Abbaye aux Dames (Caen)

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Abbaye aux Dames
L'abbaye en 1702.
L'abbaye en 1702.
Présentation
Type Abbaye
Rattachement (anciennement) Ordre de Saint-Benoît
Début de la construction XIe siècle
Fin des travaux XVIIIe siècle
Style dominant Roman et classique
Protection Logo monument historique Classée MH (1840, 1976)
Géographie
Pays
France
France
Région Basse-Normandie
Département Calvados
Commune Caen
Coordonnées 49° 11′ 13″ N 0° 21′ 09″ O / 49.1868191, -0.3524154 ()49° 11′ 13″ Nord 0° 21′ 09″ Ouest / 49.1868191, -0.3524154 ()  

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Abbaye aux Dames

L'abbaye aux Dames est un monastère de moniales bénédictines fondé au XIe siècle à Caen, en Normandie (France). C'est l'une des deux grandes abbayes de la ville de Caen. L'église abbatiale de la Trinité abrite depuis 1083 le tombeau de Mathilde de Flandre, épouse de Guillaume le Conquérant. L'abbaye est le siège du Conseil régional de Basse-Normandie depuis 1986.

L'ancienne église abbatiale fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[1]. L'ensemble des bâtiments conventuels fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 24 juin 1976[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Deux histoires peuvent être avancées pour expliquer la fondation de l'abbaye. La première fait de l'abbaye aux Hommes une œuvre d'expiation pour les péchés commis par le couple ducal formé par Guillaume le Conquérant et Mathilde de Flandre. En 1050 ou 1051[2], le duc de Normandie épouse Mathilde, fille du comte de Flandre. Leur mariage est prohibé par le pape Léon IX, peut-être pour des raisons de consanguinité[Note 1]. En contrepartie du pardon accordé par le Pape Nicolas II, ils fondent à Caen en 1059 deux abbayes bénédictines : l'abbaye aux Hommes, dédiée à saint Étienne, et l'abbaye aux Dames, dédiée à la Trinité.

Au-delà de cet acte fondateur romantique, il existe des raisons plus politiques. Guillaume appelé le Bâtard doit combattre pendant toute la première partie de son règne les barons de Normandie. Il cherche donc à asseoir davantage son autorité sur la basse Normandie où la rébellion a été la plus forte. Cela passe par la construction de châteaux, mais également par la fondation d'abbayes, selon un schéma classique en Normandie depuis le Xe siècle[3]. Le duc décide donc de densifier le réseau d'établissements monastiques en basse Normandie, alors beaucoup plus lâche que dans la vallée de la Seine mieux contrôlée par les ducs de Normandie. L'abbaye aux Hommes, comme l'abbaye aux Femmes, ont toutefois dans ce dispositif une place privilégiée. En effet, sur les 18 abbayes élevées durant le règne de Guillaume le Conquérant, seules deux, celles de Caen, sont fondées directement par le duc lui-même, les autres étant créées par des seigneurs locaux et reconnues ensuite par le duc[4]. La fondation de l'abbaye aux Hommes et de l'abbaye aux Dames s'inscrit donc dans un dessein politique plus large qui vise à faire de Caen un point d'appui plus proche de la sédition que Rouen qui se trouve dans la partie orientale du duché. En choisissant de s'y faire inhumer - en 1083 à l'abbaye aux Dames pour Mathilde de Flandre et en 1087 à l'abbaye aux Hommes pour Guillaume le Conquérant - Guillaume et Mathilde inscrivent dans la durée l'attention des ducs-rois non seulement pour l'abbaye, mais également pour la ville de Caen qui, d'un gros bourg de constitution anarchique, devient la capitale secondaire de la Normandie[5]. Les descendants de Guillaume confortent ensuite le lien des deux abbayes avec la dynastie ducale et royale. Ainsi, fait exceptionnel, Guillaume le Roux dépose les insignes royaux (couronnes et sceptres) de ses parents au trésor des deux abbayes où ils sont inhumés[4].

Du Moyen Âge à la Révolution[modifier | modifier le code]

Les travaux de l'église de l'abbaye aux Dames commencent en 1062 et sont achevés en 1130. On commence par le chevet, au XIe siècle, puis on ajoute de petits arcs-boutants à l'extérieur pour renforcer l'édifice. Le 18 juin 1066, a lieu la dédicace de l’abbatiale de la Trinité encore en travaux. Mathilde est morte en 1083 et son tombeau se trouve toujours dans le chœur de l'église.

Au XVIIe siècle, l'abbesse Laurence de Budos redresse spirituellement l'abbaye en obligeant les religieuses à respecter la règle de Saint-Benoît. Au XVIIIe siècle, les bâtiments conventuels sont reconstruits sur les plans de Guillaume de la Tremblaye, moine-architecte chargé également de reconstruire l'abbaye aux Hommes. Les travaux commencent en 1702, mais sont interrompus en 1737, faute de fonds suffisants. Grâce à l'aide du roi, les travaux reprennent en 1767. À la veille de la Révolution française, la communauté est dans une excellente situation financière[6]. Mais la Révolution française éclate et le cloître n'a jamais été achevé. Au XVIIIe siècle, la voûte est démolie pour être reconstruite.

Depuis la Révolution[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution française, les bénédictines sont chassées de leur abbaye en 1791, pour être remplacées par des religieuses Augustines en 1823 - quand l'Abbaye devient l'Hôtel-Dieu de Caen, puis l'hospice Saint-Louis - et y restent jusqu'en 1983. En 1865, la nef de l'ancienne église abbatiale, qui devient église paroissiale du quartier sous le vocable de Saint-Gilles, est profondément restaurée. Au XIXe siècle, la façade et les tours sont reconstruites intégralement. En juin 1944, pendant le débarquement allié et la bataille de Caen, l'église et l'abbaye sont relativement épargnées par les bombardements, alors que la ville est en grande partie détruite. Une dernière restauration de l'intérieur de l'église intervient entre 1990 et 1993.

Liste des abbesses de l'abbaye aux Dames[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Plan de l'abbaye en 2008
Les bâtiments conventuels autour du cloître

Église abbatiale de la Trinité[modifier | modifier le code]

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Plan de l'abbatiale en 1863

Les dimensions de l'église abbatiale de la Trinité sont plus modestes que celles de l'abbaye aux hommes, l'abbatiale Saint-Étienne. Néanmoins si sa nef est plus courte, moins large et plus basse, l'église de la Trinité est aussi plus ornementée et décorée que son illustre compagne.

Force est de constater que la façade ne présente ici ni la même simplicité, ni la même puissance qu'à Saint-Étienne ; le principe de façade harmonique y est néanmoins le même : deux tours carrées encadrant la façade rectiligne de la nef. Quatre contreforts délimitent verticalement la façade de la nef et les souches des deux tours. L'étage inférieur des tours comprend un porche élevé ; le second niveau n'est percé que d'une petite baie en plein cintre non moulurée ; le troisième niveau est décoré de trois arcatures aveugles dont les archivoltes moulurées reposent sur des colonnettes ; le quatrième étage est couvert d'étroites arcatures très élancées et décorées. Une rangée d'œils-de-bœufs, de gargouilles et enfin, une balustrade de la période classique viennent achever quelque peu maladroitement ces deux tours. Le portail principal a été défiguré au XIXe siècle par un tympan sculpté figurant la Sainte Trinité ; en 1859, on commande à Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume un bas-relief de 3,87 mètres sur 1,95 représentant trois figures assises et les quatre symboles évangéliques. L'œuvre est achevée vers 1862, mais en 1866, l'évêque de Bayeux demande sa destruction au motif que la représentation de la Trinité sous la forme de trois personnes a été prohibée par l'Église. La commission des monuments historiques tranche en faveur du maintien de l'œuvre ; dans le rapport de séance rédigé par Viollet-le-Duc, elle se justificie en arguant du fait que « quand il s'agit de restaurer un édifice du moyen âge religieux ou profane, il s'agit d'adopter le style et le système décoratif admis à l'époque dont on reproduit et restaure les exemples » et que par conséquent elle n'a pas à « [s']enquérir si dans un édifice religieux le clergé a condamné ou adopté certaines représentations admises aux époques dont on veut reproduire les usages et perpétuer les arts »[7]. Le deuxième étage est percé de trois larges baies ; le troisième d'arcatures aveugles encadrant deux baies moulurées. Le tout est couronné d'un gable décoré. Un cordon saillant relie la base des baies de chaque étage.

La nef est bordée d'arcades en plein cintre surmontées d'une galerie (triforium) qui sert d'appui à la voûte d'ogive. C'est la première voûte d'ogives construite en Normandie, elle date de 1130. Le transept au centre de l'église accueille l'Autel. Le transept nord est roman, il ouvre sur une absidiole (la chapelle du Saint-Sacrement) qui abrite le tabernacle. Le transept sud présente des colonnes gothiques intégrées dans la décoration romane. Le chœur se termine en abside ornée de quatre colonnes et d'une galerie décorée d'animaux fantastiques. On trouve également une crypte présentant de nombreuses colonnes. L'emprise au sol de l'église abbatiale est de 1 594 m² (80 m de long ; 19 m de large dans la nef, 32 m entre les deux bras du transepts)[8].

Tombe de la reine Mathilde[modifier | modifier le code]

Tombeau de la reine Mathilde dans le chœur de l'abbatiale

La reine Mathilde repose dans un tombeau situé dans le chœur de l'abbatiale. Sur la dalle funéraire qui protège le caveau, est gravée l'inscription suivante :

EGREGIE PVLCHRI TEGIT HEC STRVCTVRA SEPVLCRI:
MORIBUS INSIGNEM, GERMEN REGALE, MATHILDEM:
DVX FLANDRITA PATER HVIC EXTITIT, ADALA MATER:
FRANCORUM GENTIS ROTBERTI FILIA REGIS:
ET SONOR HENRICI, REGALI SEDE POTITI:
REGI MAGNIFICO WILLELMO IVNCTA MARITO:
PRESENTEM SEDEM, PRESENTEM FECIT ET EDEM:
TAM MVLTIS TERRIS QVAM MVLTIS REBVS HONESTIS:
A SE DITATAM SE PROCVRANTE DICATAM:
HEC CONSOLATRIX INOPVM, PIETATIS AMATRIX:
GAZIS DISPERSIS, PAVPER SIBI, DIVES EGENIS:
SIC INFINITE PETIIT CONSORTIA VITE:
IN PRIMA MENSIS, POST PRIMAM, LVCE NOVEMBRIS


Traduction proposée : « Ce magnifique tombeau recouvre la sépulture de Mathilde, qui fut remarquable par les mœurs et royale par la naissance. Elle a pour père le duc de Flandre, pour mère Adèle, fille du roi de France Robert, et sœur d'Henri qui régna sur le trône. Elle fut l'épouse du grand roi Guillaume. Elle fit bâtir cette église et la combla de biens, lui donnant terres et toutes choses nécessaires. Elle fit célébrer la dédicace. Consolatrice des pauvres, aimant la piété, pauvre pour elle-même, elle ne fut riche que de ses dons aux pauvres. Elle gagna ainsi d'avoir part à la vie qui ne finit pas le premier du mois de novembre, après prime. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le père de la mariée, Baudouin V, était le petit-fils de Richard II de Normandie de par sa mère, Éléonore de Normandie, tout comme Guillaume dont le père, Robert le Magnifique, était le fils de Richard II et donc le frère d'Éléonore de Normandie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notice no PA00111123 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Elisabeth van Houts, « Matilda (d. 1083) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, sept 2004 ; édition en ligne mai 2008.
  3. Joseph Decaëns, « Le temps des châteaux » dans Maylis Baylé (dir.), L’architecture normande au Moyen Âge, Actes du colloque tenu à Cerisy-la-Salle, Condé-sur-Noireau/Caen, Éditions Charles Corlet/Presses universitaires de Caen, tome 1, pp. 177–180
  4. a et b Pierre Bouet, Le patronage architectural des ducs de Normandie dans Maylis Baylé, ibid., pp. 349–367
  5. Giovanni Coppola, « L'essor de la construction monastique en Normandie au XIe siècle : mécénat, matériaux et moines-architectes », Annales de Normandie, 1992, vol. 42, no 4, p. 337 [lire en ligne]
  6. Alain Corbin, « Les Biens nationaux de première origine dans le district de Caen », Annales de Normandie, 1989, vol. 39, no 1 , p. 91
  7. Bernd-Wilfried Bergen, « Le tympan central de l'église de la Trinité à Caen » dans L'art en Normandie, Caen, 1992, Archives départementales du Calvados, tome I, pp. 155–168
  8. Géoservices du Conseil général du Calvados
  9. Antiquité anglo-normandes, Andrew Coltee Ducarel, Mancel, 1823

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucien Musset, La Normandie Romane, 1. Basse-Normandie, La Pierre-qui-Vire, éditions Zodiaque, 1967
  • Affichage informatif de l'église
  • Maylis Baylé, « Caen : abbatiale de la Trinité (Abbaye-aux-Dames) » dans L'Architecture romane en Normandie, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, Caen. Presse de l'Université de Caen, 1997, t. 1, p. 50-55.
  • Maylis Baylé, La Trinité de Caen, sa place dans l'histoire de l'architecture et du décor romans, Genêve, Droz, 1979, 235 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]