Rap mongol

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Le rap mongol s'installe dans la continuité de la diffusion mondiale du hip-hop, de sa réappropriation et de son adaptation aux problématiques locales. Il est donc une synthèse des racines américaines du genre et de traits culturels mongols.

L'indépendance : une ouverture vers les influences culturelles extérieures[modifier | modifier le code]

En 1990, lors de l'effondrement de l'URSS, sous la pression d'une jeunesse manifestante éduquée, les autorités de la Mongolie communiste ont démissionné sans affrontements. La transition vers une nation démocratique avec une économie de marché libre s'est faite pacifiquement. Le contrôle gouvernemental sur les migrations s'est considérablement atténué et une partie importante de la population rurale a investi les villes mongoles, notamment Oulan-Bator, profitant des opportunités d'emploi offertes par le nouveau système économique. Plus des deux tiers des mongols sont, en 2010, urbains et près de la moitié de la population vit dans la capitale[Do 1].

La Mongolie est l'un des pays les plus jeunes du monde avec 75 % de la population ayant moins de 35 ans. Au contraire de la jeunesse rurale qui vit encore dans un mode de vie traditionnel, la jeunesse urbaine est largement ouverte aux influences culturelles extérieures, lesquelles ont abouti à son multilinguisme[Do 1]. Si la musique populaire occidentale est déjà accessible avant 1990, la révolution démocratique en a largement favorisé l'accès[Do 2]. La jeunesse s'est rapidement appropriée ces influences et est ainsi passée de consommatrice de la scène musicale populaire mondiale à productrice, expérimentant de nombreux styles musicaux, jouant avec ces moyens d'expression en les adaptant aux contextes locaux[Do 3]. Autour de 1990, certains artistes ont produit des reprises de chansons populaires occidentales en mongol ou en anglais. D'autres, ont intégré à leurs chansons des messages politiques et sociétaux, tels que la défense de la démocratie et de la liberté, ou culturels comme la vie de Gengis Khan[Do 3]. L'ouverture vers l'extérieur a conduit à l'apparition de scènes musicales hybridation des influences étrangères et des sons, thèmes et styles typiquement mongols. Les langues étrangères, et notamment l'anglais, et le mongol s'y côtoient ou s'y mêlent[Do 2].

Les difficultés économiques résultant de la transition d'une économie centralisée et planifiée à une économie de marché, lesquelles ont notamment rendu les instruments de musique très coûteux, ont conduit à la disparition de nombre de groupes au début des années 1990. À la fin de cette décennie, la situation des artistes auparavant dépendants d'Oulan Bator, les communautés rurales n'ayant pas les moyens de payer le billet d'un concert, s'est améliorée avec l’émergence des ordinateurs, de la télévision par câble, des radios urbaines et d'Internet[Do 3].

Entre références culturelles mongoles et références au hip-hop[modifier | modifier le code]

Le rap est un mouvement musical dans lequel les artistes interagissent avec les formes globales du mouvement hip-hop, principalement influencées par la culture de la communauté afro­américaine où il est né dans les années 1970, et qui reste une référence déterminante, tout en s’enracinant dans le contexte social, économique, culturel et politique local de leur pays. Le rap mongol est donc une réappropriation de l'univers musical et des codes du hip-hop américain[Ré 1].

Des références visuelles au hip-hop[modifier | modifier le code]

Le rap mongol utilise des références visuelles au mouvement hip-hop telles que le graffiti, l'utilisation du logo américain Parental Advisory: Explicit Lyrics, censé prévenir de paroles potentiellement choquantes, et détourné par nombre de rappeurs américains ou d'autres régions du monde pour en faire un label de qualité, ou bien encore une attitude de bad boy qui renvoie à la pratique symbolique du conflit théâtralisé[Ré 2].

L'influence du personnage de Genghis Khan sur le rap mongol[modifier | modifier le code]

L'un des traits caractéristiques du hip-hop mongol est la fréquence des rappels à la période de l'Empire mongol. Sur une pochette de l'album Lamba guian Nulims du groupe Lumino, les trois membres du groupe, dans une posture de bad boy, sont vêtus de costumes guerriers renvoyant à l’époque de Gengis Khan, le bad boy de l’histoire selon le géographe Patrick Rérat[Ré 3]. Ce rappel à Gengis Khan s'inscrit dans le cadre d'une revalorisation du passé de la Mongolie, et notamment de sa figure tutélaire et incontournable, après la chute du régime communiste mongol. Celui-ci suivait la politique moscovite prohibant l'évocation de ce personnage, auparavant vénéré, de crainte que sa déification ne réveille le nationalisme mongol et n’inspire des velléités d’autonomie. Les bouleversements qui suivent la mise en place d'un régime politique et économique plus ouvert s'accompagnent de la recherche d'une identité nationale : « Genghis Khan redevient en quelques années le symbole de l’unité de la nation, de sa force, de sa capacité à dépasser les divisions internes et à surmonter les vicissitudes de l’histoire »[Ré 4]. Par exemple, en 2002, est posé dans la capitale la première pierre d'un mémorial géant. Un deuxième monument est érigé en 2006[Ré 5].

Les références à l'Empire mongol sont très nombreuses dans le rap mongol, même si elles ne sont pas exclusives à ce genre de musique. Au début des années 2000, le groupe Har Sarnai revêt lors de ses concerts les habits des guerriers mongols et interprète des chorégraphies mélangeant la danse hip-hop et la danse traditionnelle[Ré 6]. Dans ses pochettes d'album, le groupe Tatar, du nom d'un peuple intégré par Gengis Khan à son empire et qui a fourni de nombreux combattants, représente des personnages des conquêtes en s’inspirant de la technique et de l’esthétique des graffitis[Ré 6]. L'écriture traditionnelle empruntée aux Ouïghours sous Genghis Khan, rejetée durant la période communiste, est également remise à l'honneur. Durant le règne de cet empereur, le bouddhisme tibétain fait son apparition[Ré 7]. Réprimé durant la période stalinienne, il connaît une renaissance dès le début des années 1990. L'album Lamba guian Nulims de Lumino, "Les larmes de monsieur Lamba" fait référence à un livre bouddhiste très populaires dans les années 1920, "Les larmes d’un moine"[Ré 8].

Musiques et textes[modifier | modifier le code]

La musique et les textes peuvent être une simple adaptation des modèles du hip-hop américain, mais nombre de productions mélangent musique hip-hop et éléments traditionnels tels que des instruments traditionnels et des refrains de chant de gorge. Les paroles peuvent être en mongol en totalité ou partiellement, et dans ce dernier cas, accompagné d'anglais[Ré 9].

La diffusion du rap mongol[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • (zh) Gregory Delaplace, « The ethics and esthetics of Mongolian hip-hop », dans Konagaya Yuki, Maekawa Ai, Understanding Contemporary Mongolia in 50Chapters, Tokyo, Akashi Shoten, coll. « Area Studies » (no 133), (lire en ligne), p. 296-302.
  • (en) Sender Dovchin, « Performing Identity Through Language: The Local Practices of Urban Youth Populations in Post-Socialist Mongolia », Inner Asia, vol. 13, no 2,‎ , p. 315–333 (ISSN 1464-8172, DOI 10.1163/000000011799297618, lire en ligne).
  1. a et b Dovchin 2011, p. 316-317.
  2. a et b Dovchin 2011, p. 321-322.
  3. a b et c Dovchin 2011, p. 321.
  • (en) Sender Dovchin, « Language, multiple authenticities and social media: The online language practices of university students in Mongolia », Journal of Sociolinguistics, vol. 19, t. 4,‎ , p. 437-459 (lire en ligne).
  • (en) Sender Dovchin, « Translocal English in the linguascape of Mongolian popular music », World englishes, vol. 36, t. 1,‎ , p. 2-19 (lire en ligne).
  • (en) Sender Dovchin, « Dissatisfaction and Dissent in the Transmodal Performances of Hip-hop Artists in Mongolia », dans Andrew S. Ross et Damian J. Rivers, The sociolinguistics of hip-hop as critical conscience : dissatisfaction and dissent, (ISBN 978-3-319-59244-2, lire en ligne).
  • (en) Heath Druzin, « There's Nothing Quite Like Mongolian Hip-Hop », sur ozy.com, (consulté le 26 mars 2021).
  • (en) Louisa Lim, « A New Beat Gives Young Mongolia A Voice, Identity », sur npr.org, (consulté le 26 mars 2021).
  • (en) Peter K. Marsh, « Our generation is opening its eyes: hip-hop and youth identity in contemporary Mongolia », Central Asian Survey, vol. 29,‎ , p. 345-358 (lire en ligne).
  • (en) Patrick Rérat, « Le rap des steppes. L’articulation entre logiques globales et particularités locales dans le hip-hop mongol », Géographie et cultures, no 59,‎ , p. 43–55 (ISSN 1165-0354, DOI 10.4000/gc.3751, lire en ligne, consulté le 12 mars 2021).
  1. Rérat 2006, paragraphe 5.
  2. Rérat 2006, paragraphes 6 à 8.
  3. Rérat 2006, paragraphe 8.
  4. Rérat 2006, paragraphes 10 à 14.
  5. Rérat 2006, paragraphe 14.
  6. a et b Rérat 2006, paragraphe 15.
  7. Rérat 2006, paragraphe 16.
  8. Rérat 2006, paragraphe 17.
  9. Rérat 2006, paragraphe 18.
  • (en) Quinn Wallace, « B-Boy and Buuz: A Study of Mongolian Hip-Hop Culture », Independent Study Project (ISP) Collection,‎ (lire en ligne).

Autres ressources[modifier | modifier le code]

  • [vidéo] Mongolian Bling — Voir Simon Wickhamsmith, « Mongolian Bling. Written and directed by Benj Binks; produced by Nubar Ghazarian », Pacific Affairs, vol. 87, no 1,‎ , p. 211–212 (lire en ligne, consulté le 12 mars 2021)