Recensement de la population

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Recensement)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Recensement (homonymie).

Le recensement (du latin recensere, « passer en revue ») est une opération statistique de dénombrement d'une population. Les recensements démographiques existent depuis l'Antiquité (Chine, Égypte, Rome). Ils ne sont mis en œuvre de façon systématique qu'à partir du XVIe siècle et plus encore avec l'avènement de l'État-nation dont ils servent divers objectifs : notamment la conscription militaire, la répartition de l'impôt, la connaissance du nombre et des richesses de la population.

Aujourd'hui, les recensements sont surtout des outils d'aide à la prévision économique. Outre le nombre d'habitants, ils recueillent d'autres caractéristiques comme l'âge, la profession, les conditions de logement, les déplacements domicile-travail ou domicile-études, les modes de transport et, ce qui apparaît aujourd'hui comme une évidence mais ne l'était pas naguère[réf. souhaitée], leur nom et prénom. D'autres données personnelles sont parfois collectées, comme la religion, la langue, ou, comme c'est le cas aux États-Unis, la « race »[réf. souhaitée].

Histoire du recensement[modifier | modifier le code]

Sous l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Les premiers recensements connus sont organisés dès l'Antiquité, notamment en Égypte sous les Pharaons et en Chine (le premier aurait eu lieu il y a 4 000 ans[1], le plus célèbre ayant été ordonné par la dynastie des Han en l'an 2 afin de compter la population — 57 671 400 habitants —, déterminer les revenus et le nombre de soldats mobilisables[2]).
L'Empire Inca effectue également des recensements, enregistrés sur les quipus.
Pour les Juifs, recenser les hommes était considéré comme un péché, comme le montre l'exemple du roi David, puni pour avoir fait compter ses soldats sans respecter les règles dictées à Moïse dans le Livre des Nombres.

Cens et censeurs de la Rome Antique[modifier | modifier le code]

Bas-relief de l'autel de Domitius Ahenobarbus, représentant une opération de rencensement : un employé assis enregistre la déclaration d'un citoyen, tandis que le censeur en mettant la main sur l'épaule d'un citoyen l'affecte dans une centurie militaire.
Articles détaillés : Cens (époque romaine) et censeur.

La plus ancienne loi romaine connue sur l'état civil est prise vers 550 av.J.C. par Servius Tullius: les naissances des citoyens sont déclarées au gardien du trésor du temple de Junon Lucina, les décès à celui du temple de Libitina et la prise de la toge virile à celui du temple de la jeunesse.

Le cens devient une institution fondamentale de la République romaine, qui organise le peuple romain (populus) en un corps civique structuré et hiérarchisé. À chaque citoyen, le censeur attribue un rang permettant de préciser sa dignité, ses droits et ses devoirs envers la cité. Ce rang dépend essentiellement du patrimoine foncier[3].

Certains des groupes de premiers chrétiens, au risque de la persécution recensent leurs baptisés dans des livres [4] évoqués par Saint Grégoire de Nysse, Saint Grégoire de Nazianze, ou encore par les actes du concile de Soissons (en 853) ou dans ceux du 4e concile de Carthage, dans la règle de Chrodegang, évêque de Metz (en 762), etc..

Le recensement effectué en Judée sous Quirinius, gouverneur de Syrie, est resté célèbre en raison des controverses sur sa coïncidence avec le recensement évoqué dans l'évangile selon Luc (2,2), au moment de la naissance de Jésus-Christ.

Premières tentatives vers un recensement général[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge les recensements en Europe traversent une période d'éclipse relative , malgré quelques exemples comme le Domesday Book de 1086 de Guillaume le Conquérant, ou celui effectué en 1183 dans le Royaume de Jérusalem afin d'évaluer les forces du royaume en vue d'une éventuelle invasion de Saladin. Au Moyen-Orient, le deuxième calife de l'islam, Omar ibn al-Khattâb (VIIe siècle), organise lui aussi un recensement.
La première loi fondatrice de ce que sera plus tard l'état civil laïc est l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 et concerne les baptêmes et sépultures. On a conservé des registres antérieurs à cette ordonnance (registres daté de 1515, de la paroisse de Saint Jean en Grève de Paris). Certaines familles tenaient aussi des livres de familles, notamment les familles juives, où étaient inscrits les naissances, alliances, décès de leurs membres, ainsi que divers évènements.

Les recensements reviennent à l'ordre du jour à l'Âge classique comme moyen pour les rois de connaître la richesse de leur territoire et de leur population. Lié à l'avènement de la statistique et effectués sur le modèle des livres de compte des marchands, l'idée d'effectuer des recensements réapparait au XVIe siècle, chez des auteurs comme Bodin, Juste Lipse ou Montchrestien, dans le sillage de la littérature sur la raison d'État puis du mercantilisme. Celui-là considérait en effet la population comme une richesse de l'État qu'il convenait de préserver voire d'augmenter.

À certaines époques, selon Gramaye, Sanderus ou L. Guicciardini, on compte et note le nombre de personne se présentant à la communion à Pâques. Puis le Concile de Trente (session 24) ordonne de tenir dans chaque église curiale des « Registres des baptesmes, mariages et personnes mortes », ce qui ne fut pas fait dans un grand nombre de paroisses. L'Édit perpétuel du 12 juillet 1611 renforce l'habitude de tenir des registres plus exacts. Un décret du directoire du 29 prairial de l'an IV fait passer ce devoir d'enregistrement aux communes.

La généralisation des recensements d'État[modifier | modifier le code]

Au même moment, se développe progressivement l'état civil, qui crée la possibilité d'un recensement nominatif et individualisé (et non plus simplement par foyer). Le Royaume de Suède ordonne ainsi à l'Église de Suède d'effectuer les premiers recensements en 1686, avant d'établir la Tabellverket (Bureau des Tables) en 1749. Les premiers recensements suédois, étudiés par l'historien Eli Heckscher (1879-1952), servent notamment à s'assurer de la pratique du luthérianisme ainsi qu'à compter le nombre d'hommes mobilisables. La Suède joue un rôle de pionnier, la plupart des autres États européens n'emboîtant le pas qu'au XVIIIe siècle voire au XIXe siècle.

Le recensement en France[modifier | modifier le code]

Bref Historique[modifier | modifier le code]

En 1328 se produit le premier recensement à l'échelon national : «L'État des paroisses et des feux » . Il est réalisé pour des raisons essentiellement fiscales. Le résultat montre que la population française est à cette époque de 16 à 17 millions d'habitants, alors que la population italienne est de 8 à 10 millions et la population anglaise de 3 à 3,5 millions.

En 1667, Louis XIV édicte l'Ordonnance de Saint-Germain-en-Laye, qui recommande d'établir un double registre d'état civil, à des fins de dénombrement de la population française.

Sous l'Ancien Régime les dénombrements sont exprimés en "feux" ce mot étant pris dans le sens foyer, famille. Pour estimer le nombre d'habitants d'après celui donné en feux, on peut appliquer le coefficient multiplicateur 5[réf. nécessaire]. Certains dénombrements donnaient le nombre de gabellants (sujets de 8 ans et plus), la gabelle étant un impôt sur le sel. Vauban est un ardent organisateur de dénombrements. Dès 1790, la notion de feu disparait.

Avant la Révolution française, très peu de recensements sont organisés sur l’ensemble du territoire. On peut citer celui du libraire Claude-Marin Saugrain, « Dénombrement du Royaume » (publié en 1709 et réactualisé en 1720) et celui de l'abbé Jean-Joseph Expilly (vers 1760) « Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France ».

Depuis 1801, un recensement général de la population est organisé tous les cinq ans, jusqu'en 1946 (sauf quelques-uns supprimés ou retardés en temps de guerre). L'opération étant jugée trop coûteuse et difficile à organiser, les gouvernements successifs ont essayé d'espacer la date du recensement suivant. Les deux derniers recensements généraux ont eu lieu en 1990 et en 1999. Cet intervalle de neuf ans était trop long par rapport à la vitesse d'évolution de la réalité démographique.

Modalités du recensement[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, en France, le dénombrement de la population est organisé par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). La méthode de recensement a changé en 2004.

Le recensement avant 2004[modifier | modifier le code]

Le recensement depuis 2004[modifier | modifier le code]

Un nouveau mode de recensement est à l'œuvre en France depuis l'année 2004 : un numéro spécial de INSEE Méthodes « Pour comprendre le recensement de la population » édité par l'Insee est paru en mai 2005 à ce sujet, et fait un point assez complet sur ce changement[5].

Depuis janvier 2004, le recensement de la population résidant en France est annuel. Une nouvelle méthode de recensement remplace le comptage exhaustif traditionnel organisé tous les huit ou neuf ans. Le recensement général de la population de 1999 aura été le dernier recensement concernant toute la population en même temps.

Conséquence : tous les habitants ne sont plus recensés la même année.

  • Les communes de moins de 10 000 habitants réalisent désormais une enquête de recensement exhaustive tous les 5 ans, à raison d'un cinquième des communes chaque année.
  • Les communes de 10 000 habitants ou plus réalisent tous les ans une enquête par sondage, auprès d'un échantillon de 8 % des logements. La collecte s'effectue en janvier et en février (en février et mars à la Réunion). Un agent recenseur dépose les questionnaires et les reprend une fois remplis.

Données Résultats du recensement[modifier | modifier le code]

Les résultats du recensement sont consultables sur le site de l'Insee (Synthèses et données plus détaillées)

Le recensement aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Le recensement en Suisse[modifier | modifier le code]

Le recensement en Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique le premier recensement fut organisé en 1846 par le « Bureau de Statistique Générale » et la « Commission centrale de Statistique » sous la direction de Adolphe Quetelet. Le mode de travail était largement inspiré du recensement de 1829 sous le régime néerlandais. Les résultats étaient cumulés par commune. Le recensement suivant date de 1856 et une loi prévoyait dès lors l'organisation de l'enquête tous les dix ans.

Le dernier recensement fut tenu le 1er mars 1991. À la suite d'une modification de la loi, il fut ensuite aboli. Le 1er octobre 2001, l'Institut national de statistique organisait une dernière « Enquête socio-économique générale », adressée à toutes les personnes inscrites dans le registre de la population à ce moment. Le taux de participation pour cette dernière enquête s'élevait à 96,9 %, supérieur de trois pour cent à celui du dernier recensement classique de 1991.

Dès le recensement de 1846, on enquêtait sur l'usage de la langue parlée ; à partir de 1866, sur la connaissance et l'usage d'autres langues (le recensement linguistique). Cette partie du recensement qui deviendra sujet de controverse politique entre les communautés néerlandophone et francophone du pays au début du XXe siècle, fut réalisée pour la dernière fois en 1947, pour être abolie en 1962 quand la frontière linguistique fut établie. Depuis, il n'y a plus de statistiques officielles disponibles sur l'usage et la connaissance des langues en Belgique.

Liste des recensements en Belgique[6] :

  • 15 octobre 1846
  • 31 décembre 1856
  • 31 décembre 1866
  • 31 décembre 1880
  • 31 décembre 1890
  • 31 décembre 1900
  • 31 décembre 1910
  • 31 décembre 1920
  • 31 décembre 1930
  • 31 décembre 1947 (le recensement prévu en 1940 fut annulé à cause de la Seconde Guerre mondiale)
  • 31 décembre 1960
  • 31 décembre 1970
  • 1er mars 1981
  • 1er mars 1991
  • 1er mars 2001

Le recensement en Inde[modifier | modifier le code]

Début avril 2010, plus de 2 millions de fonctionnaires indiens sont envoyés en campagne de recensement décennal de la population nationale. Les données biométriques seront recueillies auprès des citoyens de plus de 15 ans. À l'issue de ce recensement, les citoyens majeurs seront immatriculés avec une carte et un numéro d'identité nationale. Ce recensement est quantitativement le plus important de l'histoire de l'humanité[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Census », dans L'Encyclopédie canadienne (lire en ligne)
  2. (en) Imperial Bureaucracy During the Han Dynasty, Fact and Details (lire en ligne).
  3. François Jacques et John Scheid, Rome et l'intégration de l'Empire (44 av. J.-C.260 ap. J.-C.). Tome 1, PUF, coll. « Nouvelle Clio, l'histoire et ses problèmes », 2010 (1re éd. 1999), 480 p., (ISBN 9782130448822), p. 162
  4. intitulés codices, catalogi, libri vita, Viventium, ecclesiae, confessionnis, fidei, illuminationis, regenerationis, lavacri, ou encore diptycha, delta ou matricula catechmenorum
  5. Alain Godinot, Insee Méthodes, N° Hors Série de mai 2005 : Pour comprendre le recensement de la population
  6. Recensement, Belgique (lire en ligne), « Historique »
  7. « "L'Inde lance une radioscopie géante de la population », dans Le Monde, 3 avril 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]