Dynastie Xia

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Carte du territoire de la dynastie Xia

Selon l'historiographie traditionnelle chinoise, la dynastie Xia (en chinois : 夏朝 ; en pinyin : xia cháo) aurait été la première des Trois dynasties (三代, sān dài) de la Chine pré-impériale. Fondée par Yu le Grand, elle aurait régné de 2205 à 1767 avant notre ère selon la chronologie traditionnelle chinoise, ou de 2070 à 1570 avant notre ère selon d'autres chronologies. La communauté scientifique internationale en dehors de la Chine considère cette dynastie comme un mythe d'origine qui pourrait avoir été composé au premier millénaire avant notre ère.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Selon l’historiographie traditionnelle chinoise (Shiji et Annales de bambou), la dynastie Xia a été la première de l’histoire de la Chine. Elle aurait régné de -2205 à -1767. On peut toutefois avoir quelques doutes sur cette tradition, car la première mention des Xia se trouve dans le Shujing (« Livre des Documents »), ouvrage qui date du début du Ier millénaire av. J.‑C. selon la plupart des spécialistes, et qui est donc très postérieur au règne supposé des Xia. Le document en question s'appelle le « Serment de Tang ». C'est le discours que Tang, le fondateur de la dynastie Shang, aurait prononcé devant ses troupes pour les encourager à se battre contre le dernier souverain des Xia. Tang expliquait pourquoi ce roi devait être renversé. Ce document a été rédigé par des annalistes de la dynastie Zhou, qui a remplacé celle des Shang vers -1046. Il s'agit sûrement d'une œuvre de propagande : les Zhou expliquaient qu'ils avaient renversé les Shang pour la même raison que les Shang avaient renversé les Xia. Ils disaient avoir été eux-mêmes d'anciens vassaux des Xia. L'un de leurs ancêtres avait dû se réfugier chez les Barbares parce qu'un mauvais souverain des Xia avait supprimé sa charge.

Plus grave, aucune source écrite antérieure au Shujing ne mentionne les Xia. À l'époque, on écrivait sur du bronze ou sur des os ou des écailles de tortues. Ces écrits remontent à la fin du IIe millénaire av. J.‑C. sous l'époque des Shang. Et les historiens en ont conservés une quantité vraiment immense. Donc cela pose le problème de savoir à quelle période ont existé les Xia et s'il s'agit plutôt d'un mythe fondateur[1]. On remarque aussi que, selon la tradition et la mythologie chinoise, Yu le Grand, le fondateur de la dynastie Xia, est présenté par les textes chinois comme un souverain de l'âge du bronze. En effet, il aurait fondu des chaudrons en bronze. L'âge du bronze ne commence en Chine qu'après -1900 à la fin de la dynastie.

Yu le Grand[modifier | modifier le code]

De nombreuses informations ont été conservées au sujet de Yu le Grand, or elles le rattachent aux peuples qui vivaient en Asie centrale durant la haute Antiquité, notamment aux Tokhariens. Par exemple, dans le Shanhai jing (Livre des Montagnes et des Mers), on lit que Yu est le fils de Baima (Cheval Blanc), qui est lui-même le fils de Luoming (Chameau Brillant, animal qui évoque plus l’Asie centrale que la Chine). Ce dernier est le fils de Huangdi, l’Empereur Jaune, or cette divinité est l’ancêtre mythique d’un peuple que les Chinois appelaient les Quanrong.

Yu le Grand est connu pour avoir permis aux eaux des fleuves de Chine de s'écouler. En construisant des digues, son père Baima, également appelé Gun, les avaient bloquées. On peut démontrer que, derrière cette histoire, se cache le mythe indo-européen du combat contre le serpent ou le dragon obstructeur des eaux, qui est vaincu par un dieu guerrier (comme Huangdi) ou un roi. Gun n'est pas considéré comme un dragon par les textes chinois, mais il est assimilé à un cheval et les dragons chinois ont souvent une tête de cheval. Selon Marcel Granet, Yu et son fils Qi paraissent être des doublets de Huangdi.

D'après les textes chinois, le nom du fief de Yu, Xia, est devenu celui de sa dynastie. Ce nom signifie « été ». Or Huangdi aurait créé une danse appelée Xianzhi, qui était exécutée au solstice d'été sur un tertre carré placé au milieu d'un lac. Ce tertre représentait sûrement la Terre, à laquelle les rois indo-européens étaient intimement liés. Yu était un fondeur (comme son fils Qi et comme Huangdi), puisqu'il aurait fabriqué neuf chaudrons tripodes en bronze, qui devinrent des symboles du pouvoir des empereurs de la Chine antique. Ces chaudrons étaient également emblématiques des populations nomades de l'Asie centrale.

Les autres souverains[modifier | modifier le code]

Ce que l'on rapporte au sujet des successeurs de Yu est encore fortement mythique. Son épouse était identifiée à une montagne, puisqu'elle s'appelait Tushan « Mont Tu ». Parfois aussi, on considère que Yu était marié à la déesse Nüwa, d'origine tokharienne. Avant de donner naissance à Qi, le successeur de Yu, Tushan se transforma en une pierre, qu'il fallut fendre. Qi fit rechercher du métal dans les monts et les rivières et le fit fondre au mont Kunwu. Sur cette montagne située à l'ouest de la Chine, on trouvait du cuivre rouge qui servait à fabriquer d'excellentes épées. Les Quanrong offrirent au roi Mu de la dynastie Zhou une épée appelée Kunwu. À l'ouest de la Chine, il y avait aussi un mont Kunlun (avec le même caractère kun), qui était la résidence de Huangdi.

Le fils de Qi fut Taikang. L'archer Yi, personnage mythologique ressemblant beaucoup à Héraclès, le contraignit à l'exil alors qu'il effectuait une partie de chasse. Yi était le seigneur de Qiong. Il fut tué par son épouse Fufei (identifiable à la déesse Nüwa) et l'amant de celle-ci, Zhuo de Han. Au roi Taikang, avait succédé son frère cadet Zhongkang, puis le fils de celui-ci, Xiang. Les fils de Zhuo de Han et de Fufei, Yao et Xi, assassinèrent Xiang. La reine Min, qui était alors enceinte, parvint à prendre la fuite et à se réfugier chez le prince de Reng. Son fils Shaokang naquit chez ce prince et devint le chef des pasteurs. Plus tard, il se rendit chez le prince de Yu, dont il épousa deux filles. Il vengea son père en tuant Zhuo de Han et ses deux fils puis il monta sur le trône, rétablissant la dynastie Xia.

On raconte encore que Jie, le dernier souverain des Xia, fut un tyran débauché. Ses vices étaient exacerbés par la belle Meixi, l'une de ces impératrices fatales qui ont parsemé l'histoire de la Chine. Selon Liu Xiang, auteur du Ier siècle av. J.-C., Jie fit creuser dans son palais un grand bassin rempli de vin. Il disposa également des marches d'escalier en viande cuite sur le versant d'une colline et suspendit aux arbres des morceaux de viande séchée. Chaque jour, il participait avec ses femmes à des orgies sur ce bassin de vin, où il se promenait en barque, et dans cette « forêt de viande ». Tang, le souverain d'un royaume situé au sud du Shandong, le vainquit à Mingtiao, au nord de l'actuelle ville de Kaifeng au Henan, et fonda la dynastie Shang. Fait prisonnier, Jie mourut de maladie trois ans plus tard.

Un récit très douteux est celui de ce renversement des Xia par les Shang : le personnage de Jie ressemble beaucoup trop à l'archétype du mauvais souverain pour être vraisemblable. Il est très probable que le mythe du bassin de vin et de la forêt de viande aient été des souvenirs des banquets fastueux auxquels l'aristocratie, et la famille royale en particulier, se livrait à l'époque des Shang. On sait que de très grandes quantités de vin et de viande étaient consommées. Les aristocrates étaient considérés par les gens du peuple comme des « mangeurs de viande ». Cet aspect mythique met en question l'éventuelle existence de cette dynastie dans l'histoire.

Les Xia ont-ils existé ?[modifier | modifier le code]

Si tout ce que l'on raconte au sujet de Yu le Grand et ses proches successeurs est mythique, peut-on en déduire que la dynastie des Xia n'ait jamais existé ? Pas forcément, car des mythes ont très bien pu être rattachés à une dynastie réelle. De nombreuses dynasties ont un fondateur légendaire. Les Xia ont peut-être régné dans les provinces maritimes du Shandong et du Zhejiang. C’est en effet dans ces provinces que se situe l’essentiel de la geste de Yu. Dans l’Antiquité, les souverains du royaume de Qi, au Shandong, se disaient descendre de l’empereur Shao Kang des Xia. La tombe de Yu est localisée dans les Monts Kuaiji, sur la municipalité de Shaoxing, dans la province du Zhejiang. Les curieux liens mythologiques des Xia avec l'Asie centrale demanderaient alors à être expliqués.

La plupart des archéologues chinois, travaillant à partir de tradition textuelles[2], voient en la culture d'Erlitou, datée de -1900 à -1500, un vestige de la dynastie Xia. Mais en l'absence d'information écrite il est impossible de trancher. Cette culture ayant été découverte au Henan leur raisonnement est simple : cette culture est antérieure à la dynastie Shang, elle devrait donc correspondre aux Xia. Mais ils n'envisagent pas que ceux-ci n'aient jamais existé et qu'il s'agisse d'un mythe !

La communauté scientifique, en dehors de la Chine, considère la « dynastie Xia » comme un récit mythologique[3] , voire un mythe fondateur [4] construit à une toute autre époque, Robert Bagley, professeur à l'université de Princeton, suggère que ce mythe se serait constitué au cours du premier millénaire avant notre ère et dans un contexte qui en justifierait la construction[N 1]. Des découvertes archéologiques faites à la fin du XXe siècle semblent conforter cette hypothèse, selon cet auteur.

Rois de la dynastie Xia[modifier | modifier le code]

  1. Da Yu 大禹 (ou Yu le Grand) (-2205/-2197)
  2. Qi 启 (-2197/-2188)
  3. Tai Kang 太康 (-2188/-2159)
  4. Zhong Kang 仲康 (-2159/-2146)
  5. Xiang 相 (-2146/-2118)
  6. Shao Kang 少康 (-2118/-2097)
  7. Zhu予 (-2097/-2040)
  8. Huai 槐 (-2040/-2014)
  9. Mang 芒 (-2014/-1996)
  10. Xie 泄 (-1996/-1980)
  11. Bu Jiang 不降 (-1980/-1921)
  12. Jiong 扃 (-1921/-1900)
  13. Jin (-1900/-1879)
  14. Kong Jia 孔甲 (-1879/-1848)
  15. Gao皋 (-1848/-1837)
  16. Fa 发(-1837/-1818)
  17. Jie Gui 癸 (-1818/-1767)

Les capitales de la dynastie Xia[modifier | modifier le code]

Les capitales de la dynastie Xia furent :

Note sur la chronologie[modifier | modifier le code]

En 1995, la Chine a lancé un vaste projet visant à établir une chronologie rigoureuse pour les trois premières dynasties de son histoire, celle des Xia, des Shang et des Zhou (jusqu'à -841 pour cette dernière). L'idée était de recouper des datations au carbone-14 et des données astronomiques, concernant en particulier des éclipses, avec tout ce que les inscriptions des Shang et des Zhou pouvaient nous apprendre. Environ 200 chercheurs y ont participé et les résultats obtenus servent à présent de références aux universitaires chinois. Les dates proposées pour les Xia vont de -2205 à -1767. Les Shang auraient régné de -1766 à -1112.

Le problème est que ce projet fait encore appel à l'historiographie traditionnelle et n'est donc que partiellement scientifique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Robert W. Bagley : « Chapter 3. Shang Archaeology » in : Michael Loewe and Edward L. Shaughnessy 1999 et brièvement évoqué dans : Gilles Béguin, Ma Chengyuan (dir.) 1998, p. 61

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilles Béguin, Ma Chengyuan (dir.), Rites et festins de la Chine antique : Musée Cernuschi, Paris, Findakly,‎ 1998, 189 p. (ISBN 2-87900-365-2) Exposition Musée Cernuschi, Paris, 1999.
  • Olivier de Bernon (dir.), Trésors de la Chine ancienne : Bronzes rituels de la collection Meiyintang, Musée des arts asiatiques Guimet. Mare & Martin,‎ 2013, 197 p. (ISBN 979-1-0920-5416-3) Exposition Musée national des arts asiatiques - Guimet, Paris, 2013.
  • Danielle Elisseeff, Art et archéologie : la Chine du néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des musées nationaux (Manuels de l'École du Louvre),‎ 2008, 381 p. (ISBN 978-2-7118-5269-7) Ouvrage de référence, bibliographie et Sites Internet.
  • (en) Michael Loewe and Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge history of ancient China : From the origins of civilization to 221 B.C, Cambridge, U.K. ; New York, Cambridge University Press,‎ 1999, 1148 p. (ISBN 0-521-47030-7) : Autres tirages : 2004, 2006, 2007. - 9780521470308

Voir aussi[modifier | modifier le code]