Réforme des Cent Jours

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La Réforme des Cent Jours (chinois simplifié : 戊戌变法 ; chinois traditionnel : 戊戌變法 ; pinyin : wùxū biànfǎ ; littéralement : « Réforme Wuxu » ou 百日维新 / 百日維新, bǎirì wéixīn, « Réforme des cent jours ») fut un mouvement de réforme avorté de 104 jours, qui touchait les domaines de la nation, de la culture, de l'éducation et de la politique. Ce mouvement eut lieu du 11 juin au 21 septembre 1898, et fut initié par le jeune empereur Guangxu et ses conseillers réformistes menés par Kang Youwei.

Ce mouvement fut de courte durée, se terminant par le« Coup d'État de 1898 » (戊戌政变 / 戊戌政變, wùxū zhèngbiàn) conduit par les puissants opposants conservateurs menés par l'impératrice douairière Cixi.

Contexte[modifier | modifier le code]

Durant le XIXe siècle, la Chine impériale connaît une lente période de déclin et d'humiliations internationales. Les défaites dans la première guerre de l'opium, la seconde guerre de l'opium, la guerre franco-chinoise et la première guerre sino-japonaise, ainsi que les traités inégaux, avaient mis en évidence le profond retard de la Chine face au monde extérieur et l'inadaptation du système impérial. La défaite contre le Japon constitua pour la Chine un choc immense, car elle avait été infligée par un état longtemps considéré comme vassal, beaucoup plus petit, et considéré comme « inférieur ». De plus, la défaite de la Chine face au Japon conduisit à une course aux « privilèges » de la part des autres puissances étrangères, en particulier de la part de l'Allemagne et de la Russie, secouant ainsi les conservatismes.

Une tentative de révolution politique et sociale[modifier | modifier le code]

Le 16 juin 1898, grâce au soutien de plusieurs officiels de la cour, le lettré et théoricien politique Kang Youwei parvint à obtenir une audience auprès de l'Empereur Guangxu, et le gagna à ses idées[1]. Plusieurs des élèves de Kang furent nommés à divers postes dans l'administration de la capitale afin d'aider à la mise en place des réformes.

Dans le courant de l'été, l'empereur émit 130 décrets de réformes. Les innovations préconisées par Kang Youwei et soutenues par l'empereur visaient à introduire de profonds changements tant sociaux qu'institutionnels. Étaient notamment prévus : sur le plan politique, l'abandon de la monarchie absolue pour un système de monarchie constitutionnelle, une modernisation de l'armée ; sur le plan administratif, la modernisation de l'examen impérial et l'élimination des trop nombreuses sinécures dans l'administration du pays ; sur le plan éducatif, l'ouverture d'écoles et d'universités modernes et l'adoption d'un nouveau système éducatif centré sur la modernité et non sur l'étude du confucianisme ; sur le plan économique, l'adoption des principes du capitalisme, et une politique d'industrialisation de la Chine, utilisant les techniques importées d'Occident.

Ce mouvement de réforme visait ainsi à réussir une transformation comparable à celle qu'avait connue le Japon avec l'ère Meiji, dans le but de s'affirmer comme une nation moderne et de retrouver sa puissance.

L'écrasement des réformes[modifier | modifier le code]

L'Impératrice douairière Cixi.

Le mouvement de réforme se heurta à une vive opposition à la cour impériale, tant de la part des ultra-conservateurs que de la part de réformateurs plus modérés, qui dénonçaient la politique préconisée par Kang Youwei comme trop rapide et trop brutale. L'empereur suscita également l'hostilité de nombreux officiels, qui craignaient de perdre leurs postes : les réformes prévoyaient ainsi la suppression des postes de gouverneurs du Hubei, du Guangdong et du Yunnan. L'impératrice douairière Cixi, qui avait longtemps exercé la régence, reçut bientôt le soutien des conservateurs.

À l'automne, Cixi et son allié le général Ronglu préparèrent un coup d'État contre l'empereur. L'entourage de Kang Youwei, prévenus de ses plans, tenta d'obtenir l'aide de Yuan Shikai, commandant de la Nouvelle Armée, pour réaliser un contre-coup d'État et éliminer Cixi et Ronglu ; Yuan n'apporta pas son soutien aux réformistes et, au contraire, informa Ronglu de leurs intentions[2]. Le 21 septembre, les troupes du général Ronglu encerclèrent la Cité interdite et mirent l'empereur aux arrêts. L'empereur étant déclaré incapable de régner, Cixi redevint officiellement régente, tandis que Pujun, le fils du conservateur Prince Tuan, était proclamé héritier du trône[3].

Six des principaux artisans des réformes, Tan Sitong (en) (qui avait refusé de fuir au Japon), Kang Guangren (frère de Kang Youwei), Lin Xu, Yang Shenxiu, Yang Rui, et Liu Guangdi désignés dans l'historiographie chinoise sous le nom des « Six gentilshommes » ou les « Six hommes intègres » (戊戌六君子, wùxū liù jūnzǐ, « Six gentilshommes de Wuxu »), furent exécutés par décapitation. Kang Youwei et son disciple Liang Qichao s'enfuirent au Japon, où ils fondèrent la Baohuang Hui (保黄会, « Société pour protéger l'empereur »).

Conséquences[modifier | modifier le code]

Après la fin du mouvement réformateur, l'Empire de Chine tenta la confrontation avec les puissances étrangères en soutenant la révolte des Boxers, qui eut pour conséquence une aggravation de l'emprise étrangère sur la Chine et le discrédit total de la cour impériale. Le système impérial tenta ensuite diverses réformes, dont les plus importantes furent l'abolition en 1905 de l'examen impérial, ou la réforme de la Nouvelle armée, désignée sous le nom d'Armée de Beiyang, dont la constitution devait plus tard déboucher sur une période de dictature militaire et le règne des seigneurs de la guerre.

L'échec cinglant de la réforme des cent jours contribua à convaincre la plupart des partisans du modernisme que le système impérial était impossible à sauver. Les sociétés secrètes nationalistes y gagnèrent un nouveau souffle, qui déboucha sur la révolution chinoise de 1911, et la fin de l'Empire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wang Ke-wen, Modern China: an encyclopedia of history, culture, and nationalism, Garland Publishing Inc, 1997, p.149
  2. Wang Ke-wen, Modern China: an encyclopedia of history, culture, and nationalism, Garland Publishing Inc, 1997, p.149-150
  3. Edward J.M. Rhoads, Manchus & Han: Ethnic Relations and Political Power in Late Qing and Early Republican China, 1861-1928, University of Washington Press, 2001

Liens externes[modifier | modifier le code]