Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux

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Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux
Image illustrative de l'article Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux
Présentation
Culte Catholique romain
Type Cathédrale
Rattachement Diocèse de Bayeux et Lisieux
Début de la construction vers 1170
Fin des travaux vers 1230
Style dominant gothique
Protection Logo monument historique Classée MH (1840)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Basse-Normandie
Département Calvados
Commune Lisieux
Coordonnées 49° 08′ 48″ N 0° 13′ 37″ E / 49.146667, 0.22694449° 08′ 48″ Nord 0° 13′ 37″ Est / 49.146667, 0.226944  

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Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux

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Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux

Rare monument lexovien rescapé des bombardements de 1944, la cathédrale Saint-Pierre de Lisieux est un monument de style gothique. Si la présence d’une cathédrale est supposée depuis le VIe siècle, l’église visible de nos jours fut certainement construite entre 1160 et 1230, à l'initiative de l'évêque Arnoul. Dès le départ, l’architecte conçut des voûtes d’ogives quadripartites et des arcs-boutants. Ce qui en fait l’un des premiers édifices gothiques de Normandie. La nef, assez austère, s’inspire du style gothique d’Île-de-France tandis que les dernières parties édifiées au XIIIe siècle (le chevet, la tour-lanterne ou la façade occidentale) relève du style normand. L'évêque Pierre Cauchon, dont le nom reste attaché au procès de Jeanne d'Arc, y est enterré en 1442.

Cette ancienne cathédrale fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[1].

La cathédrale ne doit pas être confondue avec la basilique Sainte-Thérèse de Lisieux, beaucoup plus récente.

Histoire[modifier | modifier le code]

La 3e ou la 4e cathédrale[modifier | modifier le code]

la cathédrale vue du nord-est

La cathédrale actuelle n’est évidemment pas le monument d’origine. En 538, est cité le premier évêque de Lisieux, Theudobaudis (Thibaut). La présence d’un évêque suppose dès cette époque du Haut Moyen Âge l’existence d’une cathédrale. On ne sait rien de cette première église. A-t-elle été endommagée durant les raids vikings ? Ce n’est qu’au XIe siècle que nous apprenons une information sur le monument : l’évêque Herbert (1026-1049) puis son successeur Hugues d’Eu (1049-1077) procèdent à sa reconstruction. L’extension de la surface de l’église contraint à l’abattement d’une partie du rempart de la ville. C’est probablement à l’occasion de cette reconstruction que l’on découvre les reliques de plusieurs saints vénérés autrefois dans le chœur : saint Ursin, saint Patrice et saint Berthevin.

En 1136, la cathédrale est victime d'un incendie[2].

Les étapes du chantier gothique[modifier | modifier le code]

La cathédrale de Lisieux est l’un des plus anciens monuments gothiques de Normandie. Sa reconstruction intervint en effet vers 1160 selon Éliane Pèlerin ou vers 1170 selon Alain Erlande-Brandenburg. La cathédrale de Lisieux suit le nouveau mouvement stylistique bien avant la conquête de la Normandie par le roi de France Philippe Auguste. Cette précocité s’explique par le commanditaire de l’ouvrage, l’évêque Arnoul (1141-1181), qui fit sûrement appel à un maître d’œuvre de cette région. Arnoul, prélat de premier plan, devait être au fait des nouveautés architecturales par sa familiarité avec Suger, abbé de Saint-Denis, et sa présence le 11 juin 1144 à la consécration de l'abbaye Saint-Denis[2]. Toutefois, il n'a pas pu la reconstruire avant 1149 puisqu'il accompagne Louis VII à la deuxième croisade (1147-1149). Les débuts des travaux commencent probablement entre 1170 et 1172, suivant un texte cité dans Les miracles de Saint Thomas de Cantorbéry par G. Havard, où on apprend le nom d'un ouvrier, Roger, qui travaille sur les fondations de la cathédrale, victime d'un éboulement et qui ne dut sa vie qu'à sa promesse d'un pèlerinage[2].

Les bâtisseurs commencèrent par la nef. Il ne faut donc pas être surpris par l’aspect primitif de cette partie de la cathédrale de Lisieux : des arcades supportées par de grosses colonnes, un premier étage de fausses tribunes à la mouluration épaisse, un dernier niveau de fenêtres hautes. En somme, une nef assez lourde et sombre. Cette première partie fut finie peu avant 1183 comme l’indique la datation de la charpente, au-dessus des voûtes, par dendrochronologie.

Travées du chœur. Une observation attentive permet de voir le changement de style. Les deux travées de gauche sont les plus anciennes. La travée de droite diffère par ses arcs plus brisés, ses chapiteaux ronds ou polygonaux et le percement d'un trilobe

Le reste de l’église fut probablement entièrement réalisé dans le premier quart du XIIIe siècle. L'incendie de 1223 ne semble pas détruire la cathédrale[2]. Le transept et les deux premières travées du chœur sont dans le même style que la nef. L’extrémité du chœur révèle par contre un revirement. Le maître d’œuvre, différent du temps d’Arnoul, imposa un style gothique normand et non plus francilien : les colonnes qui composent les arcades sont doubles, les tailloirs prennent une forme circulaire ou polygonale, des trilobes percent les murs. Surtout, le style gothique apparaît beaucoup plus évolué et élancé : un triforium remplace les fausses tribunes de la nef, les arcades se resserrent, les colonnes s’affinent, les moulurations se perfectionnent.

Ces travaux terminés, les bâtisseurs retournèrent sur la façade principale pour sculpter les 3 portails et élever les deux tours.

Agrandissements et reconstructions[modifier | modifier le code]

Une cathédrale est un chantier jamais achevée. Celle de Lisieux n’échappe pas à la règle. Dès la première moitié du XIVe siècle, les chanoines s’investirent en participant à l’agrandissement de l’édifice. Ils élevèrent le long des bas-côtés 12 chapelles rectangulaires, presque carrées. Ces petites constructions affichent les caractéristiques du gothique flamboyant. Leur édification s’échelonna jusqu’au XVe siècle.

Le fameux évêque de Lisieux, Pierre Cauchon (1432-1442), s’attacha aussi à marquer son empreinte à Lisieux même s’il résidait plutôt à Rouen ou à Paris. Il reconstruisit la chapelle de la Vierge, située à l’extrémité est de l’église. De style flamboyant, elle est remarquable par sa profondeur (17,20 m) et par ses 9 grandes verrières. La gothique atteint là son idéal : les vides qui l’emportent sur les pleins, les murs.

En dehors de ces opérations prestigieuses, la cathédrale connut aussi des reconstructions imposées. En 1553, la tour sud s’effondra. La fabrique réussit à amasser suffisamment d’argent pour commencer sa réédification 26 ans plus tard. Craignant peut-être un nouvel effondrement, les bâtisseurs créèrent une tour moins ouverte que la précédente.

Dimensions[modifier | modifier le code]

Longueur totale 110 m
Hauteur sous voûte 20 m
Hauteur des voûtes de la tour-lanterne 30 m
Largeur de la nef  ?
Largeur des bas-côtés  ?
Largeur totale  ?
Superficie totale  ?
Volume intérieur  ?

Description générale[modifier | modifier le code]

Le plan de la cathédrale gothique reprend probablement celui de la cathédrale romane :

Visite extérieure[modifier | modifier le code]

Trois tours dominent le bâtiment : la tour-lanterne, fréquente dans les grandes églises normandes, et deux tours de façade. Celle du nord, élancée, remonte au XIIIe siècle. Sa voisine fut reconstruite entre 1579 et 1600 après effondrement. Terminée par une flèche, elle culmine à 72 m. Son style est difficilement définissable : gothique flamboyant avec quelques caractères Renaissance (des arcs plein-cintres, des ouvertures assez petites, une horizontalité marquée). L’architecte Georges Duval préfère parler d’un « pastiche roman ».

Comme beaucoup d’églises normandes, la décoration externe de la cathédrale de Lisieux se veut sobre. Il n’y a par exemple aucune statue sculptée sur les façades des portails. Seuls, des motifs géométriques, de feuillages, des colonnettes ou des arcatures animent la pierre. De petits visages sculptés forment les seuls éléments fantaisistes à l’extérieur.

Visite intérieure[modifier | modifier le code]

La nef[modifier | modifier le code]

L’élévation, courante dans les grandes églises gothiques, se compose de trois niveaux :

  • Un premier niveau de grandes arcades
  • Un dernier niveau de fenêtres hautes
  • Le niveau intermédiaire diffèrent selon la partie de la cathédrale. Dans la nef et les deux premières travées du chœur, ce sont des fausses tribunes. Fausses car elles ne donnent pas sur l’étage des bas-côtés (il n’y en a pas) mais sur les combles de ces bas-côtés.

Les parties les plus anciennes de la cathédrale de Lisieux s’inspirent des premières réalisations de l’Île-de-France : les cathédrales de Laon et de Paris voire de Sens. Les colonnes des grandes arcades de la nef ont en effet un sérieux air de ressemblance. Il n’est pas impossible, comme le suggère William W. Clark, que la cathédrale de Lisieux ait bénéficié aussi d’une série d’exemples venant de Normandie orientale, principalement de la cathédrale d’Évreux.

Bas-côtés et chapelles[modifier | modifier le code]

Les chapelles, distribuées depuis les bas-côtés, ne partent que depuis la troisième travée pour celles au nord. La deuxième travée nord accueille une statue de saint-Pierre assise sur son trône.

Chapelles du bas-côté nord (en partant du narthex):

  1. chapelle de l’Annonciation. Elle contient le confessionnal du XVIIIe siècle où sainte Thérèse recevait le Sacrement du Pardon;
  2. chapelle Sainte-Germaine. Elle abrite une statue de la sainte du XIXe siècle ainsi qu'une Annonciation, huile sur toile du XVIIIe siècle;
  3. chapelle Notre-Dame de Lourdes. Elle contient la dalle funéraire de Jean le Neveu, doyen du chapitre cathédral du XIIIe siècle, ainsi qu'une Présentation du Christ au Temple, huile sur toile du XVIIIe siècle;
  4. chapelle du Sacré-Cœur. Elle contient une Apparition du Sacré-Cœur à la Bienheureuse Marguerite-Marie, huile sur toile de Guérin du XIXe siècle;
  5. chapelle Saint-Expédit. Elle abrite une fresque du saint ainsi que deux huiles sur toiles: La Naissance du Christ du XVIIIe siècle et La Vierge de Pitié du XVIIe ‑ XVIIIe siècles;
  6. chapelle Notre-Dame du Rosaire. Elle a reçu un pavage du Pré d'Auge et abrite deux huiles sur toiles: La Présentation de la Vierge au Temple du XVIIIe siècle et Saint-Pierre guérissant les malades grâce à son ombre, peinte en 1770 par Jean-Baptiste Robin (1734-1818).

Chapelles du bas-côté sud (en partant du narthex):

  1. Fonts baptismaux. Elle contient les fonts baptismaux en marbre, un Christ en croix du XIXe siècle ainsi que La Prédication de Saint-Pierre, huile sur toile peinte en 1770 par Larrieu;
  2. chapelle Saint-Paul. Elle abrite une huile sur toile de Saint-Paul devant l'Aréopage, peinte en 1770 par Jean-Jacques Lagrenée;
  3. chapelle Saint-Joseph. Elle dispose d'une statue du saint réalisée en 1884, ainsi que de deux huiles sur toiles: Extase de Saint-Jérôme, donnée en 1749 par un chanoine lexovien et Mort de Saint-Joseph du XIXe siècle;
  4. chapelle du Souvenir. Elle accueille une gravure de la « Vraie Effigie » de la Sainte Face, donnée par M. Guérin, oncle de Sainte-Thérèse, et deux huiles sur toiles: La Cène peinte en 1785 par Descours fils (1741-1814) et Sainte-Cécile de Philippe Guérin en 1804;
  5. chapelle Sainte-Anne. Elle abrite une statue de Sainte-Anne et de la Vierge du XIXe siècle et deux huiles sur toiles: Délivrance de Saint-Pierre, peinte en 1770 par Jean-Joseph Taillasson et L'Éducation de la Vierge du XVIIIe siècle;
  6. chapelle Notre-Dame du Perpétuel Secours. Elle contient deux huiles sur toiles: Résurrection de Tabithe, peinte en 1770 par Anicet Lemonnier et Apothéose de Saint François de Sales du XVIIIe siècle;
  7. chapelle Saint-Benoît. L'autel est supporté par des colonnettes sculptées provenant de la chaire de la cathédrale de Lisieux de la fin du XVIe siècle. Elle accueille L'Ange gardien, une huile sur toile peinte en 1875 par Édouard Krug;
  8. chapelle Notre-Dame du Carmel, ancienne salle du chapitre. Elle abrite L'Apothéose de Saint Charles Borromée, une huile sur toile du XVIIIe siècle.

Le transept et la croisée[modifier | modifier le code]

L’étage médian est rythmé par des baies qui ouvrent sur une coursière. C’est une disposition typiquement normande et même romane.

Le transept abrite sur son extrémité nord deux enfeus dans l'épaisseur du mur, lieux de sépulture de l'évêque Guillaume de Rupierre († 1201), de son père et de deux de ses frères. La paroi de l'enfeu de l'évêque accueille une scène du Jugement dernier qui s'achève avec une apothéose de l'âme élue et bénie. Le gisant de l'évêque Jean († 1141) est dressé à proximité. La façade sud présente un portail. À côté, dans le bas-côté, se trouve un autre enfeu, celui de l'évêque Jean de Samois († 1302), qui abrite le gisant décapité de l'évêque Pierre Cauchon.

Le chevet[modifier | modifier le code]

Dans le fond du chœur, le deuxième niveau correspond à un triforium. Il n’est pas ajouré puisqu’il n’est pas percé de fenêtres sur l’extérieur. La présence de ce triforium confirme l’appartenance du chevet au gothique rayonnant. Le chevet participe au style gothique normand. Les sources d’inspirations appartiennent donc à la région : l'abbatiale Saint-Étienne de Caen et la cathédrale de Bayeux.

Un chapiteau de la chapelle de la Vierge

L’intérieur n’offre pas plus de décorations. Les statues sont modernes (sainte Thérèse ou Jeanne d’Arc). Des feuillages stéréotypés couvrent de nombreux chapiteaux. Il faut en fait un regard attentif pour saisir les éléments originaux : à l’entrée, les têtes d’un roi et d’une reine, à proximité, le visage d’un homme barbu. Sur les parements, des traces de peintures suggèrent un intérieur jadis plus coloré. De style gothique flamboyant, la chapelle de la Vierge se démarque du reste de l’édifice par sa décoration plus notable. Un bestiaire plus ou moins fantastique (un singe, un hibou, une sorte de chauve-souris…) couvre les écoinçons. Les feuillages des chapiteaux atteignent une telle précision qu’on peut déterminer l’arbre ou la plante dont ils s’inspirent.

Les vitraux[modifier | modifier le code]

Très peu de vitraux remontent au Moyen Âge. Au XVIIe siècle, l’évêque Léonor II de Matignon décida de remplacer les verrières anciennes par des verres blancs. Sûrement dans le but d’éclaircir l’intérieur de la cathédrale.

La cathédrale et sainte Thérèse de Lisieux[modifier | modifier le code]

La cathédrale, monument médiéval au cœur du centre-ville, ne doit pas être confondue avec la basilique Sainte-Thérèse, édifice du XXe siècle. Si sainte Thérèse n’a jamais connu cette dernière, la cathédrale lui était familière. C’est là qu’elle assistait à la messe le dimanche avec son père, ses sœurs et la gouvernante. Une statue et une inscription dans une chapelle du chœur rappellent l’endroit où la famille était exactement placée pendant les offices religieux. C’est ici que la future sainte eut la révélation de sa mission : sauver l’âme des pécheurs.

Le père de Thérèse, Louis Martin, offrit le maître-autel du chœur.

Depuis le XXe siècle, sainte Thérèse est la troisième patronne de la cathédrale, après Pierre et Paul. Elle figure à ce titre sur l’un des vitraux du fond du chœur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notice no PA00111473 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. a, b, c et d « La cathédrale de Lisieux: sa place dans les débuts de l'art gothique » dans Annuaire des cinq départements de la Normandie, Congrès de Lisieux, 1968, p. 19-26.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • E. Pellerin et J. Bergeret, La Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux, Ville de Lisieux, 1995
  • A. Erlande-Brandenburg, « La Cathédrale de Lisieux. Les campagnes de construction », Congrès Archéologique, 1974, p. 139-172
  • W. W. Clark, « La Cathédrale de Lisieux » in L’Architecture au Moyen Âge, Presses universitaires de Caen, Tome II, Éditions Charles Corlet, 1997
  • G. Duval, « La Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux » in Art de Basse-Normandie no 89-90-91, Hiver 1984-1985, p. 98-109
  • F. Epaud, L’Évolution des techniques et des structures de charpenterie du XIe au XIIIe siècle en Normandie. Une approche des charpentes par l’archéologue du bâti, thèse, Rouen, Université de Rouen, 2002.
  • V. Lahaye, Les tombeaux de la cathédrale de Lisieux, Joigny, Études lexoviennes,‎ 1928, 69 p..
  • V. Lahaye, La statuaire décorative de la cathédrale de Lisieux, Lisieux, Émile Morière,‎ 1926, 8 p..

Articles connexes[modifier | modifier le code]