Art urbain

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L'art urbain, ou street art[1], est un mouvement artistique contemporain. Il regroupe toutes les formes d’art réalisé dans la rue, ou dans des endroits publics, et englobe diverses techniques telles que le graffiti, la réclame, le pochoir, la mosaïque, le sticker, l'affichage voire le yarn bombing ou les installations. C'est principalement un art éphémère vu par un large public.

Histoire[modifier | modifier le code]

ensemble de 6 formes cubiques arrangé en un cercler Vertical par Vasarely à Budapest
Sculpture de Victor Vasarely à la gare du Sud (Déli pályaudvar) de Budapest.

La généalogie de l'art urbain est multiple et complexe. Il existe depuis les années 1960 une prise en compte de l'environnement urbain dans la création contemporaine. Allan Kaprow, un des premiers artistes à utiliser les installations, écrit que « L'art s'est déplacé de l'objet spécialisé en galerie vers l'environnement urbain réel »[2].

En France, les années 1960 voient également des expérimentations d'intégration de l'art dans la ville. L'une des premières expériences est l'organisation d'un symposium international de sculpture, en 1968 à Grenoble, qui impulse la création de dizaines d'œuvres dans la ville, dont celles de Mizui, Victor Vasarely, Calder… En 1972, à Villeneuve de Grenoble, des plasticiens sont contactés pour participer à la conception du volume de la galerie de l'Arlequin. Des contacts sont pris avec Jean Dewasne, mais la tentative tourne court. La décoration est finalement confiée à Henri Ciriani et Borja Huidobro. Une fresque est réalisée sur la nouvelle bourse du travail par Ernest Pignon-Ernest, considéré comme l'un des précurseurs de l'art urbain. D'autres expériences sont imaginées dans les villes nouvelles, comme à Évry, en 1972, et à Marne-la-Vallée.

L'art urbain en tant qu'initiative individuelle commence à s'épanouir en France à partir de Mai 1968[3].

Influence[modifier | modifier le code]

L'art urbain puise ses origines dans des disciplines graphiques aussi variées que la bande dessinée ou l'affiche. Selon Alain Weill[4], spécialiste de l'affiche[NB 1], l'essence de l'art urbain contemporain se retrouve tant dans les œuvres des affichistes d'après-guerre comme Raymond Savignac, en France, que dans celles des dessinateurs de la contre-culture américaine tels Robert Crumb ou Vaughn Bodé, tous deux figures de proue du comics underground depuis les années 1960.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 1963 : premières peintures éphémères de Gérard Zlotykamien[5] ;
  • 1963 : pochoir d'Ernest Pignon Ernest sur le plateau d'albion (Vaucluse) en réaction à la force de frappe nucléaire française ;
  • 1968 : recherche artistique dans les affiches à caractère politique de l'« Atelier populaire ex École des Beaux-Arts », dans le cadre de la contestation de Mai 68 ;
  • 1971 : les gisants de la Commune de Paris par Ernest Pignon Ernest ;
  • 1974 : la station de métro Hankar à Bruxelles, Notre temps, Roger Somville ;
  • 1980 : premiers subway drawings de Keith Haring dans le métro de New York[6], sur les panneaux publicitaires vacants plutôt que sur le matériel roulant comme le faisaient déjà les writers ;
  • 1981 :
  • 1982 : rencontre de Jean Gabaret et Michel Espagnon dans les catacombes de Paris : leurs fresques sont signées « Vive La Peinture », préfiguration du groupe VLP (Vive La Peinture) ;
  • 1983 :
  •  : les Frères Ripoulin (avec, entre autres, Claude Closky et Pierre Huygues) collent leurs premières peintures sur papier[15] ;
  • 1985 :
    • Premiers pochoirs et affichages d´originaux des Nuklé-Art, Kim Prisu, Kriki, Etherno ;
    • , première intervention de Miss.Tic[16] ;
      • L'affiche de La Ruée vers l'Art, sous l'initiative de Jack Lang, est signée Speedy Graphito ;
    • Découverte du terrain vague de Stalingrad par Ash (Victor Ash) situé entre les stations de métro Stalingrad et La Chapelle à Paris, devenue un endroit clé pour le développement du graffiti à Paris et en Europe dans les années 1980[réf. nécessaire] ;
  • 1986 : parution du premier livre consacré au pochoir Vite Fait / Bien Fait (éditions Alternatives. Le titre et le pochoir de couverture sont de Jef Aérosol ;
  • 1986 : première exposition consacrée au pochoir, galerie du Jour (Agnès B.) à Paris ;
  • 1986 : parution du livre Pochoir à la une d´après une idée originale du groupe Nuklé-Art et de la librairie Parallèle ;
  • 1987 : Qu'est ce qu'un intellectuel, à Louvain La Neuve, Roger Somville ;
  • 1987 : arrivée de Jonone à Paris ;
  • 1988 : Premiers parcours de Moreje à Paris ;
    • œuvres d'Ernest Pignon-Ernest à Naples ; campagne Miss.Tic présidente
  • 1989 : André invente son Monsieur A[17] ,
  • 1990 : Kim Prisu et Vr (Hervé Morlay) vont peindre le mur de Berlin sur les 1 300 m qui restent côté est pour mémoire — la East Side Gallery. Restaurée en 2009, Kim Prisu n'a pas voulu en faire une copie conforme de sa fresque de 1990 et en donne une autre version ;
  • 1991 : mai, premier tag de la station de métro musée du Louvre à Paris. La RATP engage une campagne de nettoyage à grande échelle ;
  • 1991 : décembre, premier soutien officiel du ministère de la Culture et de son ministre Jack Lang au mouvement « tag » avec l'organisation de l'exposition ART CO'91 à l'arche de la Défense à Puteaux, qui présente une performance artistique réalisée par les tagueurs Stem, Œno et Gary sur un mur géant de bidons ;
  • 1992 : février, deuxième intervention de tag à la station de métro musée du Louvre à Paris, mise en cause de la politique de soutien au mouvement tag du ministère de la Culture ;
  • Décennie 1990 : durant cette période, le devant de la scène est principalement occupé par le graffiti hip-hop. La propagation internationale se fait par la télévision ; Jérôme Mesnager rend compte de ses voyages en Afrique à Thierry Ardisson dans l'émission Lunettes noires pour nuits blanches en 1990 ;
Fresque dans le Jardin d'Embarthe à Toulouse

Outils et techniques[modifier | modifier le code]

L'art urbain conjugue souvent différentes techniques : le pochoir nécessite en général l'utilisation de peintures, le plus souvent aérosol ; l'affiche peut être le support de pochoirs[NB 2], etc.

Les outils[modifier | modifier le code]

Les techniques[modifier | modifier le code]

Styles[modifier | modifier le code]

Les artistes d'art urbain ont en commun une activité (légale ou non) d'intervention urbaine. La principale distinction avec le graffiti « traditionnel » (ou hip-hop, tel qu'il est né aux États-Unis), est que les artistes urbains n'ont pas systématiquement recours à la lettre (comme c'est le cas dans le writing américain) et à l'outil aérosol.

Les buts sont variés : dans le cas du graffeur, il s'agit principalement d'apposer son nom ou « blaze » ; dans le cas du street art, il s'agit d'une image, d'une signature visuelle, quelle que soit la méthode. On peut citer les affiches peintes de Jean Faucheur, les sérigraphies d'Ernest Pignon-Ernest, les pochoirs de Miss.Tic ou de Jef Aérosol, les autocollants de Clet Abraham, les collages de Kim Prisu, petites peintures uniques sur divers support, les peintures au pinceau de Jérôme Mesnager, ou celles à l'aérosol de M. Chat, ou bien encore les photographies d'Antonio Gallego.

D'autres sont motivés par l'expression de messages. Leurs intentions sont politiques comme les membres du groupe VLP (Vive La Peinture) qui collent l'image de leur Zuman Kojito dans les rues de Paris, surmonté de bulles lui faisant dire des phrases fondamentales du type : « J'existe », « Je résiste », « Je suis un morceau d'utopie », etc. Leur identité visuelle reste cependant bien reconnaissable.

La plupart des artistes souhaitent avant tout s'exprimer et que leurs œuvres soient vues par la foule des usagers de l'espace public qui finit par mémoriser ses signatures visuelles, leur permettant d'accéder à une forme de célébrité individuelle à laquelle ils aspirent le plus souvent.

Il existe des exceptions. Yann Dumoget, par exemple, inverse la pratique du tag. Au lieu de réaliser des graffitis dans l’espace public, il demande au public de « graffiter » l’espace intime de ses propres peintures. D'autres, comme Cédric Bernadotte, questionnent l'espace public en proposant de se réapproprier un lieu avec des matériaux économiques et accessibles tels que le cellophane[24]. Dans les mouvements récents on trouve le mélange du graffiti et de la vidéo ; ainsi le travail d'un artiste comme Blu qui fait de l'animation dans la rue[25].

Galerie[modifier | modifier le code]

Statut juridique[modifier | modifier le code]

Le statut juridique du street art est complexe et peut fortement varier selon les pays. Il faut souligner dans certains pays la privation des droits d'auteur d'œuvres qui ont été réalisées dans l'illégalité, comme des graffiti réalisés en France sans l'autorisation du propriétaire du support[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. À ne pas confondre avec son homonyme Alain Weill, homme d'affaires du secteur des médias.
  2. Voir le travail de Blek le rat
  3. Voir Invader et Moreje
Références
  1. Stéphanie Lemoine, op. cit. : « récemment rebaptisé street art »
  2. Allan Kaprow, in L'Art et la vie confondus, p. 261.
  3. Entretien de Banksy dans le journal Le Monde, décembre 2010[réf. incomplète].
  4. Voir, par exemple, Le Design graphique : ABCDEF…, coll. Découvertes Gallimard, Paris, 2003.
  5. Stéphanie Lemoine et Julien Terral, op. cit., p. 157.
  6. Alexandra Kolossa, Haring, Taschen, 2009, (ISBN 9783836512558), p. 92.
  7. Il ne s'agit pas du hacker ; Denys Riout, op. cit., p. 120.
  8. Denys Riout, op. cit., p. 121.
  9. Denys Riout, op. cit., p. 115.
  10. Denys Riout, op. cit., p. 113.
  11. Denys Riout, op. cit., p. 114.
  12. Denys Riout, op. cit. p. 129
  13. Denys Riout, op. cit., p. 122.
  14. Denys Riout, op. cit., p. 117.
  15. Denys Riout, op. cit., p. 124.
  16. Denys Riout, op. cit., p. 123.
  17. Tristan Manco, Street Logos, Thames & Hudson, Londres, 2004, ISBN 0-500-28469-5, 128 pages, p. 78
  18. Site (en construction) de l'artiste.
  19. Graff it #1, p. 2 (de couverture) (ISBN 2-914714-00-9).
  20. Voir dans la bibliographie : L'Art modeste sous les bombes.
  21. Le Bains Douches - Résidences
  22. Types d'art dans l'histoire
  23. Voir Collectif France Tricot.
  24. Réappropriations de Cédric Bernadotte.
  25. « Street art : Blu réveille la bête », in Orbeat Magazine.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1980 : Mur, murs d'Agnès Varda. Film sur les murs peints de Los Angeles.
  • 2004 : Rock Fresh
  • 2005 : RASH, documentaire explorant la valeur culturelle de l'art urbain et du graffiti à Melbourne
  • 2008 : Bomb It, film documentaire sur le graffiti et l'art urbain à travers le monde
  • 2008 : Beautiful losers, film documentaire d'Aaron Rose et Joshua Leonard. Avec Shepard Fairey, Barry McGee.
  • 2010 : Faites le mur !, documentaire réalisé par Banksy sur l'artiste Thierry Guetta
  • 2012 : Dégradation volontaire 2, film de référence sur le graffiti consacré au métro parisien. Avec SEE hg mpv, ACE, Vices, Dixe, Sleez.
  • 2011 : Crimes of Minds, documentaire sur les coulisses du festival à Brest. / Des œuvres de street artistes, comme Jef Aerosol, C215, Fin DAC, Liliwenn,
  • 2015 : Les messages du street art, de la rue au musée, vidéo d'une conférence grandement illustrée de Christian Gerini (Université de Toulon et Collège Méditerranéen des Libertés, avril 2015). En ligne à l'adresse: http://plus.franceculture.fr/partenaires/toulon/conference-les-messages-du-street-art-de-la-rue-aux-musees

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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