Lattaquié

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Lattaquié
(ar) اللاذقية
Administration
Pays Drapeau de la Syrie Syrie
Muhafazah (محافظة) Lattaquié
Démographie
Population 700 000 hab. (2009)
Géographie
Coordonnées 35° 32′ N 35° 47′ E / 35.54, 35.7835° 32′ Nord 35° 47′ Est / 35.54, 35.78  
Altitude 0 m
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Syrie

Voir sur la carte Syrie administrative
City locator 14.svg
Lattaquié

Lattaquié est une ville de Syrie en arabe : al-lāḏiqīya, اللاذقية, en latin : Laodicea ad Mare, en grec : Λαοδίκεια ἡ Πάραλος, Laodicée proche de la mer), chef-lieu du gouvernorat homonyme. Cette ville est établie sur un site très anciennement occupé, proche de l'ancienne Ougarit. La cité qui fut un chef-lieu de satrapie sous le royaume séleucide portait alors le nom de Laodicée de Syrie ou Laodicée de la mer parce qu'elle a été refondée par Séleucos Ier qui a donné à la ville le nom de sa mère Laodicé[1] et de sa fille[2].

Après la domination romaine et byzantine, elle fit partie, à l’époque des croisades, de la principauté d'Antioche, avant de retomber aux mains des Mamelouks puis des Turcs (Empire ottoman). Pendant l'entre-deux-guerres elle est la capitale d'un éphémère État des Alaouites sous mandat français.

Elle doit son importance ancienne et actuelle, d’une part au fait qu’elle possède le seul port bien protégé de la côte syrienne et, d’autre part, à la proximité de la vallée fertile de l’Oronte, ce qui a entraîné la création d’une industrie alimentaire et textile.

L’antique Laodicée sur mer[modifier | modifier le code]

La fondation séleucide[modifier | modifier le code]

Dès le mois de mai 300 av. J.-C., Séleucos Ier, roi de Syrie et de Babylonie et qui fut un des généraux d'Alexandre le Grand, fonde Laodicée-sur-mer. Elle fait partie des quatre villes de la Tétrapole syrienne, avec les trois autres cités royales de Séleucie de Piérie, Antioche et Apamée. Laodicée fut fondée à côté, et non sur l'emplacement, d'un village autrefois nommé Mazabda, d'après le chroniqueur byzantin Jean Malalas. La volonté des colons grecs et macédoniens était en effet de fonder leur cité sur des sites quasi vierges.
Le site de Laodicée offrait l'avantage d'être un port ouvert par un étroit goulet, à proximité de Tripolis[3], sur une éminence face à une plaine étendue et fertile, situation qui est à l'origine du développement futur de cette cité comme place commerciale, et foyer artistique et intellectuel de premier ordre[4]. Le mathématicien et poète Philonidès, originaire de Laodicée, représente dans cette ville le courant épicurien ; il fonde une école philosophique à Antioche, et exerce son influence à la fois sur Démetrios Ier Sôter et sur Antiochos IV dont il obtient la conversion à l'épicurisme[5].
Le plan de la ville présente le quadrillage régulier de l'urbanisme de type dit colonial, dérivé du plan en damier hippodamien, avec des îlots rectangulaires de 57 m sur 112, à l'intérieur d'un rempart délimitant un espace de 255 hectares, beaucoup plus vaste que l'espace effectivement urbanisé. L'administration de Laodicée est placée sous l'autorité de Philonidès[6], un épistate chargé de surveiller le fonctionnement des institutions civiques (justice, propriété foncière, affaires religieuses, finances locales, approvisionnement, sécurité intérieure). La ville possède dès le IIIe siècle un atelier monétaire royal, et à partir de 169 av. J.-C., émet des monnaies de bronze à usage civique.

En 83 av. J.-C., Tigrane II d'Arménie occupe la Syrie. L'année suivante, Laodicée obtient un statut d'indépendance, lui permettant de frapper des tétradrachmes d'argent ( monnaie du commerce à longue distance) sans référence au roi, inaugurant ainsi une ère de la liberté[7]. En 81 av. J.-C., la cité se voit accorder le droit d'asylie qui garantit la protection et l'inviolabilité du sanctuaire et par extension, de la ville qui l'abrite, contre les représailles et le pillage. Sur le plan économique, Laodicée a des chantiers navals actifs. À côté du culte dédié aux dieux grecs, on trouve à Laodicée le culte à Isis et à Sérapis, comme le prouve le décret des péliganes de 174 av. J.-C.[8]

Laodicée au temps des Romains[modifier | modifier le code]

Monnaie frappée en la cité de Laodicée
L'arc tétrapyle de Lattaquié.

Pompée met fin au royaume séleucide en réduisant la Syrie en province romaine en 64 av. J.-C.. L'autonomie est accordée à la ville en 60 av. J.-C. Plongée au cœur de la guerre civile après l'assassinat de César, Laodicée est le théâtre de l'affrontement entre Cassius et Dolabella qui y est enfermé. Plusieurs légions romaines stationnent en Syrie, sous le Haut-Empire, donnant au gouverneur de cette riche province un pouvoir susceptible d'inquiéter l'empereur. L'usurpateur Pescennius Niger se déclare en effet empereur et entre en conflit avec Septime Sévère. Laodicée, qui a reçu le statut de colonie sans doute en 198[9], reçoit à cette occasion le bénéfice du ius italicum[10]. Elle prend parti pour Septime Sévère, mais paie cher ce soutien : elle est détruite par les troupes maures de Pescennius Niger[11]. Aussi, après l'élimination de l'usurpateur, en 194, Septime Sévère partage-t-il le pays en deux provinces, la Syrie-Cœlé au nord avec Laodicée pour capitale jusqu'en 200 ap. J.-C., et la Syrie Phénicienne au sud, avec Tyr pour capitale. Jusqu'au milieu du IIIe siècle ap. J.-C., la ville connaît un important développement monumental : Hérode Ier le Grand y fait construire un aqueduc[12], et l'on édifie un arc tétrapyle et un hippodrome dont Jean Malalas[13] attribue la construction à Septime Sévère.
Dans le domaine agricole, le développement de l'olivier entraîne la production et le commerce de l'huile, tandis que la culture de la vigne, pratiquée dès l'époque hellénistique, alterne avec celle des céréales. Le vignoble de Laodicée fournit des vins célèbres, et l'arrière-pays avec ses baumiers produit la résine appelée styrax mentionnée par Pline l'Ancien[14]. La culture grecque s'est répandue, avec l'usage de la langue grecque et des concours (pugilat, pancrace, course...) organisés dans toutes les grandes villes de Syrie. Cette hellénisation touche les indigènes, car elle devient pour eux le signe d'appartenance à une élite : Jamblique d'Émèse déclare avec fierté qu'il « n'est pas un Grec de Syrie mais un indigène, parlant leur langue et partageant leurs coutumes[15]

Lattaquié de nos jours[modifier | modifier le code]

Démographie[modifier | modifier le code]

La population totale du gouvernorat est passée de 1 200 000 habitants en 1970, à 2 000 000 en 2008, la population de la ville s'élevant à 450 000 habitants.

Jumelages[modifier | modifier le code]

La ville est jumelée avec :

Histoire moderne[modifier | modifier le code]

La bataille de Lattaquié durant la guerre du Kippour en 1973 a vu la marine israélienne couler plusieurs navires de la marine syrienne.

Un dépôt de munitions de l’armée syrienne subit un important bombardement vraisemblablement israélien le 5 juillet 2013[16],[17].

La ville[modifier | modifier le code]

Le littoral à Lattaquié.

L'activité du port de Lattaquié reflète l'effervescence d'une ville en pleine expansion. En 1920, les Français déterminèrent les frontières du Liban moderne, ce qui réduisit le littoral du nouvel État syrien à une simple « fenêtre », le privant des ports de Beyrouth et de Tripoli. Lattaquié devait dès lors devenir la cité portuaire la plus dynamique de la Syrie moderne.

Quelques vestiges datant de l'époque romaine au sud, à 500 m de la mosquée Moghrabi, subsistent : une colonnade romaine, quatre colonnes à chapiteau corinthien, et un peu plus loin, un tétrapyle, monument à quatre baies érigé sous le règne de Septime Sévère (193–211), qui marquait le croisement des deux voies, cardo maximus et decumanus, et formaient l'ossature de la cité romaine.

Mais le principal attrait de Lattaquié sur le plan touristique réside dans ses belles plages, au nord. La route dessert notamment Shatt el-Azraq, petite Côte d'Azur syrienne. Plus loin, le cap de Ras Shamra peut être visité, moins pour son intérêt propre – les ruines sont assez informes – que pour le souvenir de l'antique Ougarit. Cette dernière, l'une des cités levantines les plus prestigieuses, inventa le modèle de tous les alphabets. Les plus belles pièces archéologiques figurent au Musée national d'Alep.

Le christianisme s'implanta de bonne heure en ces lieux, où l'on venait en pèlerinage vénérer une icône de la Vierge. Les Chevaliers croisés s'emparèrent en 1102 de « Tortose » (Tartous), et en firent une position que les Templiers allaient rendre pour ainsi dire inexpugnable.

Religions[modifier | modifier le code]

Christianisme[modifier | modifier le code]

Métropole grecque-orthodoxe (Melkite-orthodoxe) de Lattaquié

Archéparchie de Lattaquié (Melkites), Laodicenus Graecorum Melkitarum

Évêques : Nikolaki Sawaf, archevêque ; Michel Yatim, archévêque émérite

Information : érigé : 28 avril 1961, Rite: Melkite, adresse postale : Rue Al-Moutannabi, B.P. 151, Lattaquié, Syrie

Éparchie de Lattaquié

Éparchie de Lattaquié (en latin : Eparchia Laodicenus Maronitarum) Rite : Maronite, évêque: Massoud Massoud, érigé le 4 août 1977 avec un rite maronite, adresse : B.P. 161, Rue Hamrat, Tartous, Syrie auparavant, nom latin, Laodicensus Maronitarum, érigé le 16 avril 1954

Ordinaries :

  • Georges Abi-Saber, O.L.M. (4 août 1977 au 2 mai 1986, évêque auxiliaire d'Antioche (Maronite))
  • Antoine Torbey † (2 mai 1986 au 23 juin 2001, retiré)
  • Massoud Massoud (23 juin 2001 - )

Évêques affiliés :

  • Benjamin-Octave Roland-Gosselin (Archevêque in partibus mai 1952)
  • Georges Abi-Saber, O.L.M. (évêque : 4 août 1977 au 2 mai 1986)
  • Massoud Massoud (prêtre : 2 août 1970 ; évêque : 23 juin 2001 - )
  • Joseph Salamé † (administrateur apostolique : 24 septembre 1967 au 4 août 1977)
  • Antoine Torbey † (prêtre : 24 mars 1951 ; évêque : 2 mai 1986 au 23 juin 2001)

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

  • Osama Esber, poète, journaliste, traducteur et écrivain syrien né à Lattaquié en 1963

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Strabon, Géographie, Livre XVI, chap. 2, 4-5.
  2. Jean Malalas, Chronographie, p. 199-204 (édition Dindorf).
  3. Ville citée par Diodore de Sicile (XIX, 58, 4) et le Pseudo-Scylax mais dont la localisation, dans les parages de Ras Shamra ou de Lattaquié, demeure hypothétique.
  4. Sartre 2003, p. 129 ; Strabon, Géographie, Livre XVI, chap. 2, 9-10.
  5. Sartre 2003, p. 296.
  6. E. Bikerman, Institutions des Séleucides, Paris, 1938, p. 163.
  7. Sartre 2003, p. 177-178.
  8. Inscriptions grecques et latines de la Syrie, IV, 1261.
  9. Sartre 2003, p. 706.
  10. Ulpien, in Digeste, 50, 15, 1.
  11. Hérodien, III, 3, 3-5.
  12. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, I, 422-428
  13. Jean Malalas, 294.
  14. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XII, 55, 124.
  15. Sartre 2003, p. 866.
  16. « La Syrie attaquée par des bombes guidées », sur Info Aviation,‎ 30 juillet 2013 (consulté le 30 juillet 2013)
  17. http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-24767571

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie : Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C., Fayard,‎ 2003, 1198 p. (ISBN 9-782213-609218)
  • Jean Sauvaget, Le plan de Laodicée sur mer, dans Bulletin d'Études orientales, 4, 1934, p. 81-114, et 6, 1936, p. 51-52.

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