Nouvel ordre mondial (théorie du complot)

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Verso du Grand sceau des États-Unis (1776). L'expression latine "novus ordo seclorum", qui y figure depuis 1782 ainsi qu'au dos du billet de 1 dollar américain depuis 1935, se traduit par "Nouvel ordre des âges" et fait allusion au début d'une ère où les États-Unis d'Amérique sont un État-nation indépendant ; les théoriciens du complot prétendent qu'il s'agit d'une allusion au "Nouvel ordre mondial"[1].

Le terme de nouvel ordre mondial est une formule utilisée pour désigner plusieurs théories du complot. Elles dénoncent un projet de domination planétaire, à travers des institutions prétendument démocratiques, des institutions non gouvernementales ou bien des régimes totalitaires.

Certains tenants de cette théorie du complot font appel à des groupes hypothétiques tels que les Illuminati et dénoncent une vaste conspiration pluriséculaire. Les événements du monde seraient ainsi orchestrés par un groupe d'individus agissant dans l'ombre, porteurs d'un projet totalitaire de longue date. Les groupes désignés comme les conspirateurs varient considérablement selon les versions. Des groupes réels, sociétés secrètes ou du monde des affaires, sont désignés comme étant le « cerveau » derrière ce vaste projet secret de contrôle du monde : les organisations et fondations élitistes internationales telles que le Council on Foreign Relations, la Commission Trilatérale, le groupe Bilderberg, le Club de Rome, la Fondation Ditchley ou bien des groupes fermés comme les francs-maçons, Skull and Bones, Bohemian Club, Ordo Templi Orientisetc.

Historique[modifier | modifier le code]

L'historien des idées Pierre-André Taguieff considère que la vision d'un « mégacomplot » puise ses racines au XVIIe siècle avec le mythe du complot juif qui se métamorphose au XIXe siècle en mythe du complot judéo-maçonnique, lesquels sont devenus des modèles pour le judéo-bolchevisme qui se développe au XXe siècle. « Le « mégacomplot », tel qu'il a été théorisé dans les milieux de l'extrême-droite dans les années 1920 et 1930, inclura le complot judéo-bolchevik (« l'Internationale du sang ») et le complot judéocapitaliste ou judéo-ploutocratique (« L'Internationale de l'or »). La génération suivante des écrivains complotistes, surtout après 1945, opérera une réinterprétation du « mégacomplot », fort attrayante pour le public spécialisé : bolchevisme et nazisme seront expliqués par les activités des mêmes puissances occultes »[2],[3].

Une des représentations du nouvel ordre mondial, selon les théoriciens du complot.

Ces théories prétendant démasquer une conspiration planétaire sont ainsi originellement développées par plusieurs conservateurs européens et américains, adeptes des théories du complot maçonnique et de leurs dérivés. En 1912, le ministre français des Affaires étrangères complotiste Émile Flourens dénonça, dans Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, les prémices de la création de la Société des Nations et de la Cour permanente de justice internationale[4]. Il y voyait des influences maçonniques pour créer un gouvernement mondial, une justice mondiale et une religion globale, dans un nouvel ordre d'où le papisme serait exclu[5]. Il émit l'hypothèse que les cercles maçonniques désiraient éliminer le droit à l'autodétermination des peuples, pour le remplacer par le droit international[6].

En 1958, l'écrivain britannique Aldous Huxley publie Retour au meilleur des mondes (Brave New World Revisited) un essai dans lequel il effectue un rapprochement entre l'évolution du monde et l'univers de son roman Le Meilleur des mondes. Aldous Huxley ne donne aucune explication conspirationniste sur cette évolution, mais ses origines et sa famille en font un observateur privilégié des courants de pensées des élites anglaises, notamment en ce qui concerne le darwinisme social et l'eugénisme[réf. nécessaire].

Toujours en 1958, l'industriel américain Robert W. Welch, Jr. fonde la John Birch Society (JBS), un groupement politique anticommuniste, chrétien et patriotique. Lors du discours d'inauguration de la JBS, Robert W. Welch expose le complot qui menacerait selon lui les États-Unis mené par un groupe secret et visant à établir une hégémonie mondiale via la passation progressive de la souveraineté des nations à des organisations internationales. Il fait campagne en 1959, pour obtenir le retrait des États-Unis de l'Organisation des Nations unies, qu'il accuse de vouloir instaurer un gouvernement mondial. En 1971, Robert W. Welch exposera dans un discours l'idée que les communistes ne se trouveraient pas au sommet de la conspiration mais qu'ils ne représentent qu'une de ses branches. Il baptisera les maîtres supposés de cette conspiration « The insiders » (les infiltrés) et les reliera directement aux illuminati de Bavière du XVIIIe siècle[réf. nécessaire].

Selon l'historien Carroll Quigley, les élites du capitalisme financier, qu'il situe dans la période de 1850 à 1932, ont comme ambition de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l'économie mondiale d'un seul tenant[7]. Selon Quigley, le pouvoir est ensuite passé des banquiers aux technocrates et aux groupes de pression, faisant usage de la propagande.

En 1971, Gary Allen publie un livre intitulé None dare call it a conspiracy (« Que personne n'ose appeler cela un complot ») reprenant les thèses de Welch et Quigley et faisant le lien avec la politique de l'administration Nixon (entre autres la réforme du système éducatif)[réf. nécessaire].

Par la suite, la théorie d'un complot visant à une unification impériale du monde sera surtout le fait d'auteurs et de groupes américains de droite paléoconservateurs et anticommunistes[réf. nécessaire]. Larry McDonald, membre de la John Birch Society, affirma en 1983 qu'il y a eu un transfert de fonds et de technologie vers l'URSS[8], qui a eu pour effet de maintenir un ennemi et l'activité du complexe militaro-industriel. C'était donc pendant la guerre froide. Il expliqua que des élites des États-Unis voulaient créer un gouvernement mondial de tendance socialiste. William F. Jasper, autre membre de la John Birch Society, dénonce en 1983 l'appartenance socialiste ou marxiste de chaque Secrétaire général des Nations unies, et dénonce dans Global Tyranny – Step by Step: The United Nations and the Emerging New World Order une future dictature mondiale[9]. Une théorie qui se rapproche de celles soutenues par John Coleman dans Socialism: The Road To Slavery (réédité sous le titre de One World Order: Socialist Dictatorship)[10].[réf. incomplète]

En 1997, le conservateur Gary H. Kah réhabilite la théorie du complot maçonnique dans En Route to Global Occupation, en accusant la franc-maçonnerie d'être la force derrière l'agenda pour un nouvel ordre mondial, c'est-à-dire un gouvernement mondial unique[11].

Arguments[modifier | modifier le code]

Les théoriciens du complot du NOM interprètent plusieurs événements comme les signes fragmentaires d'un plan global[réf. nécessaire].

The Crisis of Democracy[modifier | modifier le code]

Un rapport de la Commission Trilatérale de 1975, intitulé The Crisis of Democracy[12], est souvent évoqué par les théoriciens du complot pour dénoncer une dérive dictatoriale des gouvernements occidentaux. Selon ce rapport, le sentiment d'aliénation des citoyens ainsi que l'action des intellectuels menacent la gouvernance dans ces pays, qui nécessiteraient « un recours à la manipulation, au compromis et même à la coercition pour arriver à une décision »[13].

David Rockefeller[modifier | modifier le code]

David Rockefeller dans son livre Mémoires, a écrit que lui-même et sa famille ont travaillé contre l'intérêt des États-Unis[14]. Il aurait d'autre part affirmé que le but était de construire une souveraineté supranationale d'une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux[15].

Nicolas Sarkozy[modifier | modifier le code]

Nicolas Sarkozy est souvent cité[16] comme preuve de la volonté d’instaurer un nouvel ordre mondial totalitaire :

« 2009 peut être l’année de naissance d’un nouveau capitalisme, d’un nouvel ordre mondial, et j’en appelle à tous les gouvernements : aucun d’entre nous n’en sortira en faisant sa propre politique dans son coin isolé de ce que font les autres […] et je peux vous dire une troisième chose : on ira ensemble vers ce nouvel ordre mondial. Et personne, je dis bien personne ne pourra s’y opposer car à travers le monde, les forces au service du changement sont considérablement fortes et les conservatismes et les immobilismes […] »

Il s’agit d’extraits d’un discours prononcé dans le contexte de la crise financière. Ces extraits font l’objet d’un montage orienté à fins de désinformation pour convaincre le spectateur de l’existence d’un complot. Le discours complet, en revanche, est d’une autre teneur. Une version sur le site de l’Élysée[17], quoique différente, éclaire la teneur réelle du propos : Nicolas Sarkozy appelle à tirer parti de la crise pour repenser totalement la finance et la politique mondiale en vue d’un monde plus éthique et écologique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Novus Ordo Seclorum - History of Motto on Great Seal's Unfinished Pyramid », sur www.greatseal.com (consulté le 3 août 2020)
  2. Pierre-André Taguieff, L'imaginaire du complot mondial. Aspects d'un mythe moderne, Mille et une nuits, , p. 67-68
  3. Pierre-André Taguieff, « Le mythe du complot juif, un survol historique », Revue des deux Mondes, Société de la Revue des Deux Mondes,‎ (lire en ligne).
  4. Émile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, 1912 [lire en ligne] [PDF].
  5. Émile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, 1912, p. 33 [lire en ligne] [PDF].
  6. Émile Flourens, Un fiasco maçonnique à l'aurore du vingtième siècle de l'ère chrétienne, 1912, p. 55 [lire en ligne] [PDF].
  7. (en)Tragedy and Hope: A History of the World in Our Time, 1966 (ISBN 0-945001-10-X).
  8. Larry McDonald à l'émission Crossfire en 1983 avec Pat Buchanan et Thomas Braden.
  9. (en) William F. Jasper, Global Tyranny… Step by Step: The United Nations and the Emerging New World Order, 1992 Texte en ligne [PDF].
  10. (en) John Coleman, One World Order: Socialist Dictatorship (ancien titre Socialism: The Road To Slavery).
  11. (en)Gary H. Kah, En Route to Global Occupation, Huntington House Publishers, décembre 1996.
  12. (en)The Crisis of Democracy.
  13. The Crisis of Democracy, Commission Trilatérale, p. 51.
  14. Mémoires, Fallois, 12 avril 2006, 607 pages, (ISBN 2877065871)[réf. incomplète].
  15. Discours à la Commission Trilatérale en juin 1991 à Baden Baden, dans Matrix of Power: How the World Has Been Controlled by Powerful Men Without Your Knowledge, paru en 2000.
  16. « Sarkozy : « Personne ne pourra s'opposer au Nouvel Ordre Mondial » », (consulté le 28 décembre 2020)
  17. Nicolas Sarkozy, « Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur la refondation d'un nouvel ordre mondial, à New York le 23 septembre 2009. », (consulté le 28 décembre 2020)