Pierre Cambronne

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Pierre Cambronne
Image illustrative de l'article Pierre Cambronne

Naissance 26 décembre 1770
Nantes
Décès 29 janvier 1842 (à 71 ans)
Nantes
Origine Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Allégeance Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau de la Principauté de l'île d'Elbe Principauté de l'île d'Elbe
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français (Cent-Jours)
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Garde impériale
Grade Général de division
Maréchal de camp
Années de service 17921822
Conflits Guerres de la Révolution
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Expédition de Quiberon
Bataille de Zurich
Bataille d'Iéna
Campagne de Russie
Bataille de Waterloo
Distinctions Grand Officier de la Légion d'honneur
Comte d'Empire
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile (8e colonne)

Pierre Jacques Étienne Cambronne est un général d’Empire, né à Nantes[1],[2] (province de Bretagne, France) le 26 décembre 1770 et mort à Nantes le 29 janvier 1842.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, Pierre Charles Cambronne (1738-1784) épouse Françoise-Adélaïde Druon, fille de Charles Druon, licencié ès lois, conseiller du roi, de Noyon.
Son grand père, Louis-Marie Cambronne (1710-), conseiller du roi, épouse Marie-Antoinette (Anne) Reneuf.
Son arrière grand-père, Jean-Louis Cambronne, courtier de toiles, épouse Marie-Anne Blondel à Saint-Quentin.
Son arrière-arrière grand père (1644-1723), Nicolas Cambronne épouse Marie-Madeleine Botté[3].

Dans l'Oise, à Cambronne-lès-Ribécourt (Compiègne, Ribécourt), au Moyen Âge, chef-lieu d'une seigneurie considérable dont les possesseurs avaient pris le titre: les familles de Vandeuil, de Blécourt, d'Aumalle, de Montmorency, de Montguiot, Deshayes et Poulletier, occupèrent le château plus tard détruit et remplacé en 1762.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Destiné au commerce, il s'enrôle dans la compagnie de grenadiers du 1er bataillon de volontaires nantais[4],[5], qui allait se battre en Vendée avant de partir pour Saint-Domingue. Il sert ensuite sous les ordres de Dumouriez en Belgique. Durant la Deuxième Chouannerie, il participe à la bataille de Quiberon.

D'une bravoure remarquable, il parvient rapidement au grade de capitaine. La Vendée pacifiée, il s'embarque pour l'expédition d'Irlande sous les ordres de Hoche en 1796.

Il passe ensuite à l'armée des Alpes sous les ordres de Masséna, où il se fait remarquer à la tête d'une compagnie de grenadiers à la bataille de Zurich (1799).

Il passe ensuite à l'armée d'Helvétie, où il enlève une batterie russe avec une poignée d'hommes. Il voit périr à ses côtés La Tour d'Auvergne, et refusa le titre de premier grenadier de France que ses soldats voulaient lui donner.

L'Empire[modifier | modifier le code]

Colonel à Iéna, il est nommé major commandant du 3e régiment de voltigeurs de la Garde en 1810 et fait baron la même année et participe pendant deux ans à la Campagne d'Espagne.

Il rejoint la Grande Armée pendant la campagne de Russie. Il y commande le 3e régiment de voltigeurs et participe aux batailles de Bautzen, Dresde, Leipzig, avant d'être nommé général à la Bataille de Hanau.

Les Cent-Jours et Waterloo[modifier | modifier le code]

Pierre Cambronne

Nommé major de la Garde impériale en 1814, il prend part à toutes les opérations de la campagne de 1814, il est blessé plusieurs fois.

Fidèle parmi les fidèles à l'Empereur, il est commandant militaire (dirigeant la garde impériale et la place de Porto-Ferraio) de l'île d'Elbe en 1814-1815. Il accompagne Napoléon Ier en 1815 lors de son retour sur le continent, et commande l'avant-garde de sa petite armée.

Il neutralise la forteresse de Sisteron (5 mars) et le seul pont sur la Durance. Arrivé à Paris, il est nommé comte d'Empire par Napoléon et décoré du grand cordon de la Légion d'honneur et lieutenant-général, mais il refuse ce dernier grade.[réf. nécessaire] Il est également compris dans la liste des pairs des Cent-Jours le 2 juin 1815.

Le mot de Cambronne[modifier | modifier le code]

La légende[modifier | modifier le code]

Selon une légende très populaire, commandant le dernier carré de la Vieille Garde à Waterloo, sommé de se rendre par le général britannique Colville, Cambronne aurait répondu[6] :

« La garde meurt mais ne se rend pas ! »

Puis, devant l'insistance du Britannique, il aurait eu une réponse aussi énergique que concise, aujourd'hui connue comme le « mot de Cambronne », qu'il nia cependant tout le reste de sa vie avoir prononcé[7],

« Merde ! »

Sa détermination provoqua l'admiration des Britanniques, qui firent tout pour le capturer[8]. Grièvement blessé, il est en effet fait prisonnier après le massacre des derniers carrés.

Plus tard, Cambronne ironisera sur la phrase qui lui a été attribuée : « Je n'ai pas pu dire "la Garde meurt mais ne se rend pas", puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu »[9].

On a souvent contesté la réponse qui a illustré Cambronne. La paternité de cette réponse, devenue honorable, fut également disputée et valut même un procès aux descendants de Cambronne, par ceux du général Michel. Le Conseil d'État ne trancha pas. Le témoignage d'Antoine Deleau semble sujet à caution, car paru après la première édition des Misérables, où Victor Hugo attribue ces paroles à Cambronne. Soigné par Mary Osburn, une infirmière d'origine écossaise, durant sa captivité, Cambronne l'épousa, et lui aurait alors juré ne pas être l'auteur de cette réplique — ce qui lui aurait valu de recevoir une montre en cadeau.

Impact culturel[modifier | modifier le code]

Cette grossièreté héroïque a inspiré une pièce à Sacha Guitry : Le Mot de Cambronne. Comme elle est en vers et que le mot en question ne possède qu'une seule rime ("perde", conjugaison du verbe "perdre"), l'oreille du spectateur est évidemment aux aguets.

Victor Hugo, lui, a écrit : « Cambronne à Waterloo a enterré le premier empire dans un mot où est né le second », et dans les Misérables : « Dire ce mot, et mourir ensuite. Quoi de plus grand ! car c’est mourir que de le vouloir, et ce n’est pas la faute de cet homme, si, mitraillé, il a survécu. (…) L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre. »

Dans Du côté de chez Swann, Marcel Proust fait Charles Swann et la princesse de Laumes se moquer du nom de la marquise de Cambremer :

Enfin ces Cambremer ont un nom bien étonnant. Il finit juste à temps, mais il finit mal ! dit-elle en riant.
– Il ne commence pas mieux, répondit Swann.
– En effet cette double abréviation !…
– C'est quelqu'un de très en colère et de très convenable, qui n'a pas osé aller jusqu'au bout du premier mot.
– Mais puisqu'il ne devait pas pouvoir s'empêcher de commencer le second, il aurait mieux fait d'achever le premier pour en finir une bonne fois.

On trouve aussi une allusion dans L'Aiglon d'Edmond Rostand. Au cours d'un bal à la Cour de Vienne, deux invités évoquent la Cour de Napoléon Bonaparte :

Un paillasse, avec le plus aristocratique dégoût

Et cette cour qu'en un clin d'œil il fagota !

- Tiburce
Quand on y parlait titre, étiquette, Gotha,
Mon cher, pour vous répondre, il n'y avait personne !

- Flambeau, (doucement)

Il n'y avait donc pas le général Cambronne ?

Que le mot soit authentique ou non, le nom du général y est maintenant indissociablement attaché, à ce point qu'il est devenu un euphémismeOh, et puis Cambronne à la fin ! ») et l'on trouve parfois le verbe cambronniser.

Et comme le mot est censé porter chance à celui à qui on le dit, Tristan Bernard a eu cette constatation désabusée :

Cambronne, on y pense avec peine,

Ne se montra pas bien français :
Crier aux ennemis le mot qui porte veine,

C'était fatalement assurer leur succès.

Jacques Prévert cite dans son recueil Choses et Autres un épisode du Tragique destin de Nicolas II et de sa famille de Pierre Gilliard:

À LA COUR DE RUSSIE

"Une omission de ma part me valut un des moments les plus désagréables de ma carrière pédagogique; mais grâce à la présence d'esprit de l'empereur, tout se termina mieux que je n'aurais pu le craindre.
Olga Nicolaïevna lisait Les Misérables et était arrivée à la description de la bataille de Waterloo. Au début de la leçon, elle me remit, selon sa coutume, la liste des mots qu'elle n'avait pas compris. Quel ne fut pas mon effroi d'y voir en toutes lettres le mot qui fit la gloire du héros qui commandait la garde. J'étais sûr pourtant d'avoir pris toutes mes précautions...Je demande le livre pour vérifier mes annotations et je constate mon incroyable oubli. Pour éviter une explication délicate, je biffe le mot malencontreusement et rends la feuille à Olga Nicolaïevna qui s'écrit:
_ Tiens! Vous avez biffé le mot que je suis allée demandé hier à papa!
La foudre tombant à mes pieds ne m'eût pas donné de commotion plus violente.
_ Comment, vous avez...
_ Mais oui, et il m'a répondu, après m'avoir demandé comment je le savais, que c'était un terme très énergique qu'il ne fallait pas répéter, mais que dans la bouche de ce général c'était le plus beau mot de la langue française.
Quelques heures plus tard, à la promenade, je rencontrais l'empereur dans le parc; il me prit à l'écart, et, du ton le plus sérieux, me dit:
_ Monsieur, vous apprenez à mes filles un étrange vocabulaire...
Je m'embarrassais dans des explications confuses. Mais l'empereur, éclatant de rire, reprit:

_ Allons, Monsieur, ne vous tourmentez pas, j'ai très bien compris ce qui s'était passé, et j'ai répondu à ma fille que c'était là un titre de gloire de l'armée française."

[10]

Les rappeurs Shurik'N et Faf LaRage font une allusion directe à cet épisode par le titre et le refrain de la chanson la Garde meurt mais ne se rend pas (sur la compilation Chronique de Mars), toutefois sans référence au mot de Cambronne proprement dit.

Et selon Jean Yanne : « Cambronne ne mâchait pas ses mots. Heureusement pour lui. »

Dans la chanson de Mireille et Jean Nohain "Le Petit bureau de poste" figurent les deux vers suivant : "Et la petite Yvonne / Vous dit le mot d' Cambronne".

Il a également inspiré le groupe de rock Kambrones qui voulait revendiquer, au début des années 1980, l'existence d'un rock français au milieu de la déferlante de rock anglo-saxon.

Dans l'album Le Schtroumpfissime, Peyo rend hommage à Cambronne tout en restant poli en utilisant un « Schtroumpf ! » comme réponse à une injonction de se rendre[11].

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Détail de la statue située au centre du cours Cambronne, à Nantes.

Conduit en Angleterre, il écrit à Louis XVIII pour obtenir la permission de rentrer en France. Il revient sans avoir reçu de réponse, est arrêté, conduit à Paris, traduit devant le conseil de guerre et acquitté. Il est libéré pour pouvoir assister à son procès pour trahison (attaque de la France à main armée) en France. Défendu par le royaliste Berryer, il est acquitté le 26 avril 1816.

Cambronne vient ensuite résider à Nantes au no 3, rue Jean-Jacques-Rousseau (où se trouve le Cercle Cambronne actuellement). Sa résidence d'été se trouvait à Saint-Sébastien[12], près de Nantes, d'abord dans la propriété familiale où enfant il passa ses vacances, puis dans le manoir de la Baugerie, propriété de Marie Osburn[13], qu'il épouse le 10 mai 1820[14].

En 1820, Louis XVIII le nomme commandant de la place de Lille avec le grade de maréchal de camp, puis le fait vicomte au mois d'août 1822. Il prend alors sa retraite. En 1832, le préfet de Loire-Inférieure le nomme conseiller municipal de Saint-Sébastien, mais il démissionne immédiatement, alléguant des raisons de santé.

Il meurt dans la nuit du 28 au 29 janvier 1842 à son domicile nantais de la rue Jean-Jacques-Rousseau, et est inhumé au cimetière Miséricorde[15]. Par une ordonnance du 5 décembre 1842, le roi Louis-Philippe Ier autorise sa ville natale à élever une statue en son honneur. Le monument est inauguré le 28 juillet 1848 et placé au centre du cours qui porte désormais son nom depuis 1936. À Paris, une rue, une place, un square et une station de métro situés dans le 15e arrondissement portent son nom.

Il est représenté sur la frise Le départ des armées de l'Arc de triomphe de l'Étoile et son nom est inscrit sur le pilier Nord du même monument.

Blessures[modifier | modifier le code]

Il est blessé :

Décorations[modifier | modifier le code]

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Armoiries[modifier | modifier le code]

Image Blasonnement
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Blason Pierre Cambronne (1770-1842).svg
Armes du baron Cambronne et de l'Empire (décret du 15 mars 1810, lettres patentes du 4 juin 1810 (Saint-Cloud)).

D'azur au lion en abîme, à l'orle de dix grenades d'argent, allumées du même au franc quartier des barons tirés de l'armée.[16],[17]

Livrées : bleu, jaune, blanc[16].

Orn ext comte de l'Empire GOLH.svg
Blason Pierre Cambronne (1770-1842) comte.svg
Armes du comte Cambronne et de l'Empire

D'azur à un lion d'or, armé et lampassé de gueules, accompagné de dix grenades d'argent allumées de gueules disposées en orle ; au canton des Comtes Militaires de l'Empire brochant.[réf. à confirmer][18]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le cours Cambronne retrouve la statue du Général, Nantes.fr
  2. M... ! Cambronne a été enlevé, Nantes.maville.com, 12 juin 2008
  3. http://www.archive.org/stream/cambronnesavieci00brunuoft/cambronnesavieci00brunuoft_djvu.txt
  4. Un peu d'histoire avec le Général Cambronne
  5. Louis Nicolas CAMBRONNE
  6. Note : cette phrase est généralement attribuée à Cambronne mais les historiens ne sont pas certains qu'il l'ait jamais prononcée. Citation apocryphe
  7. Le Journal général de France, édition du 24, la nouvelle étant parvenue à Paris le 21).
  8. Le colonel britannique Hugh Halkett (en), commandant de la 3e brigade hanovrienne et, à cet instant, à la tête du bataillon d'Osnabrück, affirme être l'auteur de cette capture alors que Cambronne « se promenait » en dehors du carré.
  9. Cité dans Levot, biographie bretonne, 1900, retranscrit dans le dictionnaire de la bêtise.
  10. Choses et autres, Jacques Prévert
  11. Le petit livre bleu - analyse critique et politique de la société des Schtroumpfs (Livre numérique Google)
  12. Saint-Sébastien-sur-Loire : depuis 1920. Références sur Cambronne à Saint-Sébastien : Robert Durand, Didier Guyvarc'h, François Macé et alii : Du village à la cité-jardin Saint-Sébastien-sur-Loire depuis ses origines, Nantes, Editions Arts-Culture-Loisirs, 1986
  13. D'origine écossaise, née en 1773, naturalisée française en 1813
  14. Le général Cambronne sur le site de Saint-Sébastien-sur-Loire
  15. « Un peu d’histoire avec le Général Cambronne... », sur cercle-cambronne.com, Cercle Cambronne (consulté le 5 novembre 2011).
  16. a et b publication_d0e57249&qid=sdx_q0&fmt=tab&idtoc=BB_29_Test publication-pleadetoc&base=fa&n=1&ss=true&as=true&ai=second|standard| PLEADE (C.H.A.N. : Centre historique des Archives nationales (France)).
  17. Nicolas Roret, Nouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc…, Encyclopédie Roret,‎ 1854, 340 p. (lire en ligne)
  18. Source : www.heraldique-europeenne.org

Source partielle[modifier | modifier le code]

« Pierre Cambronne », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]

Liens externes[modifier | modifier le code]