Cécile de Rome

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Sainte Cécile (au centre) peinte par Raphaël.
Sainte Cécile mourante entend un concert céleste peinte par Guérin.
Sainte Cécile représentée devant son tombeau.
Les reliques de Sainte Cécile, à l'intérieur de la cathédrale d'Albi
Le reliquaire et la statue de Sainte Cécile, à l'intérieur de la cathédrale d'Albi

Cécile de Rome, une des sainte Cécile, ou sainte Aziliz dans le calendrier breton des saints, est une sainte chrétienne. Elle aurait vécu à Rome, aux premiers temps du christianisme. Sa légende en fait une vierge qui, mariée de force, continua à respecter son vœu de virginité. On la fête le 22 novembre. Sainte Cécile est la patronne des musiciens et des musiciennes ainsi que des brodeurs et brodeuses.

En France, la cathédrale d'Albi est la seule cathédrale à porter le vocable de sainte Cécile. Cette cathédrale est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, et possède le plus grand orgue classique de France. Cécile y est honorée chaque année lors de sa solennité avec vénération des reliques lors de la messe solennelle de la sainte Cécile.

Histoire et tradition[modifier | modifier le code]

Elle vivait en Sicile, selon Venance Fortunat, et mourut pour la foi à Rome à une époque incertaine (176, 230, 220 sous Marc Aurèle ou 223 sous Alexandre Sévère). Elle aurait finalement été condamnée au martyre, après avoir converti de nombreuses personnes, dont son mari. Les actes de son martyre n'ont rien d'authentique[1].

Un passage de sa légende affirme qu'en allant au martyre elle entendit une musique céleste. Cette anecdote en fera la patronne des musiciens, des luthiers et des autres fabricants d'instruments de musique. On la représente avec une couronne de fleurs, symbole de virginité, un plant de lys, un instrument de musique et une épée. Elle est souvent enturbannée et richement habillée, signes d'une origine patricienne. C'est l'un des martyrs des débuts de l'Église les plus vénérés, mentionné dans le canon de la messe depuis 496[2].

Sa dépouille fut retrouvée en 821 dans les catacombes de Saint-Calixte puis transférée au quartier de Trastevere, où une basilique fut construite pour l'accueillir. Lors des fouilles de 1599, le corps fut exhumé et l'on s'émerveilla de le trouver intact et dans sa position d'origine. Cet évènement contribua à renforcer l'intérêt pour l’Église primitive, qui imprégnait certains milieux ecclésiastiques et intellectuels de l'époque. Le sculpteur Stefano Maderno (1576-1636), frère de l'architecte Carlo Maderno, était présent lors de l'identification de la dépouille. L’œuvre qu'il réalisa aussitôt rend compte de cette fascination devant les témoignages de l’Église originelle.

La légende de sainte Cécile[modifier | modifier le code]

Cette légende fut notamment transmise dans la Légende dorée de Jacques de Voragine[3].

Issue d'une noble famille romaine, elle voua sa vie très jeune à Dieu et fit vœu de virginité. Arrivée en âge de se marier, ses parents lui choisissent Valérien pour époux, un païen. Après plusieurs jours de prière et de jeûne, arrive la nuit de noces : elle révèle son secret à Valérien, et lui demande de respecter sa virginité, ainsi que de se convertir.

La Légende dorée de Jacques de Voragine rapporte ainsi les paroles de sainte Cécile : « J'ai pour amant un ange qui veille sur mon corps avec une extrême sollicitude. S'il s'aperçoit le moins du monde que tu me touches, étant poussé par un amour qui me souille, aussitôt il te frappera, et tu perdrais la fleur de ta charmante jeunesse ; mais s'il voit que tu m’aimes d'un amour sincère, il t'aimera comme il m’aime, et il te montrera sa gloire. »

Valérien, maîtrisé par la grâce de Dieu, lui répondit : « Si tu veux que je te croie, fais-moi voir cet ange, et si je m’assure que c'est vraiment un ange de Dieu, je ferai ce à quoi tu m’exhortes ; mais si tu aimes un autre homme, je vous frapperai l’un et l’autre de mon glaive. »

Après lui avoir fait lire l'évangile selon Luc et après qu'il a renoncé aux idoles, il se convertit. Elle le conduit alors au pape Urbain qui le prépare au baptême et le baptise à Pâques.

Le frère de Valérien, Tiburce, se convertit à son tour, et un ange lui annonce qu'ils arriveront tous deux auprès du Seigneur avec la palme du martyre. Cécile répond à Tiburce qui exprime ses craintes de mourir : « Si cette vie était la seule, ce serait avec raison que nous craindrions de la perdre : mais il y en a une autre qui n'est jamais perdue, et que le Fils de Dieu nous a fait connaître. Toutes les choses qui ont été faites, c'est le Fils engendré du Père qui les a produites. Tout ce qui est créé, c'est l’Esprit qui procède du Père qui l’a animé. Or, c'est ce Fils de Dieu qui, en venant dans le monde, nous a démontré par ses paroles et par ses miracles qu'il y a une autre vie. »

Valérien et Tiburce s'emploient à donner des sépultures aux corps des martyrs que le préfet Amalchius faisait tuer comme criminels, et brûler. Jusqu'au jour où ils sont dénoncés. (En effet, à l'époque les chrétiens n'étaient pas recherchés, mais s'ils étaient dénoncés on les forçait à renier leur foi et à adorer les dieux des Romains.)

Ils proclament au préfet : « Nous supportons maintenant l’ignominie et le labeur ; mais plus, tard, nous recevrons la gloire et la récompense éternelle. Quant à vous, vous jouissez maintenant d'une joie qui ne dure pas, mais plus tard, aussi, vous ne trouverez qu'un deuil éternel. » Le préfet répond : « Ainsi nous, et nos invincibles princes, nous aurons en partage un deuil éternel, tandis que vous qui êtes les personnes les plus viles, vous posséderez une joie qui n'aura pas de fin ?

— Vous n'êtes que de pauvres hommes et non des princes, nés à notre époque, qui mourrez bientôt et qui rendrez à Dieu un compte plus rigoureux que tous. — Pourquoi perdre le temps, en des discours oiseux ? Offrez des libations aux dieux, et allez-vous-en sans qu'on vous ait fait subir aucune peine. »

Les deux frères répliquèrent : « Tous les jours nous offrons un sacrifice au vrai Dieu. » Ainsi, reprit le préfet : « Jupiter, ce n'est pas le nom d'un dieu ?

— C'est le nom d'un homicide et d'un corrupteur. — Donc, tout l’univers est dans l’erreur, et il n'y a que ton frère et toi qui connaissiez le vrai Dieu ? — Nous ne sommes pas les seuls, car il est devenu impossible de compter le nombre de ceux qui ont embrassé cette doctrine sainte. »

Au terme de ce procès, les deux frères furent livrés à la garde de Maxime. Celui-ci tente de les sauver une dernière fois de la mort : « Ô noble et brillante fleur de la jeunesse romaine ! Ô frères unis par un amour si tendre ! Comment courez-vous à la mort ainsi qu'à un festin ? »

Valérien lui dit que s'il promettait de croire, il verrait lui-même leur gloire après leur mort. « Que je sois consumé par la foudre, dit Maxime, si je ne confesse pas ce Dieu unique que vous adorez quand ce que vous dites arrivera ! » Alors Maxime, toute sa famille et tous les bourreaux crurent et reçurent le baptême d'Urbain qui vint les trouver en secret. Valérien et Tiburce furent décapités, et Maxime fouetté à mort. Cécile obtient l'autorisation de les enterrer (au lieu de les brûler) dans un tombeau de la voie Appienne et non dans les catacombes (cimetières souterrains).

Cécile se sent menacée, mais sa foi est plus forte que sa peur et elle continue d'évangéliser chez elle et dans les jardins du mont Palatin. Le pape Urbain vient célébrer l'eucharistie chez Cécile pour ce groupe de chrétiens.

Un jour, elle est arrêtée et le juge la condamne à être décapitée en public, chez elle. Comme elle est belle et noble, les bourreaux lui demandent de changer d'avis. Elle répond : « Ceci n'est point perdre sa jeunesse, mais la changer ; c'est donner de la boue pour recevoir de l’or ; échanger une vile habitation et en prendre une précieuse : donner un petit coin pour recevoir une place brillamment ornée. Si quelqu'un voulait donner de l’or pour du cuivre, n'y courriez-vous pas en toute hâte ? Or, Dieu rend cent pour un qu'on lui a donné. Croyez-vous ce que je viens de vous dire ? — Nous croyons, répondirent-ils, que le Christ qui possède une telle servante, est le vrai Dieu. » On appela l’évêque Urbain et beaucoup de personnes furent baptisées.

Voici les paroles que sainte Cécile a pu adresser au préfet Almachius lors de sa condamnation :

- Amalchius : D'où te vient tant de présomption en me répondant?

- Cécile : D'une conscience pure et d'une conviction sincère.

- Ignores-tu quel est mon pouvoir ?

- Ta puissance est semblable à une outre remplie de vent, qu'une aiguille la perce, tout ce qu'elle avait de rigidité a disparu.

- Tu as commencé par des injures et tu poursuis sur le même ton !

- On ne dit pas d'injure à moins qu’on n'allègue des paroles fausses. Démontre que j'ai dit une injure, alors j'aurai avancé une fausseté : ou bien, avoue que tu te trompes, en me calomniant; nous connaissons la sainteté du nom de Dieu, et nous ne pouvons pas le renier. Mieux vaut mourir pour être heureux que de vivre pour être misérables.

- Pourquoi parles-tu avec tant d'orgueil?

- Ce n'est pas de l'orgueil, mais de la fermeté.

- Malheureuse, ignores-tu que le pouvoir de vie et de mort m’a été confié?

- Je prouve, et c'est un fait authentique, que tu viens de mentir : tu peux ôter la vie aux vivants; mais tu ne saurais la donner aux morts. Tu es un ministre de mort, mais non un ministre de vie.

- Laisse là ton audace, et sacrifie aux dieux.

- Je ne sais où tu as perdu l’usage de tes yeux : car les dieux dont tu parles, nous ne voyons en eux que des pierres. Palpe-les plutôt, et au toucher apprends ce que tu ne peux voir avec ta vue.

Sainte Cécile se met à chanter en attendant le coup de hache du bourreau, mais ce dernier, après trois tentatives infructueuses, la laisse agoniser durant trois jours (la loi romaine interdisait le quatrième coup). Elle confie tous ses biens au pape Urbain et lui recommande ceux qu'elle a convertis, ainsi que sa maison pour en faire une église : elle subsiste aujourd'hui, c'est l'Église Sainte-Cécile-du-Trastevere, à Rome.

Sainte Cécile dans les arts et la littérature[modifier | modifier le code]

Vitrail de l'atelier Charles Champigneulle (1895) représentant Cécile de Rome, en l'église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe.

Œuvres plastiques[modifier | modifier le code]

Comme vierge martyre et comme patronne des musiciens, sainte Cécile a beaucoup inspiré les peintres, les dessinateurs et les graveurs, dès le XVe siècle et jusqu'au XIXe siècle. Raphaël, Le Dominiquin ou encore Carlo Dolci lui ont consacré des tableaux. On trouve dans Mirimonde 1974 une riche anthologie de dessins, peintures et gravures, qui peut être enrichie avec l'étude de Nico Staiti de 2002. Certaines de ces œuvres (tel le célèbre tableau de Raphaël) ont même fait l'objet d'études approfondies sur les plans historique, esthétique ou symbolique[4].

Parmi ces œuvres :

Œuvres musicales[modifier | modifier le code]

En tant que patronne des musiciens, c'est naturellement sous ses auspices que se placent beaucoup de confréries musicales, de puys de musique ou d'académies, de l'Ancien Régime[5] à nos jours. Du XVIe au XVIIIe siècle, de nombreux musiciens composent des motets pour l'office de sa fête ou des œuvres plus développées (la liste ci-dessous est très sommaire, tant Cécile a inspiré les compositeurs...).

  • Luca Marenzio a inclus un motet à sainte Cécile « Cantantibus organis » dans son recueil Motectorum pro festis totius anni, publié à Rome en 1585; (2e éd. Venise, 1588).
  • Abraham Blondet (maître de musique de Notre-Dame de Paris), Officii Divæ Ceciliæ virg. et mart. musicorum patronæ musici... [à 10 v.]. Paris : Pierre I Ballard, 1611-1612 (œuvre perdue).
  • Henry Purcell compose en 1692 avec son ode à sainte Cécile Hail! Bright Cecilia.
  • Charles Gounod a composé une messe solennelle en son honneur. La "première" de cette messe se déroula à L'église Saint-Eustache à Paris, le 22 novembre 1855, jour de la Sainte Cécile.
  • Le compositeur hongrois Franz Liszt a composé une œuvre chorale intitulée La légende de sainte Cécile en 1874.
  • Licinio Refice a composé en 1934 un oratorio scénique intitulé Cecilia, disponible au disque.
  • Benjamin Britten, né le jour de la sainte Cécile (22 novembre 1913), a composé en 1942 Hymn to St. Cecilia sur un poème de W. H. Auden, que ce dernier lui avait dédié[6].
  • Plus récemment, l'Estonien Arvo Pärt a composé Cecilia, vergine romana en 2000, commande de l'Académie nationale de Sainte-Cécile de Rome.
  • Mes souliers sont rouges ont joué un air (peut-être traditionnel) du nom de Sainte Cécile sur l'album Proches.

Œuvres littéraires[7][modifier | modifier le code]

Geoffrey Chaucer reprend l'histoire de Cécile dans Les Contes de Canterbury (Le Conte de la Deuxième Nonne).

Le Rémois Nicolas Soret a publié une tragédie : La Céciliade, ou martyre sanglant de Saincte Cécile, patrone des Musiciens : où sont entre-mélés plusieurs beaux exemples moraux, graves sentences, naïves allegories, & comparaisons familieres, convenables tant aux personnages qu'au sujet : Avec les chœurs mis en musique par Abraham Blondet (...) par N. Soret Rhemois. Paris : Pierre Rezé, 1606).

Pour le jour de Sainte-Cécile 1687, le poète Dryden écrit une ode restée célèbre (From harmony, from heavenly harmony... : à lire ici.

Mallarmé lui a consacré un délicat poème intitulé Sainte où il l'appelle Musicienne du silence.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bénédictins de Ramsgate, Dix mille saints, Brepols, 1996, (ISBN 9782503500584).
  2. Christian Musicians
  3. Consulter par exemple Wyzewa 1910.
  4. Voir par exemple Connolly 1994 ou Guillo 2011.
  5. Voir Gantes 1985.
  6. www.brittenpears.org
  7. http://fr.wikipedia.org/wiki/Mes_souliers_sont_rouges

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • Albert Pomme de Mirimonde. Sainte-Cécile: métamorphoses d’un thème musical. Genève : Minkoff, 1974 (Iconographie musicale, 3).
  • Nico Staiti. Le metamorfosi di santa Cecilia : l’immagine e la musica. Innsbruck etc.: Studien Verlag; Lucca: Libreria Musicale Italiana, 2002 (Bibliotheca musicologica, 7).
  • Laurent Guillo. La figure de Cécile : enquête sur l’affiche du puy d’Évreux de 1667. In Imago musicæ 24 (2011), p. 113-126.
  • Thomas Connolly. Mourning into joy : music, Raphael, and Saint Cecilia. New Haven (CN) et Londres : Yale University Press, 1994.
  • Geneviève Gantes. Les confréries Sainte Cécile et les puys de musique à Rouen, Caen, Évreux. Mémoire de musicologie, Université Paris IV – Sorbonne, 1985.
  • La légende dorée du bienheureux Jacques de Voragine ; traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits [...] par Teodor de Wyzewa. Paris : Perrin et Cie, 1910.
  • Theo : L'encyclopédie catholique pour tous, Éditions Fayard.

Source[modifier | modifier le code]

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