Abbaye de Mortemer

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Abbaye de Mortemer
Image illustrative de l'article Abbaye de Mortemer
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Rattachement Ordre de Citeaux
Début de la construction 1134
Protection Logo monument historique Classé MH (1966)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Haute-Normandie
Département Eure
Commune Lisors
Coordonnées 49° 22′ 10″ N 1° 28′ 52″ E / 49.3694, 1.4811149° 22′ 10″ Nord 1° 28′ 52″ Est / 49.3694, 1.48111  

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Abbaye de Mortemer

L'abbaye Notre-Dame de Mortemer est une abbaye d'hommes cistercienne fondée en 1134 par le roi Henri Ier d'Angleterre entre Lyons-la-Forêt et Lisors dans l'Eure. La plupart des bâtiments d'origine datant des XIIe et XIIIe siècles sont à l'état de ruine et ont fait l'objet d’un classement au titre des monuments historiques en date du 20 décembre 1966[1]. Le grand logis est une bâtisse du XVIIe siècle en bon état qui abrite le musée de l'abbaye.

Historique[modifier | modifier le code]

Ruines de Mortemer

C'est en 1134 que le roi d'Angleterre, Henri Beauclerc aide à la fondation de la première abbaye cistercienne de Normandie.

Son histoire est bien renseignée par une chronique dans un cartulaire de la fin du XIIe siècle qui relate la vie des abbés jusqu'en 1205 et qui renseigne également sur les circonstances de la fondation de l'abbaye et de la construction du monastère[2].

C'est seulement en 1209, après la conquête de la Normandie par Philippe-Auguste que le sanctuaire principal est dédicacé. La cinquantaine de moines (tout au plus) qui y résidaient, vivaient en totale autarcie et possédaient des terres dans la région.

Le moine Philippe d'Alcripe est connu pour être l'auteur de La Nouvelle Fabrique des excellents traits de vérité.

Pendant la Révolution française de 1789, des révolutionnaires persécutèrent les quatre moines restants. Ceux-ci, qui veillaient encore sur un monastère qui menaçait ruines, furent pourchassés dans tout le domaine pour être finalement assassinés dans le cellier. Ils les auraient accusés d'être des affameurs du peuple. L'abbaye fut alors vendue comme bien national à un Sieur Duval, qui participera au déclin de l'abbaye en vendant les pierres de taille composant l'église, ainsi que l'aile est des bâtiments conventuels, pour la construction de maisons locales. Ensuite l'abbaye fut vendue plusieurs fois jusqu'en 1985, année au cours de laquelle l'Association de l'abbaye de Mortemer en devint propriétaire. L'aile sud abrite désormais un musée consacré à la vie des moines et de nombreux spectacles y sont organisés tout au long de l'année.

Biens et dépendances[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Mortemer est l'abbaye-mère de l'abbaye du Valasse et de l'abbaye du Val-Richer.

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

Ruines de l'abbatiale
  • L'église abbatiale (en ruine), située au nord du cloître, était très vaste (87 x 42 m) et avait été érigée en plusieurs étapes qui sont plus ou moins connues[3]. Des fouilles en ont dégagé les substructions. La nef composée d'un vaisseau central et de deux bas-côtés sur 8 travées, ainsi qu'une partie du transept ont été construites vers 1154 - 1163 sous l'abbatiat d'Étienne. Le chœur avait sept chapelles rayonnantes desservies par un déambulatoire en style gothique datables des abbatiats de Richard et de Guillaume (1174 - 1205). En revanche, l'ornementation, comme dans tout monastère cistercien, était très sobre : les chapiteaux par exemple étaient simplement décorés de feuilles d'eau. Au sud, près de la porte donnant sur le cloître, on peut voir un enfeu du XIIe siècle.
  • Le cloître est réduit à sa galerie nord en brique et calcaire d'époque tardive, XVIIIe siècle. Les trois galeries du cloître construites sous l'abbé Étienne n'ont laissé comme seule trace qu'un corbeau sur la façade de l'aile des moines. Il est néanmoins probable que le cloître originel se composait d'un stylobate en pierre avec charpente voûtée lambrissée[3]. Il mesure 39 m de côté avec des galeries de 5 m de large environ.
  • Le dortoir, situé dans la prolongement du transept sud de l'église et également ruiné, ne conserve qu'une petite salle voûtée, la sacristie et son mur ouest. La salle capitulaire se situait au même niveau que la sacristie et on note encore ses trois baies. Au-dessus se trouvait le grand dortoir, d'où le nom de l'ensemble.
  • Le cellier, à l'extrémité sud, était peut-être originellement une salle de travail de l'abbaye. Il est voûté en plein-cintre
  • Le colombier est en calcaire et a été remanié au XVIIe siècle, cependant il conserve des maçonneries du XIIe siècle. C'est un témoin du privilège droit de Colombier du clergé et de la noblesse normande dans l'ancienne coutume de Normandie.
  • La porterie est construite selon le mode usuel: un passage charretier et un passage piéton qui sont voûtés et reposent sur des arcades à impostes moulurées du XIIe siècle. Le frère portier était comme ailleurs le moine le plus important de l'abbaye après le père abbé.
  • Les bâtiments de la ferme entourent la porterie.
  • Le grand logis est une bâtisse du XVIIe siècle, où se trouve le musée de l'abbaye[4].

L'abbaye aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Site historique, l'abbaye accueille chaque jour des visiteurs pour une visite culturelle et une découverte de l'histoire de la région. Le musée de l'Abbaye abrite notamment quelques vestiges de l'histoire de Normandie liés à l'abbaye, et le parc retrace grandeur nature l'histoire des Ducs de Normandie au travers d'un parcours de sculptures de Vytas Kraujelis que l'on peut découvrir lors de visites guidées.

Légendes de Mortemer[modifier | modifier le code]

Vue sinistre des ruines de l'abbaye

Plusieurs légendes sont actuellement attachées à l'abbaye qui s'est vu attribuer le titre « d'abbaye la plus hantée de France ». Un exorcisme s'y serait déroulé en 1921 et un ouvrier agricole aurait été terrorisé par des bruits nocturnes dans les années 1960.

À partir de 1985, date de la création du musée des légendes et fantômes dans les sous-sols de l'abbaye, surgissent plusieurs légendes : apparition d'une dame blanche qui serait le spectre de Mathilde l'Emperesse[N 5], rencontre d'un métayer avec une garache qui était sa propre femme[N 6], présence d'un Goublin prenant l'apparence d'un chat, apparition dans les forêts des alentours des fantômes des quatre moines massacrés pendant la révolution et propriétés matrimoniales attribuées à l'ancien lavabo des moines rebaptisé « fontaine des célibataires ».

Bien que ces légendes, publiées dans un petit ouvrage en 1986[5], soient largement reprises dans des ouvrages récents sur les fantômes[6], dans les blogs consacrés au paranormal, voire dans des émissions de télévision[7], on n'en trouve aucune trace antérieure à la mise en avant de la hantise du site par ses propriétaires à partir de 1985. L'abbaye de Mortemer fut au cœur de l'actualité paranormale dans les années 1990, lorsqu'une journaliste du nom de Muriel Motte prétendit avoir photographié, à plusieurs reprises, un spectre hantant les ruines la nuit. En fait, il s'agissait de la photographie floutée des restes du transept de l'abbatiale éclairé par un projecteur[8].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il est enterré dans la salle capitulaire.
  2. Précédemment abbé du Valasse.
  3. Moine anglais venu du Valasse.
  4. Il représente en 1412 l'ordre cistercien au concile de Constance.
  5. Mathilde l'Emperesse ayant environ 32 ans à la création de l'abbaye, elle ne peut y avoir été enfermée par son père durant cinq années dans sa jeunesse. Il est d'ailleurs inimaginable qu'une femme puisse avoir séjourné dans une abbaye d'hommes.
  6. La garache est un loup-garou légendaire du Poitou et des Charentes, mais il n'en existe aucune trace dans le folklore normand

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00099469 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Jean-Baptiste Vincent, L'abbaye de Mortemer (Eure), Implantation et architecture in Dossiers de l'archéologie n°340 / Juillet - Août 2010. p. 26.
  3. a et b J-B Vincent, Op. cit., p. 31.
  4. Guides bleus et Paris-Normandie, Normandie, éditions Hachette, 1994.
  5. Jacqueline Caffin, Les Légendes de Mortemer, 19 pages, Éditions du Castelet, 1986 (ISBN 2950171400)
  6. Simon Marsden, La France hantée, Paris, éditions Flammarion, octobre 2006(ISBN 2080114093)
  7. Extrait de l'émission de TF1 Mystère no 13 du 12 novembre 1993
  8. Analyse critique des photos dans l'encyclopédie du paranormal

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Inventaire général des monuments et des recherches artistiques de la France, Abbaye Notre-Dame de Mortemer, Association de l'Année des abbayes normandes, Rouen, 1979.
  • Charles-Victor Langlois, Notice sur le cartulaire de Mortemer in Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie T13, Société des antiquaires de Normandie, Caen, 1883 p. 94 et suivantes Lire en ligne

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]