Nouvel ordre mondial (théorie du complot)

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Page d'aide sur l'homonymie Pour le concept sur le rôle des États-Unis comme puissance globale, voir Nouvel ordre mondial (relations internationales).

Il existe plusieurs théories du complot utilisant la formule nouvel ordre mondial (qu'elles désignent par l'acronyme NWO, ou NOM en français). Elles dénoncent un projet de domination planétaire, à travers des institutions prétendument démocratiques, des institutions non gouvernementales ou bien des régimes totalitaires. En ce sens, le « nouvel ordre mondial » se rapproche du livre 1984 de George Orwell ou du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley.

Selon certaines théories, donnant beaucoup d'importance à un groupe appelé Illuminati, il s'agit d'une conspiration pluri-séculaire, visant à la domination du monde et réalisant ses plans de manière progressive à travers l'histoire. Les événements du monde seraient ainsi orchestrés par un groupe d'individus agissant dans l'ombre, porteurs d'un projet totalitaire de longue date. Les groupes désignés comme les conspirateurs varient considérablement selon les versions. Des groupes réels, sociétés secrètes ou du monde des affaires, sont désignés comme étant le « cerveau » derrière ce vaste projet secret de contrôle du monde : les organisations et fondations élitistes internationales telles que le Council on Foreign Relations, la Commission Trilatérale, le groupe Bilderberg, le Club de Rome, la Fondation Ditchley ou bien des groupes fermés comme les francs-maçons, Skull and Bones, Bohemian Club, Ordo Templi Orientisetc.

Historique[modifier | modifier le code]

Ces théories prétendant démasquer une conspiration planétaire sont originellement développées par plusieurs conservateurs européens et américains, adeptes des théories du complot maçonnique et de leurs dérivés. En 1912, le ministre français des Affaires étrangères Émile Flourens dénonça, dans Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, les prémisses de la création de la Société des Nations et de la Cour permanente de justice internationale[1]. Il y voyait des influences maçonniques pour créer un gouvernement mondial, une justice mondiale et une religion globale, dans un nouvel ordre d'où le papisme serait exclu[2]. Il émit l'hypothèse que les cercles maçonniques désiraient éliminer le droit à l'autodétermination des peuples, pour le remplacer par le droit international[3].

En 1958, Aldous Huxley publie Retour au meilleur des mondes (Brave New World Revisited) un essai dans lequel il effectue un rapprochement entre l'évolution du monde et l'univers du Meilleur des Mondes. Aldous Huxley ne donne aucune explication conspirationniste sur cette évolution, mais ses origines et sa famille en font un observateur privilégié des courants de pensées des élites anglaises, notamment en ce qui concerne le darwinisme social et l'eugénisme.

Toujours en 1958, l'industriel américain Robert W. Welch, Jr. fonde la John Birch Society (JBS), un groupement politique anticommuniste, chrétien et patriotique. Lors du discours d'inauguration de la JBS, Robert W. Welch expose le complot qui menacerait selon lui les États-Unis mené par un groupe secret et visant à établir une hégémonie mondiale via la passation progressive de la souveraineté des nations à des organisations internationales. Il fait campagne en 1959, pour obtenir le retrait des États-Unis de l'Organisation des Nations unies, qu'il accuse de vouloir instaurer un gouvernement mondial. En 1971, Robert W. Welch exposera dans un discours l'idée que les communistes ne se trouveraient pas au sommet de la conspiration mais qu'ils ne représentent qu'une de ses branches. Il baptisera les maîtres supposés de cette conspiration « The insiders » (les infiltrés) et les reliera directement aux illuminati de Bavière du XVIIIe siècle.

Selon l'historien Carroll Quigley, les élites du capitalisme financier, qu'il situe dans la période de 1850 à 1932, avaient comme ambition de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l'économie mondiale d'un seul tenant[4]. Selon Quigley, le pouvoir est ensuite passé des banquiers aux technocrates et aux groupes de pression, faisant usage de la propagande. Son analyse date de 1966, et depuis, un mouvement de dérégulation en faveur de la finance s'est développé, ayant abouti à la crise financière d'après 2007. La dette privée a été transformée en dette publique, et cette dernière est utilisée comme argument pour mener des plans d'austérité. Contrairement à ce qu'affirment les théories du complot, la situation n'est pas sous contrôle et ces décisions ont entrainé de nombreuses contestations populaires.

En 1971, Gary Allen publie un livre intitulé None dare call it a conspiracy (« Que personne n'ose appeler cela un complot ») reprenant les thèses de Welch et Quigley et faisant le lien avec la politique de l'administration Nixon (entre autres la réforme du système éducatif).

Par la suite, la théorie d'un complot visant à une unification impériale du monde sera surtout le fait d'auteurs et de groupes américains de droite paléoconservateurs et anticommunistes. Larry McDonald, membre de la John Birch Society, affirma en 1983 qu'il y a eu un transfert de fonds et de technologie vers l'URSS[5], qui a eu pour effet de maintenir un ennemi et l'activité du complexe militaro-industriel. C'était donc pendant la guerre froide. Il expliqua que des élites des États-Unis voulaient créer un gouvernement mondial de tendance socialiste. William F. Jasper, autre membre de la John Birch Society, dénonça en 1983 l'appartenance socialiste ou marxiste de chaque Secrétaire général des Nations unies, et dénonce dans Global Tyranny – Step by Step: The United Nations and the Emerging New World Order une future dictature mondiale[6]. Une théorie qui se rapproche de celles soutenues par John Coleman dans Socialism: The Road To Slavery (réédité sous le titre de One World Order: Socialist Dictatorship)[7].[réf. incomplète]

En 1997, le conservateur Gary H. Kah réhabilite la théorie du complot maçonnique dans En Route to Global Occupation, en accusant la franc-maçonnerie d'être la force derrière l'agenda pour un nouvel ordre mondial, c'est-à-dire un gouvernement mondial unique[8].

Indices[modifier | modifier le code]

Les théoriciens du complot du NOM interprètent plusieurs événements comme les signes fragmentaires d'un plan global.

Ainsi John Maynard Keynes, principal représentant du Commonwealth lors des discussions autour de la création du système de Bretton Woods, a insisté pour la création d'une Banque de règlement internationale. Une telle banque aurait eu la prérogative d'émettre une monnaie internationale appelée le « bancor », ainsi que de financer une autorité de gouvernance supranationale[9]. Si sa démarche n'a pas eu de succès, l'équivalent d'une monnaie internationale, les droits de tirage spéciaux, fut finalement créé par le Fonds monétaire international (FMI) en 1969. Cela pose la question du rapport entre la création monétaire et la démocratie.

Un rapport de la Commission Trilatérale de 1975, intitulé The Crisis of Democracy[10], est souvent évoqué par les théoriciens du complot pour dénoncer une dérive dictatoriale des gouvernements occidentaux. Selon ce rapport, le sentiment d'aliénation des citoyens ainsi que l'action des intellectuels menacent la gouvernance dans ces pays, qui nécessiteraient « un recours à la manipulation, au compromis et même à la coercition pour arriver à une décision »[11].

David Rockefeller dans son livre Mémoires[12], a écrit que lui-même et sa famille ont travaillé contre l'intérêt des États-Unis. Il aurait d'autre part affirmé que le but était de construire une souveraineté supranationale d'une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux[13]. Ces propos sont vus comme l'aveu d'une conspiration mondiale pour la mise en coupe réglée du monde par le pouvoir financier.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Émile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, 1912 [lire en ligne] [PDF].
  2. Émile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, 1912, p. 33 [lire en ligne] [PDF].
  3. Émile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, 1912, p. 55 [lire en ligne] [PDF].
  4. (en)Tragedy and Hope: A History of the World in Our Time, 1966 (ISBN 0-945001-10-X).
  5. Larry McDonald à l'émission Crossfire en 1983 avec Pat Buchanan et Thomas Braden.
  6. (en) William F. Jasper, Global Tyranny… Step by Step: The United Nations and the Emerging New World Order, 1992 Texte en ligne [PDF].
  7. (en) John Coleman, One World Order: Socialist Dictatorship (ancien titre Socialism: The Road To Slavery).
  8. (en)Gary H. Kah, En Route to Global Occupation, Huntington House Publishers, décembre 1996.
  9. (en) D. Moggridge, « Proposals for an International Currency Union (Second Draft, November 18, 1941)[PDF] », Collected Writings of John Maynard Keynes, vol. XXV, p. 42–66,  éd. Mac Millan, 1980.
  10. (en)The Crisis of Democracy.
  11. The Crisis of Democracy, Commission Trilatérale, p. 51.
  12. Mémoires, Fallois, 12 avril 2006, 607 pages, (ISBN 2877065871)[réf. incomplète].
  13. Discours à la Commission Trilatérale en juin 1991 à Baden Baden, dans Matrix of Power: How the World Has Been Controlled by Powerful Men Without Your Knowledge, paru en 2000.