Abbaye Notre-Dame du Bec

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Abbaye Notre-Dame du Bec
Image illustrative de l'article Abbaye Notre-Dame du Bec
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Début de la construction 1034, puis 1039, enfin 1060 à l’emplacement actuel
Fin des travaux XVIIIe siècle par les Mauristes
Style dominant Régence
Protection Classé monument historique (1840, 1948 et 1963[1])
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Haute-Normandie
Département Eure
Commune Le Bec-Hellouin
Coordonnées 49° 13′ 57″ N 0° 43′ 18″ E / 49.2325, 0.72166666666749° 13′ 57″ Nord 0° 43′ 18″ Est / 49.2325, 0.721666666667  

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Abbaye Notre-Dame du Bec

L’abbaye Notre-Dame du Bec est une abbaye catholique bénédictine faisant aujourd'hui partie de la congrégation de Sainte-Marie de Mont-Olivet et située au Bec-Hellouin, près de Brionne, dans le département de l’Eure. Elle a été fondée en 1034 par Herluin, chevalier du comte Gilbert de Brionne.

Avec l’arrivée de l’Italien Lanfranc de Pavie, prieur et maître de l’école monastique, puis d’Anselme de Cantorbéry, le Bec devient l’un des principaux foyers de la vie intellectuelle du XIe siècle : le futur pape Alexandre II y étudie vers 1050 ainsi que nombre de futurs légats et évêques.

Depuis près de 1 000 ans, l’abbaye du Bec est liée par l'histoire à la cathédrale de Cantorbéry, à laquelle elle a donné trois archevêques.

Laissée en ruines par la Révolution, l'abbaye est classée, à partir de 1840, au titre des monuments historiques[1], et aujourd'hui gérée par le Centre des monuments nationaux[2]. Elle a retrouvé vie grâce aux moines bénédictins qui, depuis 1948, y perpétuent à nouveau la vie monastique, sous l'égide, depuis son élection en 1996, de dom Paul-Emmanuel Clénet, 49e abbé.

L'abbaye se compose aujourd’hui de la salle capitulaire, du cloître (XVIIe siècle) et des majestueux bâtiments conventuels (XVIIIe siècle). La grande église abbatiale (XIVe siècle) ne possède plus que ses fondations (l’église actuelle se trouve dans l’ancien réfectoire). L’ensemble est dominé par la puissante tour Saint-Nicolas (XVe siècle).

Histoire de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

995 Naissance d'Herluin,
fondateur du Bec.
1034 Fondation du premier monastère
à Bonneville.
1042 Arrivée de Lanfranc de Pavie.
1059 Arrivée d'Anselme d'Aoste.
1063 Lanfranc est nommé abbé de
St Étienne de Caen.
1070 Lanfranc devient
archevêque de Cantorbéry.
1078 Mort d'Herluin.
Anselme élu 2e abbé du Bec.
1089 Mort de Lanfranc.
1093 Anselme nommé
archevêque de Cantorbéry.
1109 Mort d'Anselme.
1350 Début de la Guerre de Cent Ans.
1418 Pillage par les Anglais.
1450
1515
Reconstruction après
la guerre de Cent Ans.
1520 Début du régime commendataire.
1626 Réforme des Mauristes au Bec.
1644
1666
Construction du cloître.
1735 Construction du logis abbatial.
1742
1750
Reconstruction des bâtiments
conventuels.
1792 Expulsion du dernier moine
et arrêt de la vie monastique.
1802 L'armée transforme l'abbaye en
dépôt de remonte.
1809 L'ancienne abbatiale est vendue
comme carrière à pierres.
1940
1945
2e Guerre mondiale : différents corps
d'armée occupent les lieux.
1945 L'abbaye est abandonnée.
1947 Création d'une association de sauvegarde
des bâtiments subsistants.
1948 Restauration de la vie monastique.
1959 Transfert des reliques d'Herluin dans
la nouvelle église abbatiale.
1969 Dédicace de la nouvelle église abbatiale[3].

Contrairement à ce qui se faisait le plus souvent au XIe siècle, l'origine de la fondation de l'abbaye du Bec n'est pas une dotation de riches seigneurs normands, mais celle d'Herluin, simple chevalier sans éducation, tardivement touché par la dévotion. Propriétaire de terres à Bonneville, sur le plateau à l'ouest de la vallée du Bec, Herluin s'y retire et y bâtit un ermitage en 1034 avec l'accord du comte Gilbert de Brionne, le seigneur local et son ancien maître. Cette première donation se limite au patrimoine de son fondateur, et la charte mentionne : « Que tous ceux qui font profession de la religion chrétienne sachent que moi, Hellouin, fils d'Ansgot, en présence et de l'agrément et de l'aveu de mes frères, Eudes et Roger, avec l'approbation de Gilbert, comte, d'Albert et de Ranulphe, du consentement de Robert, comte, et de Robert, archevêque, j'ai donné à Notre-Dame le tiers de Bonneville, y compris les dépendances, Quevilly et Surcy, avec ce qui dépend de ces deux domaines, la terre de Cernay avec ses attenances, biens qu'Ansgot, mon père, a possédés pendant sa vie ; j'y ajoute la dot de ma mère qui, par la volonté expresse de mon père, m'a été donnée en entier : en présence des témoins Fulbert, prêtre, Vital Rainald et autres. »[4]

Le 24 mars de l'année suivante, l'évêque de Lisieux le nomme abbé, à la tête du monastère soumis à la règle de saint Benoît, et consacre la chapelle dédiée à Notre-Dame[5].

Pendant cinq ans, Herluin et ses compagnons cultivent et défrichent les terres autour du monastère. Puis, vers 1039, ils doivent descendre dans la vallée en raison du manque d'eau sur le plateau et s'installent à Pont-Authou, à la confluence du Bec et de la Risle. Une seconde église est consacrée le 23 février 1041 par l'archevêque de Rouen Mauger. Cent trente-six moines font profession sous l'abbatiat d'Herluin[6].

Les possessions s'étendent notamment par une part de la forêt de Brionne, le Parc-du-Bec, grâce au soutien de Guy de Bourgogne, seigneur de Brionne après l'assassinat du comte Gilbert, et l'abbaye de Saint-Évroult, apportée par Guillaume Giroie dans laquelle Herluin restaure la vie religieuse[4].

L'école du Bec[modifier | modifier le code]

Lanfranc du Bec avec, à ses pieds, son adversaire Béranger de Tours.

Le rayonnement du monastère commence à se faire sentir avec la création de l'école du Bec, en 1045, par Lanfranc de Pavie arrivé en 1039 dans la communauté, et qui devient prieur de l'abbaye. Elle est, comme d'autres monastères bénédictins au XIe siècle, ouverte non seulement aux oblats mais aussi aux fils d'aristocrates, destinés ou non à une carrière ecclésiastique[7]. Selon Guillaume de Malmesbury, cette école publique permet à la communauté de récolter de larges fonds financiers. Les qualités d'enseignement du prieur, déjà exercées à Avranches, font venir des élèves de toute la Normandie, fils de barons et de riches laïcs. Ils étaient une centaine à suivre ensemble les cours de Lanfranc. Passeront par ce « centre intellectuel le plus considérable de la Normandie et même de la France », de nombreux intellectuels, comme Anselme de Laon, plusieurs évêques dont Yves de Chartres et le futur pape Alexandre II, et Anselme d'Aoste, qui succèdera à son maître Lanfranc à la tête de l'école puis au siège de Cantorbéry[8].

Face au nombre grandissant de moines s'y présentant, la nouvelle abbaye se révèle insuffisante en plus d'être humide et malsaine. Sous l'impulsion de Lanfranc, devenu proche conseiller du duc Guillaume de Normandie sans abandonner la communauté d'Herluin, une translation et une extension sont envisagées. Financés par les dons des seigneurs normands dont les enfants fréquentent l'école, les travaux débutent en 1060. En trois ans, les bâtiments claustraux sont achevés, mais les moines ne quittent Pont-Authou qu'à l'automne 1073. Anselme, arrivé comme élève en 1059, devient prieur et écolâtre du Bec quand son maître Lanfranc est appelé par Guillaume le Conquérant à la tête de l'abbaye Saint-Étienne de Caen en 1063. Après que Lanfranc soit nommé par le duc, archevêque de Cantorbéry en 1070, l'élève et le maître, tous deux italiens, poursuivent à distance une relation épistolaire faite de respect mutuel. Le primat d'Angleterre vient consacrer le 23 octobre 1077 la nouvelle église qu'il avait contribué à faire édifier, en présence des évêques de Bayeux, Évreux, Lisieux, Sées et Le Mans, et de nombre de seigneurs normands, français et anglais. Herluin meurt en 1078, et Anselme lui succède comme abbé du Bec, avant d'être appelé en 1093 à succéder à Lanfranc à Cantorbéry[8].

Anselme de Cantorbéry.

Sous la direction de Lanfranc puis d'Anselme, l'enseignement du trivium et du quadrivium à l'école du Bec a gagné une réputation de qualité « exceptionnelle »[9], qui a fait venir pendant un demi siècle, des élèves « de France, de Gascogne, de Bretagne, de Flandres, d'Allemagne et de Rome même »[10]. Si le sanctuaire normand possède aussi des chaires de théologie, d'écriture sainte et de droit canonique et civil, il se différencie des autres communautés scolaires de cette époque par l'importance donnée par ses deux premiers écolâtres à la littérature, la mettant presque autant à l'honneur que la discipline monastique. Et lorsque Baudri de Bourgueil visite l'abbaye, il loue « l'esprit religieux dans toute sa plénitude, sans mensonge, sans flatterie, sans défaillance ». Un « esprit de douceur et de bénignité » vanté également par l'abbé Porrée dans son Histoire de l'abbaye du Bec, et que Bernard Gicquel attribue aux trois fondateurs de l'abbaye — Herluin, Lanfranc, et Anselme — ayant respectivement apporté la « piété », la « science » et la « mansuétude ». À l'enseignement de la scolastique, s'ajoute la participation de l'abbaye aux controverses théologiques de son temps, telle celle sur la nature de l'eucharistie pour laquelle Lanfranc défend contre Bérenger de Tours sur le principe d'une présence substantielle et non seulement spirituelle du corps et du sang du Christ dans l'hostie et le vin, ou encore la dénonciation du nominalisme de Roscelin de Compiègne par Anselme[4]. Autre trace de cette activité intellectuelle, l'écriture très probable dans cette enceinte vers 1050 de la Chanson de saint Alexis, et plus tard la Chanson de Roland de Turold[11]. La musique y est également pratiquée[4].

La prestigieuse école forme durant cette période des auteurs de la pensée ecclésiastique, des acteurs du monachisme normand, des réformateurs de l'Église d'Angleterre… Ainsi, on compte parmi ses élèves le futur pape Alexandre II, Guillaume Bonne-Âme, archevêque de Rouen, Yves, évêque de Chartres, les évêques de Rochester Hernost, Gundulf (en) et Arnoul, Foulques, évêque de Beauvais, Turold d'Envermeu, évêque de Bayeux, Guillaume, abbé de Cormeilles, les premiers abbés de Lessay Roger et Geoffroy, Henri, abbé de la Bataille, Richard, abbé d'Ely, Richard, abbé de Sainte-Vaubourg, Lanfranc, neveu de l'écolâtre, abbé de Saint-Wandrille, Adelelme, abbé d'Anchin, Lanfred, abbé de Saint-Wulmer, William, écolâtre de Bamberg, moine de Fulda et abbé de Mersbourg, Henri, doyen de Cantorbéry, Bernard, abbé du Mont-Saint-Michel, Durand, Guillaume, Normand, abbés d'Ivry, Jean, abbé de Saint-Sabas, et Jean, abbé de Telese, en Italie, ou encore les théologiens Anselme de Laon et Guitmond[12].

XIIe ‑ XVIe siècle : déclin intellectuel et enrichissement foncier[modifier | modifier le code]

Sceau de l'abbaye : « Dans une niche supporté par un piédouche godronné : à gauche, la vierge debout, couronnée, portant l'enfant Jésus ; à droite, un prélat mitré, crossé, tenant un livre »[13]

Appelé à Cantorbéry, Anselme choisit en 1093 pour lui succéder à la tête de la congrégation, Guillaume de Montfort-sur-Risle, prieur de Poissy après avoir passé 15 ans au Bec. De 1077 à 1106, le Bec enregistre la fondation de onze prieurés aussi bien en Normandie qu'en Île-de-France et en Angleterre. À ce moment, l'aristocratie est très impliquée dans le développement du Bec, tant au niveau le plus élevé avec les ducs de Normandie et les rois de France, qu'au niveau des familles qui gravitent dans l'entourage des précédents, ou de la petite aristocratie qui dote le Bec de terres, de fours, de moulins et d'églises dans le voisinage de l'abbaye[14]. On trouve notamment parmi ses bienfaiteurs les noms de Richard de Bienfaite, Henri d'Eu et Hugues III de Meulan.

L'école du Bec perd de son rayonnement au début du XIIe siècle, époque correspondant au départ d'Anselme pour l'archevêché de Cantorbéry et avec lui l'émigration en Angleterre de plusieurs de ses compagnons, ainsi qu'à l'affaiblissement général des écoles monastiques au profit des écoles urbaines qui se multiplient, en particulier celles de Paris[9],[15]. Tandis que le nombre des moines sur place diminue au profit des prieurés donnés ou fondés sous l'autorité de la communauté, « il n'y a plus au Bec ni philosophe, ni théologien » au milieu du XIIe siècle[4]. Jusqu'à la fin du siècle, l'abbaye poursuit toutefois sa tradition scolaire et intellectuelle, accueillant en ses murs le chroniqueur Robert de Torigni et les poètes Étienne de Rouen et Pierre de Dives[5], et sa réputation attire toujours de nouveaux frères, à l'instar du roi Philippe Ier et le dauphin Louis VI qui s'affilie au Bec sous l'abbatiat de Guillaume[4].

L'abbaye continue de s'agrandir et de voir augmenter son rayonnement. En ce temps-là, la célèbre abbaye possède dans tout le pays de si gros revenus et de si vastes propriétés que l'on dit à son propos : « De quelque côté que le vent vente, l’abbaye du Bec a rente ». Elle profite de la générosité de nombreux donateurs, parmi lesquels Henri Ier d'Angleterre, proche de l'abbé Boson, puis sa fille Mathilde l'Emperesse qui s'y fait inhumer en 1167[5]. Avec la conquête de l'Angleterre par le duc Guillaume de Normandie, les barons lui concèdent maints domaines en Angleterre même : ainsi, le village de Tooting Bec, aujourd’hui dans la banlieue londonienne, tient-il son nom de ce que l’abbaye en possédait les terrains[16].

En 1138, Thibaut, ancien prieur du Bec, puis abbé, est élu à son tour archevêque de Cantorbéry. À l'abbaye, lui succède Létard, moine natif du village du Bec, qui fait construire la salle capitulaire de 1140 à 1146, grâce aux libéralités de Robert de Neubourg qui prend la robe à la fin de sa vie[4]. Le successeur de Létard, Roger 1er, fait rénover entièrement l'église abbatiale, dont la première pierre est posée le 14 août 1161 par l'évêque Rotrou et la consécration célébrée en avril 1178 en présence du roi d'Angleterre. Roger fait également édifier une infirmerie et une maison pour recevoir les voyageurs, rénover le dortoir, creuser des canaux pour porter l'eau aux appartements[4].

L'église est partiellement détruite en 1195. En 1214, l'architecte Enguerrand (ou Ingelramme), successeur de Jean d'Andely pour l'édification de la cathédrale de Rouen, entame sa reconstruction. Les travaux sont poursuivis par Gautier de Meulan, mais elle est brûlée à deux reprises avant d'être reconstruite vers 1275[17].

Mais au milieu du XIVe siècle l'abbaye doit s'organiser en raison de la Guerre de Cent Ans. Le plan de Louis d'Harcourt qui prévoit de démolir l'église à peine érigée n'est pas appliqué, mais en 1358 la basilique et le chapitre sont fortifiés et entourés de fossés, tandis que trois côtés du cloître et une partie du dortoir et du cellier sont rasés[4]. Financièrement exsangue, partiellement détruite par le conflit, l'abbaye est restaurée à l'ultime fin du XIVe siècle. Mais la lutte entre Anglais et Français se poursuit, et en 1418, après un siège d'un mois par le duc de Clarence, la place forte se rend en laissant l'abbaye aux pillards. Reprise en 1421 par les Français, les fortifications du Bec sont par la suite rasées par les troupes anglaises. Pour abriter ses moines durant le conflit, l'abbé Robert III fait construire l'hôtel du Bec à Rouen, à l'emplacement de l'hôtel des Fontaines. C'est surtout à partir de 1450, à la sortie des hostilités, que l'abbaye commence à se redresser sous l'administration de Geofroy d'Épaignes, qui restaure église, bâtiments claustraux et infirmerie, et de celle de Jean Bouchard, premier abbé commendataire, qui fait achever le beffroi. Robert d'Évreux lui succède en 1484 comme abbé régulier, il démissionne l'année suivante en faveur de Guillaume Guérin (1492-1515), trente-troisième abbé du Bec, et dernier régulier[4]. Cependant, le roi Louis XI, quant à lui, confirme les privilèges de l'abbaye, par ses lettres patentes, en avril 1479[18].

Régime de la commende[modifier | modifier le code]

Le régime de la commende est établi par le concordat de Bologne de 1516 conclu entre le Pape Léon X et François Ier. L'abbé n'est plus élu, mais nommé par le roi de France. Ces abbés sont mis en place plus pour les revenus des abbayes que pour assurer leur direction ou la défense de leurs intérêts. En effet, une part importante des rentes de l'abbaye leur revient, cette part, d'au moins un tiers, peut se monter aux deux tiers.

Le cloître du XVIIe siècle.

Le Bec connait sept abbés commendataires dont le plus jeune est âgé de 10 ans. Le régime de la commende affaiblit beaucoup l'abbaye financièrement, mais aussi spirituellement si bien que l'esprit monastique s'étiole.

À cela, il faut ajouter les troubles causés par les guerres de religion. L'abbaye est complètement saccagée par les huguenots et deux moines sont égorgés. Les moines sont obligés de quitter l'abbaye et les abbés commendataires laissent les bâtiments à l'abandon ; très vite l'abbaye n'est plus que ruines.

Réforme de Saint-Maur[modifier | modifier le code]

La Congrégation bénédictine de Saint-Maur entreprend de réformer la plupart des monastères français par une restauration de la discipline régulière, une vie austère tournée vers le travail intellectuel et des travaux d'érudition. Elle engage aussi de vastes entreprises de construction, dont le Bec — une des premières abbaye à être réformées — bénéficie largement. Malgré la forte réticence de la plupart des abbés commendataires, l'abbaye du Bec est restaurée avec beaucoup de soin. Le rayonnement intellectuel de l'abbaye s'en trouve également grandi.

Mise en économat en 1766, l'abbaye du Bec est donnée en 1782 à Yves Alexandre de Marbeuf (1782-1790), évêque d'Autun, puis archevêque de Lyon à partir de 1788. Il devait être le dernier abbé du Bec.

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Dépôt des Remontes générales de l'Armée[modifier | modifier le code]

Dessin de l'abbaye à la veille de la Révolution de 1789

La Révolution française arrive et, en 1792, le dernier moine est expulsé. Pendant une dizaine d'années, les bâtiments subissent dégradations et pillages divers. Le chartrier est brûlé, la bibliothèque pillée, les sculptures martelées, jusqu'à ce qu'en 1802, les lieux soient transformés en dépôt d'étalons à usage de l'armée. Le mobilier cultuel (maître-autel, jubé…) et les pierres tombales des abbés sont transférés en l'église Sainte-Croix de Bernay. L'église abbatiale et la salle capitulaire sont vendues comme carrière à pierres en 1809 et détruites. Les bâtiments conventuels, transformés en écuries et en chambrées de caserne, résistent malgré tout à cet état de choses qui dure jusqu'en 1940.

En 1802 Napoléon transforme le Bec en dépôt d'étalons dépendant du haras du Pin. Le nombre d'étalons au Bec varie dans le temps de 25 à plus d'une cinquantaine. L'arrivée des chevaux sauve l'abbaye d'une destruction qui aurait fini par être complète, mais pour adapter un monastère aux nécessités d'un haras on a engagé d'importantes transformations et quelques démolitions. Malgré cela, les bâtiments n'ont jamais été parfaitement adaptés à ce nouvel usage. Le manège est installé dans le cloître du XVIIe siècle, et la grande écurie dans le réfectoire mauriste du XVIIe siècle, l'église abbatiale actuelle. Quand le corps de Remonte est créé en 1831, le dépôt de remonte du Bec devient une succursale du dépôt de Caen (actuel Quartier Lorge), siège de la première circonscription de Remonte[20].

À partir de 1945, les chevaux ont également accès au deuxième étage par « l'escalier des matines » dont la conception aux larges marches, peu hautes, permet cette ascension.

Restauration de la vie monastique[modifier | modifier le code]

Enfin, en 1947, une association se crée pour sauvegarder les bâtiments subsistants. L'année suivante, un siècle après le placement de la tour Saint-Nicolas sur la liste des monuments historiques de 1840, les ruines de l'abbaye sont classées[21] au titre des monuments historiques par arrêté du 30 janvier 1948[1].

À Cormeilles en Parisis, une communauté bénédictine olivétaine, engagée dans le mouvement œcuménique, a désiré s'enraciner dans un lieu où les anglicans venaient communier dans le souvenir de Lanfranc et d'Anselme. L'État prit à sa charge les travaux indispensables de restauration et de mise dans un état minimum d'habitabilité, puis loua les bâtiments à l'association qui les mit aussitôt à la disposition des moines. Pierre Mendès France, alors président du Conseil général et parlementaire, a joué un rôle capital dans la renaissance du Bec[22].

Une nouvelle époque s'ouvre alors qui voit la restauration de la vie monastique au Bec et une lente mais régulière remise en état de l'abbaye désormais rendue à sa destination première. En 1948, la vie monastique reprend à l’abbaye du Bec.

Bibliothèque[modifier | modifier le code]

La bibliothèque actuelle.

Il y a peu ou pas de continuité entre la bibliothèque de l'abbaye sous l'Ancien Régime et celle que la communauté s’efforce de reconstituer depuis cinquante ans. L'histoire de la bibliothèque du Bec se découpe en quatre tranches chronologiques :

  • la bibliothèque médiévale, telle qu’elle a pu se constituer dès les origines sous l’impulsion de Lanfranc, d’Anselme et de leurs successeurs ;
  • la bibliothèque mauriste, héritière de ce passé, mais qui va connaître un nouvel essor grâce à la tradition intellectuelle de cette Congrégation et au développement du livre imprimé ;
  • la période révolutionnaire et post-révolutionnaire où la bibliothèque sera pillée et dispersée ;
  • la bibliothèque actuelle enfin qui, depuis la restauration de l’abbaye il y a cinquante ans, mais surtout depuis une vingtaine d’années, connaît un fort développement[5],[23].

En 1991, la communauté commence l'informatisation du catalogue. Cette tâche est aujourd’hui bien avancée, puisque la base bibliographique comporte en 2006 environ 50 000 notices et s’enrichit régulièrement.

Durant ces vingt dernières années, les acquisitions de livres ont connu un rythme soutenu. Le fonds a pour ainsi dire doublé, atteignant aujourd’hui environ 90 000 volumes.

Abbaye Notre-Dame du Bec, panoramique de la façade sud, église abbatiale et bâtiments conventuels.

Architecture[modifier | modifier le code]

Vue générale de l'abbaye en 1677.
Plan de l'abbaye en 2009.

L'abbaye présente un intérêt architectural reconnu par l'État français. En effet, la tour Saint-Nicolas est placée sur la première liste de la commission de classement des monuments historiques de 1840 « pour lesquels des secours ont été demandés ». Un arrêté en date du 24 février 1928 complète cette première action et permet l'inscription de l'ancienne abbaye au titre monuments historiques ; arrêté annulé et remplacé par un classement de l’abbaye au titre des monuments historiques le 30 janvier 1948. Cette protection est elle-même complétée par le classement du 2 octobre 1963, qui l'élargit la protection à l'ancien logis abbatial (façades et toitures, sol du jardin et ancienne porte de l'abbaye)[1].

Enfin, les choses sont unifiées par arrêté du 15 décembre 2008, où l'ancienne abbaye Notre-Dame-du-Bec est classée en totalité au titre des monuments historiques. Cela concerne l'enclos monastique avec le sol de nombreuses parcelles, les murs d'enceinte et les bâtiments monastiques (bûcher inclus) dans leur totalité, mais aussi l'ensemble du réseau hydraulique, y compris les captages et le grand aqueduc canalisant le Bec[1].

Tour Saint-Nicolas[modifier | modifier le code]

La tour Saint-Nicolas de nuit — face méridionale.

Au premier abord, se dégage de l'ensemble la tour Saint-Nicolas qui domine les magnifiques bâtiments monastiques édifiés initialement entre 1644 et 1666 et réaménagés au XVIIIe siècle.

Construite dans la deuxième moitié du XVe siècle elle servait de clocher afin que les quatre grosses cloches qu'elle renfermait n'ébranlent pas les tours du portail de l'abbatiale quand elles sonnaient à la volée.

C'est une construction carrée de plus de onze mètres de côté, de style anglo-normand. Jusqu'en 1810, elle était surmontée d'une flèche de quinze mètres de haut qui fut anéantie par un incendie. Les cloches ont été détruites à la Révolution. Chaque angle possède un contrefort surmonté de deux statues monumentales représentant sainte Marie, saint Benoît, saint Nicolas, saint Jean, saint Michel, saint Jacques, saint Louis et saint André. Sur la face occidentale, est inscrit en latin : « Marie », « Sauveur du monde prends pitié », « Jésus-Christ est fils de Dieu », et sur la face est : « Jésus est fils de Dieu »[24].

Cloître[modifier | modifier le code]

L'ancien cloître du XIIIe siècle ayant été détruit, le cloître actuel a été construit au milieu du XVIIe siècle.

Ici, comme ailleurs à cette époque, l'influence italienne se fait sentir. C'est l'ordre toscan qui prédomine, avec des arcades en plein cintre à archivoltes moulurées. Les voutes d'arêtes qui couvrent le cloître sont soulignées par des moulurations imitant la voûte d'ogive. Les clefs de voutes circulaires et saillantes, toutes différentes les unes des autres, sont ornées de feuillages et de rosaces. Les arcades retombent sur des impostes de piles, de section carrée, renforcées de pilastres saillants se terminant à leur sommet par une console sculptée de feuilles d'acanthe de style corinthien surmontée d'une corniche moulurée[24],[25].

Bâtiments conventuels[modifier | modifier le code]

Intérieur de l'église abbatiale.

Ces bâtiments reconstruits au milieu du XVIIIe siècle par les moines de la Congrégation de Saint-Maur sont de style Régence. L'église abbatiale actuelle, située dans l'ancien réfectoire et dédicacée en 1969 par Anthony Caillot, évêque d’Évreux, est perpendiculaire au ruisseau du Bec, l'ensemble de l'aile mesurant 75 m. Puis, à angle droit, l'aile du réfectoire actuel s'étend sur 66 m. Ensuite, à l'extrémité sud, toujours à angle droit s'élève un premier pavillon — avec un balcon devant la fenêtre du centre — abritant au deuxième étage l'infirmerie actuelle, enfin, à nouveau à angle droit un dernier pavillon orienté Ouest–Est qui était l'ancienne infirmerie[24].

Escaliers[modifier | modifier le code]

Escalier des matines.

Six escaliers du XVIIIe siècle permettent l'accès aux étages. Ces escaliers méritent d'être cités car leur construction leur confère une remarquable impression de légèreté. En effet, les marches ne paraissent être portées que d'un côté par le mur ; leurs extrémités intérieures semblent flotter dans l'espace. Bien entendu, il ne s'agit que d'une impression, car, en réalité, le poids de l'escalier, des marches et de leur charge est appliqué sur la partie extérieure des marches sur laquelle est fixée la rampe (limon), et par la taille particulière des pierres, cet effort est transmis de proche en proche jusqu'au premier palier qui est, de fait, d'une masse impressionnante[24],[25].

La communauté actuelle[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Le fondateur, Emmanuel André, curé de campagne, a créé une petite communauté monastique dans son presbytère de Mesnil-Saint-Loup, dans les années 1860. Après plusieurs essais infructueux d’affiliation, à Solesmes, puis à la Pierre-Qui-Vire, il s’est rattaché à la Congrégation de Sainte Marie de Mont Olivet, une réforme bénédictine du XIVe siècle, en Italie, menée par le bienheureux Bernardo Tolomei[26]. Par admiration pour Bernard de Clairvaux dont il a pris le prénom, et par dévotion à la Vierge, Bernardo Tolomei a voulu que les moines de sa fondation soient « blancs », c'est ainsi qu'au Bec Hellouin les moines bénédictins sont vêtus de blanc.

En 1925, la tradition des Oblates Moniales de Sainte-Françoise Romaine a été reprise en lien avec la communauté des frères. Les sœurs habitaient alors Cormeilles-en-Parisis. De leur côté, c'est en 1938 que les frères du Mesnil, avec leur prieur, dom Paul Grammont, arrivent à Cormeilles et ouvrent une maison d’étude. Après la guerre, les deux communautés de Cormeilles ont cherché un lieu plus vaste et à l’écart, pour vivre de façon plus régulière leur charisme propre. Elles sont arrivées au Bec en 1948, sous Alphonse-Paul-Désiré Gaudron, évêque d'Évreux (1930-1964).

La communauté[modifier | modifier le code]

Vêpres solennelles à l'abbaye Notre-Dame du Bec en présence des moniales du monastère Sainte-Françoise Romaine.

La communauté actuelle se compose en décembre 2008 de 15 moines, plus un père ermite à Saint-Évroult-Notre-Dame-du-Bois, près de la Trappe, et un autre retiré chez les petites sœurs des pauvres, à Saint-Servan. Cette communauté, de la Congrégation de Mont Olivet, arrive en 1948 de Cormeilles-en-Parisis sous l'impulsion de dom Paul-Marie Grammont.

Monastère Sainte-Françoise Romaine au Bec-Hellouin.

À deux kilomètres, le monastère Sainte-Françoise Romaine abrite des sœurs, « oblates » de l'abbaye Notre-Dame du Bec, qui viennent également de Cormeilles-en-Parisis. Elles ont rejoint les moines dès 1949 après avoir construit leur monastère, installées à proximité de l'abbaye des frères conformément à la tradition léguée à l'Église par sainte Françoise Romaine dès le XVe siècle. Le monastère des sœurs a à sa tête une prieure élue par la communauté. Pour leur profession monastique les sœurs novices remettent leurs vœux entre les mains de l'abbé, à l'abbaye. Également, les jours de fête et les dimanches, les sœurs se rendent à l'abbaye pour participer aux offices majeurs (messes, vêpres, vigiles).

Dans la tradition bénédictine, l'abbaye possède une hôtellerie qui permet à ceux qui le souhaitent de faire retraite quelques jours et accueille également plus longuement des jeunes gens qui voudraient partager la vie de la communauté.

Travail dans la communauté[modifier | modifier le code]

Assiette réalisée par les moines de l'Abbaye Notre-Dame du Bec.

Le travail manuel, pratiqué en silence, est fondamental dans la vie bénédictine. Ora et labora (prie et travaille) est une devise traditionnelle de la vie bénédictine.

La communauté monastique du Bec a développé un atelier de faïences artisanales qu'elle vend dans son magasin sur place ou en ligne. Cette activité artisanale lui permet de subvenir à ses besoins.

La vie en communauté nécessite aussi tout un ensemble de travaux de maison : cuisine, ménage, jardinage, lavage et repassage, couture, comptabilité, bricolage, infirmerie, porterie, accueil, etc. Ils sont répartis entre tous, du plus jeune au plus vieux, selon les possibilités de chacun. Le travail intellectuel y trouve également sa place.

Vocation à l’œcuménisme[modifier | modifier le code]

En raison même de l'histoire de l'abbaye du Bec, les communautés de moines et de moniales se sont engagées dès leurs arrivées en 1948–1949 sur la voie de l'unité et du dialogue entre les différentes confessions chrétiennes. Les communautés monastiques du Bec ont suivi avec un intérêt passionné le déroulement du concile Vatican II dont les travaux confortaient l'orientation ecclésiologique, liturgique et œcuménique donnée par dom Grammont. L'œcuménisme est l'un des plus grands soucis de l'abbaye du Bec[27].

Anglicanisme[modifier | modifier le code]

Cette croix se trouve sur le mur nord de l'église abbatiale du Bec-Hellouin. Elle a été offerte par la cathédrale de Cantorbéry en 1969.

Le Bec ayant donné à l'Église d'Angleterre trois archevêques de Cantorbéry, l'anglicanisme y tient tout naturellement une place importante. La réciproque étant également vraie, très rapidement de nombreuses visites d'anglais catholiques, mais surtout anglicans, amenèrent le développement de relations amicales. C'est ainsi que l'abbaye du Bec est un de ces lieux où anglicans et catholiques romains peuvent se retrouver pour prier et apprendre à mieux se connaître. La bibliothèque de l'abbaye abrite, entre autres, 5 000 ouvrages sur l'anglicanisme provenant du dépôt de l'évêque John Graham.

Lorsque le pape Jean-Paul II vint à la cathédrale de Cantorbéry rencontrer l'Archevêque Robert Runcie en 1982, dom Grammont et la mère prieure du monastère Sainte-Françoise Romaine eurent le privilège de partager ce grand moment de l'histoire de la cathédrale. Les communautés du Bec assistent aux évènements importants marquant la vie de la Communion anglicane comme l'intronisation des archevêques ou les Conférences de Lambeth.

« Dans un horizon qui paraît sombre, le dialogue anglican-catholique ménage toujours de grandes trouées de lumière. On se demande seulement si les communautés catholiques se sentent aussi engagées dans le dialogue que la Communion anglicane. Peut-on rêver d'une émulation spirituelle à tous les niveaux entre nos églises[28] ? »

Relations avec la cathédrale de Cantorbéry[modifier | modifier le code]

Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry, en visite à l'abbaye du Bec en mai 2005.

Les relations entre l'abbaye du Bec et la cathédrale de Cantorbéry sont tout à fait privilégiées. On doit noter que les cinq derniers archevêques de Cantorbéry[29] sont venus en visite au Bec. Pour renforcer ces liens, les communautés du Bec ont signé à la Pentecôte 2007 une charte œcuménique avec le chapitre de la cathédrale de Cantorbéry. Elle stipule :

« Des liens existent entre le Bec et Cantorbéry depuis les XIe siècle et XIIe siècle : trois moines du Bec, à cette époque, sont devenus archevêques de Cantorbéry : Lanfranc, Anselme et Théobald. Nous avons le désir d’approfondir cet héritage commun pour une meilleure connaissance mutuelle et un renforcement de nos liens spirituels.

Nous nous engageons donc :

  • à nous rendre visite tous les ans dans la mesure du possible, une année au Bec, l’autre à Cantorbéry,
  • à partager, d’une manière ou d’une autre, les grands évènements de nos deux communautés,
  • à nous accueillir en frères et sœurs dans le Christ,
  • à prier chaque jeudi pour l’unité des chrétiens et pour chacune de nos deux communautés. »

Elle est signée par dom Paul-Emmanuel Clénet, abbé du Bec, et mère Marie-Placide Cazenave, prieure des moniales du Bec, pour l’abbaye du Bec, et par Robert Willis, doyen de Cantorbéry, pour le chapitre de Cantorbéry.

Orient et orthodoxie[modifier | modifier le code]

Les communautés des moniales du monastère Sainte-Françoise-Romaine et des moines de l'abbaye du Bec entretiennent des liens étroits avec l'Orient et l'orthodoxie à la suite de rencontres fortes et au travers de visites riches et nombreuses[27].

Liban

En 1954, à la suite de la demande du prieur du monastère de Kobé au Liban, la communauté des moniales du monastère Sainte-Françoise-Romaine du Bec décide d'essaimer dans ce pays. C'est ainsi que la communauté des sœurs du Bec est présente au Liban de 1957 à 1962. Ces années de découverte de l'Orient (Église maronite et Église orthodoxe) font envisager à Mère Elisabeth de Wavrechin, prieure du monastère Sainte-Françoise, la perspective d'une fondation à Jérusalem. Dom Grammont, abbé du Bec, demande de laisser murir ce projet pendant le concile Vatican II qui s'annonce ; il réapparaîtra quinze ans plus tard avec la fondation des monastères d'Abu Gosh en 1976.

Juridictions orientales, orthodoxes et catholiques

Les relations des communautés du Bec avec les Orthodoxes concernent avec les différentes juridictions présentes en France : l'archevêché russe d'Europe occidentale — dont la cathédrale est à Paris, rue Daru — le patriarcat œcuménique dont la cathédrale est à Paris, l'archevêché roumain. Les archevêques russe, grec et roumain ont rendu visite à l'abbaye. Des rencontres amicales ont lieu avec les paroisses orientales catholiques, maronites et melkites (Saint-Julien-le-Pauvre à Paris).

Rencontre avec le monachisme orthodoxe

En août 1972, un des frères du Bec accompagne un hôte de l'abbaye au Mont Athos pour un pèlerinage de huit jours dans une douzaine de monastères. Par la suite, cet hôte fait profession monastique au Bec. Le Père Nikodimos, un hiéromoine iconographe, vient le visiter en 1982 rendant ainsi plus étroits les liens de l'abbaye avec l'orthodoxie.
Pendant l'hiver 1974–1975, l'abbaye reçoit un ancien higoumène orthodoxe serbe.

Roumanie

Dès 1967, le monastère Sainte-Françoise accueille une moniale roumaine du monastère de Dealu.
En 1991, l'abbaye accueille deux jeunes séminaristes orthodoxes, et à partir de 1994, ce sont des séminaristes gréco-catholiques de Transylvanie qui sont hébergés chaque été pendant plusieurs semaines. En 1995 et 1997, deux évêques catholiques de rite oriental visiteront le Bec.

Protestantisme[modifier | modifier le code]

Dès les premières années de la venue au Bec, l'abbaye est entrée en relation avec les paroisses de l'Église réformée de France implantées dans la région normande, surtout dans la vallée de la Seine (Rouen, Elbeuf, Le Havre, Dieppe, Évreux). Mais ce n'est que plus tardivement, dans les années 1970, qu'un véritable travail commun est entrepris[27].

Foyers mixtes

Les monastères du Bec ont accueilli, entre 1969 et 1975, un groupe de foyers mixtes (catholiques–protestants) pour une réflexion sur les problèmes des couples mixtes.
Dans le prolongement de cet accueil, des réunions de conseils presbytéraux de paroisses réformées du Havre, de Rouen, du Temple de l'Étoile, ont eu lieu régulièrement au monastère Sainte-Françoise, célébrant la Sainte-Cène dans l'oratoire des moniales.
Des relations se sont développées également avec les luthériens ; plusieurs visites de la paroisse suédoise de Paris, plusieurs sessions sur l'œuvre de Martin Luther.
Le 19 janvier 1984, dom Grammont fut invîté à prêcher dans l'église luthérienne des Billettes à Paris.

Renouveau charismatique

À partir de 1970, le renouveau charismatique commence à se développer en France, d'abord parmi les protestants pentecôtistes et évangéliques, puis parmi les catholiques.
L'abbaye du Bec fut parmi les premiers lieux d'ouverture à ce mouvement et un groupe de prière œcuménique s'y réunit (en 2009) toutes les semaines depuis 1973.

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Dom Grammont avait ressenti l'importance du peuple dans lequel les chrétiens sont enracinés. À son instigation, moines et moniales du Bec, avec leurs amis protestants, ont pris part à la découverte des communautés juives vivant en France. Un groupe de dialogue judéo-chrétien s'est réuni au Bec à plusieurs reprises.

L'un des résultats les plus importants de ce travail fut la fondation du monastère d'Abu Gosh en Israël, sur le site d'Emmaüs.

Fondations[modifier | modifier le code]

La chapelle du nouveau monastère de Mesnil-Saint-Loup.

En 1976, l'abbé dom Paul-Marie Grammont († 1989) a envoyé, coup sur coup, d'une part trois frères en Israël à Abu Gosh[30] et d'autre part un, puis deux autres, à Mesnil-Saint-Loup, au diocèse de Troyes, relever le monastère Notre-Dame de la Sainte Espérance[31] d’où vient la communauté.

En 1998, cinq frères partent en Irlande du Nord et fondent le monastère de la Sainte-Croix à Rostrevor.

Ces trois communautés sont aujourd’hui pleinement autonomes, relevant, comme l'abbaye du Bec, de la Congrégation bénédictine de Sainte Marie de Mont Olivet.

En 1999, le monastère d'Abu Gosh fut canoniquement érigé en abbaye, sous le vocable de Sainte-Marie de la Résurrection.

Annexes[modifier | modifier le code]

Armes de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Blason de l'abbaye Notre–Dame du Bec.

De gueules, semé de fleurs de lys d'argent[32].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article..

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Abbaye Notre-Dame du Bec, Moisenay : Éditions Gaud, 1999 (ISBN 978-2-84080-046-0).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Adolphe-André Porée, Histoire de l’abbaye du Bec, Évreux : Impr. Hérissey, 1901, Bruxelles : Culture et civilisation, 1984, 2 vol.
  • Adolphe-André Porée, L'Abbaye du Bec au XVIIIe siècle : étude historique et archéologique, Tours : Paul Bousrez, 1881.
  • Adolphe-André Porée, Ed., Chronique du Bec et chronique de François Carré, Rouen : Ch. Métérie, 1883.
  • Geneviève Nortier, Les bibliothèques médiévales des abbayes bénédictines de Normandie, Caen : Caron & C°, 1966, pp. 34-60.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Claude Jolly (dir.), Histoire des bibliothèques françaises t. II : Les bibliothèques sous l’Ancien Régime, 1530-1789, Paris : Promodis, 1988, pp. 29-43, « les bibliothèques bénédictines » (ISBN 978-2-903181-68-0).
  • Marie-Pascal Gilbert Crespin, Dickson, Ed, La Vie de saint Herluin, fondateur et premier abbé du Bec, Le Bec-Hellouin, Les Ateliers du Bec, 1961.
  • (en) Margaret Gibson, Lanfranc of Bec, Oxford : Clarendon Press, 1978 (ISBN 978-0-19-822462-4 et 0198224621).
  • Vie du bienheureux Bernard Tolomei, Paris 1898, CUPER, in Acta SS (1739) Aug. IV. 464-75 : Maréchaux.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Marcel Baudot, Normandie bénédictine, Les amis du bec Hellouin, 1979.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article André Poupet, L'Abbaye du Bec au temps des chevaux 1790-1948, Les Ateliers du Bec, 1998 (ISBN 978-2-908109-04-7).
Dom Grammont
Œcuménisme
  • Étienne Fouilloux, Les Catholiques et l'unité chrétienne du XIXe au XXe siècle, Paris : éditions du Centurion, 1982 (ISBN 978-2-227-31037-7).
  • Monique Simon, La vie monastique, lieu œcuménique dans le cœur de l'Église–communion, Paris : éditions du Cerf, 1997 (ISBN 978-2-204-05647-2).
  • Nouvelle histoire de l'Église, tome V, Paris : éditions du Seuil, 1975.
  • Suzanne Martineau, Les Anglicans, Turnout : éditions Brepols, 1996. (ISBN 978-2-503-50465-0).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Notice no PA00099327 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. L'abbaye sur le site des Monuments nationaux
  3. Source : site de l'abbaye.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j « Bec-Hellouin », in M. Charpillon et Anatole Caresme, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l'Eure, 1868, pp. 257-277.
  5. a, b, c et d Antoine Desfarges, L’histoire - Abbaye Notre Dame du Bec, site de l'Abbaye
  6. A. Porée, Histoire de l'abbaye du Bec, tome 1, p. 131, note 1 et Appendice no1.
  7. Histoire culturelle de la France. Tome 1 : Le Moyen Âge, Points Histoire, Seuil - p. 118. (ISBN 978-2-02-082675-4)
  8. a et b Adolphe-André Porée, Les origines de l'abbaye du Bec : conférence faite au grand séminaire, le 10 janvier 1899, impr. de L. Odieuvre, Evreux, 1899
  9. a et b Histoire culturelle de la France. Tome 1, p. 119-120
  10. Dom Rivet, Histoire littéraire de la France, t. VII, p. 75.
  11. Bernard Gicquel, Généalogie de la Chanson de Roland, éditions Publibook, 2003, p. 107-109
  12. Histoire de l'abbaye du Bec, p. 102-104
  13. Germain Demay, Inventaire des sceaux de la Normandie, Impr. nationale, 1881. p. 294
  14. Aspects du monachisme en Normandie (IVeXVIIIe siècle), actes du colloque scientifique de l'« Année des abbayes normandes », Caen, 18—20 octobre 1979, Paris, 1982, Librairie philosophique J. Vrin. (ISBN 978-2-7116-2034-0)
  15. M. Lenormant in Séance publique du 13 août 1846, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, vol. 17, 1847
  16. « L'Abbaye du Bec Hellouin », Normandie gîte
  17. « Restes de l'abbaye du Bec-Hellouin », Édouard Charton (dir.), Le Magasin pittoresque, 1850, p. 344
  18. http://books.google.fr/books?id=j3kUAQAAMAAJ&pg=PA476 Lettres patentes de Louis XI, Plessis-du-Parc-lèz-Tours, avril 1479
  19. Frank Barlow, « Theobald (c.1090–1161) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004
  20. Abel Hugo, France pittoresque, tome 1, Paris, Delloye, 1835, p. 41-42
  21. Après une inscription au titre des monuments historiques en 1928.
  22. Marcel Baudot, Pierre Mendès-France… son action pour le Bec.
  23. Geneviève Nortier, Les bibliothèques médiévales des abbayes bénédictines de Normandie et Claude Jolly, Histoire des bibliothèques françaises t. II : Les bibliothèques sous l’Ancien Régime, 1530-1789.
  24. a, b, c et d Abbaye Notre-Dame du Bec, Éditions Gaud, Moisenay, 1999 (ISBN 978-2-84080-046-0)
  25. a et b Site de l'abbaye Notre-Dame du Bec
  26. Vie du bienheureux Bernard Tolomei, Paris 1898, CUPER, in Acta SS (1739) Aug. IV. 464-75 : Maréchaux.
  27. a, b et c Sur l'œcuménisme, voir la Revue des Amis du Bec-Hellouin de 1962 à 1990, nombreux articles remarquables, entre autres ceux de dom Philibert Zobel († 2008), osb.
  28. L. Derousseaux, Unité des chrétiens, n° 113, p. 22.
  29. Michael Ramsey, Donald Coggan, Robert Runcie, George Carey, Rowan Williams.
  30. Article de la Wikikto sur le monastère d'Abu Gosh.
  31. Site du monastère de la Sainte-Espérance à Mesnil-Saint-Loup.
  32. Alfred Canel, Armorial de la province des villes de Normandie, Rouen: A. Péron, 1849.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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