Peinture chinoise
La peinture chinoise désigne toute forme de peinture originaire de Chine ou pratiquée en Chine ou par des artistes chinois hors de Chine.
La peinture murale a été un genre de peinture réputé en Chine à côté de la peinture sur rouleaux, verticaux ou horizontaux, appelé. Actuellement l'art contemporain chinois se permet d'employer une multitude de supports pour la peinture et de l'intégrer dans des ensembles multimédia. Ses fonctions sont, traditionnellement, multiples : rituelle et religieuse ou ornementale dès l'origine, elle eut aussi des fonctions mémorielles, de divertissement, éducatives, poétiques ou philosophiques et leurs combinaisons, quel qu'en soit le genre (de paysage, « fleurs et oiseaux » ou « de gens »). Pour prendre un exemple, c'est sa dimension philosophique qui caractérise essentiellement la peinture classique chinoise de paysage, pratiquée par certains lettrés, en amateurs, à la différence des autres genres qui ont été pratiqués, de tous temps, par des artistes, voire des familles d'artistes professionnels. La complexité des questions esthétiques débattues et la sophistication de la littérature conservée caractérisent la peinture chinoise à travers les siècles depuis au moins la dynastie Han.
Sommaire |
La peinture chinoise avant l'empire[modifier]
Les cultures néolithiques (du VIe au début du IIe millénaire avant notre ère).[modifier]
La peinture apparaît dès le néolithique et probablement dès le paléolithique sur les parois sous forme de pétroglyphes peints, mais les datations restent encore imprécises[1]. La peinture se manifeste aussi sur les poteries néolithiques, avec une grande maîtrise de l'espace cadré[2] par la forme de la poterie et par la zone réservée à la peinture. Les surfaces de terre sont soigneusement polies. Sur les site de la culture de Yangshao les dessins sont majoritairement géométriques, et les courbes, la spirale prédominent dans la phase Banshan créant parfois un mouvement tourbillonnant. Par ailleurs dans la phase Machang de la culture de Majiayao les grandes figures zoomorphes structurent et rythment l'espace des poteries. La peinture est appliquée avec, semble-t-il, une grande variété de pinceaux. Aucune retouche n'étant possible, les tracés se font d'un seul jet. Mais ceci n'exclue pas que l'on ait procédé à des essais, comme ce fut le cas ensuite pour les peintres de la période impériale.
Les dynasties royales de l'Antiquité (2200 — 221 avant notre ère)[modifier]
Le savoir-faire des peintres-potiers se poursuivit au cours des dynasties antiques et sous l'empire, sur les figurines animales ou humaines déposées dans les tombes : les mingqi. Au cours de l'antiquité (au moins) les objets laqués furent très souvent couverts de motifs géométriques et de représentations peintes au trait. Le tracé y est précis, avec un goût de la prouesse dans la longueur du trait régulier, et d'une grande économie pour évoquer des animaux et diverses figures. Les plus anciennes peintures sur soie (绢画, ) actuellement découvertes datent du IIIe siècle av. J.-C., dans la province du Hunan. L'une, essentiellement au trait d'encre, manifeste une dextérité et une subtilité évidentes à évoquer un gentilhomme, vu de profil dans le vent, chevauchant un dragon qui porte sur sa queue une grue, l'oiseau de bon augure dans la Chine ancienne. La stylisation par la courbe tendue génère l'effet de mouvement qui convient à ce groupe peint sur ce qui semble une bannière funéraire. Le mouvement y est efficacement suggéré par les attitudes, légèrement déportées vers l'arrière, et par les accessoires flottant presqu'à l'horizontale[3],[4].
La peinture chinoise sous l'empire[modifier]
La peinture chinoise sous l'empire est dénommée en chinois 中国画 zhōngguó huà, peinture chinoise, ou 国画 guó huà, peinture du pays, en opposition à la peinture chinoise d'inspiration occidentale apparue au XIXe siècle. On peut la considérer comme une branche autonome de la calligraphie chinoise, dont elle partage le médium, fondé sur les quatre trésors du lettré : pinceau chinois, bâton d'encre, pierre à encre (pour moudre le bâton d'encre et le diluer dans l'eau) et papier (papiers de fibres textiles (mûrier à papier (appelé par erreur « papier de riz » ou «papier de soie », lin, chanvre. Mais avant le support papier, la soie a été le support « noble » par excellence[réf. nécessaire].
La peinture chinoise classique est constituée d'un ensemble de genres typiques de l'Extrême-Orient, et qui sont à l'origine des techniques de peintures que l'on trouve aussi en Corée et Japon.
Les genres en peinture chinoise. Galeries de peintures.[modifier]
En fonction du contenu[modifier]
Paysages[modifier]
- « Peintures de paysages » Shanshui (山水画 shānshuǐ huà)
Article détaillé : shanshui.
-
Shanshui : Voyageurs parmi les torrents et les montagnes, Fan Kuan, actif vers 1023-1031, Song du Nord, rouleau vertical mural, encre et couleurs sur soie, 206,3 x 103,3cm, Musée national du palais, Taipei, République de Chine.
-
Shanshui : Un pêcheur, Wu Zhen ca.1350. rouleau horizontal, encre sur papier 24.8 x 43.2 cm. Metropolitan Museum, New York (Bequest of John M. Crawford Jr), États-Unis
Fleurs et oiseaux[modifier]
- « Peintures de fleurs et oiseaux » (花鸟画 huāniǎo huà), « Herbes et insectes » (草虫, cǎochóng), « Rochers et bambous »
-
En automne au bord de l'étang, attribué à Qian Xuan (1235- après 1301), rouleau horizontal, encre et couleurs sur papier 26.7 x 120.7 cm, Detroit Institute of Arts, Detroit, États-Unis
-
Bambous et rochers, Wu Zhen, encre sur papier, rouleau vertical, 90,6 x 42,5 cm, Musée national du palais, Taipei.
Personnages et animaux[modifier]
- « Peintures de personnages » (人物画 rénwù huà) : portraits individuels ou groupes, et « peinture de genre ».
-
Portrait de l'Empereur Huizong (1082-1151), anonyme des Song du Nord, encre et couleurs sur soie, rouleau verical, 188,2 x 106,7 cm, Musée national du palais, Taipei.
-
Les divertissements nocturnes de Han Xizai, copie Song d'une peinture de Gu Hongzhong, vers 970, Tang méridionaux 937-975, rouleau portatif: partie droite, encre et couleurs sur soie, 28,7 x 335,5 cm ensemble, Musée du palais, Cité interdite Beijing, République populaire de Chine.
Peinture religieuse[modifier]
-
Bodhisattva montrant la voie, couleurs sur soie, 80.5 x 53.8 cm. Trouvé à Dunhuang (Grottes de Mogao, grotte 17). Le bodhisattva montre le chemin à une femme qui tient un brûle parfum dans sa droite et dans sa gauche une fleur de lotus, British Museum, Londres, Royaume-Uni.
-
Détail d'une peinture murale de la grotte 103 de Mogao (Dunhuang), représentant un débat entre Vimalakirti et le boddhisatva Manjusri
-
Un immortel, à l'encre éclaboussée (Pomo xianren), Liang Kai (actif début XIIIe siècle) Song du Sud, encre sur papier, feuille d'album, 48,7 x 27,7cm. Musée national du palais, Taipei.
Il existe aussi une importante peinture religieuse dévotionnelle [5] ou rituelle dans les temples et autres lieux de culte, funéraire essentiellement. D'autre part, ces catégories doivent être entendues au sens large, c'est pourquoi la « Peinture de personnages » (人物画 rénwù huà) comprend un grand nombre de formes qui intègrent la figure humaine. Ainsi une peinture « Fleurs et oiseaux » ne comporte pas nécessairement des oiseaux comme c'est le cas pour la peinture de Li Di. Cependant les peintures de « Fleurs et oiseaux » en général réalisés par des peintres professionnels ne peuvent être confondues avec les peintures ayant pour sujet unique ou partiel des bambous, en général réalisés par des lettrés.
En fonction de la technique[modifier]
La peinture chinoise classique comporte quelques types de peinture qui servent de référence[6].
- Gōngbǐ huà (工笔画, travail au crayon/pinceau), traits fins et attention minutieuse aux détails
- Xiěyì huà (写意画, dessin d'intention), travail de dessin libre où l'on trace ses impressions.
- Xiǎo xiěyì huà (小写意画 petit dessin d'intention)
- Dà xiěyì huà (大写意画 grand dessin d'intention)
- Zhóngcǎi huà (重彩画, peinture aux couleurs denses)
- lavis (水墨画, shuǐmò huà, peinture à l'encre et à l'eau)
- Báimiáo huà (白描画, littéralement dessin blanc), technique ou l'on dessine les contours.
- Dūnhuáng bì huà (敦煌壁画, littéralement, mur de Dunhuang), en références aux fresques de Dunhuang, lieu important sur la Route de la soie.
- Mògû (没骨), littéralement, sans os)
Caractéristiques spécifiques à la peinture chinoise[modifier]
Supports et matières de la peinture[modifier]
La peinture sur céramique, un support qui absorbe la couleur instantanément, exige une grande maîtrise du geste rapide et sans repentir. La peinture ainsi réalisée conserve la trace du geste du corps, son énergie et son mouvement. Ces traits sont permanents dans la peinture chinoise quel que soit son support.
Dès les Han au premier siècle avant notre ère[7] la peinture (encre et couleurs) couvrait déjà les murs des palais aujourd'hui disparus, les murs des tombes les ont souvent préservées en partie. La réalisation de laques peintes sur bois a permis aussi de conserver d'anciens témoignages de la peinture ancienne, avec les qualités graphiques propres à ce médium.
Les artistes peignaient aussi sur des rouleaux de soie, un taffetas de soie [8] et plus tardivement sur des feuilles de papier, éventuellement assemblées pour constituer une surface importante de papier.
Ces peintures,appelées (画卷, ), sont souvent très longues (entre 2 et 3 m, exceptionnellement jusqu'à 12 m) : ce sont alors des rouleaux portatifs déroulés par étapes et ceci peut se faire sur une table. Les peintures peuvent être aussi en hauteur et parfois elles sont très hautes (souvent entre 1,50 et 2 m, plus rarement jusqu'à 2 m), ce sont alors des rouleaux muraux qui sont suspendus au mur de manière plus ou moins permanente. Pour permettre à la peinture d'être déroulée de nombreuses fois tout en restant plane une fois déroulée l'assemblage des supports et de leur encadrement de papier ou de soie [N 1] doit se faire avec une colle qui reste souple[9]. Les compositions complexes conduisent le regard soit de droite à gauche, dans le cas des rouleaux horizontaux portatifs, soit de bas en haut, dans le cas des rouleaux suspendus au mur. Ces rouleaux suspendus pouvaient être juxtaposés sous forme de « diptyques » ou « triptyques ». Quant au rouleau portatif il était enroulé au fur et à mesure qu'il était lu; puis il était ré-enroulé, dans l'autre sens, ce qui permettait de relire l'espace et ce qu'il signifiait, pour en mieux savourer les subtilités. Sous les Tang et sous les Song on pratiquait aussi la peinture sur écran, tendue sur un cadre et assurée au sol par une structure de bois très stable.
Enfin il existait aussi des albums de feuilles de papiers qui ont parfois été remonté, partiellement, sur des rouleaux verticaux. Une mode se répandit aussi au XIIIe siècle, celle des éventails, qui existaient cependant depuis dès les Han antérieurs[10] et dont le format réduit et les deux faces visibles permettaient de faire un cadeau aisément transportable à l'époque troublée des Song du Sud, accompagné d'un commentaire au dos. La feuille peinte pouvait ensuite être déposée de son support et conservée dans un album.
Le lettré utilisait l'encre noire de seiche plus ou moins diluée ou saturée, en touches infiniment variées, en tenant le pinceau verticalement, ce qui exigeait une grande souplesse et fermeté du poignet. Les textes poétiques prenaient une place choisie sur le rouleau en fonction de la composition. Ils étaient accompagnés, parfois, de commentaires écrits par des collectionneurs prestigieux (éventuellement sur des pans de soie disposés autour de l'œuvre initiale), qui laissaient l'empreinte de leurs sceaux[11],[12], rouge écarlate. Les longs commentaires étaient réservés en général aux peintures des lettrés, sur celles des peintres professionnels les commentaires étaient plus courts et se limitaient parfois aux signatures et aux sceaux[13].
Des intellectuels japonais, à la fin du XIXe siècle, avaient créé un néologisme pour traduire le terme occidental d'« esthétique » : meixue, littéralement « étude du Beau »[14]. Une des premières manifestations de l'art moderne chinois fut, dès 1912, l'usage de la peinture à l'huile et de la toile emprutés à la culture occidentale. Puis en 1920, quand l'école des beaux-arts de Shanghai ouvrit une section consacrée aux arts plastiques en trois dimensions, la sculpture reçut en Chine, pour la première fois de son histoire, un statut comparable à celui de la peinture. Une nouvelle histoire des pratiques artistiques s'ouvrait, avec de nouvelles valeurs. Bien plus tard, en novembre 1985, les œuvres de Rauschenberg Overseas Culture Interchange, à la galerie du Musée d'Art national de Chine à Pékin, exposèrent on ne peut plus clairement l'arbitraire des limites entre les genres, comme la traditionnelle différence entre peinture et sculpture. Cette liberté nouvelle servit de tremplin à de nombreux artistes, dans le mouvement de l'Avant-garde chinoise engagé pendant les années Deng.
Matériaux et techniques[modifier]
Le pinceau
Le pinceau chinois est d'une importance capitale dans la peinture chinoise ; c'est un outil beaucoup plus raffiné que le pinceau occidental. Une couronne de poils courts et doux agit comme réservoir et prolonge le noyau formé de poils longs, résistants et aux fines pointes. Avec un seul et même pinceau, on peut tracer aussi bien des lignes extrêmement fines que des lignes très épaisses. Le pinceau est utilisé autant pour la peinture que pour la calligraphie. Ces deux arts sont d'ailleurs étroitement liés. Non seulement de nombreuses peintures chinoises portent des inscriptions calligraphiques, mais les tracés dans la peinture, généralement les contours, ont une apparence nettement calligraphique.
La pratique : généralités
Avant le XXe siècle, les peintres chinois n'avaient jamais utilisé la peinture à l'huile. Seules l'encre chinoise et les couleurs à l'eau étaient appliquées sur du papier ou de la soie. Le papier chinois est très absorbant. Une fois qu'un trait a été tiré, il est impossible de le corriger. Pour les peintures très élaborées, le papier est traité avec de l'alun, qui le rend moins absorbant. La soie fait généralement l'objet du même traitement. Sur la plupart des peintures chinoises, on peut voir l'estampage à l'encre rouge d'un sceau indiquant le nom de l'artiste. La plupart des œuvres chinoises sont peintes sur rouleau. Elles sont composées de deux bâtons de bois, épais en bas et minces en haut. Quand on ne les expose pas, on les roule autour du plus gros bâton pour pouvoir les ranger.
Traditionnellement l'encre était vendue en bâtons de suie mêlée de résine et moulée. Pour reconstituer l'encre on devait frotter doucement le bâton dans un peu d'eau sur une « pierre à encre » plate. L'encre se rassemblait dans un petit bassin dans un coin de la pierre. On pouvait ainsi décider soi-même du degré de fluidité de l'encre. Aujourd'hui l'encre en bouteille [15] est utilisée par des calligraphes alors que les peintres continuent de broyer leur encre[16].
Histoire de la peinture chinoise[modifier]
La peinture sous l'empire[modifier]
L'histoire de la peinture chinoise ne peut se limiter à celle de la peinture lettrée, ceci exclurait la peinture des professionnels (qui ont travaillé autant au service des pratiques religieuses que pour l'agrément des princes et des riches) et celle des peintres lettrés de l'Académie, laquelle est bien représentée par la peinture de l'empereur Huizong, des Song qui veillait par sa propre pratique à donner le bon exemple à son académie. La peinture de lettrés est considérée , en Chine[17], comme la seule forme de peinture reconnue comme un art, et constitue en quelque sorte la peinture chinoise « classique », dans le vocabulaire occidental.
La peinture chinoise des lettrés n'est apparue qu'après l'essor de la calligraphie chinoise sur soie et sur papier[N 2]. La peinture « à l'encre éclaboussée » des moines-peintres chan est ainsi associée, le plus souvent en raison d'une communauté d'esprit, au style « herbes folles » de la calligraphie poétique chinoise. Peinture et calligraphie se retrouvant éventuellement sur le même support, mais par des mains différentes, un poète et un peintre, accompagnées parfois par un commentaire ultérieur dans l'espace de la peinture ou sur un support accolé ensuite, intégré dans le rouleau, et dans un style de calligraphie différent, la tonalité du propos étant différente.
La subtilité et la valeur de la peinture chinoise de tradition lettrée reposent largement sur l'emploi de moyens très réduits avec l'encre noire, l'eau, le pinceau et le geste comme seules variables[N 3].
La peinture de paysage constitue le genre le plus « noble » de la peinture chinoise classique, où se croisent les conceptions chinoises de l'univers, du microcosme et du macrocosme. La peinture de paysage donne aussi une multitude de formes à ces conceptions dans le rapport de la montagne (et de tout ce qui résiste en se transformant) et de l'eau (et de tout ce qui se transforme en se reproduisant), que les chinois nomment shanshui. Enfin la peinture de paysage n'est pas un art figuratif d'après modèle, mais plutôt le précipité de l'état d'esprit du peintre, qui se met au travail, non sans s'être préalablement imprégné [N 4] de la montagne dépeinte.
Dans le cas de la peinture de paysage — « montagne et eau » — l'harmonie des éléments yin et yang, le traitement de l'espace par l'insertion de vides avec le blanc non-peint, le jeu des consistances atmosphériques, des strates géologiques, des textures rendues en noir et blanc, ont pour fondement une appropriation expressionniste de la nature très éloignée de la mimésis, ou imitation plus ou moins illusionniste des apparences, propre à l'esthétique occidentale[18] .
La conception confucéenne du monde transparaît également dans la peinture de paysages, où les figures ou constructions humaines apparaissent en taille très réduite, située dans un cadre cosmologique complet. Le thème des lettrés en méditation ou en réunion (par exemple, les « Sept sages de la forêt de bambou »), ou encore du saint, sont des thèmes privilégiés de ces peintures.
Les peintures réalisées par des peintres professionnels, quel que soit le sujet, donc éventuellement des végétaux, des animaux ou des scènes anecdotiques à nombreux personnages introduisent ouvertement la couleur dans la peinture. Mais cette question est complexe. D'une part la couleur est souvent employée, mais avec modération, par des peintres lettrés. D'autre part, certains peintres lettrés ont un motif privilégié qui peut sembler anecdotique, ou « décoratif » pour un occidental, comme un vol de grue au dessus d’un pavillon, ou deux animaux disposés dans l’espace, se surveillant mutuellement. Certains peintres, professionnels ou lettrés, sont ainsi plus ou moins spécialisés dans un thème en particulier : la peinture de chevaux [N 5], la peinture de bambous, de fleurs et oiseaux, de poissons, voire de crevettes !
Ce furent les lettrés de la dynastie Song[N 6] qui inaugurèrent la pratique d’insérer un poème dans leur œuvre picturale[19]. Des commentaires ont pu être ajoutés, ultérieurement, par les différents propriétaires, dans l’espace de l’image, mais plus souvent en dehors. Les œuvres les plus célèbres se caractérisent également par le nombre de sceaux à l'encre rouge désignant la liste des empereurs les ayant possédés au sein de la collection impériale, dont le destin a conduit la plus grande partie au Musée National du Palais de Taipei (National Palace Museum) à Taïwan, suite à l'exil de l'armée du Kuomintang. Mais le Palais Impérial n'ayant pas été bombardé et au contraire ayant été préservé pendant les moments les plus agités de la République Populaire de Chine, la Cité interdite contient toujours dans ses nombreux bâtiments le Musée du Palais (Palace Museum), dont les collections, riches mais aussi variées, permettent de se faire une bonne idée de la peinture des peintres professionnels, des peintres de la cour, à côté de celle des peintres lettrés.
La représentation de l'espace par le trait dans la représentation d'architectures et d'espaces intérieurs, proche de la perspective cavalière [N 7] Elle a toutefois adopté dans la peinture sous la dynastie Qing, des représentations de l'espace inspirées de l'art occidental, notamment pour la représentation de villes[20].
Modernisation et occidentalisation de la peinture chinoise[modifier]
Durant le premier quart du siècle, plus précisément depuis l'instauration de la république en Chine en 1911 certains jeunes peintres ont étudié l'art de la peinture occidentale à l'étranger, afin de revitaliser leur culture, à la recherche de nouvelles idées. De retour en Chine, ils ont su combiner leurs nouvelles connaissances avec les matériaux et les techniques traditionnels chinois. De là commence la modernisation de la peinture chinoise.
Ce nouvel essor de la peinture chinoise est donc dû au contexte historique du pays. Durant la première moitié du siècle, la Chine a continué à être le théâtre de querelles politiques internes et la cible d'invasions étrangères. En 1949, la République populaire de Chine a été créée. Les artistes ont alors produit des œuvres glorifiant l'entrée dans une ère nouvelle, le renouveau du pays et l'avenir du peuple. Nombre d'artistes, formés à l'école de la tradition, ont entrepris de voyager pour enrichir leur art tout en peignant des scènes de la vie courante. Zao Wou-Ki, très jeune, vers l’âge de vingt ans, alors qu’il terminait ses études à l’École des Beaux-Arts d’Hangzou, fut attiré et influencé par la peinture occidentale moderne et rejoignit la France.
T’ang Haywen s’installe en France la même année ; il adopta une attitude plus fidèle à l’esprit de la tradition si ce n’est à sa forme puisqu’il devait, après une période d’assimilation des techniques occidentales, revenir à la pratique exclusive de l’encre pour lui insuffler une nouvelle forme, abstraite et radicalement moderne.
Découvert par les jeunes générations, via de grandes rétrospectives en Chine Populaire ces dernières années, Zao Wou-Ki est l’artiste qui introduit de l’extérieur la modernité abstraite occidentale dans l’art chinois de cette seconde moitié du XXe siècle. Mais si Zao Wou-Ki a toujours dénié à la tradition une quelconque influence formelle sur son art, il reconnaît volontiers, évoquant ses encres, qu’il ne saurait être fondamentalement en opposition avec celle-ci : « Il ne s’agit pas de renouer avec la tradition de la peinture chinoise actuelle ou même de celle d’après les Song. Mais je crois en elle. Elle m’a beaucoup aidé à retrouver un certain moi-même que j’avais oublié, qui était enfoui sous des choses. Je me suis dégagé d’elle. Il me semble qu’elle fait maintenant partie de mon univers (...). Le jet immédiat de l’encre sur le papier produit un vide construit chargé de poésie. L’encre et le papier me donnent beaucoup de lucidité pour atteindre le silence. Grâce à eux, il se forme un espace que l’on ne peut avoir en peinture ».
Maîtres de la peinture chinoise (中国画家大师 zhōngguó huàjiā dashi)[modifier]
Temps anciens (古代 gǔdài)[modifier]
Modernes et contemporains (近代 jìndài)[modifier]
- Qí Bái Shí (齐白石 1864 - 1957)
- Xu Beihong (徐悲鸿 1895 - 1953)
- Zhang Daqian (张大千 1899 - 1983)
- Yú Fēi Àn 于非闇
- Fù Bào Dàn 傅抱石
- Lí Xióngcái (黎 雄才)
- Lin Feng Mian (1900 - 1991)
- Lu Yanshao (陆俨少 1909 - 1993)
- Wu Guanzhong (吳冠中 1919 -)
- Zao Wou-Ki (趙無極 ou 赵无极 1920 -)
- Shen Hanwu (沈漢武 1950 -)
- Wang Meifang (1950 -)
- Tsai Youlong (1952 -)
- Wang Shiyan (王时焰 1949 -)
- Wang Keping (1949 -)
- Huang Rui (1952 -)
- Li Shuang (1957 -)
- Zhang Xiaogang (1958 -)
- Yue Minjun (1962 -)
- Zeng Fanzhi (1964 -)
Cote[modifier]
- Le Rouleau de la Falaise Rouge de Qiu Ying, vendu 71 millions de yuan (6,5 millions d'euros), le 6 novembre 2007 [14].
- Un rouleau de l'empereur Huizong (Le croquis des oiseaux précieux), vendu à Beijing pour 25,3 millions de yuan (2,31 millions d'euros) en 2002 et revendu 55,1 millions de yuan le 20 février 2010 [15].
Notes et références[modifier]
Notes[modifier]
- Le montage des rouleaux, du dos et des côtés, est détaillé dans le texte de Zhang Yanyuan et par deux dessins annotés dans : Yolaine Escande 2010, pages 704 et suivantes. Plusieurs dessins annotés en "Annexes" de Guo Ruoxu 1994, p. 175 sq., avec Rouleau horizontal, Album en accordéon, Long rouleau horizontal, Rouleau vertical (en un ou plusieurs lés), Peinture sur paravent écran, Rouleau vertical (détaillé avec sa monture). Une présentation claire en est faite aussi dans Chang Lin-Sheng et al.1998 : Simon Leys, Premiers éléments d'un petit dictionnaire de la peinture chinoise, pages 237 sq., et en particulier pages 243-244.
- Les plus beaux papiers réservés à la peinture sont ceux de Xuancheng. Ce sont ceux que nous appelons « papier de riz », en raison d'un des apprêts utilisés en surface pour leur donner un pouvoir légèrement absorbant. Citation extraite de :Danielle Elisseeff 2007, p. 152-153
- Notice détaillée sur la pratique picturale d'une peinture, fin Song-début Yuan XIIIe siècle attribuée traditionnellement à Muqi Fachang : rouleau vertical, encre de chine sur papier, rouleau suspendu avec revêtement. H 96,5 x L 41,3 cm. Musée national de Kyūshū
- Selon la conception de Shitao, qui reprend la tradition antique de transmission des « souffles » .
- Comme Xu Beihong (ou Jupeon en français).
- Plus précisément : l'empereur Huizong. Voir à ce propos L'art et le pouvoir de Huizong sur l'Académie de peinture.
- La représentation de l'espace dans la peinture en Chine est ainsi différente du modèle dominant dans la peinture occidentale : la perspective conique.
Références[modifier]
- Chen, Zhaofu 1988
- Yang Xin et al. 2003, p. 17
- Yang Xin et al. 2003, p. 22
- Danielle Elisseeff 2008, p. 188-189
- Gilles Béguin 2009
- Peinture chinoise sur Chine Culture.com
- Danielle Elisseeff 2007, p. 147
- Yolaine Escande 2010, page 644.
- Jean François Billeter 2010, p. 71-72
- Danielle et Vadim Elisseeff, La civilisation de la Chine classique, Arthaud, 1979. p. 377.
- Fabienne Verdier 2001
- Florence Hu-Sterk 2004
- Yang Xin et al.2003, p. 7.
- Danielle Elisseeff 2007, p. 175 sqq.
- En Chine et au Japon, elle doit être coupée d'eau.
- Pour une information précise et succincte sur le pinceau, l'encre et la pierre : Jean François Billeter 2010, p. 66-74 et en quelques mots et images : Danielle Elisseeff 2007, p. 152-153
- Yolaine Escande 2001
- Yolaine Escande 2005
- Yang Xin et al. 2003, p. 3
- Yang Xin et al.2003, p. 285 : Printemps à la capitale, Xu Yang, non daté, reproduit p 290.
Bibliographie[modifier]
- Note pour les auteurs chinois : le nom précède le prénom.
Histoire de l'art. Peinture chinoise[modifier]
- Chang Lin-Sheng, Jean-Paul Desrosches, Hui Chung Tsao, Hélène Chollet, Pierre Baptiste, François Cheng, Simon Leys, Jacques Giès, Trésors du Musée national du Palais, Taipei. Mémoire d'Empire. : Galeries Nationales du Grand Palais., Paris, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, 1998 (ISBN 2-7118-3651-7)
- Chen, Zhaofu, Découverte de l'art préhistorique en Chine, Paris, A. Michel, 1988, 220 p. (ISBN 2-226-03386-6).
Cet ouvrage traite des pétroglyphes peints et gravés, exclusivement : nombreuses photos et esquisses d'études.
- François Cheng, Chu Ta - Le génie du trait, Paris, Phébus (Editions), 1986 (réimpr. 1999), 154 p. (ISBN 2859400702).
- François Cheng, D'où jaillit le chant. La voie des fleurs et des oiseaux dans la tradition des Song, Paris, Phébus (Editions), 2000, 156 p. (ISBN 2859406832).
- François Cheng, Shitao 1642-1707. La saveur du monde, Paris, Phébus (Editions), 1998 (réimpr. 2000), 156 p. (ISBN 285940547X).
- François Cheng, D'où jaillit le chant. La voie des fleurs et des oiseaux dans la tradition des Song., Paris, Phébus (Editions), 2000, 156 p. (ISBN 2859406832).
- François Cheng, Toute beauté est singulière - Peintres chinois à la Voie excentrique., Paris, Phébus (Editions), 2004, 234 p. (ISBN 2752900295).
- Danielle Elisseeff, L'Art chinois, Paris, Larousse, 2007, 237 p. (ISBN 9782035833273).
- Danielle Elisseeff, Art et archéologie : la Chine du néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, coll. « Manuels de l'École du Louvre », 2008, 381 p. (ISBN 9782904187235)
Ouvrage de référence, bibliographie et Sites Internet.
- Danielle Elisseeff, Histoire de l'art : De la Chine des Song (960) à la fin de l'Empire (1912), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, coll. « Manuels de l'École du Louvre », 2010, 381 p. (ISBN 9782904187286) (et ISBN 9782711855209)
Ouvrage de référence, bibliographie et Sites Internet.
- Jean François Jarrige, Jacques Giès, Pénélope Riboud, Yu Hui, Michael Loewe, Marie-Catherine Rey, Valérie Lavoix, Stéphane Feuillas, Jean-Pierre Diény, Montagnes célestes. Trésors des musées de Chine. : Galeries Nationales du Grand Palais, Paris, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, 2004 (ISBN 2711847705)
- Alain Jaubert, Images d'Orient. Hokusai, « La menace suspendue » (1999), Shitao « L'Unique trait de pinceau » (2000), Miniature persanne « Les Jardins du Paradis » (1997), Paris, Éd. Montparnasse, ARTE France, 2004. La partie du DVD consacrée à Shitao (sa vie, sa pensée et sa peinture) propose une bonne approche de la peinture chinoise par le détail et par l'étude formelle, et montre comment on déroule un rouleau vertical ou horizontal. Il offre aussi des plans sur les gestes du calligraphe et peintre TUAN Keh-Ming.
- Chen Kelun, Helen Loveday, Wang Fei, Marie Wyss, Ambroise Fontanet, Georges Goomaghtigh, A l'ombre des pins. Chefs d'oeuvre chinois du Musée national de Shanghaï. : Galeries Nationales du Grand Palais, Paris et Genève, Somogy édition d'art, Musée d'Art et d'histoire, 2004 (ISBN 2850567817 et 2830602226)
- Emmanuelle Lesbre,Liu Jianlong, La peinture chinoise, Paris, Hazan, 2004, 480 p. (ISBN 2850259225)
- Fabienne Verdier, L'unique trait de pinceau. Calligraphie, peinture et pensée chinoise, Paris, Albin Michel, 2001, 290 p. (ISBN 2226119582)
- Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chongzheng, James Cahill, Lang Shaojun, Wu Hung (trad. Nadine Perront), Trois mille ans de peinture chinoise, Éditions Philippe Picquier, 2003, 402 p. Première édition , anglaise : 1997.
- Zheng Xinmiao (dir) et : Zhang Hongxing, Guo Guang, Christian Vair(Traducteur), Peinture chinoise, France, Citadelles et Mazenod, 2011, 400 p. (ISBN 978-2-85088-129-9), (rel. sous emboitage).
Histoire des idées. Peinture chinoise[modifier]
- Gilles Béguin, L'Art bouddhique, Paris, CNRS (éditions), 2009, 415 p. (ISBN 978-2-271-06812-5), p. 279-331.
- Jean François Billeter, Essai sur l'art chinois de l'écriture et ses fondements, Paris, Allia, 2010, 413 p. (ISBN 9782844853318)
- François Cheng, Vide et plein. Le langage pictural chinois., Paris, Seuil, 1979, 155 p. (ISBN 2020052725)
- François Cheng, Souffle-Esprit. Textes théoriques sur l'art pictural chinois, Paris, Seuil, coll. « Points, Essais », 2006, 155 p. (ISBN 2020868644)
- Yolaine Escande, L'Art en Chine. La résonnance intérieure, Paris, Hermann, 2001, 310 p. (ISBN 2705664246)
- Yolaine Escande, Montagnes et eaux. La culture du Shanshui, Paris, Hermann, 2005, 293 p. (ISBN 2705665218)
- Yolaine Escande (traduit et commenté), Traités chinois de peinture et de calligraphie. : les textes fondateurs (des Han aux Sui), t. 1, Paris, Klincksieck, coll. « L'esprit des formes », 2003, 436 p. (ISBN 2252034505)
- Yolaine Escande (traduit et commenté), Traités chinois de peinture et de calligraphie. : les textes fondateurs (Les Tang et les Cinq Dynasties ), t. 2, Paris, Klincksieck, coll. « L'esprit des formes », 2010, 1240 p. (ISBN 9782252035740)
- Guo Ruoxu (trad. Yolaine Escande, préf. François Cheng), Notes sur ce que j'ai vu et entendu en peinture, Bruxelles, la Lettre volée, 1994, 204 p. (ISBN 2873170182). Présentation : Yolaine Escande
- Florence Hu-Sterk, La Beauté autrement. Introduction à l'esthétique chinoise, vol. 1, Paris, Editions You Feng, 2004, 406 p. (ISBN 2-07-070746-6)
- Ivan P. Kamenarović, Arts et Lettrés dans la tradition chinoise, Paris, Editions du Cerf, 1999, 143 p. (ISBN 2-204-06278-2)
- Ivan P. Kamenarović, Itinéraire d'un lettré chinois : l'arc et le pinceau, Paris, Les Belles Lettres, 2008, 208 p. (ISBN 978-2-251-33823-1).
Situé à l'époque des Tang
- Chang-Ming Peng, En regard - Approche comparée de la peinture chinoise et occidentale, Paris, You-Feng (Librairie), 2005, 280 p. (ISBN 2842792238)
- Chang-Ming Peng, Proche-Lointain - Approche comparée de l'art chinois et occidental, Paris, You-Feng (Librairie), 2008, 284 p. (ISBN 9782842793685)
- Shitao et Pierre Ryckmans (éditeur scientifique, traducteur), Les propos sur la peinture du moine Citrouille-Amère, Paris, Plon, 2007, 249 p. (ISBN 9782259205238)
Arts moderne et contemporain (peinture incluse)[modifier]
- Christophe Comentale, Cent ans d'art chinois, Paris, La Différence, 2010, 398 p. (ISBN 978-2-7291-1846-4).
- Éric Janicot, L'Art Moderne Chinois. Nouvelles approches, Paris, Éditions You Feng, 2007, 255 p. (ISBN 9782842793425).
- Michel Nuridsany, L'Art contemporain chinois, Paris, Flammarion, 2004, 265 p. (ISBN 2-08-011301-1).
Voir aussi[modifier]
- La catégorie Peintre chinois
- Jieziyuan Huazhuan, publié en 1679, le manuel de référence de la peinture chinoise.
- Shanshui
- art chinois
- art contemporain chinois
- Glossaire de la peinture chinoise