Rap français

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Le rap français est un courant musical ayant émergé en France au milieu des années 1980 et qui s'est popularisé dans la décennie suivante avec l'éclosion de groupes de rap comme IAM, Suprême NTM, ou de rappeurs comme MC Solaar. Tout en restant continuellement inspiré par les rappeurs d'outre-Atlantique, le rap français élabore progressivement sa propre personnalité, oscillant entre revendications sociopolitiques, messages positifs ou festifs et tentation commerciale, et a établi le deuxième plus grand marché de hip-hop dans le monde après la scène hip-hop américaine, est généralement admis que le rap fait partie du mouvement culturel plus général dit hip-hop.

Histoire[modifier | modifier le code]

Premiers rappeurs et émergence dans les médias[modifier | modifier le code]

L'apparition du rap en France remonte à la diffusion de Rapper's Delight, premier titre rap de renommée mondiale sorti en septembre 1979 par le groupe américain Sugarhill Gang. Cependant, si aux États-Unis le rap était avant tout une pratique urbaine qui s'est ensuite diffusée dans les médias, le cheminement a été inverse en France : selon l'universitaire Sébastien Barrio, le rap « s’est d’abord infiltré dans les médias pour ensuite se répandre dans les banlieues et les quartiers défavorisés, bref dans la rue[1]. » Ce fait semble s'avérer pendant l'année 1984 avec la chaîne TF1 qui diffuse une émission nommée H.I.P. H.O.P. animée par Sidney, et lorsque celle-ci est arrêtée en fin d'année, le rap est alors considéré comme un phénomène de mode sur le déclin[2]. On doit signaler aussi les efforts de Bernard Zekri, alors jeune journaliste proche du magazine Actuel, qui a établi des ponts entre New York et Paris en organisant les premiers concerts de rappeurs américains en France [3], et en participant à des disques tels que Change the beat et Une sale histoire (Beside[n 1] et Fab Five Freddy, 1982), The Wildstyle (Time Zone/Afrika Bambaataa, 1983) et Odéon (Beside et Bernard Fowler, 1983).
Au cours des années 1980, plusieurs artistes de variété sans grand lien avec la culture Hip Hop ont sorti des titres de rap ou contenant des parties rappées : Chacun fait (c'qui lui plaît) (Chagrin d'amour, 1981), Vacances j'oublie tout (Élégance, 1982), La Danse des Mots (Jean-Baptiste Mondino 1983), Paris Latino (Bandolero, 1983), Qu'est-ce qu'il a (d'plus que moi ce negro là?) (Krootchey, 1984), Wally boule noire (François Feldman, 1984), Bonne bonne humeur ce matin (Tristan, 1988).

Toutefois, en dehors des médias, une scène rap parisienne avait déjà émergé via les sessions open-mic hebdomadaires pendant les après-midi du Bataclan de 1982 à 1983 et de la Grange-aux-Belles de 1983 à 1987 animés par DJ Chabin. On y retrouve Daddy Yod, Destroy Man, Domy Rapper T, Gary Gangster Beat, Jhony Go, JND, Lionel D, Mikey Moseman, Mystic Man, Pablo Master, Richy, etc.[5] Les "free jams" organisées au terrain vague de la Chapelle en 1986 par Dee Nasty permettent aussi une certaine émulation entre rappeurs (MC Shooz, Lionel D, Jhony Go, Iron 2, Destroy Man, etc.)[6] Les soirées Chez Roger Boite Funk au Globo de 1987 à 1988 mettent en scène de nombreux rappeurs qui se feront connaitre ensuite médiatiquement (Nec Plus Ultra avec Assassin, Lionel D, New Generation MC, Saliha, Sheek, Timide & Sans Complexe, etc.)[6]. La diffusion médiatique du rap en France s'appuie d'abord sur Radio Nova, radio pirate créée en 1980 et spécialisée sur les musiques nouvelles et expérimentales[7] mais aussi sur des émissions rap hebdomadaires comme sur Radio 7 avec Rapper Dapper Snapper animées par Sidney (1981-1984, puis 1986) ou avec Ben NY Show sur RDH animées par Dee Nasty et Bad Benny (1982-1984)[6].

Plus tard, de 1988 à 1990, Radio Nova consacre une émission entière sur le rap (le Deenastyle) animée par celui qui sera reconnu plus tard comme le parrain du rap français, Lionel D, et par Dee Nasty[1]. Une vraie compétition entre rappeurs s'instaurent pendant le Deenastyle, dans la tradition d'ego trip du hip hop. De nombreux rappeurs comme Assassin, Criminal Posse (SLEO), EJM, les Little, MC Solaar, Moda, New Generation MC, Puppa Leslie, Rico, Saxo, Styler (Passi), Suprême NTM, ou encore Timide & Sans Complexe[6] réalisent leurs premières improvisations musicales et verbales en direct (dites freestyles)[8].

À Marseille, en 1986, Akhenaton forment avec NMB, MCP One et Sudio, ainsi que Kheops et les danseurs Marseille City Breakers le groupe Lively Crew. Toujours avec Kheops, il forme ensuite avec Shurik'n et Kephren le groupe B-Boy Stance qui devient IAM en 1988 avec les arrivées d'Imhotep la même année et de Freeman en 1989. Parallèlement, fin des années 1980, se forme le groupe de rap Soul Swing & Radical composé initialement de Faf Larage (alors nommé Dope Rhyme Sayer), de DJ Rebel[6]et de Def Bond (Grand Organisateur DEF).

Médiatisation et âge d'or[modifier | modifier le code]

IAM, figure du rap français.

Le début des années 1990 est riche pour le rap français avec la sortie d'une dizaine d'albums francophones dont les artistes se réclament explicitement du rap. L'artiste le plus connu est alors MC Solaar, « qui par son style frais et nouveau, basé sur la poésie, contribua à crédibiliser et à populariser le rap en France, aussi bien au niveau du public que des médias[8]. » Son album Qui sème le vent récolte le tempo commercialisé en 1990 est un succès vendu à plus de 400 000 exemplaires. D'autres artistes connaîtront également un véritable succès (NTM, IAM, Assassin) ou accèderont à une notoriété plus relative (Bouducon Production, Destroy Man, EJM, Lionel D, Little MC, Ministère AMER, Saliha, Sens Unik, Timide et Sans Complexe)[9]. La médiatisation du rap se poursuit également avec l'émission « Rapline » créée en 1990 et présentée par Olivier Cachin, qui aborde l'actualité rap américaine et française ; l'émission participera à l'émergence de nombreux artistes et restera à l'antenne durant trois ans et demi[8]. La compilation Rapattitude du DJ Dee Nasty permettra de lancer des artistes parmi les plus importants de la décennie tel que NTM, IAM ou Assassin. Dans le sillage de ces artistes, des beatmakers majeurs vont également émerger comme Cut Killer ou Jimmy Jay.

La profusion d'artistes et d'albums (l'universitaire Karim Hammou recense ainsi environ 450[n 2] albums de rap interprétés en français et distribués sur le territoire français de 1990 à 2004[10]) témoigne non seulement de la diversité du rap français, mais aussi d'une appréciation diverse des artistes sur leurs créations respectives. L'universitaire Laurent Béru relate ainsi qu'une scission se crée entre les différents artistes dès leurs premiers succès discographiques des années 1990 entre ceux qui diffusent un discours positif d'espérance, et ceux qui rejettent le « consensus conformiste » et propagent des appels à la révolte (ne serait-ce qu'intellectuelle)[11], ces derniers pouvant généralement être rattachés au courant dit « hardcore[12]. » Cette distinction persiste encore de nos jours[13]. Le milieu de la décennie 1990-2000 est marqué par l'émergence de groupes issus de structures de production indépendantes. Certains obtiendront un succès certain, parmi les plus notables, on peut citer la Cliqua ou plus tard Lunatic. C'est dans cette optique d’indépendance que la scène dite de Rap Conscient se développe et des artistes émergent comme la Rumeur suivant la voie ouverte par Assassin. Un collectif en particulier, le Time Bomb diables rouges, avec la Yusiness les X-Men, Pit Baccardi, Oxmo Puccino, Lunatic, révolutionnera le rap français à tout jamais. À cette époque, les mélodies sont souvent samplées et les rappeurs les exploitent par le biais de rimes souvent en « é » simplement placées en seize mesures. Time Bomb marque cette décennie en alliant dans la forme une écriture technique jouant les assonances et les allitérations; et dans le fond au moyen de fictions. Ce style d'écriture s'est ensuite largement répandu dans le hip-hop français.

Une certaine rivalité entre Paris et Marseille née de l'opposition souvent faite entre NTM et IAM crée une émulation dans la communauté hip-hop au cours de cette période[réf. nécessaire]. Ajoutant à cela des succès commerciaux comme MC Solaar ainsi que l’avènement d'une scène indépendante marquée par le projet Time Bomb, amène l'industrie du disque à s’intéresser de plus en plus à la scène du rap français alors que celle-ci était restée relativement frileuse jusqu'alors[réf. nécessaire]. Certains collectifs signés en major comme Secteur Ä connaissent un succès retentissant. Un certain nombre de magazines spécialisés apparaissent alors et l'on[Qui ?] voit fleurir, dans la veine de Time Bomb, des projets collectifs sous forme de compilations comme L 432 ou encore les projets première classe. La fin des années 1990 voit émerger beaucoup de brillants groupes ou collectifs franciliens tels que la Ärsenik, ATK, La Caution, la Mafia K'1 Fry, la Mafia Trece, le secteur Ä, Scred Connexion ou, à Marseille, avec la Fonky Family. La scène rap hexagonale se développe également au-delà de Paris et de Marseille, notamment avec le groupe KDD à Toulouse ou encore le groupe N.A.P à Strasbourg. Le rap français de la période 1990-2000 est dominé esthétiquement par l'influence de l'école new yorkaise, et le style East Coast caractérisé par des samples de jazz ou de soul sur des rythmes réguliers de 90 BPM aussi appelé Boom Bap, le tout agrémenté de scratchs[réf. nécessaire]. Certains groupes y ajoutent des influences africaines ou asiatiques comme IAM notamment. Cependant, d'autres artistes comme le groupe Ministère A.M.E.R. préféreront puiser leur influences dans le style West Coast marqué par des flows et des instrumentaux plus nonchalants utilisant notamment le synthétiseur ou des boucles de guitares basses.

Nouvelle vague et crise[modifier | modifier le code]

L’avènement d'un important marché pour le rap en France durant la fin de la décennie 1990-2000 amène l'apparition de nouveaux artistes qui marqueront le début de la décennie suivante. On peut citer notamment Booba, 113, Disiz, Diam's, Kamelancien, Kery James, Mafia K'1 Fry, Nessbeal, Psy 4 de la rime, Rim'K, Rohff, Sefyu, Sinik, Sniper ou Soprano. L’esthétique du rap français des années 2000 évolue, les scratchs sont progressivement abandonnés et on préfère au Boom Bap des breaksbeats aux rythmiques plus rapides et saccadés, et dans des instrumentaux davantage inspirés par la musique électronique. Après 2005, sous l'impulsion d'artistes phares comme Rohff, La Fouine ou Booba, le style Dirty South va commencer à s'imposer avec son imagerie Gangsta. Parallèlement, durant toute la décennie se développe une scène dite de « rap de rue » caractérisé par des instrumentaux minimalistes et dont les textes reflètent le quotidien du ghetto, la violence et l'économie souterraine. Des artistes comme Alibi Montana, LIM ou encore le Ghetto Fabulous Gang participent à cette tendance.

Cette décennie est perçue par certains amateurs de rap comme un période de décadence où la part-belle est faite à l'individualisme et au matérialisme via l'Egotrip systématique au détriment d'un message à caractère social voire politique qui avait fortement imprégné le rap de la décennie 1990-2000. Il a notamment reproché aux médias spécialisés mais aussi généralistes d'avoir donné une image caricaturale du rap en préférant promouvoir les artistes les plus sulfureux. On reproche également au gangsta rap inspiré par la vague Dirty South et, dans une moindre mesure, au rap de rue de glorifier la violence et l’économie parallèle, ce qui contribue à ghettoïser le rap français en l'excluant des médias généralistes. Cette période de crispation, aggravée par la crise du disque, est marqué par une certaine rivalité interne entre artistes et un cloisonnement des styles de rap et de leurs publics respectifs. Les morceaux de « clash » se développent, notamment entre Booba, Dam16, Joke, Kaaris, Kamélancien, la Fouine, Rohff, Sinik, et Tunisiano, et le rap commercial est de plus en plus conspué par les artistes indépendants. Une rivalité se met également en place entre « rap de rue », ou rap « racailleux », et le gangsta rap inspiré par la vague Dirty South et par sons et imageries basés sur les gangs afro-américains, le premier reprochant au second son inauthenticité et sa soumission aux américains, et ce dernier lui rétorquant que l'influence américaine est logique dans une musique née aux États-Unis et reprochant au « rap de rue » sa piètre qualité et une certaine ringardise.

La période 2000-2010 est en effet marquée par une prise de distance avec le rap américain chez un certain nombre d'artistes tant pour l'image qu'il véhicule que par rapport à la politique étrangère menée par les États-Unis alors présidée par George W. Bush, particulièrement impopulaire dans les banlieues française. Les références à l'Islam se font également des plus en plus présentes chez certains rappeurs comme Médine ou Ali.

Amorce d'un renouveau[modifier | modifier le code]

Vers la fin des années 2000 et au début des années 2010, le rap français continue à évoluer et à se diversifier, se dirigeant tant vers le rap Hardcore/rap de banlieue que vers le rap conscient, sans oublier le rap comique. Dans le premier, on trouve des artistes comme Alonzo, Booba, Rohff, La Fouine, Mister You, Mac Tyer, Sefyu. Dans l'autre, on peut citer des artistes comme Youssoupha, Soprano, Sinik, 1995, Médine, Kery James, Keny Arkana, Disiz ou Bakar : qui préfèrent aborder des thèmes politiques, d'amour, ou plus universels comme la misère, les difficultés rencontrées dans la vie, puis dans le dernier on retrouve des rappeurs comme Kamini ou Digidix. L’avènement de nouveaux médias sur Internet et le développement croissant des réseaux sociaux permettent à des nouveaux artistes de se faire connaitre comme le groupe 1995. De nouvelles initiatives les plus diverses essayant de renouer avec le fondamentaux du Hip-Hop se mettent en place via ces nouveaux médias : des ligues de « Battles » a cappella comme Rap Contenders inspirée de ligue Word Up! au Québec, des freestyles à thèmes comme Piège de Freestyle ou encore d'exercice de style avec thème imposé comme les Partiels de Punchline. Toujours au Québec le rap Québécois fait ses premiers pas grâce à 2face cofondateurs du label indépendant Explicit Nation avec l'aide de Taktika Saye Sadik LMC RAR Facekché un des premiers pas pour le rap indépendant français. Toutes ces initiatives tendent à mettre en avant la dimension technique du rap tant dans l'écriture que dans le flow.

Depuis 2010, une nouvelle génération de rappeurs aux styles divers ont émergé comme Vald, The Shin Sekaï, Sultan, Sexion d'Assaut, Sadek, PNL, Orelsan, Niska, Niro, Némir, Nekfeu, Mister You, Leck, Lacrim, Kaaris, Hayce Lemsi, Gradur, Fababy, Dosseh, Despo Rutti, Canardo ou encore Bigflo & Oli. Certains artistes, dans le sillage de Mac Miller aux États-Unis, renouent avec un style de rap inspiré du Boom Bap de années 1990-2000, c'est notamment le cas des membres de collectifs L'Entourage ou du groupe 1995, cette influence est aussi présente chez des artistes divers comme Guizmo ou encore A2H. Les nouveaux beatmakers sont mis en avant comme DJ Lo' (Hologram Lo'), En'Zoo ou encore Mario.

Styles[modifier | modifier le code]

Même s'il est fréquent que les artistes évoluent d'un « genre » à l'autre (en général dans le sens d'un apaisement du propos), voire mélangent les styles au sein d'un même album, y dévoilant une certaine richesse et hétérogénéité, dès le début des années 1990 on peut distinguer quelques « constantes » dans le rap français. Toutefois on ne saurait réduire un artiste à ces constantes qui ne sont que des lignes directrices. De nombreux rappeurs ont fait fi de ces schémas et ont tenté d'explorer leur propre chemin[réf. nécessaire].

Rap alternatif[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1990, parallèlement à l'apparition du format « rap et R'n'B » de la radio Skyrock, plusieurs rappeurs font preuve d'originalité, avec de nouvelles sonorités, mélangeant les styles de musique, inventant de nouveaux concepts et de nouvelles façons de rapper. Les précurseurs sont Zoxea (Sages Poètes de la Rue), Triptik, Oxmo Puccino, Lone, Les X Men (Time Bomb) et La Yusiness ainsi que Busta Flex. Matt Moerdock, Explicit Samouraï ou encore Hocus Pocus, Sly the Mic Buddah et avec Sir Samuel forment au même moment le collectif Saïan Supa Crew, dont certains refuseront de coller l'étiquette de rap, malgré les performances des MC qu'ils resteront jusqu'à aujourd'hui, à cause de leur ouverture sur tous les styles de musique : bossa nova, funk, jazz, ragga, reggae, rock, soul, zouk. Les rappeurs de La Caution mélangent quant à eux leur flow particulier à de la musique à tendance plutôt électronique, tout en gardant un véritable esprit rap [réf. nécessaire].

Ainsi on peut présenter le rap alternatif comme un rap ouvert sur le reste de la musique, touchant ainsi un large public d'une manière différente des groupes radiophoniques, préférant l'esprit underground de la scène musicale française. Aujourd'hui[Quand ?], le rap alternatif est représenté aussi bien par des MC aux textes obscurs : L'Atelier, travaillé comme MC Patarovic, une nouvelle tendance étant le retour à l'utilisation d'instruments pendant les concerts. Les groupes représentant ce mouvement impliquent ATK, Cyanure, Charly Greane, Donkishot, DSL, Eko Lsa, FRER 200, Gravité Zéro, Grems Aka Supermicro, James Delleck, Klub des loosers, La Caution, Le Jouage, Les Gourmets, L'Armée des 12, L'Atelier, MAP, 1995, Octobre rouge, Rocé, Scred Connexion, Svinkels, TTC.

En 2014, le documentaire Un jour peut-être, une autre histoire du rap français[14] réalisé par Romain Quirot, Antoine Jaunin et François Recordier, revient sur ce mouvement.

Rap commercial[modifier | modifier le code]

Comme la quasi totalité des courants musicaux en vogue, la musique pop et la variété se sont appropriées certaines de ses caractéristiques rythmiques et thématiques. De nombreux artistes originaires d'univers musicaux et de styles variés, interprètent donc une musique qui conserve certains aspects du rap, pour enrichir leur musique et créer quelque chose de nouveau. À l'inverse, certains artistes de rap ont eux aussi puisé chez leurs collègues de la variété pour renouveler le style et aussi pour s'adapter à un public plus large avec des sonorités « moins agressives » car ancrées dans une histoire musicale commune. Ceci permet de rencontrer plus aisément un succès de grande ampleur, à ce titre, Maitre Gims et Doc Gynéco en sont l'exemple type. Doc Gynéco a rencontré un énorme succès avec son album Première consultation et a revendiqué un statut de chanteur de variété notamment dans sa chanson Classez moi dans la variet' .

Cependant, presque aucun artiste ne se réclame de cette tendance, le vocable « rap commercial » correspondant principalement à une volonté de la part des artistes indépendants et de leur public de dénoncer ce qu'ils considèrent être un dévoiement de l'esprit initial du rap pour répondre à des objectifs mercantiles. Ils stigmatisent en particulier une démarche marketing fondée sur l'usage d'un vocabulaire caricatural, de thèmes « cliché » sur la banlieue, d'une musique plus abordable présentant souvent un aspect mélodique plus marqué et d'une durée optimisée pour les passages radio (se rapprochant autant que possible de 3 min 30 s). Le milieu rap souffre donc de schizophrénie, vendre plus d'albums au risque de devenir commercial ou restreindre son public en performant dans les MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture).

Rap egotrip[modifier | modifier le code]

Dans ce type de textes, le rappeur cherche à s'autoproclamer de la manière la plus flamboyante possible comme l'unique prodige du rap, son leader incontestable. Il crée le côté clash du rap français (le fait de s'affronter à coup de paroles percutantes derrière un micro). Les adeptes de ce style sont nombreux car il permet d'écrire des rimes libres sans se soucier d'avoir un thème à structurer en discours. L'egotrip est construit sur l'accumulation de punchlines (phrases-choc), dont le but est de marquer l'esprit et d'emporter l'adhésion de l'auditeur.

Les rappeurs connus dans ce style sont Seth Gueko, Sexion d'Assaut, Rohff, Ol Kainry, L'Skadrille, La Fouine, Dany Dan, 113, Booba, Ärsenik.[réf. souhaitée] On notera que la majorité des rappeurs a plus ou moins eu recours à l'egotrip au cours de sa carrière[réf. souhaitée], pour s'affirmer au sein d'une discipline où la compétition "virile" reste une donnée de base.

Rap gangsta[modifier | modifier le code]

Souvent surnommé rap bling bling (« Bling-bling » étant un idéophone du bruit qui est produit par les longues chaînes en or qu'ont ces rappeurs), quant à lui, désigne un type de rap faisant, de manière plus ou moins volontaire et explicite, l'apologie de valeurs telles que l'individualisme, la consommation ostentatoire, l'argent et du machisme. Sa sonorité renvoie au gangsta rap (en français, rap de gangster) de la côte ouest des États-Unis et au rap Dirty South. Généralement, ses protagonistes se défendent en disant que les valeurs qu'ils prônent sont celles que les jeunes des quartiers populaires n'ont pas d'autre choix d'adopter, étant donné les conditions de vie qui leur sont faites. Au XXIe siècle en France le rappeur Booba peut être considéré comme l'archétype d'un tel rap.

À ne pas confondre : les variantes du rap, tel que le Crunk ou le Dirty ne contenant pas forcément des paroles bling-bling.

Rap hardcore[modifier | modifier le code]

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Contenu[modifier | modifier le code]

Plus cru au niveau des textes qui évoquent le vécu des artistes ou le rejet des valeurs établies, le rap hardcore est assez peu présent dans les grandes maisons de disques et se développe plutôt dans des studios indépendants permettant d'éviter le formatage du circuit des maisons de disques. Très critique et revendicatif, il rejette le système social et économique avec parfois des propos violents et explicites. Particulièrement agressif vis-à-vis de la police et de certaines institutions, le rap hardcore a connu une évolution.

La plupart critiquent le système, la police ou la justice, et revendiquent le fait que la société est nuisible, voir hostile, ce qui peut expliquer la promotion difficile de leurs albums. En effet, les labels acceptant de les « signer » sont pour la plupart indépendants et ont des moyens moins importants que les majors.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ces origines viennent du rap East Coast à la fin des années 1980 à Philadelphie. Les premiers artistes furent Schoolly D ainsi que des rappeurs originaires de New York tels que Public Enemy ou Boogie Down Production. Ce sont les premiers[réf. nécessaire] à parler de la pauvreté, de l’abus d’alcool, de la drogue, des violences de rue, des guerres de gangs et des crimes dans leurs textes en leur attribuant un message politique et revendicatif. Au début des années 1990, ce genre de rap gagna en célébrité avec l’arrivée de rappeurs tels que Cypress Hill, Ice Cube, Ice-T. Le rap hardcore devient ainsi synonyme du rap West Coast. Néanmoins des groupes originaires de New York tels que Wu-Tang Clan, Onyx, Nas, M.O.P. ou encore Mobb Deep réinventent une nouvelle fois le rap hardcore. Ce rap se caractérise par de la soul, des samples, du jazz ou des battements minimalistes[réf. nécessaire].

Durant les années 1990 et au début des années 2000, le rap hardcore connu une variante plus commerciale avec des artistes tels Big Pun, DMX, The Notorious B.I.G. ainsi que Tupac.

France[modifier | modifier le code]

En France, le rap hardcore prend de l'ampleur avec le groupe Suprême NTM (Kool Shen et JoeyStarr) dans la fin des années 1980.

Alors qu'il ne se ressentait que dans le fond et dans le flow au départ avec des artistes comme Ministère A.M.E.R., NTM ou Tout simplement noir, il a connu une évolution avec l'arrivée de groupes comme

Rohff, Mafia K'1 Fry, Lunatic, La Cliqua, Ideal J, Dicide, 113, Ärseniketc.

Rap indépendant[modifier | modifier le code]

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Le rap indépendant est un style de rap méconnu du très grand public : celui-ci a toujours existé, mais l'arbre du rap commercial cache la forêt d'artistes indépendants. Les artistes indépendants se réclament comme des rappeurs-autoproducteurs : tout est financé de A à Z par l'artiste lui-même et la commercialisation se fait généralement sur les marchés et/ou à la sauvette. Le rap indépendant est symbolisé par des dizaines, et même des centaines de rappeurs divers et variés, qui revendiquent leur auto-production, leur indépendance vis-à-vis des structures du disque et des radios. Ce rap peut être très souvent revendicateur mais pas seulement ; il peut être également aux antipodes du rap commercial.

Rap poétique ou rap jazz[modifier | modifier le code]

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Le sample est à l'honneur au début des années 1990 et les groupes de rap n'hésitent pas à emprunter des échantillons musicaux de Soul Music, de Jazz et de Funk pour agrémenter leur propre musique.

Le texte prend une importance et les rappeurs hexagonaux veulent rivaliser avec la créativité de groupes américains tels A Tribe Called Quest, De La Soul, Gang Starr. MC Solaar semble le précurseur de ce genre de rap et connaît un succès dans les années 1990.

Une compilation nommée Les Cool Sessions révèle entre autres Démocrates D, MC Janik, Ménélik, les Sages Poètes de la Rue, Lucien, SLEO... À l'instar de Common ou de Mos Def aux États-Unis, en France le flambeau du rap poétique est repris par Oxmo Puccino, Rocé etc. La décennie du rap poétique (1990 - 2000) est considérée par beaucoup comme l'âge d'or du Rap français car elle a représenté l'alliance de la sonorité et du rythme ambient[réf. nécessaire]. Des groupes comme NTM ou IAM ont également écrit de nombreux morceaux qui pourraient rentrer dans cette catégorie[réf. nécessaire].

Rap politique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rap politique.

Aussi appelé rap conscient, il est une chronique de la vie sociale porteuse d'un message d'opinion, cet aspect du mouvement tend à dénoncer des injustices tout en responsabilisant son public.[réf. nécessaire] Se considérant comme des porte-voix des groupes socio-culturels dont ils sont issus, ils s'adressent à tous. Ces artistes abordent des thèmes pouvant être très vastes (oppression, écologie[réf. nécessaire], injustice, racisme, immigration, extrême-droite, problèmes d'identité) se rapprochant par là de la devise aux sources du hip-hop : Peace, Love, Unity and Having Fun. Les rappeurs de ce style sont NTM et Assassin dont font partie Alien K., Empathik, Kabal, Médine, Rockin' Squat, V-laskes.

Il ne faut pas sous-estimer l'importance de certains rappeurs dans l'évolution de la société française au sujet de certains sujets sensibles[réf. nécessaire]. Pendant les émeutes de banlieue de 2005, Axiom écrit (après Renaud et Boris Vian) Ma lettre au Président dont l’accompagnement est samplé sur La Marseillaise. Il s’en prend alors à Nicolas Sarkozy et la classe dirigeante en général et reprend un thème : l’appel à une 6e République. Il reçoit une réponse du président de l'époque Jacques Chirac. Il est alors considéré comme un porte-parole des quartiers populaires[réf. nécessaire], considération qu'il refuse.

Les rappeurs comme Mac Tyer ou Despo Rutti abordent aussi des sujets, comme le passé esclavagiste et/ou colonisateur de la France. Les rappeurs « conscients » se voient avant tout comme des journalistes des banlieues, estimant que les médias donnent un aperçu très partiel de leurs quartiers. (Cf Média - Kool Shen)

Le rap conscient essaie de rétablir une vérité loin des clichés sur les banlieues, essayant ainsi de redonner des repères universels aux jeunes en général et aux jeunes des quartiers sensibles en particulier[réf. nécessaire].

L'émergence d'artistes comme Keny Arkana ou Médine ou encore Kery James a redoré le blason d'un style[réf. nécessaire] dont la finalité s'est quelque peu perdue à l'avantage d'un style egotrip et moins porteur d'espoir.

Le rap politique est généralement engagé contre le racisme et l'extrême-droite mais il existe des rappeurs nationalistes, moins connus et moins répandus. L'extrême-droite nationaliste est en contradiction avec les valeurs générales du rap, notamment Jean-Marie Le Pen le qualifiant de violent. Les rappeurs Kroc Blanc, MC Amor, Amalek, Goldofaf et Edel Hardiess sont considérés comme des rappeurs nationalistes et soutiennent le Front National. Les trois premiers s'assument racistes, idolâtrent Jean-Marie Le Pen dans leurs chansons et avec Goldofaf, sont adulés par certains membres d'extrême-droite sur des forum tels que jeuxvideo.com. Edel Hardiess est français d'origine tunisienne et musulman, religion pourtant en conflit avec le FN. Il dit être opposé au communautarisme et à Israël, trahi par le PS et proche d'Alain Soral. Toutefois, la majorité des rappeurs, engagés, gangsta ou commerciaux sont opposés aux idées d'extrême-droite.

Présence féminine[modifier | modifier le code]

Les premières femmes à avoir eu du succès en France sont sans doute B-Side (Odéon) au milieu des années 1980 et Melaaz, cinq ans plus tard. Mais elles sont aux limites du rap et de la chanson et ne jouissent pas d'une reconnaissance totale dans le mouvement hip-hop à la différence de Saliha qui apparait sur la première compilation de rap français Rap'attitude. Dans le milieu des années 1990, des rappeuses comme B-love (sur Rap'attitude 2), Laydee Laistee, Sté Strausz et Princess Aniès apparurent.

Une étape importante est certainement la réussite commerciale de Diam's, artiste qui semble avoir su s'adapter aux contraintes commerciales pour toucher un large public avec un album vendu à plus de 800 000 exemplaires. Sur le plan thématique, elles ne se différencient généralement pas des groupes masculins (ou mixtes), cependant leur émergence permet l'apparition de nouveaux sujets tels que le féminisme, l'homosexualité, la place des femmes dans les banlieues et la société ou la violence conjugale.

Certifications[modifier | modifier le code]

De nombreux albums issus du rap français ont été certifiés disque d'or ou plus (double or, platine, double platine, triple platine et diamant)[15].

Année Artistes
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
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2013
2014
2015
2016

Bibliographie indicative[modifier | modifier le code]

Ouvrages et articles[modifier | modifier le code]

  • Christophe Rubin, « Le rap est-il soluble dans la chanson française ? », Volume !, vol. 3:2,‎ , p. 29-42 (lire en ligne)
  • Sébastien Barrio, Sociologie du rap français, état des lieux (2000/2006) : Thèse dirigée par M. Rémy Ponton, Université Paris 8, Ecole doctorale de sciences humaines, (lire en ligne)
  • Marie Nathalie LeBlanc, Alexandrine Boudreault-Fournier et Gabriella Djerrahian, « Les jeunes et la marginalisation à Montréal : la culture hip-hop francophone et les enjeux de l’intégration », Diversité urbaine, vol. 7, no 1,‎ , p. 9-29 (ISSN 1913-0694 et 1913-0708, lire en ligne)
  • Thomas Blondeau et Fred Hanak, Combat Rap : 20 Ans de hip-hop en France, t. 2, Le Castor Astral, coll. « Castor Music », , 248 p. (ISBN 2859207600 et 978-2859207601)
  • Jacques Denis, « Rap domestiqué, rap révolté », Le Monde Diplomatique,‎ , p. 31 (lire en ligne)
  • Karim Hammou, « Des raps en français au "rap français" : Une analyse structurale de l’émergence d’un monde social professionnel », Histoire & Mesure, vol. XXIX-1,‎ , p. 73-108 (ISBN 9782713222139, lire en ligne)
  • Isabelle Marc Martínez, « Voix signifiantes : le cas du rap français », Thélème: Revista Complutense de Estudios Franceses, vol. 25,‎ , p. 183-195 (ISSN 1139-9368, lire en ligne)
  • Lorenzo Devilla, « "C’est pas ma France à moi..." : identités plurielles dans le rap français », Synergies Italie, vol. 7,‎ , p. 75-84 (ISSN 1724-0700, lire en ligne)
  • Thomas Gaetner, Hip hop : le rap français des années 90, Editions Fetjaine, coll. « Musique », , 252 p. (ISBN 9782354254193)
  • Laurent Bouneau, Le rap est la musique préférée des français, Don Quichotte, 396 p., 2014.
  • Vincent Piolet (préf. Dee Nasty), Regarde ta jeunesse dans les yeux - Naissance du hip hop français 1980-1990, Editions Le Mot Et Le Reste, (ISBN 2360541676 et 978-2360541676)
  • Mehdi Maizi, Rap français : Une exploration en 100 albums, Le mot et le reste, (ISBN 978-2360541645)

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Rimes et châtiments, réalisé par Leila Sy et Arnaud Fraisse (2011)[97].
    Retrace l'histoire des pionniers et des professionnels du rap en France. Ce film fut diffusé en 2011 sur les chaines Direct Star puis France Ô.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Ann Boyle, connue sous les noms Fab 5 Betty, B-Side, Bee Side, Beeside, Beside, a collaboré avec Afrika Bambaataa, Fab Five Freddy, Bill Laswell, Bernard Fowler et Bernard Zekri, son mari[4]. Elle a sorti un album en 1985, Cairo Nights, chez Celluloid.
  2. 424 disques compact selon Stéphanie Molinero, « Karim Hammou, Une histoire du rap en France », Volume !, no 10:2 « Composer avec le monde »,‎ , p. 240-242 (lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Barrio 2007, p. 28
  2. Barrio 2007, p. 29
  3. Sarah Kaminsky, « Bernard Zekri, passe-partout », Libération,‎ (lire en ligne)
  4. Parisian Interzone: The History Of Celluloid Records, The Quietus, 28 février 2013
  5. Vincent Piolet, Regarde ta jeunesse dans les yeux - Naissance du hip hop français 1980-1990, Marseille, Le Mot Et Le Reste, 2015 (ISBN 2360541676)
  6. a, b, c, d et e Piolet, 2015
  7. « Nova Planet » (consulté le 10 novembre 2013).
  8. a, b et c Barrio 2007, p. 30
  9. Hammou 2009, p. 4
  10. Hammou 2009, p. 5 : « j’ai recensé environ 450 albums de rap interprétés en français et distribués sur le territoire français de 1990 à 2004. »
  11. Béru 2009
  12. Devilla 2009, p. 78
  13. Denis 2008
  14. « Article des Inrockuptibles »
  15. « Site du SNEP, organisme officiel chargé de remettre les certifications Disque d'Or et plus »
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