position. Cela n'est pas sans créer des troubles quand les deux familles se déchirent : Liu Bei épouse ainsi la sœur de Sun Quan, qui au moment des conflits entre les deux choisit le camp de sa famille d'origine en essayant d'enlever son fils, héritier de son époux, avant que celui-ci ne soit récupéré par des généraux de ce dernier[41].

Les études sur le milieu des élites des Trois Royaumes opposent couramment les stratégies des clans Cao et Sima : les premiers, marqués par l'autoritarisme de Cao Cao, auraient eu tendance à privilégier l'ascension d'hommes nouveaux distingués par leur mérite et leur loyauté mais auraient été isolés des élites établies, tandis que les seconds auraient privilégié l'intégration à celles-ci pour se présenter comme leurs chefs contre le clan Cao, ce qui leur aurait permis finalement d'occuper le trône impérial. Dans une grille de lecture marxiste, les Cao seraient les représentants d'un groupe de petits gentilshommes tandis que les Sima intégreraient et défendraient les intérêts des familles les plus puissantes disposant des grands domaines. En fait, l'échec des Cao-Wei est plus à chercher dans la précarité des positions des seigneurs de guerre, qui vaut aussi pour les Shu-Han et les rois de Wu. Leur pouvoir étant trop directement lié à leurs victoires militaires et jamais à leur contrôle d'un appareil étatique qu'ils ne parviennent pas à stabiliser, leurs successeurs ont du mal à préserver leur autorité en l'absence de nouveaux succès militaires, et finissent par voir leur autorité bousculée par l'élite établie, aux assises plus solides et donc à même d'exploiter leurs faiblesses. Mais le pouvoir retombe finalement entre les mains d'un autre chef de guerre victorieux, seul à même de dominer un vaste territoire. Ce schéma se répète suivant des modalités similaires durant les siècles suivants[42].

Des structures politiques et sociales en recomposition[modifier | modifier le code]

Les trois royaumes sont donc fondés par des chefs de guerre qui parviennent à la suite de leurs succès à dominer certaines portions de l'ancien empire des Han, après avoir éliminé ou éloigné plusieurs de leurs rivaux. Ils tentent par la suite de donner plus de légitimité et de stabilité à leur pouvoir par différents moyens : prise d'un titre impérial, tentative de réorganisation de l'administration et des territoires conquis. Chacun des trois procède suivant ses propres modalités, avec des succès inégaux mais toujours insuffisants pour assurer un gouvernement durable en raison des nombreuses concessions faites aux lignages locaux et de l'évolution de la situation militaire.

Sun Quan en costume d'empereur, peinture de Yan Liben (600-673).
La question de la légitimité impériale

Après leurs succès décisifs et leur implantation dans une partie de la Chine, les seigneurs de guerres se parent de titres issus de l'ancienne hiérarchie des dignités de la dynastie Han, servant à marquer leur nouveau prestige, notamment tant que l'empereur Han règne encore. Cao Cao, qui garde le contrôle sur la famille Han, reste longtemps modeste dans ses titres : il se proclame chancelier en 208, devient « duc de Wei » en 213 (le Wei étant une région correspondant à un antique royaume combattant dans la lignée de laquelle Cao Cao désire se placer), puis « roi de Wei » en 216, titre normalement réservé à des princes de la famille royale[43]. Par la suite il se voit attribuer de plus en plus d'honneurs faisant de lui un quasi-égal de l'empereur. Il existe alors un débat lié au déclin des Han : suivant la vision traditionnelle, le déclin de la dynastie Han signifie qu'elle a perdu son « mandat céleste » lui permettant de régner, et qu'une autre dynastie peut lui succéder. Mais certains affirment que le pouvoir acquis par Cao Cao ne suffit pas, et qu'il faut qu'il domine toute la Chine pour prouver sa légitimité. Cela explique pourquoi il lui faut près de 40 ans pour que la perte du pouvoir des Han soit consacrée définitivement[18].

C'est Cao Pi qui franchit le pas en se proclamant empereur de Wei en destituant le dernier empereur Han, après une cérémonie d'abdication de celui-ci initiée pour l'occasion[44]. Quelques années plus tard, cela se retourne contre les Cao-Wei quand le dernier empereur de leur lignée est destitué de la même manière et sous de mêmes prétextes par le premier empereur des Sima-Jin.

En réaction aux prétentions des Cao qu'il considère comme des usurpateurs, Liu Bei proclame son droit à des titres similaires. Il s'appuie pour cela sur le fait que sa famille passe pour être une branche collatérale de la dynastie Han (avec laquelle elle partage le nom de famille Liu), puisqu'elle descendrait du fondateur de l'empire Han, Liu Bang/Gaozu. Suivant le même rythme que les Cao-Wei, Liu Bei reprend d'abord le titre de « roi de Hanzhong » dont disposait son illustre prédécesseur[19], puis après la destitution de l'empereur Han il se déclare lui-même empereur des Han. La théorie politique développée dans son royaume prétend que la lignée Han se divise en plusieurs lignées, les Han antérieurs (206 av. J.-C.-9) étant les « grands frères », auxquels ont succédé les Han postérieurs (25-220) qui sont les « frères cadets », puis la nouvelle dynastie fondée par Liu Bei serait le « petit frère »[45].

Le troisième grand chef de guerre, Sun Quan, suit avec un peu de retard ses deux rivaux, sans doute parce qu'il a moins de légitimité. Reconnaissant un temps la suprématie nominale de Cao Cao, il ne se proclame empereur de Wu (là encore un nom issu d'un royaume de l'Antiquité) qu'en 229[21]. De fait, l'historiographie chinoise postérieure s'accorde à dire qu'il n'a pas de légitimité à se parer d'un tel titre, et attribue alternativement celle-ci à un de ses deux rivaux[46].

Réformes administratives et judiciaires

Ayant un pouvoir à base militaire, les fondateurs des Trois Royaumes ont des capacités inégales de chefs d'administration, et ne peuvent pas forcément s'appuyer sur des ministres capables dans ce domaine. Les Cao ont un indéniable avantage, puisqu'ils dirigeaient la majeure partie de l'ancien empire Han, en tout cas ses territoires les plus riches et les plus peuplés, mais aussi les mieux administrés, et ils conservent une partie des hauts administrateurs Han. C'est dans leur royaume qu'ont eu lieu les expériences de réorganisation administrative les plus originales. Un premier problème qui se pose dès Cao Cao est de reconstituer une administration solide, après les morts et les fuites provoquées par la guerre civile des années 180-190, tout en éliminant les éléments les plus loyalistes aux Han. Il instaure alors le système dit des « Neufs rangs » (jiupin) : la hiérarchie administrative est désignée en neuf rangs (le premier étant le plus élevé), et des juges impartiaux désignés par la cour doivent sélectionner les recrues de l'administration sur la base de dossiers et de recommandations fournis par les élites locales. Très pragmatique, la sélection doit être faite uniquement sur la base du talent et du mérite, et non pas les qualités morales mises en avant sous les Han (piété filiale, incorruptibilité, etc.). Mais ces vues sont détournées dès le règne de Cao Pi : ce dernier met l'emphase sur les qualités littéraires et poétiques des candidats, ce qui a pour conséquence d'avantager les membres des élites lettrées. Cette pratique est accentuée par ses successeurs. Les premiers empereurs Jin finissent par rétablir la prise en compte du rang du père du candidat, retournant ainsi à un système favorisant l'hérédité et donc les grands lignages établis[47].

À côté de cela, les vicissitudes de l'époque ne sont pas sans poser des limites à l'attractivité des postes de la fonction publique. Alors que ceux-ci sont sous les Han le seul objectif des lettrés, qui cherchent à effectuer la meilleure carrière possible dans l'administration, via notamment le succès aux concours impériaux, la période de la chute des Han et des Trois Royaumes voit le développement d'un idéal concurrent de retrait du monde, passant surtout par le refus de l'intégration à l'administration. Cette attitude se remarque notamment chez les élites par le développement des discours de « causeries pures » et l'érémitisme (voir plus bas), dont l'essor est manifestement lié aux purges de l'administration succédant aux différents coups d’États qui émaillent la vie politique de la période[48].

Parmi les autres mesures prises par Cao Cao et Cao Pi figure la réorganisation de l'appareil juridique. Un nouveau code juridique est promulgué, reprenant l'héritage législatif des Han tout en le durcissant. Le premier empereur des Sima-Jin prolonge ces mesures en faisant à son tour rédiger un code plus important, promulgué en 268[49].

Réformes militaires et agricoles

Les conflits militaires entraînent également des massacres et des mouvements de fuite de populations (surtout paysannes) vers des régions épargnées par les affrontements, laissant ainsi certaines régions dans une situation de pénurie démographique et d'atonie agricole, marquant la fin de la petite propriété paysanne sur laquelle reposaient les ressources des empires Qin et Han. Aux yeux des chefs d'État, il faut trouver une nouvelle solution pour s'assurer les ressources humaines et matérielles nécessaires à l'engagement de nouvelles campagnes militaires, mais aussi mettre en place de nouveaux domaines moins dépendants des grands propriétaires. C'est une fois de plus Cao Cao qui impulse les réformes dans ce domaine. Il s'inspire du système des colonies agricoles militaires (tuntian) frontalières existant sous les Han (notamment dans le Nord), mais les transporte à l'intérieur même de la Chine : les premières sont constituées en 196 de Turbans jaunes déportés et implantés dans la vallée du Fleuve Jaune ; plus tard il installe également dans l'actuel Shanxi des groupes Xiongnu, dont il apprécie les qualités de cavaliers-archers. Ces colonies sont divisées entre celles à fonction purement agricole, qui paient des taxes, et celles à fonction militaire, qui doivent financer le service militaire. Les populations de ces colonies, qui se développent par la suite, figurent dans des registres et ne peuvent quitter leurs domaines. Les hommes des colonies militaires doivent se marier à l'intérieur de celles-ci et assurer le service militaire à la suite de leur père : l'armée devient donc héréditaire. Dans le royaume Wu, les populations qui ont fui dans les régions de collines entourant la vallée du Yangzi ainsi que les groupes autochtones (les « Yue des montagnes ») qui y vivent sont réorganisées suivant un modèle similaire. Comme souvent dans la Chine ancienne, les initiatives en matière d'agriculture sont couplées avec celles de type militaire. Les politiques de reconquête des terres s'accompagnent aussi de projets d'irrigation. Dans les deux royaumes, la politique de colonies prend un tournant défavorable à l'État : les colonies militaires sont peu à peu concédées à des lignages alliés du pouvoir en échange de leurs services, ce qui prive rapidement l'État de ressources et place directement les dépendants agricoles et militaires sous la coupe de l'élite terrienne, qui dispose ainsi de travailleurs et de soldats servant pour son propre compte[50].

Des royaumes à la gouvernance inégale

Finalement, il apparaît que les trois royaumes sont incapables de mettre en place des structures à même de les imposer dans la durée, mais leurs accomplissements sur le plan de l'organisation politique sont diversement appréciés. Comme avancé par Rafe de Crespigny, c'est sans doute le royaume des Cao-Wei, ayant hérité de la majeure partie de ce qu'il restait de l'appareil d'État Han, de la population et des moyens militaires, puis consolidé par les mesures novatrices de Cao Cao, qui est le plus solide. Il sert de base à la reconquête de la Chine par les Sima-Jin et de modèle pour les royaumes de la Chine durant les siècles de division qui suivent[51]. Le royaume de Wu est dans une moindre mesure le lieu de nouvelles expériences d'administration et de mise en valeur du territoire. À défaut d'avoir été lui-même durable, replacé dans la longue durée il contribue de façon non négligeable à l'essor de la région basse du Yangzi où s'installent par la suite d'autres royaumes qui reprennent son héritage (Jin de l'Est, Song du Sud etc.)[52]. Les gouvernants du royaume Han-Shu semblent quant à eux s'être contentés d'un royaume disposant du minimum administratif sans chercher à développer les ressources locales ; issus de militaires exilés qui ont atterri dans le Sichuan bien malgré eux et toujours désireux de s'emparer du pouvoir dans le Nord, ce royaume reste suivant les termes de Rafe de Crespigny une « entreprise d'un seigneur de guerre dans un État provincial »[53].

Pensée et religion : un renouveau[modifier | modifier le code]

Avec l'effondrement de l'empire Han, s'ouvre une période durant laquelle le pouvoir est moins en mesure de promouvoir une pensée dominante, le confucianisme, ce qui favorise l'essor de différents courants issus de pensées anciennes mais reléguées au second plan sous les Han, en particulier le taoïsme. Les événements et évolutions politiques jouent donc un grand rôle dans l'évolution des réflexions de l'époque. Les lettrés furent souvent réprimés ou en fuite à cause de la rivalité entre nobles et eunuques à la cour Han, l'incendie de la bibliothèque impériale des Han par les troupes de Dong Zhuo, puis la dispersion des lettrés qui s'ensuivit. Certains trouvèrent ensuite refuge auprès de Liu Biao, puis de Cao Cao et des autres membres du clan Cao qui furent de véritables mécènes (Cao Pi, Cao Zhi, Cao Shuang) et favorisèrent de brillants écrivains et penseurs (Sept Lettrés de Jian'an puis courant des « causeries pures » et école du Mystère), avant que l'affirmation des Sima ne s'accompagne d'un retour du confucianisme. La cour de Sun Quan fut également propice à l'émergence d'une tradition méridionale qui s'affirma durant les siècles suivants ; les différents mouvements de rébellion taoïstes (Turbans jaunes et Maîtres célestes) ont quant à eux accompagné l'émergence du taoïsme religieux, tandis que le bouddhisme s'affirmait de plus en plus, appuyé par certains souverains (à Wu en particulier). Les troubles politiques incitèrent également certains fonctionnaires déchus à se livrer à des réflexions sur les bienfaits du retrait du monde et le rejet des carrières officielles (Sept Sages de la forêt de bambous).

L'évolution des thèmes de réflexion[modifier | modifier le code]

La libération de la parole durant ces temps troubles facilite assurément le développement de pensées originales, et de débats plus tranchés, comme on n'en avait pas observé en Chine depuis la fin de la très prolifique période des Royaumes combattants (481-221 av. J.-C.).

Les « causeries pures »

Les préoccupations des penseurs établis, de tradition confucéenne, sont donc liées à celles de la politique de leur temps. Depuis la fin du IIe siècle, ils se consacrent notamment à l'étude de l'organisation de la société, de sa hiérarchisation et des aptitudes et caractères individuels. Ils ont tendance à s'intéresser plus aux qualités propres des individus qu'à leur morale ou leur renom, lié notamment à leurs ancêtres, comme le veut la « doctrine des noms » (mingjiao), en vogue durant la fin des Han et qui dispose encore de défenseurs sous les Wei (Zhong Hui), qui cherche à faire correspondre les termes à la réalité, donc à situer dans l'échiquier politique et social chaque homme en fonction de ses capacités. Ces réflexions influencent (et également la nouvelle vogue des idées légistes) la réforme du recrutement des fonctionnaires initiée par Cao Cao et approfondies plus tard par Liu Shao, un ministre de Wei dans son Traité des caractères (v. 240) et les débatteurs des « causeries pures » (qingtan), esprits iconoclastes qui se livrent à une remise en cause de l'orthodoxie confucianiste, en retrait avec le déclin puis la chute du pouvoir Han qui la protégeait, bien qu'elle trouve encore des défenseurs comme Zhong Hui sous les Wei[54].

Wang Bi et l'« étude du Mystère »

L'un des plus brillants esprits de la période des Trois Royaumes est Wang Bi (226-249), qui émerge dans le cercle des « causeries pures » sous l'égide d'un des esprits les plus brillants de la période, He Yan (190-249). Ils ont étudié et commenté les classiques taoïstes (le Zhuangzi et le Laozi), aux côtés du Livre des Mutations (Yijing) et des plus établies Entretiens de Confucius (Lunyu) pour en tirer des commentaires très élaborés, d'autant plus remarquables chez Wang Bi que celui-ci les a écrits avant ses vingt-trois ans, âge de sa mort. Le courant auquel participent He Yan et Wang Bi est qualifié d'« étude du Mystère » (xuanxue). L'idée maîtresse de Wang Bi est que tout ce qui existe procède du « non-étant » (wu), concept repris du Laozi, qui se confond chez lui avec le « Dao » ou le « Grand Un », autres principes suprêmes dans la pensée chinoise. Il est donc indifférencié, au-delà du tangible (d'où l'aspect « mystérieux »), et les réflexions de ce penseur et de He Yan se portent notamment sur les moyens d'appréhender et comprendre l'indicible. Cela va à l'encontre le l'idéologie dominante sous les Han, reposant sur une cosmologie dominée par la figure du Ciel et l'idéal moral. Dans l'optique de Wang Bi, le Saint, en particulier le souverain, doit donc régner par le « non-agir » (wu wei), sans action prédéterminée, ce qui est une critique des régimes autoritaires et militaires alors en plein essor[55].

Estampage d'un relief mural recomposé d'après une peinture de Lu Tanwei[N 4] ,dans une tombe de la période des Song du Sud (seconde moitié du Ve siècle), représentant les Sept Sages de la forêt de bambous (des Trois Royaumes ) et Rong Qiqi (penseur des Printemps et Automnes) dans une « causerie pure », buvant, fumant et célébrant les arts de la poésie et de la musique. 80 x 240 cm
Les « Sept sages de la forêt de bambous » et la tentation du retrait du monde

Les courants de critique de l'idéologie traditionnelle connurent un essor lié aux vicissitudes politiques de la chute de la dynastie des Cao-Wei en 249. Plusieurs des membres des courants des « causeries pures » disposaient de places à la cour impériale et de l'oreille du régent Cao Shuang, et aussi sans doute du clan Sima. Quand Sima Yi élimina Cao Shuang et une grande partie du clan Cao, les courants critiques furent également réprimés (He Yan étant exécuté car marié à une princesse Cao). Cela incita les penseurs incriminés (mais épargnés) à se retirer de la cour pour des lieux d'érémitisme en dehors du monde où ils pourraient développer une pensée plus libre, marquée notamment par le taoïsme naturaliste. La tradition chinoise en a retenu un groupe nommé les « Sept Sages de la forêt de bambous », dont les figures de proue sont les poètes Xi Kang (223-262) et Ruan Ji (210-263). Il est en fait difficile de dire si ces personnages se sont effectivement côtoyés, mais ils sont passés à la postérité comme des esprits anticonformistes, se retrouvant pour converser autour de poésie et de chansons au cours de banquets arrosés dans des ermitages isolés (?) (la « forêt de bambous »[56]), et plusieurs d'entre eux auraient eu une conduite scandaleuse (ce qui peut-être lié à une tentative des sources proches des Sima de les discréditer). Ils sont ainsi devenus les archétypes du sage cultivant le retrait du monde, figure très populaire dans le monde chinois médiéval, et firent l'objet de nombreuses représentations artistiques[57].

Les écrits de Ruan Ji présentent bien une pensée inspirée du taoïsme (mais avec un arrière-plan confucéen) visant à ramener le monde à une morale qui aurait été perdue, ou parfois à célébrer l'éloignement mystique voire l'anarchie[58]. Xi Kang, qui a rédigé des œuvres parmi les plus marquantes de la logique et de la dialectique chinoise médiévale, se consacre surtout à la réflexion sur les moyens d'atteindre l'immortalité selon l'angle taoïste, qui peut être atteinte par des réflexions sur la nature du dao, ou encore la pratique d'une musique libérant l'esprit des émotions et contraintes extérieures[59]. Ils ont surtout été retenus pour avoir promu l'idéal du sage qui ne se dévoue pas à la morale confucéenne et au service du pouvoir pour se retirer des affaires du monde[60].

L'essor du taoïsme religieux et du bouddhisme[modifier | modifier le code]

La période des Trois royaumes vit s'accélérer l'essor du taoïsme religieux déjà très marqué durant les dernières décennies des Han postérieurs. La présence du bouddhisme restant encore réduite aux cercles des convertis, les Sept Sages de la forêt de bambous semblent en avoir tout ignoré. Ce n’est qu’au IVe siècle que les idées bouddhistes se répandirent dans l’ensemble de la classe cultivée. Ensuite jusqu’au IXe siècle le Moyen Âge chinois fut essentiellement bouddhiste[61].

Les premiers mouvements taoïstes

L'essor du recours aux penseurs du courant taoïste (Laozi et Zhuangzi) comme alternative au courant confucianiste a déjà été évoqué pour les milieux lettrés issus des cercles du pouvoir. Depuis le milieu du IIe siècle, l'aspect religieux et populaire du taoïsme se développait, notamment par le biais de la divinisation de Laozi, devenu le Saint taoïste par excellence, agrémenté d'un rôle de pivot du cosmos repris de la figure du Grand Un de la cosmologie officielle[62]. Les origines du taoïsme religieux reposent aussi sur les réflexions et pratiques des fangshi, spécialistes des arts occultes qu'étaient la magie et la divination. Ils sont souvent orientés vers les recherches visant à prolonger leur vie, en nourrissant leurs énergies vitales par des exercices respiratoires et gymnastiques. Ils entretiennent des relations contrastées avec le pouvoir : Cao Cao est ainsi hostile à la magie populaire, mais c'est entouré de nombre de ces spécialistes de l'occulte, notamment parce qu'ils légitimaient son pouvoir[63].

Le premier mouvement collectif couramment considéré comme « taoïste » (même s'il ne s'est jamais considéré comme tel) avait un aspect populaire très marqué à émerger est celui de la secte des « Turbans jaunes », qui, devant la désagrégation de l'empire Han, annonce la venue de l'ère de la « Grande Paix » (courant dit de la « Voie de la Grande paix »), époque d'harmonie et de paix. Réprimé par les généraux Han, ce mouvement s'éteint alors même s'il inspira vraisemblablement les mouvements suivants[64].

L'école des « Maîtres célestes », ou « Voie des Cinq boisseaux de riz » (d'après la contribution que les membres devaient verser à l'ordre) est la seconde grande secte taoïsante à émerger. Elle aurait été fondée par un certain Zhang Daoling à propos duquel on ne sait pas grand chose. Son petit-fils Zhang Lu fonda dans le Sichuan un véritable État très hiérarchisé qui donna du fil à retordre aux chefs de guerre voisins, dont le chef prit le titre de « Maître céleste », emprunté aux écrits de Zhuangzi. Il avait été, selon cette tradition, choisi par le dieu Laozi pour diriger les fidèles, en attendant l'aire de la Grande Paix. En 215, Zhuang Lu se rendit à Cao Cao, le reconnaissant comme empereur légitimé par Laozi en échange de la possibilité de continuer à diriger la secte des Maîtres célestes, qui existe encore de nos jours, dirigée par ses descendants. Elle est devenue après le IIIe siècle l'un des principaux courants du taoïsme qu'elle a fortement contribué à former et organiser, mais comme ses pratiques religieuses sont surtout connues par des textes postérieurs, on ne peut pas dire grand chose de certain sur elles pour la période d'émergence de la secte. Ses membres étaient tenus à une morale stricte, devant accomplir des pénitences publiques en cas d'infraction grave. Des cérémonies collectives rythment l'activité liturgique, tandis qu'au quotidien la lecture de textes sacrés est nécessaire. D'autres rituels de type sexuel ont contribué à faire passer les membres de la secte pour des débauchés, mais il s'agit en fait d'une sorte de rite de passage très codifié et très éloigné de pratiques orgiaques[65],[64].

Les traductions de textes bouddhistes

Le bouddhisme avait commencé à s'implanter en Chine du Nord sous les Han, arrivé à partir des routes reliant cette région à l'Asie centrale (la « Route de la Soie »), alors en plein essor. Dans cette phase initiale, le bouddhisme chinois se développe par le biais de traductions en chinois de textes sacrés écrits en sanskrit, effectuées par des moines originaires de pays bouddhistes centre-asiatiques, et non pas la rédaction de textes originaux, le bouddhisme n'étant pas encore assez ancré dans le milieu intellectuel chinois pour cela.

La capitale han Luoyang était le centre de traduction majeur, notamment grâce à l'activité importante du moine d'origine gandharienne Lokaksema, qui favorisa l'essor du bouddhisme mahayana qui était alors devenu le courant majoritaire du bouddhisme chinois. Celui-ci était amené à se développer durant le IIIe siècle en profitant du contexte d'essor des pensées alternatives au confucianisme, surtout le taoïsme auquel il fut souvent relié en Chine en raison de la proximité de certains concepts présents dans les deux courants. Cet effort de traduction semble avoir marqué le pas dans le Nord sous les Cao-Wei, en dépit de l'activité des rois de cette dynastie en direction de l'occident. Un moine indien du nom de Dharmakala aurait cependant traduit un traité de discipline monastique (vinaya) dans les années 249-253. Un autre moine, lui d'origine sogdienne et portant le nom sinisé de Kang Sengkai, aurait traduit d'autres textes sacrés dans les mêmes années. Une poignée d'autres moines originaires de l'Occident traduisirent quelques autres textes à Luoyang dans les années qui suivirent. Sans constituer des apports majeurs, ces traductions firent progresser la connaissance et surtout la pratique du bouddhisme en Chine[66].

C'est surtout le royaume de Wu qui fut actif dans l'essor du bouddhisme au IIIe siècle. Les moines et textes arrivaient alors depuis les routes méridionales, maritimes, passant par le sud-est asiatique. Les deux plus grands traducteurs de textes de la période furent s'y trouvaient : Zhi Qian, d'origine Yuezhi et né dans le Nord, et Kang Senghui, d'origine sogdienne mais né dans l'extrême sud de la Chine. Très fins connaisseurs du sanskrit mais aussi de la littérature et la pensée chinoises, ils purent produire des traductions de très haute tenue. Le premier aurait traduit une trentaine de textes, certains très importants comme le Sūtra de Vimalakirti (déjà traduit par Lokaksema) et le Sutra de la Vie-Infinie (Sukhavativyuha Sutra), texte majeur de l'école de la Terre pure. Le second s'illustra surtout par la rédaction de commentaires de textes sacrés, qui sont parmi les plus anciens du bouddhisme chinois et initient donc un (timide) début d'appropriation de cette religion dans ce pays, et la découverte d'une relique du Bouddha, la première de Chine, pour laquelle le roi Sun Quan aurait érigé un monastère qui devait devenir l'un des plus importants centres bouddhistes du sud chinois à l'époque médiévale[67].

Littérature[modifier | modifier le code]

Un âge d'or de la poésie

La forme de littérature la plus en vogue à la fin des Han est la poésie lyrique, qui avait connu un bel essor avec le style du « Bureau de la musique » (yuefu) des Han, dont les membres collectaient des poèmes du folklore de leur temps ou en composaient. Ils ont couché par écrit des poèmes très variés, allant de la ballade, traitant de sujets lié à la vie quotidienne du peuple et des élites, ou des hymnes sacrificiels[68]. La forme la plus pratiquée est celle appelée fu, dans laquelle dominent les passages en prose, mais souvent en alternance avec des passages rimés, faisant un usage du procédé de parallélisme courant dans la poésie chinoise.

C'est à partir de ce fonds que des poètes développèrent des compositions plus originales dans les premières décennies du IIIe siècle, l'« ère Jian'an » (196-220), à la tonalité plus personnelles, parfois caustique, souvent mélancolique, se lamentant sur la brièveté de l'existence et des plaisirs, qu'il faut sans doute mettre en lien avec les troubles de l'époque. La tradition en a retenu un groupe des « Sept Lettrés de Jian'an » : Kong Rong, Chen Lin, Wang Can, Xu Gan (en), Ruan Yu, Ying Chang et Liu Zhen[69]. Une autre grande figure de la poésie de cette époque est la poétesse Cai Yan, à laquelle ont été attribués plusieurs poèmes reprenant les thématiques de l'époque, dont l'authenticité à parfois été contestée[70].

Ces poètes furent recueillis par la cour de Cao Cao, qui était lui-même un poète remarquable maniant avec habileté l'art du yuefu, abordant les malheurs du temps (la guerre), certains poèmes étant des résumés d'événements historiques, mais aussi le destin et l'angoisse de la mort. Il a également composé des poèmes en prose[71]. Son goût pour la poésie se retrouve chez ses fils, Cao Pi et surtout Cao Zhi, qui s'illustra dans tous les genres poétiques en vogue à l'époque. Dans ses jeunes années, il écrivit surtout sur les délices de la vie d'un jeune aristocrate (arts martiaux, littérature) tout en étant lucide sur les difficultés de son époque. Dans la deuxième partie de sa vie, marquée par sa mise à l'écart par son frère devenu empereur, il aborda des sujets plus tristes, liés à son incompréhension du refus de son frère de le laisser l'aider dans les affaires du royaume, et l'angoisse de la mort, les immortels[72].

La génération suivante vit s'affirmer la tendance à une poésie plus individualiste et critique, qui dans le cercle des Sept Sages de la forêt de bambous s'appuyait sur des thématiques taoïstes. Les deux plus remarquables poètes de ce cercle sont Xi Kang et Ruan Ji, le fils du poète Ruan Yu de l'époque précédente, connu notamment pour ses Poèmes qui chantent mes pensées intimes (Yongshuai shi), regroupant quatre-vingt-deux compositions décrivant son angoisse par rapport aux malheurs du temps et à la mort, et sa recherche de l'immortalité[59],[58],[73].

Critique littéraire

Parmi les autres genres de littérature développés à cette époque, Cao Pi s'est illustré par la rédaction du premier ouvrage de critique et de théorie littéraires chinois. Il voit la littérature comme l'art suprême, capable de guider les hommes dans leur vie, notamment pour la direction du royaume. Il établit les différences entre les différents genres de littérature, cherche le talent et les spécificités des grands auteurs dans leur souffle vital (qi), qui leur permet d'accéder à l'immortalité par leurs œuvres[74].

Arts[modifier | modifier le code]

Musicien du royaume de Shu. Statuette funéraire mingqi, de terre cuite

L'art du IIIe siècle chinois est mal connu, et cela est lié à plusieurs facteurs. D'abord le peu de sites archéologiques de cette période mis au jour, qui limitent le corpus d'objets connus. Ensuite des problèmes de détermination de la chronologie desdits objets : les artistes de la période des Trois royaumes n'ont manifestement pas procédé à de grands changements par rapport à ceux de la fin de l'empire des Han postérieurs, ce qui fait qu'en l'absence de textes permettant de dater précisément les sites fouillés il est souvent difficile de dire à quelle période on se situe. L'approximation est de l'ordre de plusieurs décennies. Cela vaut également pour déterminer l'attribution d'un objet à la période des Trois Royaumes où à celle de la dynastie Jin qui lui succède. De fait, on peut au mieux établir quelques grandes tendances concernant le IIIe siècle dans sa globalité.

Les tombes du Nord et leur matériel funéraire[modifier | modifier le code]

Dans la Plaine centrale autour du Fleuve jaune, foyer de la culture des Han postérieurs, la culture matérielle présentait peu de modifications par rapport à la période précédente. Elle provient essentiellement de tombes appartenant au milieu des élites. Ces tombes sont constituées de façon caractéristique deux chambres souterraines, comprenant la chambre funéraire abritant le cercueil du défunt et d'autres membres de sa famille, les antichambres avec un matériel funéraire plus ou moins fourni, destiné à accompagner le défunt dans l'au-delà. Dans les autres régions, les tombes suivent les modèles de la période précédente, mais présentent une plus grande diversité[75]. Aucune tombe impériale de cette période n'a été mise au jour, même si les textes anciens donnent leur localisation approximative. La seule a avoir été identifiée est celle du prince Cao Zhi, située à Yushan dans le Shandong. Elle est constituée de deux chambres, celle abritant le cercueil faisant 8 mètres de haut, culminant dans une voûte[76]. Une autre tombe a été mise au jour en 2008 à Fancheng dans la préfecture de Xiangyang (Hubei), abritant les cercueils en bois d'un personnage de statut militaire (que les fouilleurs ont pu chercher à identifier comme étant Cao Cao, sans aucune assurance) et de sa femme, datant de la fin des Han ou des premiers temps du royaume de Wei dans une région qui se trouve à la charnière entre pays du Nord et du Sud[77].

Le matériel qui y a été retrouvé dans les deux tombes de Wei mentionnées plus haut est dans la droite ligne des traditions artistiques de la période finale des Han, des objets prisés des élites de l'époque. Celle de Cao Zhi a livré 132 objets luxueux, en jade, verre, agate, pierres précieuses, etc.[76] Celui de la tombe de Fancheng est impressionnant : de nombreuses vases en argile à glaçure ; des figurines en argile elles aussi glaçurées, représentant notamment des animaux et une créature à tête de félin servant sans doute de gardien de tombe, mais aussi une maquette de tour haute de plus d'un mètre ; des figurines de bronze, notamment un cheval à échelle réelle ; d'autres objets en bronze ou en fer (vaisselle, ornements divers comme un crochet, un brasier, un sabre, une gâchette d'arbalète, un miroir circulaire décoré d'animaux stylisés) ; un disque et une figurine en jade ; des bijoux et autres ornements vestimentaires (un bracelet et un disque en or, un collier de perles de cristal et d'agate)[77].

Les objets les plus caractéristiques des tombes de la Chine ancienne et médiévale sont ceux désignés par le terme mingqi, souvent des figurines de terre cuite[78]. Ce petit peuple des tombes est assez semblable où qu'on soit, jusqu'au Sichuan dans le royaume de Shu. Il témoigne d'une attention au geste exact, bien observé et rendu avec l'économie qui caractérise l'art populaire. Ce style simple et direct se rencontre aussi sur les briques peintes de cette époque. En effet les murs des tombes des élites étaient souvent peints ; depuis les Han postérieurs, les représentations dominantes sont des scènes de la vie quotidienne idéalisée du défunt, manifestant notamment les succès dans sa carrière administrative[79], mais durant la période des Trois Royaumes on y rencontre tout simplement la vie, sans prétention, du petit peuple. Et ces images ont un grand succès en Chine, aujourd'hui.

Objets issus de tombeaux des régions dans la mouvance du royaume de Wei.

Les miroirs[modifier | modifier le code]

Les céramiques du pays de Wu[modifier | modifier le code]

L'art du pays de Wu (de l'actuelle Shanghai au Nord Viêt Nam ) fit preuve de plus grande originalité, liée à l'existence d'une tradition artistique propre à la basse vallée du Yangzi. Cette tradition artistique se prolongea durant les siècles suivants avec les différentes entités politiques qui dominèrent la région. Elle s'exprimait, à cette époque, dans les objets en céramique à glaçure (proto-céladons ou proto-porcelaines) produits par les ateliers situés à proximité de la capitale du royaume. Leur qualité venait du fait qu'ils avaient été cuits dans des fours de grande taille, appelés « fours-dragons », essentiellement localisés dans l'actuel Zhejiang. Il s'agit de structures allongées bâties sur des collines : le chambre de combustion (la tête du dragon) était localisée en contrebas ; le four où étaient disposées les céramiques (le « corps ») était une vaste chambre allongée fermée au moment de la combustion de façon à atteindre des températures très élevées permettant d'obtenir des céramiques de grande qualité ; l'extrémité la plus élevée de la structure (la « queue ») est une pièce d'où sort la fumée, servant de cheminée. Un de ces fours de la période des Trois Royaumes a été fouillé à Anshan près de Shangyu, et mesurait 13 mètres de long[82].

Les poteries méridionales se distinguent des céramiques produites ailleurs par une certaine exubérance. Certains sont des vases peints sur toute leur surface de scènes impliquant des hommes et des animaux réels ou légendaires. Mais les plus marquants sont des vases de forme animale, ou ornés des petites figurines modelées, animales et humaines. Certains objets, comme les lampes et les porte-chandelles représentent des serviteurs et des animaux, comme les fauves. Ils poursuivent en cela la tradition remontant aux Zhou pour ce qui est des animaux et à la dynastie Han pour ce qui est des hommes. Alors que ces objets étaient traditionnellement en bronze, ils sont à l'époque des Trois Royaumes en grès[83]. Certaines urnes funéraires[84], du pays de Wu, considérées comme « résidence pour l'esprit du mort », sont des jarres dont la partie supérieure est ornée de représentations modelées en ronde-bosse. Ici une petite maquette, une construction à quatre entrées, et des figurines assises[N 5] tout autour tandis que des oiseaux sont posés sur les toits. L'ensemble est réalisé dans un grès porcelaineux à couverte verte ou protocéladon. En effet c'est à cette période que les céramistes produisent les premières expériences qui serviront de base à la mise au point de la porcelaine. Ce type d'urne se retrouve jusqu'à la fin des Jin orientaux (début Ve siècle).

Objets en céramique du royaume de Wu.

Postérité[modifier | modifier le code]

En dépit de sa brièveté, la période des Trois Royaumes occupe une place importante dans la civilisation chinoise.

D'abord parce que les trois entités politiques qui se sont alors partagées la Chine ont posé les bases d'un nouvel ordre sur les ruines de l'empire Han. Elles ont ouvert la voie à d'autres royaumes qui par la suite dominèrent chacun des parties de la Chine durant la période des « Seize Royaumes » (304-439) et des « dynasties du Nord et du Sud » (420-589), qui mirent entre parenthèses l'unité chinoise consolidée par les Han, même si l'idéal unificateur ne mourut pas et put être repris par les Sui et les Tang. Chacun des trois royaumes a diversement contribué à la mise en place des structures politiques, sociales et économiques de cette période de division, mais plusieurs tendances qui se mirent en place durant le IIIe siècle furent confirmées durant les siècles suivants : dichotomie entre seigneurs de guerre fondateurs de royaumes éphémères et dynasties d'aristocrates locaux à la longévité plus conséquente, avec les institutions politiques liées (notamment le système des Neuf rangs) ; les guerriers issus des peuples des steppes septentrionales furent de plus en plus importants en Chine, constituant finalement leurs propres royaumes ; développement et autonomie des régions méridionales ; dans le domaine de la pensée et de la littérature, les grands esprits de l'époque des Trois Royaumes furent suivis pas d'autres penseurs poursuivant leurs réflexions personnelles et naturalistes ; le taoïsme et le bouddhisme continuèrent leurs progrès jusqu'à être profondément ancrés dans la population chinoise[85].

Plus loin dans le temps, la période des Trois Royaumes est une référence incontournable dans la civilisation chinoise, les écrivains et artistes ayant allégrement puisé dans la galerie de personnages hauts en couleurs, intrigues politiques et exploits militaires dont fourmille cette époque et qui étaient aisément accessibles à partir de la Monographie des Trois Royaumes. Le plus remarquable écrit est de loin le Roman des Trois Royaumes, rédigé au XIVe siècle par Luo Guanzhong, version romancée de la Monographie, un des monuments de la littérature chinoise[86]. Les personnages de cette période devinrent alors des figures exemplaires : Cao Cao y est présenté comme un grand guerrier mais aussi comme un personnage autoritaire faisant montre de peu de scrupules ; à l'inverse, Liu Bei et ses acolytes Guan Yu et Zhang Fei devinrent les modèles des guerriers vertueux ; les talents de stratège de Zhuge Liang furent magnifiés. Ces interprétations n'ont pas été sans influencer les perceptions que les historiens ont pu avoir de ces personnages, avant qu'elles ne soient nuancées, par exemple en réévaluant les accomplissements de Cao Cao. Certains passages du livre, basés sur des faits réels comme la bataille de la Falaise rouge, ou imaginaires comme le stratagème de la ville vide[87], sont très connus en Chine. La popularité du Roman des Trois Royaumes est prolongée de nos jours par le cinéma (Les Trois Royaumes de John Woo sorti en 2008, reprenant les événements conduisant à la bataille de la Falaise rouge) ou le jeu vidéo (la série Dynasty Warriors). Le succès du roman s'exporta même dans les régions voisines habituellement très influencées par la culture chinoise, comme la Corée ou le Japon, où les artistes reprirent ainsi la tradition de représenter des scènes de cette période.


Personnages de la période des Trois royaumes représentés dans l'art japonais.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les dates et le découpage de cette époque reposent sur les chronologies établies dans : John K. Fairbank et Merle D. Goldman, Histoire de la Chine - Des origines à nos jours, Paris, Tallandier,‎ 2010, 749 p. (ISBN 9782847346268) Titre original : China, A New History, 1992, 1996, 2006 Harvard College, page 118, et : Rawson 2007, p. 298, et Elisseeff 2008, p. 355 et 356. Une carte des « Trois Royaumes » se trouve dans cet ouvrage, page 81.
  2. Une autre périodisation est utilisée. L'époque dite des « Six Dynasties » (256-589) - période utilisée regroupe : 1 Selon Rawson 2007, p. 298 les Jin occidentaux (256-316) avec ceux que retiennent Fairbank et Goldman, Tallandier, 2010 et le musée Cernuschi : les Jin orientaux (317-420), les Liu Song (420-479), la dynastie Qi du Sud (479-502), les Liang méridionaux (502-557) et les Chen (557-589).
  3. Les historiens ont l'habitude de désigner les royaumes de cette période en accolant le nom du clan les dominant à celui du royaume : le royaume de Wei dominé par le clan Cao est ainsi « Cao-Wei », le royaume de Shu dominé par un clan se prétendant descendant des Han est « Shu-Han », et l'empire Jin dirigé par le clan Sima est « Sima-Jin ».
  4. Pour obtenir une telle estampe on aura du procèder en plusieurs étapes. Des feuilles humides qui servent de protection sont appliquées sur les reliefs du mur, ces feuilles sont enduites d'encre noire avec un tampon. On en effectue le relevé avec des feuilles et un tampon propres. Le tout est ensuite assemblé. Le relief a été, quant à lui, obtenu d'après une copie de l'original perdu aujourd'hui. Mais comme il en existe plusieurs variantes et de qualité différentes - positions variées des personnages et points de vue différents sur ces personnages - on peut essayer de reconstituer ce qui s'est passé ensuite. Cette copie originale semble avoir été en partie perdue, puis complétée par un artiste qui a effectué ce complément dans l'esprit de l'artiste initial ; sur ce côté du mur, l'autre côté n'étant pas de cette qualité. Cette « restitution » a été transposée sur bois (?) ou sur argile, puis gravé. L'argile étant probablement cuit. Ce sont ces gravures, en creux, qui ont été relevées avec un soin extrême, brique par brique appuyée sur le modèle pour obtenir les reliefs que nous voyons, en prenant en compte les futurs joints avec des cales. Les briques ont été « numérotées », puis cuites et ensuite réassemblées lors de la réalisation du mur. La composition initiale est attribuée à Lu Tanwei (originaire de Wu, il servit l'empereur Ming (465-472) des Liu Song - du Sud - pendant la période des Dynasties du Nord et du Sud). Lu Tanwei fut jugé le plus grand peintre - « au-delà de la catégorie supérieur-supérieur » [trad. Yolaine Escande 2003, p. 299] - par le critique Xie He (act. 500-536). On peut y reconnaitre Ji Kang (223-262), à gauche, philosophe en quête de l'immortalité, sous un ginkgo biloba. Non son portrait réaliste mais une évocation de son portrait moral. Chaque personnage étant fortement individualisé dans cette œuvre majeure. : Wyatt et al. 2004, p. 206-209
  5. Laure Feugère fait une étude de ce type d'urne funéraire à propos d'une jarre du Musée Guimet de l'époque des Jin de l'Ouest dans Montagnes célestes : Trésors des musées de Chine, Réunion de musées nationaux 2004, page 134. Le terme qui désigne ce type de jarre (Gucang guan avec gucang : grenier) pourrait indiquer, pour certains chercheurs, que l'urne représente un grenier et que son contenu, quel qu'il ait pu être, nourrit l'âme du défunt. D'autres chercheurs pensent que les personnages représentent des Immortels taoïstes. Cependant comme d'autres jarres portent l'image de Bouddha on aurait ainsi dans ces jarres comme un assemblage d'indices des croyances qui se mêlaient dans l'esprit des chinois de ces époques: « Anciennes croyances chamaniques locales, taoïsme, piété filiale due à Confucius, bouddhisme se mêlent sans doute dans la décoration de ces jarres » : Wu Hung cité par Laure Feugère.
  6. Le geste du pinceau semble provenir de la vaisselle laquée contemporaine. Ref. : Chinese ceramics : From the Paleolithic Period through the Qing Dynasty, 2010 Yale University Press, p. 186-187. Une analyse de cette céramique se trouve page 200 de Metropolitan Museum of Art et Yale University Press : China : Dawn of a Golden Age, 200-750 AD

Références[modifier | modifier le code]

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  9. Mansvelt Beck 1986, p. 340-348
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  73. Lewis 2009, p. 229
  74. D. Holzman dans Lévy (dir.) 2000, p. 29 ; Lewis 2009, p. 232-233
  75. Dien 2007, p. 76-162 passe en revue les différents types de tombes découvertes par l'archéologie pour la période de division.
  76. a et b Dien 2007, p. 164-166
  77. a et b (en) « The Three Kingdoms tomb at Caiyue, Fancheng District in Xiangyang, Hubei », dans Chinese Archaeology 11/1, 2011, p. 92-105. On pourra comparer ces objets à ceux présentés dans Wyatt et al. 2004, p. 104-122.
  78. (en) J. C. Y. Wyatt, « Art and History of China from the Third to the Eighth Century », dans Wyatt et al. 2004, p. 6. Voir aussi Elisseeff 2008, p. 74-77 pour les évolutions depuis les débuts des Han.
  79. Elisseeff 2008, p. 223
  80. Ref. : Nicole Vandier-Nicolas, Peinture chinoise et tradition lettrée, page 19; et : Trois mille ans de peinture chinoise, Yang Xin et al., page : 37; ainsi que : Flora Blanchon et al. Art et histoire de Chine vol 2, page 367-368. Enfin : >Elisseeff 2008, p. 230-231 Notice 58: « Briques peintes de Jiayuguan »
  81. Sur les hybrides : Danielle Elisseeff, Hybrides chinois : La quête de tous les possibles, Hazan - Musée du Louvre, 2011. ISBN 978-2-7541-0540-8. La partie intitulée Les êtres des confins, semble évoquer des figures similaires à celles des miroirs des Trois Royaumes bien qu'il traite des Royaumes Combattants. Une certaine continuité des codes figuratifs et du symbolisme semble pouvoir être avancé au regard des œuvres. Les miroirs montrent en effet des figures données comme taoïstes par le, très spécialisé, musée d'Honolulu avec des « hommes » ayant des cheveux dressés sur la tête et des êtres hybrides, qui semblent signifier ce monde invisible.
  82. Dien 2007, p. 233-239
  83. (en) J. C. Y. Wyatt, « Art and History of China from the Third to the Eighth Century », dans Wyatt et al. 2004, p. 6-7 ; voir aussi p. 200-202.
  84. Angela Falco Howard et al., Chinese Sculpture, Yale University Press (New Haven & London) and Foreign Languages Press (Beijing), 2006, page 107. ISBN 9-780300-100655. L'urne reproduite ci-dessus fait l'objet d'une description précise.
  85. Voir en ce sens les différents axes de réflexion présentés dans Lewis 2009.
  86. Pour une traduction en français, voir Louo Kouan-tchong (traduit et commenté par Nghiêm Toan, Louis Ricaud, Jean et Angélique Lévi), Les trois royaumes, Paris, 1987-1991. Sur l'impact de ce livre, voir (en) K. Besio et C. Tung (dir.), The Three Kingdoms and Chinese Culture, Albany, 2007.
  87. Les 36 stratagèmes, traité secret de stratégie chinoise, traduits et commentés par François Kircher, Paris, 2001, p. 207-212

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Chine médiévale[modifier | modifier le code]

  • Jacques Gernet, Le monde chinois : 1. De l'âge du bronze au Moyen Âge, 2100 av. J.-C.-Xe siècle après J.-C., Paris, Pocket,‎ 2006
  • (en) Victor Cunrui Xiong, Historical Dictionary of Medieval China, Lanham, Scarecrow Press, coll. « Historical dictionaries of ancient civilizations and historical eras »,‎ 2009 (ISBN 978-0-8108-6053-7)
  • (en) Albert E. Dien, Six Dynasties Civilization, New Haven, Yale University Press, coll. « Early Chinese civilization series »,‎ 2007
  • (en) Mark Edward Lewis, China Between Empires : The Northern and Southern Dynasties, Cambridge et Londres, Belknap Press of Harvard University Press, coll. « History of imperial China »,‎ 2009

Études sur la période des Trois Royaumes[modifier | modifier le code]

  • (en) Rafe de Crespigny, A Biographical Dictionary of Later Han to the Three Kingdoms (23-220 AD), Leyde et Boston, Brill, coll. « Handbuch der Orientalistik »,‎ 2007 (ISBN 90-04-15605-4)
  • Damien Chaussende, Des trois royaumes aux Jin : Légitimation du pouvoir impérial en Chine au IIIe siècle, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Histoire »,‎ 2010
  • (en) Rafe de Crespigny, « The Three Kingdoms and Western Jin: a history of China in the Third Century AD », sur Faculty of Asian Studies, Australian National University,‎ 2003 (consulté en 25 août 2012) (version en ligne de l'article publié dans East Asian History, 1991, no 1, p. 1-36 et no 2, p. 143-165)
  • (en) B. J. Mansvelt Beck, « The fall of Han », dans Denis C. Twitchett et John K. Fairbank (dir.), The Cambridge History of China, 1. The Ch'in and Han Empires, 221 B.C.-A.D. 220, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1986, p. 317-376

Religion et pensée[modifier | modifier le code]

  • (en) Paul Demiéville, « Philosophy and Religion from Han to Sui », dans Denis C. Twitchett et John K. Fairbank (dir.), The Cambridge History of China, 1. The Ch'in and Han Empires, 221 B.C.-A.D. 220, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1986, p. 808-872
  • John Lagerwey (dir.), Religion et société en Chine ancienne et médiévale, Paris, Éditions du Cerf - Institut Ricci, coll. « Patrimoines Chine »,‎ 2009
  • Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais »,‎ 2002 (1re éd. 1997)
  • André Lévy (dir.), Dictionnaire de littérature chinoise, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige »,‎ 2000 (1re éd. 1994)
  • (en) Alan K. L. Chan (dir.) et Yuet-Keung Lo, Philosophy and Religion in Early Medieval China, Albany, State University of New York Press, coll. « SUNY Series in Chinese Philosophy and Culture »,‎ 2010

Art[modifier | modifier le code]

  • Danielle Elisseeff, La Chine du Néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, RMN, coll. « Manuels de l'école du Louvre »,‎ 2008
  • Yolaine Escande (traduit et commenté), Traités chinois de peinture et de calligraphie. : les textes fondateurs (des Han aux Sui), t. 1, Paris, Klincksieck, coll. « L'esprit des formes »,‎ 2003, 436 p. (ISBN 2252034505)
  • (en) Jessica Rawson (dir.), Chinese Art, Londres, The British Museum Press,‎ 2007, 395 p. (ISBN 9780714124469)
  • (en) James C. Y. Watt (dir.), China : Dawn of a Golden Age, 200-750 AD, New York, New Haven et Londres, Metropolitan Museum of Art et Yale University Press,‎ 2004 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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