Xuanzang

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Xuanzang - 玄奘

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Peinture représentant Xuanzang en route pour l'Inde.

Naissance 602
Luoyang, Chine
Décès 664
Célèbre pour Traducteur, pèlerin, fondateur de l’école de la conscience seule
Œuvres principales Rapport du voyage en Occident à l'époque des Grands Tang


Xuanzang (chinois : 玄奘 ; pinyin : Xuánzàng ; Wade : Hsiuan-tsang[1]) (602664), moine bouddhiste chinois, est l'un des quatre plus grands traducteurs des soutras bouddhiques de l'histoire de la Chine. Il a créé avec son disciple Kui Ji en Chine l'école de la conscience seule (sk. vijñānavāda ou yogācāra, ch. wéishí 唯識). Son propre récit Rapport du voyage en Occident à l'époque des Grands Tang d'une exceptionnelle richesse d'information sur les mondes chinois et indien à l'époque des Tang et de Harsha, fit l'objet de très nombreuses reprises ultérieures. En raison du célèbre roman classique Le Pèlerinage vers l'Ouest (ch. Xīyóujì 西遊記), adapté plusieurs fois au théâtre et sur l'écran, il devient l'un des personnages historiques les plus connus de tous les Chinois. Il y est connu sous le nom de Sanzang (chinois : 三藏 ; pinyin : Sānzàng), traduction chinoise de Tripitaka : « trois corbeilles », qui désigne le canon bouddhique et, par extension, les moines qui en ont la maîtrise.

Il est né à Luoyang dans le Henan, cadet de quatre fils d'une famille de lettrés. En 629, il part en pèlerinage en Inde d'où il revient en avril 645 ramenant un grand nombre de textes en sanskrit, augmentant ainsi considérablement la quantité de littérature bouddhique disponible en Chine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Statue de Xuanzang à Xi'an

Bien que né dans une famille essentiellement confucéenne, Xuanzang exprime dès son jeune âge le désir de devenir moine bouddhiste comme l'un de ses grands frères. Son souhait une fois exaucé, il vit pendant cinq ans avec ce frère au monastère Jingtu 净土寺 à Luoyang, patronné par la dynastie Sui. Pendant ce temps, il étudie les bouddhismes theravāda et mahāyāna, sa préférence allant vers ce dernier.

En 618, tandis que les Sui s'effondrent, Xuanzang et son frère s'enfuient vers Chang'an (Xi'an), devenue la capitale des Tang, puis de là plus au sud à Chengdu dans le Sichuan. Les deux frères y passent deux ou trois ans en études approfondies.

Xuanzang est pleinement ordonné moine en 622 à l'âge de 20 ans. Il quitte ensuite son frère et retourne à Chang'an pour apprendre des langues étrangères et continuer son étude du bouddhisme. Il commence ainsi à maîtriser le sanskrit en 626 et étudie probablement le tokharien. Pendant ce temps, Xuanzang s'intéresse également à l'école métaphysique yogācāra.

Voyage[modifier | modifier le code]

En 629, Xuanzang prétend avoir eu un rêve qui l'a convaincu de partir en Inde. La dynastie Tang et les Gökturks orientaux étant en conflit, l'empereur Tang Taizong avait interdit tout voyage à l'étranger. Xuanzang persuade quelques gardes bouddhistes aux portes de Yumen de le laisser passer et fuit l'Empire en passant par Liangzhou dans le Gansu et la province de Qinghai. Il traverse ainsi le désert de Gobi à Hami, suivant la chaîne des Tian Shan vers l'ouest, arrivant enfin à Tourfan en 630. Il y rencontre le roi du pays, un bouddhiste, qui lui donne des lettres d'introduction et des objets de valeur comme monnaie d'échange pour son voyage.

Continuant plus à l'ouest, Xuanzang échappe à des voleurs et atteint Yanqi puis visite les monastères theravāda de Koutcha. Toujours plus à l'ouest, il passe Aksou avant de prendre vers le nord-ouest pour entrer dans ce qui est maintenant le Kirghizstan. Il longe le lac Issyk Kul avant de visiter Tokmak au nord-ouest et de rencontrer le grand Khan des Gökturks occidentaux, qui entretient des rapports amicaux à l'époque avec l'empereur Tang. Xuanzang continue au sud-ouest vers Tachkent, aujourd'hui capitale de l'Ouzbékistan. À partir de là, il poursuit au travers du désert jusqu'à Samarcande. Dans cette ville sous influence persane, il retrouve quelques temples bouddhiques abandonnés et impressionne le roi local par ses prêches. Repartant vers le sud, Xuanzang traverse le Pamir, atteint l'Amou-Daria (Oxus) puis la ville de Termez où il rencontre une communauté de plus de mille moines bouddhistes.

Plus à l'est, il traverse Kunduz où, resté quelque temps, il est témoin des rites funèbres en l'honneur du prince Tardu, mort d'empoisonnement. Il y rencontre le moine Dharmasimha puis se dirige en direction de l'ouest vers Balkh en Afghanistan pour y voir des sites et reliques bouddhiques. Là, Xuanzang trouve également plus de 3 000 moines theravāda parmi lesquels Prajñākara avec qui il étudie les écritures. Prajñākara accompagne alors le groupe de voyageurs vers Bâmiyân, plus au sud, où Xuanzang rencontre le roi et visite des dizaines de monastères theravāda ainsi que les deux bouddhas géants creusés dans la falaise que les Talibans détruiront en 2001. Il reprend ensuite son périple vers l'est, passant le col du Shibar et redescendant vers la capitale régionale Kapisi, actuelle Begrâm, à environ soixante kilomètres au nord de la moderne Kaboul, qui compte plus de cent monastères et 6 000 moines de l'école mahāyāna pour la plupart, sur la terre fameuse du Gandhara. Xuanzang participe à un débat religieux et fait montre de sa connaissance d'un grand nombre d'écoles bouddhiques. C'est là également qu'il rencontre les premiers jains et hindous de son voyage. Il pousse ensuite jusqu'à Nagarahâra, l'actuelle Jalalabad, où il considère enfin avoir atteint son but, l'Inde, en 630.

Vie en Inde[modifier | modifier le code]

Xuanzang quitte Nagarahâra où il a trouvé peu de moines bouddhistes mais de nombreux monastères et stūpas. Il traverse Hunza puis la passe de Khyber vers l'est, atteignant l'ancienne capitale du Gandhara, Peshawar. La ville n'est plus rien comparée à son ancienne gloire et le bouddhisme entre en déclin dans la région. Xuanzang visite un certain nombre de stūpas autour de Peshawar notamment celui construit par le roi Kanishka au sud-est de la cité. Il sera redécouvert en 1908 par D. B. Spooner grâce au récit du voyageur chinois.

Xuanzang se dirige ensuite vers le nord-est en direction de la vallée de la Swat. Atteignant Udyana, il trouve 1 400 anciens monastères qui comptèrent par le passé jusqu'à 18 000 moines. Les moines qui y vivent encore sont de l'école mahâyâna. Xuanzang continue maintenant vers le nord puis traverse l'Indus à Hund. Il se dirige vers le Taxila, un royaume bouddhique mahâyâna vassal du Cachemire, où il se rend ensuite. Cette nouvelle région compte plus de 5 000 moines bouddhistes dans cent monastères et c'est là qu'il fait la rencontre d'un moine de l'école mahâyâna auprès duquel il passe les deux années suivantes (631-633), étudiant les écrits de plusieurs écoles bouddhiques. Durant cette période, Xuanzang écrit sur le quatrième concile bouddhique qui eut lieu tout près de là, vers 100, convoqué à la demande de Kanishka.

En 633, Xuanzang abandonne le Cachemire et se met en route vers le sud pour Chinabhukti — peut-être la moderne Firozpur — où il étudie toute une année avec le prince-moine Vinitaprabha.

Il prend la direction de l'est pour Jalandhar au Pendjab en 634, visite les monastères theravâda de la vallée de Kulu, descend plein sud vers Bairat et Mathura sur la Yamunâ qui compte 2 000 moines des deux écoles bouddhiques principales bien que l'hindouisme y soit prépondérant. Xuanzang remonte ensuite le fleuve jusqu'à Srughna avant de tourner vers l'est pour Matipura où il arrive en 635 après avoir traversé le Gange. Il se dirige ensuite vers le sud, traverse Sankasya (Kapitha) et arrive dans la capitale du râja Harsha ou Harshavardhana de Kanyakubja (Kânauj) en 636. Xuanzang y compte cent monastères des deux écoles principales et y est impressionné par le patronage que le roi assure aux étudiants et aux bouddhistes. Il rend compte aussi de l'armée du râja, 500 éléphants, 20 000 cavaliers et 50 000 fantassins mais les attaques de dacoïts qu'il subit sur ses terres montrent que Harsha ne contrôle pas parfaitement son territoire. Il passe quelque temps dans la ville à étudier, part pour Ayodhya (Saketa), patrie de l'école yogâchâra, se dirige vers le sud pour Kausambi (Kosam) où il fait exécuter une copie d'une peinture fameuse du Bouddha.

Xuanzang prend la route du nord vers Sravasti où Bouddha passa 25 saisons des pluies, parcourt le Terai, la partie méridionale du Népal actuel où il trouve des monastères bouddhiques abandonnés, et se rend à Kapilavastu, son dernier arrêt avant Lumbinî, le lieu de naissance traditionnel du Bouddha.

Les Stupa de Sariputta, dans l'ancienne université de Nâlandâ

En 637, Xuanzang quitte Lumbini pour Kusinâgar, le lieu où Bouddha atteint le nirvāna, puis visite le parc aux gazelles à Sarnath où il donna son premier sermon et il y compte 1 500 moines résidents. Il traverse Varanasi, Vaisali, Pataliputra (Patna) et atteint Bodh-Gaya où Bouddha avait atteint l'Illumination. Accompagné par des moines locaux, il se rend à Nālandā, la grande université antique de l'Inde, où il passe les deux années suivantes. Il se trouve alors en compagnie de plusieurs milliers de moines — on estime leur nombre à dix mille à cette époque — avec lesquels et sous la direction du patriarche Shîlabhadra il étudie la logique, la grammaire, le sanskrit et la doctrine yogācāra, l'école bouddhique prépondérante en ce temps-là à Nālandā.

S'arrachant difficilement à l'atmosphère d'étude, il se dirige vers le Bengale où il passe l'été 638. Mais il pense maintenant à une autre destination, l'île de Ceylan, foyer de l'école theravâda. De plus, l'île est dépositaire, depuis le règne d'Ashoka, d'une relique majeure, la dent du Bouddha, qui fut retrouvée dans les cendres de son bûcher funéraire. Des moines du sud venus en pèlerinage le persuadent de continuer par la terre et de prendre le bateau pour faire la traversée près de l'île plutôt que de s'embarquer depuis le port de Tamralipti, l'actuel Tamluk. Il suit donc la côte orientale, traverse l'Orissa, rencontre et décrit des aborigènes peu indianisés puis entre dans l'Andhra, la première des régions de langues dravidiennes, et passe à Amaravati ou Bezvada la saison des pluies 639. Il continue sa descente et entre en pays pallava, passe à Mahaballipuram où il découvre peut-être la descente du Gange en travaux.

À Kanchipuram, des religieux cinghalais en fuite à cause de la guerre civile qui gronde dans l'île lui déconseillent de s'y rendre. Il renonce donc à contrecœur et visite Tanjavûr et Madurai. Il remonte ensuite le long de la côte occidentale, traverse le pays konkani (Goa) et le Maharashtra qui forment alors l'empire Chalukya et passe peut-être la saison des pluies 641 à Nasik. Il visite Ajanta sans en faire la description et s'arrête quelques jours dans le port de Baroch, la Barygaza des Grecs, grand port de commerce de l'Inde avec l'Égypte. Il traverse ensuite le Goujerat, entre dans le Sind, recueille quelques renseignements sur l'empire Sassanide qui sera bientôt balayé par la conquête arabe.

Étrangement, Xuanzang qui visite consciencieusement tous les sites bouddhiques de l'Inde ne fait aucune référence à Sânchî, centre important et actif lors de son séjour puisqu'un temple, resté inachevé, y est alors en construction.

Temple de Xuanzang à Taiwan

Il est bientôt de retour à la prestigieuse université de Nâlandâ où il reprend ses joutes oratoires défendant la doctrine du Bouddha contre celles des brahmanes et de savants shivaïtes et vishnouites. Le raja Bhaskara Kumara de l'Assam, qui a entendu parler de lui, l'invite à séjourner dans son royaume dont Xuanzang fait la description. Là, il pense un moment rejoindre la Chine, relativement proche, mais recule devant la difficulté du terrain et les risques entraînés par la maladie et les bêtes sauvages. C'est alors que Harsha, le dernier des grands rois indiens bouddhistes et le suzerain du roi de l'Assam, lui fait savoir qu'il souhaite sa présence auprès de lui.

Malgré son attachement au bouddhisme mahâyâna et comme tous les souverains de l'Inde, Harsha n'a pas rompu avec les brahmanes et les sectes hindouistes et il compte organiser une assemblée entre savants religieux de toutes obédiences. Durant les premiers jours de l'année 643, il fait un accueil munificent au pèlerin puis l'accompagnent en remontant le Gange vers Kânauj. Les savants religieux se rassemblent bientôt pour l'assemblée et Xuanzang s'y montre si habile qu'il fâche ses coreligionnaires du Petit Véhicule. Un sanctuaire construit par Harsha pour y loger une statue du Bouddha est incendié, probablement par des brahmanes mécontents, et le roi échappe même à une tentative d'assassinat qui implique ces mêmes brahmanes. Cinq cents d'entre eux seront déportés hors des frontières de l'Inde, une punition plus sévère que la mort car elle les oblige à vivre dans l'impureté. Harsha invite ensuite Xuanzang à Prayag, l'actuelle Allâhâbâd, et ils y sont rejoints par 18 vassaux du roi pour assister à la Kumbhamelâ dont le pèlerin fait la première mention historique.

Malgré l'insistance d'Harsha, Xuanzang prend la route du retour. Au début de 644, il franchit l'Indus où cinquante manuscrits tombent dans le fleuve et sont perdus ainsi que les graines de fleurs qu'il ramenait en Chine. Le roi du Cachemire, ayant appris qu'il ne traverserait pas son pays, se rend au-devant de lui. Il est probable que les petits rajas voyaient en lui l'espoir d'un soutien chinois contre les hordes turques intéressées par leur richesse mais qui finissaient pourtant et toujours par se convertir au bouddhisme. Ils n'imaginaient pas que l'Islam allait bientôt déferler, effacer les restes de cette civilisation gréco-bouddhique et interrompre le contact entre l'Inde et le bassin méditerranéen.

Xuanzang reprend ainsi la route du Pamir, refaisant le chemin qui l'avait conduit en Inde en sens inverse.

Héritage[modifier | modifier le code]

Dessin représentant Xuanzang dans l'ouvrage Voyage en Occident

Xuanzang est connu pour son énorme travail de traduction des textes bouddhiques indiens en chinois, permettant ainsi la reconstitution de textes indiens perdus grâce à ses traductions. Il est également à l'origine d'une école bouddhique. Son récit de voyage offre une description de l'Inde bouddhique au moment où elle entame son déclin. Il est d'un intérêt majeur pour la connaissance de l'Inde de cette époque. Le Voyage de Xuanzang et les légendes qui ont grandi autour de celui-ci ont inspiré le roman Xiyouji (西游记) ou Le Voyage en Occident.

Se fondant sur le texte de Xuanzang, une mission archéologique menée par Zemaryalai Tarzi, un archéologue français d’origine afghane, effectua en 2005 des recherches dans la vallée de Bâmiyân pour retrouver un Bouddha couché en parinirvâna dont le voyageur chinois estimait la longueur à trois cent mètres[2].

Personnages du roman[modifier | modifier le code]

Chen Xuanzang (chinois simplifié : 陈玄奘 ; chinois traditionnel : 陳玄奘 ; pinyin : Chén Xuánzàng ; Wade : Ch'ên Hsüan Tsang (E.F.E.O.) : Tch'en Huien Tchoang ; en japonais : Chin Genshô) Chen Trésor Caché du Canon (bouddhique) ou Tang Sanzang (chinois : 唐三藏 ; pinyin : Táng Sānzàng ; Wade : T'ang San Zang (E.F.E.O.) : T'ang San Tsang ; en japonais : Tô Sanzô) Trois Corbeilles (Voies du Bouddha) des Tang ou Tang Seng (chinois : 唐僧 ; pinyin : Tángsēng ; Wade : T'ang Seng (E.F.E.O.) : T'ang Sêng ; en japonais : Tô Sô) le Bonze des Tang, un des personnages principaux du roman Le Voyage en Occident de Wu Cheng'en, plus communément admis comme Sanzang (sanskrit Tripitaka).

Moine chinois chargé par l'Empereur, (太宗 Taizong) de la Dynastie (唐朝 Tangchao) Tang de ramener les Saintes Ecritures du Bouddha dans le Paradis de l'Ouest (Inde) en Chine.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Bouddha (釋迦牟尼 Shijiamuni), qui est inquiet des mœurs sauvages de certaines contrées chinoises, va missionner la Grande Bodhisattva (觀音 Guanyin), afin de trouver un bonze éminent, pleins de mérites, qui se rendrait jusque dans l'Ouest (en Inde) pour ramener quelques écrits sacrés (sutras) en Chine, afin de faire bénéficier les peuples chinois de son enseignement : ce sera le moine (玄奘 Xuanzang) qui sera désigné pour accomplir cette tâche.

Comme il n'est qu'un mortel et qu'il ne survivrait pas seul durant un si long et périlleux voyage, la Bodhisattva va lui adjoindre quatre disciples chargés de l'emmener là-bas et de le protéger : un Singe immortel (孫悟空 Sun Wukong), un Dragon (龍王三君 Longwang Sanjun), un être mi homme mi porcin (豬八戒 Zhu Bajie) et un Ogre (沙和尚 Sha Heshang)[3]. L'histoire de (三藏 Sanzang) pourrait s'apparenter à celle de "Moïse sauvé des eaux" : son père était originaire de la province maritime de (海州 Haizhou), c'était un lettré nommé (陳光蕊 Chen Guangrui) . Un jour, il apprit que l'Empereur (太宗 Taizong) de la Dynastie (唐朝 Tangchao) Tang organisait un concours à (西安府 Xi An Fu), dans la province de ( 西 Chenxi) pour devenir dignitaire de l'État, aussitôt, il quitta sa province pour se rendre au Palais et se présenter ; il réussit le concours haut la main et reçut pour cela le titre de (狀元 Zhuang Yuan) Premier par le mérite. Plus tard, alors qu'il paradait dans la ville, fier de son nouveau titre, il fut choisi par la fille du Ministre d'Etat, (殷開山 Yin Kai Shan), (溫嬌Wenjiao) Affable Délicatesse appelée aussi (滿堂嬌 Man Tang Jiao) Délicatesse qui Emplit le Palais pour devenir son époux. Le mariage effectué, (光蕊 Guangrui) reçut le titre de Gouverneur de la province de (江州 Jiangzhou). Il décida de partir là-bas, accompagné de sa mère, (張 Zhang) et de son épouse, mais sa mère, tomba brusquement malade alors qu'il était à l'hôtellerie des (萬花店 Wanhua dian) Dix Mille Fleurs de (劉小二 Liuxiao Er). Peu de temps avant son départ, (光蕊 Guangrui) fit la connaissance d'un pêcheur qui s'était emparé d'un poisson en or, alerté par le caractère divin d'une telle prise, il acheta le poisson et lui rendit la liberté.

(光蕊 Guangrui) et son épouse décidèrent de continuer sans grand-mère (張 Zhang) et la laissèrent se rétablir ; celle-ci leur promit de les rejoindre aussitôt que sa santé le lui permettrait. Le cœur gros et à regrets, le couple partit sans elle et bientôt arriva au bac de (洪江 Hengjiang), près de la barque de (劉洪 Liuheng) et (李彪 Libiu)  ; c'étaient deux pêcheurs, mais surtout deux brigands. (光蕊 Guangrui) et (溫嬌 Wenjiao) embarquèrent sur leur bateau pour traverser le fleuve, mais ce qu'ils ignoraient, c'est que (劉洪 Liuheng) nourrissait en secret le noir dessein de s'emparer de (溫嬌 Wenjiao), dont il était tombé amoureux. Profitant d'un coin désert, les deux brigands se jetèrent sur le couple d'infortune, tuèrent (光蕊 Guangrui) et ses hommes et les balancèrent par-dessus bord, puis non content de s'emparer de sa femme, (劉洪 Liuheng) lui déroba son diplôme et ses vêtements et se rendit à (江州 Jiangzhou) afin de se faire passer pour lui.

Xuan Zang, Dunhuang, IXe siècle

Malheureusement pour eux, (光蕊 Guangrui) était protégé par les (神 Shen) Esprits, et notamment par ce poisson d'or qui était en fait le (龙王 Longwang) Roi-Dragon du fleuve (洪江 Hengjiang) ; celui-ci envoya les Esprits (Zhenghuang) et les (土地 Tudi) récupérer l'âme du défunt en enfer, interrompit la corruption de son corps en lui faisant avaler la "Perle qui Fixe les Chairs" et lui donna un titre en l'invitant à demeurer en son Palais.

Pendant ce temps-là, (溫嬌 Wenjiao) tomba enceinte de (光蕊 Guangrui) et s'attristait à l'idée du sort funeste que réserverait son ravisseur à son futur enfant. Alors, l'Esprit (南 Nanji), sur les ordres de (觀音菩薩Guanyin Pusa) la rassura et lui apprit le sort bienheureux de son époux en même temps que le grandiose avenir qui était promis à son fils.(劉洪 Liuheng) finit par découvrir l'enfant et voulut le tuer, mais trop occupé par ses affaires, il remit la chose à son retour. (溫嬌 Wenjiao), meurtrie mais résolue, se coupa le doigt, écrivit une lettre racontant les origines de son enfant, le marqua en déchirant la moitié de son petit orteil gauche afin de le reconnaître plus tard et le liant sur une planche en bois qui passait par là, elle le vêtit de son habit et le remit au fleuve. L'enfant dériva jusqu'au temple de (金山 Jinshan) Mont d'Or où il fut récupéré par le patriarche du lieu, le moine (法 Faming) ou (長老 Zhanglao), qui en fit un bonze et le nomma (江流Jiangliu) Courant du Fleuve.

L'enfant grandit, ignorant tout de ses origines, se perfectionnant uniquement dans la Voie du Bouddhisme. A l'âge de 18 ans, il reçut le nom de (玄奘 Xuanzang) Trésor Caché du Canon (bouddhique) et devint un grand lettré, spécialiste des canons religieux. À la suite d'une dispute empreinte de jalousie de la part de ses camarades, le jeune moine alla trouver celui qu'il prenait pour son père et ce dernier lui révéla le secret de ses origines qu'il avait caché dans un coffret. Il l'enjoignit à partir pour (江州 Jiangzhou) retrouver sa mère. L'entrevue fut émouvante, mais écourtée, la menace de mort de (劉洪 Liuheng) pesant toujours sur (玄奘 Xuanzang) s'il venait à découvrir son existence. Sa mère lui promit de le retrouver au temple et de tout lui révéler. Sous un prétexte fallacieux, elle s'y rendit et reconnaissant enfin son fils, grâce aux mutilations infligés à sa naissance, lui raconta toute sa mésaventure ; elle lui dit ensuite de se rendre à l'hôtellerie des (萬花店 Wanhua dian) Dix Mille Fleurs de (劉小二 Liuxiao Er) récupérer sa grand-mère et lui remit une lettre destinée à son grand-père maternel, le Ministre, (殷開山 Yin Kai Shan) dans la ville de (西安府 Xi An Fu), dans la province de ( 西 Chenxi) dans laquelle elle explique le meurtre de son gendre, son rapt et son désir d'être enfin libérée du tyran.

Lorsque (殷開山 Yin Kai Shan) lut la lettre, il en appela immédiatement à l'aide de l'Empereur qui lui confia une armée forte de 60 000 hommes pour aller récupérer sa fille et arrêter son ravisseur. (劉洪 Liuheng) fut bientôt cerné, et lui et son complice furent jugés et exécutés. De dépit et parce qu'elle avait honte,(溫嬌 Wenjiao) essaya par deux fois d'attenter à sa vie, mais fut sauvée de justesse par son fils, (玄奘 Xuanzang) : la première fois elle se pendit et la deuxième elle se jeta dans le fleuve où avait péri son époux jadis. Mais comme le bandit avait été lui aussi jeté dans le même fleuve en offrande aux divinités, un lieutenant du Roi-Dragon qui passait alors par-là, rapporta à son maître ce dont il avait été témoin, et une fois alerté, son maître qui n'attendait que ça depuis longtemps, rendit sa liberté à (光蕊 Guangrui) pour qu'il retrouve sa vie, sa femme, son fils et sa mère. De retour à (西安府 Xi An Fu), (光蕊 Guangrui) reçut la charge de Mandarin de la Cour sous le titre de Grand Chancelier d'Académie à la demande de son beau-père.

Plus tard, (玄奘 Xuanzang) quitta ses parents et avec l'argent qu'il reçut, entreprit de reconstruire le temple de son vieux maître avant de rejoindre, à la demande de ses parents, celui qui était plus près du Palais. Quand vint le moment de célébrer le salut des âmes en peine du monde des ténèbres, l'Empereur (太宗 Taizong) pensa naturellement à lui pour officier la cérémonie. (玄奘 Xuanzang) devient alors le bonze favori de l'Empereur qui en fit son "frère-aîné" et lui conféra le titre de (法師 Fashi) Maître de la Loi.

Lorsque vint (觀音菩薩 Guanyin Pusa), elle choisit (玄奘 Xuanzang) pour accomplir la divine mission que lui avait confié le Bouddha[4].Le moine reçut de (觀音 Guanyin) une robe de moine[5]( jyasha) (kashâya) et un bonnet [6](毘盧帽 pilu mao), coiffe identique au bodhisattva (毘盧遮那 Piluzhena), ainsi qu'un bol en or pour son départ. (玄奘 Xuanzang) qui avait mal estimé la durée d'un si long voyage, promit à l'Empereur de revenir au bout de 3 ans ; il en mettra 14.

(玄奘 Xuanzang) prendra alors le nom de (三藏 Sanzang) Les Trois Corbeilles en hommage à sa mission et durant son voyage, guidé par (觀音菩薩Guanyin Pusa), il fera la rencontre de ses futurs disciples : il libérera (孫悟空 Sun Wukong) de son coffre de pierre sous (五手指山 Wushouzhishan) la Montagne des Cinq Doigts, prendra à son service le Prince-Dragon (龍王三君 Longwang Sanjun) qui deviendra cheval pour être sa monture, exhortera (豬八戒 Zhu Bajie) à bien se conduire et à quitter ses "parents", et récupérera l'Ogre des Sables Mouvants (沙和尚 Sha Heshang) à son service. Tous les quatre allaient bientôt vivre les aventures les plus extraordinaires jamais vues jusqu'ici...

  • Wou Tch'eng Ngen Si Yeou Ki ou le Voyage en Occident par Louis Avenol (éditions du Seuil, 1957).
  • Père Henri Doré Recherches sur les Superstitions en Chine, le Panthéon Chinois (éditions You Feng, 1995) Vol. 3

Attributs[modifier | modifier le code]

[7] On apprend dans le roman que (三藏 Sanzang) n'est autre que la réincarnation du second disciple de Bouddha, (金蟬子 Jinchanzi) ou (金蟬長老 Jinchan Zhanglao) Cigale d'Or, puni jadis pour avoir manqué d'attention au prêche du Grand Éveillé, et renvoyé sur terre pour purifier son karma ; il le renommera par la suite, ( Zhandan) Bois de Santal (Candana en sanscrit). Son nom de famille est (陳 Chen) comme son père, et c'est parce qu'il fut trouvé sur les eaux par le Patriarche du (金山 Jinshan) Temple du Mont d'Or, (長老 Zhanglao) qu'il prit le nom de [8](江流Jiangliu) Courant du Fleuve. A ses 18 ans, il prend le nom religieux de (玄奘 Xuanzang) Trésor Caché des Canons ; l'Empereur, (太宗 Taizong) lui donnera le titre de (法師 Fashi) Maître de la Loi, et c'est seulement quand il partira en voyage qu'il prendra son nom définitif de (三藏 Sanzang) Trois Corbeilles (Tripitaka en sanscrit) en l'hommage de sa mission. Ses disciples l'appellent (师傅 Shifu) Maître, et (釋迦牟尼 Shijiamuni) lui donnera le titre de ( 檀香功德佛 Zhandan Gongdefo) (Candanâpunyâbuddha en sanscrit) Bouddha Plein de Mérites et Vertus à la fin de son voyage.

(三藏 Sanzang) n'est pas à proprement parler un grand courageux, profondément dévoué à Bouddha et à sa doctrine, il ne vit que pour sa religion et le respect de celle-ci. Etant mortel, il lui est impossible de distinguer les monstres des humains, avec ses "yeux de chair", ce qui lui attire très souvent des problèmes. Il renverra même son disciple, (孫悟空 Sun Wukong) à cause de ses instincts trop meurtriers, bien que celui-ci lui affirme n'avoir tué qu'un être maléfique qui en voulait à sa vie. Il passe son voyage à se faire enlever par tous les démons qui peuplent la montagne et qui veulent le dévorer afin de gagner l'immortalité ou à pleurer sur son sort. Devant l'adversité, il se désespère souvent et agace ses disciples. Il est souvent injuste, mais sait se montrer reconnaissant. Il abuse souvent de son incantation de la "constriction du cercle" sur le pauvre (孫悟空 Sun Wukong) et n'hésite pas à se plaindre tout le temps ou à faire des reproches. Il a un caractère bien trempé, est très naïf et respecte scrupuleusement les interdits de sa confession religieuse ; les femmes et leurs attraits en particulier.

[9] Contrairement à l'iconographie, il est plus souvent coiffé d'un chapeau de paille, d'une vieille robe de moine faite de 25 morceaux d'étoffes et de chaussures couvertes de boue que vêtu du ( jyasha), la robe multicolore des grands saints (kashyapa en sanscrit) et du bonnet (毘盧帽 pilu mao) de (毘盧遮那 Piluzhena) (Vairocana en sanscrit), qu'il ne revêt que pour les grandes occasions, afin de ne pas paraître ostentatoire. Il tient le [10](錫杖 xīzhàng) bâton de pèlerin (khakkhara en sanscrit) à 9 anneaux et le chapelet (mâlâ en sanscrit) qu'il égraine souvent, tout en récitant ses prières. D'apparence monastique, il est assez grand, mince, de belle allure, un visage aux traits réguliers, chauve comme les moines avec de grands lobes d'oreilles. Comme il est mortel, son corps est mortel lui aussi et donc plus lourd que la normale pour ses disciples qui ne peuvent donc pas le porter.

Il est amusant de noter qu'en romançant la vie de ce moine, celui-ci soit passé au dernier plan par rapport à ses disciples qui lui volent la vedette. En effet, celui qui a lu le roman se souviendra surtout de (孫悟空 Sun Wukong) et de ses exploits que du pauvre et misérable moine parti en quête des écritures sacrées au Paradis de l'Ouest et ne retiendra que l'aspect extraordinaires des personnages qui l'accompagnent et des fantastiques pouvoirs dont ils disposent.

  • Wu Cheng En Xiyouji la Pérégrination vers l'Ouest (éditions de la Pléïade, 1991)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Beal, Samuel (1911). The Life of Hiuen-Tsiang. Translated from the Chinese of Shaman (monk) Hwui Li by Samuel Beal. London. 1911. Reprint Munshiram Manoharlal, New Delhi. 1973.
  • Julien, Stanislas (1853). Histoire de la vie de Hiouen-Thsang, par Hui Li et Yen-Tsung, Paris.
  • Li, Rongxi (trans.) (1995). A Biography of the Tripiṭaka Master of the Great Ci’en Monastery of the Great Tang Dynasty. Numata Center for Buddhist Translation and Research. Berkeley, California. ISBN 1-886439-00-1
  • Li, Yongshi, (trans.) (1959). The Life of Hsuan Tsang by Huili. Chinese Buddhist Association, Beijing.
  • Wou Tch'eng-en le Singe Pélerin ou le Pèlerinage d'Occident (éditions Payot, 1951, 1980 et 1992)
  • Wou Tch'eng Ngen Si Yeou Ki ou le Voyage en Occident (éditions du Seuil, 1957)
  • Wu Cheng'en Xiyouji la Pérégrination Vers l'Ouest (éditions de la Pléïade 1991)
  • Père Henri Doré Recherches sur les Superstitions en Chine, le Panthéon Chinois (éditions You Feng, 1995)
  • Pascal Fauliot l'Epopée du Roi Singe (éditions Casterman Epopée, 2008)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Le texte de Xuanzang, en anglais
  • (en) Beal, Samuel (1884). Si-Yu-Ki: Buddhist Records of the Western World, by Hiuen Tsiang. 2 vols. Translated by Samuel Beal. London. 1884. Reprint: Delhi. Oriental Books Reprint Corporation. 1969. Volume 1 (PDF 21.5 MB) Volume2 (PDF 16.9 MB)
  • (en) Li, Rongxi (translator) (1995). The Great Tang Dynasty Record of the Western Regions. Numata Center for Buddhist Translation and Research. Berkeley, California. ISBN 1-886439-02-8
  • (fr) Sur les traces du Bouddha, René Grousset, L'Asiathèque, 1991, ISBN 2-901795-44-7 (édition originale 1929)
  • (en) Xuan Zang: A Buddhist Pilgrim on the Silk Road, Sally Hovey Wriggins, Westview Press, 1996, ISBN 0-8133-3407-1
  • Louis Frédéric, Dictionnaire de la civilisation indienne, Robert Laffont, 1987

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Autres transcriptions possibles de son nom : Xuan Zang, Yuan Chwang, Hiuen Tsiang, Hhuen Kwan, Hiouen Thsang, Hsuan Chwang, Hsuan Tsiang, Hwen Thsang, Yuan Chang et Yuen Chwang.
  2. (en) « From Ruins of Afghan Buddhas, a History Grows », The New York Times, 6 décembre 2006
  3. Wou Tch'eng Ngen, Si Yeou Ki ou le Voyage en Occident (éditions du Seuil, 1957), Vol. 1, Chap. IX, p. 76 à 87
  4. Wu Cheng'en, Xiyouji la Pérégrination vers l'Ouest (éditions de la Pléïade, 1991), Vol. 1, Livre III, Chap. XII, p.227
  5. Wu Cheng'en, Xiyouji la Pérégrination vers l'Ouest (éditions de la Pléïade, 1991) Vol. 1, Livre III, Chap. XI, p. 221, note 4
  6. Wu Cheng'en, Xiyouji la Pérégrination vers l'Ouest (éditions de la Pléïade, 1991) Vol. 1, Livre III, Chap. XI, p. 221, note 5
  7. Wu Cheng'en, Xiyouji la Pérégrination vers l'Ouest (éditions de la Pléïade, 1991) Vol. 1, Livre III, Chap. XI, p. 220
  8. Wu Cheng'en, Xiyouji la Pérégrination vers l'Ouest (éditions de la Pléïade, 1991) Vol. 1, Livre III, Chap. XI, p. 221, note 7
  9. Wu Cheng'en, Xiyouji la Pérégrination vers l'Ouest (éditions de la Pléïade, 1991) Vol. 1, Livre VIII, Chap. XXXVI, p. 702
  10. Louis Frédéric, les Dieux du Bouddhisme, Guide Iconographique (éditions Flammarion, 1992)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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