Petchénègues

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Petchénègues
Peçenek (tr)

VIIIe siècle1122

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Les Petchénègues ou Petchenègues[2] (Peçenekler en turc, Besenyők en hongrois, Pecenegi en roumain, Печенеги en russe, Պեչենեգներ en arménien) sont un peuple nomade d'origine turque qui apparaissent à la frontière sud-est de l'empire khazar au VIIIe siècle. Ils s'installent au Xe siècle au nord de la mer Caspienne. Selon la légende, ils constituent la tribu Peçenek des Oghouzes, issue de Dağ Han (« prince montagne »).

Histoire[modifier | modifier le code]

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

La signification de leur ethnonyme est obscure. Petchénègue serait un dérivé du vieux-turc bajanaq, bajinaq, « beau-frère »[3]. Au Moyen-Orient, les Petchénègues sont d'abord mentionnés dans les textes perses et arabes sous les noms Bjnak, Bjanak ou Bajanak. À partir du XIe siècle, ils apparaissent sous les noms Patzinakoi ou Patzinakitai (« Patzinaces ») dans les textes byzantins tandis que les Slaves orientaux les appelaient Pechenegi ou Pechenezi. Aux XIe et XIIe siècles, les chroniqueurs occidentaux d'expression latine les désignaient parfois sous le nom de Pincenarii (« Pincenaires »).

Langue[modifier | modifier le code]

Article connexe : Petchénègue.

Les Petchénègues parlaient une langue turque, proche des langues oghouzes selon Mahmoud de Kachgar.

Origines[modifier | modifier le code]

Selon Constantin VII Porphyrogénète, les Petchénègues vivaient vers la fin du IXe siècle près de la Volga et du fleuve Oural, au nord de la mer Caspienne. Chassés par les Oghouzes et leurs alliés khazars, ils migrèrent vers l'ouest.

Migrations vers l'Ouest[modifier | modifier le code]

Nomadisant tout d'abord dans le nord-ouest du Kazakhstan moderne, à l'est de la Volga, ils forment peu à peu une part de plus en plus importante de l'armée de Khazars. Au début du IXe siècle, ils sont utilisés par ceux-ci pour réprimer des révoltes dans l'état khazar. Finalement en 889, ils franchissent la Volga et s'installent entre le Dniepr et le Don ; puis en 895, ils franchissent le Dniepr et, alliés aux Bulgares du tsar Siméon le Grand, prennent possession du royaume magyar de l'Etelköz. Une partie importante des tribus Magyars s'en vont (sept tribus, à côté de trois tribus khazars) et s'installent en Pannonie où ils fondent le futur royaume de Hongrie.

Poursuite des guerriers de Sviatoslav par l'armée petchénègue.

À partir de 915, ils arrivent sur les rives septentrionales de la mer Noire puis au sud des grandes plaines ukrainiennes. En 934, les Petchénègues s'associent aux Magyars pour envahir la Thrace[4]. Le prince de Kiev, Igor, tente en 945 de les détourner vers l'Empire byzantin mais son fils Sviatoslav est tué en 972 en luttant contre eux ; décapité, son crâne sera transformé en coupe à boire par le chef petchénègue Kurya[5].

Vers la fin du Xe siècle, certains groupes se convertissent à l'islam. D'autres, au contact de la principauté de Kiev, embrassent le christianisme sous la direction du chef Metigai[6]. En 1008, l’évêque missionnaire allemand Bruno de Querfurt prend personnellement la tête d’une mission d’évangélisation des Petchénègues, dans les territoires compris entre la Volga et l’Oural.

Déclin et disparition[modifier | modifier le code]

Entre 1036 et 1053, vaincus et harcelés par les Russes, ils franchissent le Danube et progressent à l'intérieur de l'Empire byzantin. C'est ainsi qu'en 1086 ils s'emparent de la Thrace et battent les troupes byzantines à Silistra en 1090.

Tamga des Petchénègues.

À l'automne de la même année les Petchénègues mettent le siège devant Constantinople et tentent une alliance avec les Seldjoukides. Cette alliance eût été mortelle pour l'Empire si seulement Alexis Ier Comnène n'avait réagi en s'alliant aux Coumans. Ceux-ci écrasent les Petchénègues le 29 avril 1091 à la bataille de la colline de Lebounion. L'empereur Alexis Comnène recruta dans l'armée les Petchénègues vaincus (ou une partie), et les installa dans la région de Moglena (Macédoine grecque) dans un tagma[7]. Lors de la première croisade populaire, les pèlerins dirigés par Pierre l'Ermite pillèrent Belgrade et massacrèrent les soldats petchénègues qui étaient au service du duc Nicétas, prince des Bulgares (alors sous domination byzantine) et gouverneur de la ville[8].

La bataille de Lebounion n'avait pas mis fin à la menace des Petchénègues : ayant reconstitué leurs forces et se montrant toujours menaçants, ils seront définitivement battus en 1122 par Jean II Comnène ; ceux qui échappèrent à la mort ou à la capture se dispersèrent dans les Balkans et surtout en Transylvanie où ils fusionnèrent avec les Valaques et les habitants du royaume de Hongrie. On a prétendu que les Gagaouzes descendaient en partie des Petchénègues.

Les Petchénègues de Hongrie[modifier | modifier le code]

La présence de ce peuple en Hongrie est attestée dès le Xe siècle. Des groupes de Petchénègues avaient en effet rejoints les Magyars en Transylvanie et dans la Grande plaine hongroise sous le règne de Géza. Selon la Gesta Hungarorum, ce dernier, qui favorisa la conversion des Hongrois au christianisme, fera enterrer vivant le chef petchénègue Thonuzoba qui refusait de se convertir.

Aux XIe et XIIe siècles, des Petchénègues, païens, musulmans ou chrétiens, étaient recrutés par le royaume de Hongrie pour la surveillance des frontières et la fourniture d'archers montés. Après la bataille de Beroia (1122), d'autres groupes furent accueillis par le roi Étienne II[9]. En 1203, le roi Émeric octroie une charte aux Petchénègues affectés à la défense des frontières septentrionales du royaume, dans la région dite « terra Bissenorum » c'est-à-dire « terre des Petchénègues » en latin. Quelques années plus tard, le roi André II envoya au secours du tsar bulgare Boril, en guerre contre les Coumans, une armée dans laquelle des Petchénègues sont mentionnés[10]. En 1260, lors de la bataille de Kressenbrunn, les Petchénègues sont encore mentionnés parmi les troupes du roi Béla IV, alors en guerre contre le roi Ottokar II de Bohême[11].

Les Petchénègues de Hongrie furent progressivement christianisés et magyarisés et après le XVe siècle, il n'y a plus de mention de ce peuple. Ils sont à l'origine de la présence en Hongrie du patronyme Besenyő qui signifie tout simplement « Petchénègue ». Ce patronyme est attesté au début du XVe siècle sous sa forme latine, Bissenus ou Byssenus, porté notamment par un certain Paulus Byssenus, qui fut gouverneur (Ban) de Dalmatie, de Croatie et de Slavonie[12]. Plusieurs villages hongrois tirent également leurs noms de ce peuple turc : Besenyszög, Besnyő, Besenyőtelek, Ládbesenyő, Szirmabesenyő.

Dans les Balkans et en Europe centrale et orientale, des groupes de Petchénègues, probablement peu nombreux, laissèrent en guise d’héritage leur ethnonyme, à l’origine du nom de certaines localités de Roumanie (Viișoara [dont le nom hongrois est Besenyő]), de Serbie (Bešenovo [Besenyő], Bešenovački Prnjavor [Besenyőmonostor]) et de Slovaquie (Bešeňová [Besenyőfalu], Pečeňady [Besenyőpetőfalva]).

Autre[modifier | modifier le code]

Une mitrailleuse russe porte leur nom.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://blacksea.ehw.gr/forms/fLemmaBodyExtended.aspx?lemmaID=11647
  2. Au XVIIIe siècle, certains historiens français comme Joseph de Guignes et Charles Le Beau les appelaient Patzinaces.
  3. Victor Spinei, The Great Migrations in the East and South East of Europe from the Ninth to the Thirteenth Century: Hungarians, Pechenegs and Uzes, Hakkert, 2006, p. 133.
  4. Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs : Deux mille ans du Pacifique à la méditerranée, « Les Petchenègues », Fayard, 2000.
  5. Chronique de Nestor, XXXVI : « Guerres de Sviatoslav avec les Grecs. Traité (971) ». Année 6480.
  6. Victor Spinei, The Great Migrations in the East and South East of Europe from the Ninth to the Thirteenth Century, Romanian Cultural Inst., Center for Transylvanian Studies, 2003, p. 108.
  7. John Haldon, Warfare, State and Society in the Byzantine World 560-1204, Routledge (2002), p. 117.
  8. Albert d'Aix, Histoire des faits et gestes dans les régions d'outre-mer, depuis l'année 1095 jusqu'à l'année 1120 de Jésus-Christ, L. I, Chap. X.
  9. Sir Hamilton Alexander Rosskeen Gibb, The Encyclopaedia of Islam, Brill Archive, (1954), pp. 1012-1021.
  10. La Transylvanie, Universitatea din Cluj. Institutul de istorie națională, Constantin Daicoviciu. Académie roumaine, 1938.
  11. Archivum Europae centro-orientalis, Volumes 1 à 2 (1935), p. 337.
  12. Sir Hamilton Alexander Rosskeen Gibb, The Encyclopaedia of Islam, Brill Archive, 1954, p. 1018.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Peter B. Golden, Nomads and their Neighbours in the Russian Steppe: Turks, Khazars and Quipchaqs. Ashgate (2003). ISBN 0-86078-885-7
  • Victor Spinei, The Great Migrations in the East and South East of Europe from the Ninth to the Thirteenth Century (Traduction : Dana Badulescu), 2003. ISBN 973-85894-5-2
  • Omeljan Pritsak, "The Pechenegs: A Case of Social and Economic Transformation". Archivum Eurasiae Medii Aevi (The Peter de Ridder Press) 1 : 211–235.
  • András Pálóczi-Horváth, Pechenegs, Cumans, Iasians: steppe peoples in medieval Hungary, Corvina, 1989.
  • Bernard Le Calloc’h, Des Asiatiques en Hongrie: Khazars, Kabars et Alains ("Les Petchénègues ont-ils précédé les Jász ?"), L'Harmattan, 2013.