Dévaluation

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Une monnaie subit une dévaluation, lorsque les autorités monétaires décident d'abaisser son taux de change par rapport à une monnaie de référence, ou un panier de monnaie. La dernière en France date de 1983. Le contraire est une « réévaluation », également décidée par les autorités monétaires.

Lorsque la valeur de la monnaie baisse sur le marché des changes, sans décision officielle, on parle simplement de dépréciation, le contraire étant une appréciation. Différentes causes sont possibles: récession, déficit commercial, émission de monnaie par la banque centrale.

Le système monétaire européen était un régime de changes fixes autorisant une légère dépréciation des monnaies, limitée à 2,5 %. Cette limite a été fixée à 15 %, en juillet 1993, lorsque les autorités monétaires ont reconnu que la spéculation gagnait systématiquement, les banques centrales n'ayant pas assez de réserves de change pour empêcher que la dépréciation devienne dévaluation.

Les autorités monétaires et leurs réserves de change[modifier | modifier le code]

Dans un régime de change fixe, les autorités monétaires s'engagent à assurer la conversion de la monnaie à un taux de change défini. Elles disposent pour cela de réserves de change.

Mais si ces réserves ne suffisent pas, le taux de change n'est plus tenable. Les autorités monétaires pratiquent alors des dévaluations à titre préventif, pour éviter de perdre toutes leurs réserves de change. Le cas s'est produit à maintes reprises après la création du système monétaire européen, qui a coïncidé avec celle des eurodollars et le choc pétrolier de 1974, générant une forte spéculation sur les monnaies, qui a redoublé après le choc pétrolier de 1980 puis la réunification allemande de 1990.

La dévaluation peut avoir un autre motif: servir la politique économique pour relancer la croissance économique, par la relance des exportations et le rééquilibrage de la balance commerciale (cf. Effets).

Effets de la dévaluation[modifier | modifier le code]

La dévaluation vise à augmenter la compétitivité économique, en rétablissant un équilibre, par une correction du déséquilibre étant apparu (déficit commercial). Les effets prévisibles sont de deux natures :

  • Dans un premier temps, la baisse de la valeur de la monnaie nationale fait augmenter le prix et la valeur des importations, effectuées dans d'autres monnaies. Cet « effet prix » dégrade la balance commerciale. Le pétrole, importé en dollars, y pèsera par exemple plus lourd. Les dernières dévaluations du franc ont eu lieu juste après le choc pétrolier du début des années 1980, qui avait mis le feu au système monétaire européen ;
  • À moyen terme, c'est l'« effet volume », qui joue : la baisse des prix des produits exportés par le pays permet d'augmenter les quantités vendues à l'étranger, tandis que la hausse du prix des importations incite à importer moins de produits de l'étranger, sauf s'il s'agit de consommations difficiles à diminuer, par exemple les matières premières stratégiques (uranium, etc.).

Ces effets contradictoires sont résumés dans la courbe en J : la dévaluation cause d'abord une brève dégradation de la balance commerciale (effet prix, dans la partie gauche du J), avant de permettre une amélioration d'une plus grande ampleur (effet volume, dans la partie droite du J).

Sur le plan financier, la dévaluation pénalise les investisseurs étrangers qui détiennent des emprunts publics et des actions. Historiquement, ils s'en sont toujours méfiés.

Le risque de cercle vicieux[modifier | modifier le code]

Le risque de cercle vicieux se concrétise si un pays dévaluant sa monnaie, qui voit la balance commerciale se détériorer (l'effet prix de la partie gauche de la lettre J), fait preuve d'impatience et décide de dévaluer une nouvelle fois sans attendre l'effet volume de la partie droite de la courbe en J. Il court alors le risque d'enchaîner les dégradations de sa balance commerciale.

Le risque de cercle vicieux est plus élevé en période de forte inflation causée par un triplement ou quadruplement du prix du pétrole, comme ce fut le cas après les chocs pétroliers de 1973 et 1979. Il a été accru par les fragilités du système monétaire européen, mal organisé car il offrait une récompense quasi-certaine aux spéculateurs: pour défendre sa monnaie, le pays attaqué relevait ses taux d'intérêt, ce qui affaiblissait encore plus ses entreprises exportatrices, rendant la dévaluation très probable, voire certaine, encourageant la spéculation.

En France[modifier | modifier le code]

La dernière dévaluation du franc remonte à mars 1983[1]. Les 17 dévaluations du franc ont eu lieu de 1928 à 1983[2]. Elles visaient à restaurer la compétitivité économique[3]. Par exemple, le , Robert Schuman dévalue de 44,40 % le franc, qui se dépréciait depuis la Première Guerre mondiale. Le cours du dollar US était passé de 119 à 214 francs[4].

Les dévaluations des années 1950 et 60 ne permirent pas d'obtenir une balance commerciale durablement stable. L'Allemagne, dont le Deutsche Mark reste un modèle de stabilité, a mieux résisté aux chocs pétroliers de 1974 et 1980 car c'est le seul pays d'Europe à n'avoir pas été pénalisé par les dysfonctionnements spéculatifs du système monétaire européen.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La France doit-elle quitter l'Euro ? », par Yves Garipuy, Économie et société, 28 Juin 2011 [1]
  2. « Le siècle des dévaluations », article issu de la conférence de Jean-Charles Asselain, professeur à l'Université Bordeaux IV, donnée au Ministère des finances le 4 février 2002.
  3. Historique des dévaluations en France, ministère des finances.
  4. (en) Pleasant & Unpleasant, article du Time, fév. 1948.

Voir aussi[modifier | modifier le code]