Mascaron

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Mascaron à Paris

En architecture, un mascaron est un ornement représentant généralement une figure humaine parfois effrayante dont la fonction était, à l'origine, d'éloigner les mauvais esprits afin qu'ils ne pénètrent pas dans la demeure. Ils sont souvent apposés sur la clef de voûte des arcs des fenêtres ou des portes ou sur les linteaux, ou encore sur un modillon. Certains mascarons apposés sur une fontaine crachent de l'eau.

Origines[modifier | modifier le code]

L'antiquité[modifier | modifier le code]

Didymes, Gorgone du sanctuaire d'Apollon, VIe et IIIe siècles av. J.-C.

L'antiquité utilise les représentations d'un visage pour chasser le « mauvais œil ». Ainsi des masques grotesques ou hideux figurent sur les temples, les tombeaux, les cuirasses et les jambières des guerriers, les marteaux des portes, la vaisselle, les meubles et tous les objets du quotidien.

Cette protection est le premier sens de la Méduse, une des trois Gorgones de la mythologie grecque. Persée, armé d'un bouclier, dont l'intérieur servait de miroir pour éviter d'être pétrifié par le regard du monstre, et d'une épée offerte par Hermès, put trancher la tête de Méduse. Du sang qui jaillit de son cou émergèrent Chrysaor et Pégase, tous deux conçus par Poséidon. Persée offrit la tête de Gorgone à Athéna. Elle en orna son bouclier, l'égide, qui la protégea en conservant ce redoutable pouvoir. Le masque de la Méduse qui décore l'architrave du temple de Didymes, destiné à effrayer les ennemis d'Apollon, est stylisé afin d'être perçu de loin et permettre des jeux d'ombre et de lumière. Ainsi ce masque préfigure un souci d'esthétisme qui supplantera peu à peu la simple fonction protectrice[1].

Le culte de Janus, le Dieu des passages et des commencements dans le temps et l'espace, considère son double visage comme un masque protecteur. Ainsi Janus garde les portes des villes et le seuil des maisons.[réf. nécessaire]

Masque de Dionysos, IIe et Ier siècles av. J.-C.

L'aspect décoratif se retrouve dans les masques du théâtre. Les manifestations théâtrales sont initialement une cérémonie sacrée liée au culte de Dionysos. Ainsi, le théâtre de Dionysos est le plus important des théâtres de la Grèce antique, considéré comme le berceau du théâtre grec antique et de la tragédie. Il est situé sur le versant sud de l'acropole d'Athènes. Les grandes fêtes des Dionysies s'y tenaient chaque année en l'honneur de Dionysos. Il s'agissait initialement de chants rituels, de danses et de sacrifices rituels résultant de représentations théâtrales. Lors des Grandes Dionysies, on consacre dans le temple du dieu les masques. Ces cérémonies sacrées se traduisent dans des frises décoratives représentant le visage de Dionysos Bacchus, celui des Ménades (Bacchantes chez les romains), Satyres, Silènes et Papposilènes, le tout dans des guirlandes de feuillages et de fruits, décorant des édifices religieux.

Sarcophage à Aphrodisias

L'Empire romain reprend ces éléments décoratifs.

Dans Aphrodisias, une cité antique de Carie (actuelle Turquie), en Asie Mineure, les sculpteurs imprégnés de l'art hellénistique réalisent des visages réalistes.

L'Italie[modifier | modifier le code]

Les artistes de la Renaissance relisent les mythes de l'Antiquité païenne qui leur donnent de nouveaux sujets de production. Les découvertes archéologiques (groupe du Laocoon), comme les fouilles des thermes de Caracalla par les Farnèse, inspirent les sculpteurs et les architectes des XVe et XVIe siècles. La villa de l'empereur Hadrien ou encore le Panthéon de Rome offrent des modèles de construction radicalement différents du style gothique. Les formes de l'Antiquité reviennent à la mode : colonnes, pilastres, frontons, coupoles, statues décorent les édifices de cette époque.

Au Quattrocento les dernières influences gothiques tendent à disparaître, il faut attendre le début du XVIe siècle pour que les têtes décoratives de l'Antiquité reprennent leur place sous forme de mascarons.

Le terme français « mascaron » a pour origine le mot italien mascherone qui désigne un ornement en forme de masque qui décorent les façades.

Masque ou mascaron[modifier | modifier le code]

Actuellement, le terme mascaron est devenu un terme générique. Mais au XVIIe siècle, les hommes de l'art distinguent les mascarons des masques. Ainsi, en 1691, selon Augustin-Charles d'Aviler :

Le masque 
« C'est une tête d'homme ou de femme, sculptée à la clef d'une arcade. Il y en a qui représente des Divinités, des Saisons, les Éléments, les Àges, les Tempéraments avec leurs attributs, comme on en voit au château de Versailles du côté du jardin, à la colonnade ».
Le mascaron 
« ... est une tête chargée ou ridicule, faite à fantaisie, comme une grimace, qu'on met aux portes, grottes, fontaines... Ce mot vient de l'italien Mascharone, fait de l'arabe Mascara, bouffonnerie ».

Malgré l'étymologie discutable[2], ces définitions ont le mérite d'expliciter une différence de fond entre le mascaron et le masque. Le mascaron est une bouffonnerie, une caricature qu'il faut réserver à des ouvrages secondaires. Le masque est une décoration de bon goût sur la façade d'un hôtel particulier, d'un palais. L'Académie royale d'architecture édicta des recommandations en conformité avec ces définitions.

Toutefois, dans la pratique, masques et mascarons finiront par se fondre dans la fonction commune de décoration et de divertissement des passants[3].

Mascarons en France[modifier | modifier le code]

Cette mode arrive en France avec les Guerres d'Italie. Les Italiens Rosso Fiorentino (Florence, 1494 - Fontainebleau,1540) et Le Primatice (Bologne, 1504 - Paris, 1570) viennent travailler à Fontainebleau pour le roi de France François Ier. Rosso qui a travaillé en Italie jusqu'au sac de la ville de Rome en 1527, maîtrisait la technique du stuc. Primatice avait collaboré dans Mantoue avec Giulio Romano.

Fontainebleau est alors un centre artistique en pleine effervescence. Une vaste équipe d’artistes œuvre à la décoration du Château de Fontainebleau et en particulier de la galerie François Ier. Les artistes réalisent des œuvres originales en se démarquant des maîtres Raphaël ou Giovanni da Udine. Les mascarons traités en quasi ronde-bosse, présentent ainsi un relief accentué qui renforce leur expressivité.

Sous le roi Henri II, à Paris, l'hôtel Carnavalet construit entre 1548 et 1560 pour Jacques de Ligneris présente des masques disposés sur une clef d'arc. Avec Pierre Lescot et Jean Goujon, le mascaron vient décorer les façades de la cour carrée du Palais du Louvre.

Les publications de Jacques Androuet du Cerceau dont Les plus excellents bastiments de France, participent à la diffusion des mascarons à travers le royaume. Le XVIIIe siècle généralise les mascarons comme à Paris, Versailles, Bordeaux, Nancy ou Nantes[4]

Le mascaron rivalise avec le bas-relief. Louis Le Vau utilise ce dernier en table à l'antique comme au-dessus de la porte d'entrée de l'hôtel Hesselin en 1640. Bullet orne l'hôtel particulier qu'il construit pour Amelot de Chaillou de médaillons en bas relief. Mais ce décor ne s'impose pas, les mascarons prédominent. Sous Louis XIV, l'Académie royale d'architecture s'interroge sur le bien-fondé de l'utilisation des mascarons dans les décors des façades, ces derniers sont finalement acceptés[5].

Bordeaux[modifier | modifier le code]

Visage africain à Bordeaux
Article détaillé : Mascaron de Bordeaux.

À Bordeaux, les premiers mascarons font leurs apparitions vers la fin du XVIe siècle. Le maître maçon Henri Roche les utilise aux angles des fenêtres de ses hôtels ; l'hôtel Laubardemont et l'hôtel Martin[6]. Puis les grands travaux de l'intendant Tourny au XVIIIe siècle, diffusent les mascarons dans toute la ville. Ange-Jacques Gabriel les place de façon systématique pour les façades de la place de la Bourse. Il est suivi par André Portier pour les façades des quais.

Les façades bordelaises présentent plus de 3000 « visages de pierre ». Les inspirations sont multiples : aux traditionnels Neptune et Bacchus s'ajoutent des animaux fantastiques, des figures féminines, des visages du carnaval, des anges, des fauves[7]… Mais les mascarons reflètent aussi l'histoire de la ville avec par exemple la reproduction de visages africains en référence à la traites négrières qui participa à la richesse de Bordeaux avec le commerce triangulaire, la reproduction des symbôles de la franc-maçonnerie, la reproduction de l'étoile de David pour les hôtels particuliers appartenant à la communauté juive…

L'écrivain bordelais Michel Suffran évoque « une ville entière de masques » et un « théâtre chimérique ».

Nancy[modifier | modifier le code]

L'apparition des mascarons à Nancy correspond à l'arrivée de la renaissance en Lorraine ducale ainsi que d'artistes italiens. La majorité des édifices des XVIIe et XVIIIe siècles arborent des mascarons. Les plus connus sont ceux des bâtiments entourant la célèbre la place Stanislas ; en effet, ces mascarons, plus ou moins grotesques, sont absolument tous différents.

Nantes[modifier | modifier le code]

Les mascarons nantais se retrouvent essentiellement sur l'île Feydeau et le quai de la Fosse[8].

Quelques exemples[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Damestoy et Anne-Marie Lochet-Liotard (préface de Jean-Claude Lasserre), Mascarons, édition Mollat, page 9, 1997 (ISBN 2-909-351-36-X)
  2. Masque et mascaron ayant la même origine latine
  3. Jacques Sargos Bordeaux Chef-d'œuvre classique, L'Horizon chimérique, Bordeaux, novembre 2009, pages 385 et suivantes
  4. Bordeaux actu
  5. Alexandre Gady, Les Hôtels particuliers de Paris du Moyen Âge à la belle époque, Édition Parigramme, page 112 (ISBN 978-2-84096-213-7)
  6. Henri Roche sur Artémisia
  7. Mascarons de Bordeaux
  8. Mascarons de Nantes

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]