Église apostolique arménienne

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Église apostolique arménienne
Image illustrative de l'article Église apostolique arménienne
Saint-Siège d'Etchmiadzin.

Nom local Հայաստանեայց Առաքելական Եկեղեցի
Fondateur(s) Thaddée et Barthélemy
Primat actuel Garéguine II
Siège Saint-Siège d'Etchmiadzin
Territoire primaire Arménie
Expansion territoriale Diaspora arménienne
Rite Arménien
Langue(s) liturgique(s) Grabar (arménien classique)
Calendrier Grégorien et/ou Julien[1]
Population estimée Plus de 9 000 000[2]
Site internet www.armenianchurch.org/

L'Église apostolique arménienne (en arménien Հայաստանեայց Առաքելական Եկեղեցի, Hayastaneayc’ Aṙak’elakan Ekeġec’i), est une Église orientale et autocéphale[3]. Elle est une des anciennes Églises orthodoxes orientales[2].

Elle revendique son titre d'« apostolique » en faisant remonter ses origines aux apôtres Thaddée et Barthélemy. Devenue religion officielle du royaume d'Arménie avec la conversion du roi Tiridate IV par saint Grégoire l'Illuminateur, elle développe son particularisme du VIe au début du VIIIe siècle, qui voit sa christologie se stabiliser selon la doctrine miaphysite.

Le « Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens » qui réside à Etchmiadzin près d'Erevan bénéficie d'une primauté d'honneur parmi les différents hiérarques ; le titulaire actuel est Sa Sainteté Garéguine II depuis le 27 octobre 1999.

Nom[modifier | modifier le code]

L'Église apostolique arménienne est aussi connue sous d'autres noms :

  • Sainte Église universelle apostolique orthodoxe arménienne[2]
  • Église arménienne orthodoxe[4]
  • Église grégorienne arménienne
  • Église apostolique arménienne grégorienne[5]
  • Église d'Arménie[6]

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Diverses légendes ou traditions lient les origines de l'Église arménienne aux apôtres Jude et Barthélemy, lui valant le qualificatif d'« apostolique ». La légende de la guérison d'Abgar V grâce au Mandylion en est un exemple, ce souverain étant considéré comme arménien par l'Église arménienne. La tradition affirme en effet que Thaddée fut envoyé évangéliser l'Arménie par Abgar, vu comme l'oncle du roi d'Arménie Sanatrouk. Les détails varient largement, mais dans toutes les versions, Thaddée convertit Sandoukht, la fille du roi. Dans certaines versions, Sanatrouk se convertit également avant d'apostasier ; selon d'autres, il ne se convertit jamais et fut au contraire hostile au christianisme. Dans tous les cas, il soumit Thaddée et Sandoukht au martyre. L'apôtre Thaddée aurait été exécuté dans la ville de Maku vers 45[7]. D'autres versions font également arriver l'apôtre Barthélemy en Arménie à l'époque de l'exécution de Thaddée, où il connut également le martyre dans les années 60[8]. Quoi qu'il en soit de l'authenticité de ces traditions, le christianisme a probablement été introduit assez tôt en Arménie, étant donné que des persécutions contre les chrétiens sont rapportées pour les années 110, 230 et 287 par Eusèbe de Césarée et Tertullien[9].

Baptême de Tiridate IV.

Le royaume d'Arménie est le premier État à adopter le christianisme[10] lorsque saint Grégoire l'Illuminateur convertit le roi Tiridate IV et les membres de sa cour[11], un événement traditionnellement placé en 301 mais probablement plus tardif, au plus tard en 314[12]. Tiridate devient roi en 298, notamment grâce au soutien de l'empereur romain Dioclétien, persécuteur notoire des chrétiens. En 301, des vierges chrétiennes fuyant les persécutions romaines arrivent en Arménie sous la conduite de Gayané ; le roi les fait arrêter et convoite l'une d'entre elles, Hripsimé, mais devant le refus de cette dernière, la soumet au martyre, ainsi que tout son groupe. La tradition assure alors que Tiridate serait tombé malade (selon la légende, Tiridate aurait alors été transformé en sanglier) ; sa sœur Khosrovanouch aurait ensuite entendu en rêve qu'il fallait mettre fin aux persécutions des chrétiens. Mis au courant, Tiridate aurait fait libérer Grégoire, qui l'aurait guéri et converti. L'histoire est vraisemblablement différente : après la fin du règne de Dioclétien en 305, Grégoire, un Arménien éduqué et ordonné prêtre à Césarée de Cappadoce, retourne prêcher en Arménie et affronte Tiridate, qui le fait jeter dans une fosse (à l'emplacement de l'actuel monastère de Khor Virap). Toutefois, l'impression laissée par Grégoire sur Tiridate ainsi que l'intervention de la sœur du roi mènent à la libération du prisonnier et au repentir royal. En 314, après avoir été oint évêque à Césarée, Grégoire baptise le roi, sa cour et ses sujets, faisant de l'Arménie une nation chrétienne[13].

Tiridate fait en outre de Grégoire le premier Catholicos d'Arménie. Le roi et le Catholicos font détruire les anciens centres païens et construire églises et monastères ; prêtres et évêques sont ordonnés. La tradition rapporte qu'alors qu'il méditait à Vagharchapat (l'actuelle Etchmiadzin), la capitale de l'époque, Grégoire aurait eu une vision du Christ frappant la terre d'un marteau, faisant jaillir un grand édifice surmonté d'une croix. Convaincu de la volonté divine, il fait bâtir en cet endroit et avec l'aide de Tiridate l'édifice de sa vision ; la capitale est alors renommée Etchmiadzin, « le Monogène est descendu »[14].

La séparation[modifier | modifier le code]

L'Église arménienne est initialement intégrée au sein de l'Église ; son Catholicos est ainsi représenté au premier concile de Nicée et au premier concile de Constantinople. S'il ne peut assister au concile d'Éphèse de 431, le Catholicos Sahak Ier souscrit à ses conclusions[15].

Pour des raisons politiques, l'Église arménienne ne participe pas au concile de Chalcédoine de 451. Des moines syriens, disciples de Sévère d'Antioche, leur firent connaître l' Hénotique de l'empereur Zénon, interprété dans un sens anti-chalcédonicien[16]. Au premier concile de Dvin, en 506, l'Église adopte ce texte comme confession de foi. Cette décision est confirmée au second concile de Dvin, vers 552, qui rejette expressément les décisions du concile de Chalcédoine. Les tentatives d'union des VIè et VIIè siècle échouèrent et aboutirent à la séparation avec l'Église géorgienne qui adopta, vers 608, la définition christologique de Chalcédoine.

Par ailleurs, le christianisme se renforce en Arménie par la traduction de la Bible en arménien par Mesrop Machtots. En effet, avant le Ve siècle, l'arménien n'étant pas écrit, la Bible et la liturgie sont rédigées en grec ; ce n'est qu'en 405 qu'à la suite de la demande du Catholicos Sahak Ier, Mesrop Machtots achève la création de l'alphabet arménien, suivie de la traduction des textes religieux en arménien[17]. La Bible arménienne se différencie toutefois des Bibles des autres Églises orientales : les livres deutérocanoniques ne sont en effet traduits qu'au VIIIe siècle et ne sont lus dans les églises qu'à partir du XIIe siècle[18].

Organisation[modifier | modifier le code]

L'Église arménienne comprend quatre sièges épiscopaux éminents, deux catholicossats autonomes et deux patriarcats secondaires :

Jusqu'en 1895, il existait un troisième catholicossat, le petit catholicossat d'Aghtamar.

Le Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens qui siège à Etchmiadzin jouit d'une primauté d'honneur parmi les titulaires de ces sièges.

Monophysisme et miaphysisme[modifier | modifier le code]

L'Église arménienne était autrefois considérée comme monophysite tant par l'Église catholique que par l'Église orthodoxe, en raison de son rejet (à la suite des Églises d'Alexandrie et d'Antioche) des décisions du concile de Chalcédoine de 451 où fut condamné le monophysisme d'Eutychès. Les liens ont été officiellement rompus avec Rome et Constantinople en 553, lorsque le second concile de Dvin a rejeté la formule dyophysite de Chalcédoine[13].

Pour l'Église arménienne, il s'agit cependant d'une description incorrecte de sa position, étant donné qu'elle considère également que le monophysisme selon Eutychès, condamné à Chalcédoine, est une hérésie. Rejetant la formule de Chalcédoine, elle adhère à la doctrine issue de la christologie de Cyrille d'Alexandrie, le miaphysisme[22]. Sa doctrine est fixée en 726 au synode de Manazkert :

« L'unique nature du Verbe de Dieu s'est faite homme, en prenant une chair corruptible et mortelle, comparable à celle d'Adam après la chute ; mais, par le feu de sa divinité, le Verbe a rendu cette chair immortelle et incorruptible, comme celle du premier homme au paradis. En conséquence, le Christ est naturellement impassible. S'il est mort sur la croix, après avoir souffert, ce n'est pas l'effet de sa nature, mais la décision de sa volonté, en vue de notre salut[13]. »

Relations avec les autres Églises[modifier | modifier le code]

Relations avec les Églises orthodoxes[modifier | modifier le code]

Relations avec l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Dialogue bilatéral[modifier | modifier le code]

« …Ils saluent avec une satisfaction particulière le grand progrès réalisé par leurs Églises dans leur recherche commune de l’unité dans le Christ, le Verbe de Dieu fait chair. Dieu parfait dans sa divinité, homme parfait dans Son humanité, Sa divinité est liée à Son humanité dans la Personne du Fils Unique de Dieu, dans une union qui est réelle, parfaite, sans confusion, sans altération, sans division, sans aucune forme de séparation.
La réalité de cette foi commune en Jésus Christ et dans la succession même du ministère apostolique, a été parfois voilée ou ignorée. Des facteurs linguistiques, culturels et politiques ont largement contribué à l’apparition de divergences théologiques qui ont trouvé une expression dans la terminologie utilisée pour la formulation de leur doctrine. […] en vertu de la déclaration présente, les controverses et les divisions regrettables qui ont parfois découlé des façons différentes d’exprimer cette foi, ne devraient plus continuer à influer de façon négative sur la vie et sur le témoignage de l’Église d’aujourd’hui. »
  • 1997 : déclaration commune de Jean-Paul II et d'Aram Ier, catholicos arménien de Cilicie[25].
  • 19 mars 2013 : le Catholicos des arméniens Karekin II, assiste à la Messe inaugurale du pontificat du pape François à Saint-Pierre de Rome.

Dialogue multilatéral[modifier | modifier le code]

Oudis et Tats[modifier | modifier le code]

Le caractère national de l'Église arménienne est très fort et elle a été longtemps l'institution principale du peuple arménien. Il y a donc historiquement une quasi identité entre le peuple arménien et son Église. Deux petites communautés chrétiennes du Caucase appartiennent cependant à l'Église apostolique arménienne, les Oudis dans leur très grande majorité et une minorité des Tats. Elles sont considérées comme les héritières de l'ancienne Église d'Aghbanie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le calendrier grégorien fut adopté par l'Église apostolique arménienne le 6 novembre 1923, à l'exception de Tiflis et du Patriarcat de Jérusalem, restés fidèles au calendrier julien.
  2. a, b et c (en) « Who we are », sur The Armenian Church — The Mother See of Holy Etchmiadzin (consulté le 26 octobre 2012).
  3. Règlement de l'Église arménienne
  4. Petit dictionnaire de l'Orient chrétien (Tables chronologiques), Brepols, Turnhout, 1991, p. 478
  5. Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des Chrétiens d'Orient, Fayard, Paris, 1994, p. 833
  6. Joseph Longton, Fils d'Abraham. Panorama des communautés juives, chrétiennes et musulmanes (§ Arméniens), Brepols, Turnhout, 1987, p. 42
  7. Albert Khazinedjian, 40 ans au service de l'Eglise arménienne apostolique: Compendium"", éd. L'Harmattan, Paris, 2009, p. 139.
  8. Voir entre autres (en) Yowhannes Drasxanakertci, History of Armenia, trad. Krikor H. Maksoudian, Scholars Press, Atlanta, 1987, p. 78 ; (en) Aziz S. Atiya, History of Eastern Christianity, University of Notre Dame Press, 1967, p. 315 ; (en) Khoren Narbey, A Catechism of Christian Instruction According to the Doctrine of the Armenian Church, trad. Ter Psack Hyrapiet Jacob, Diocese of the Armenian Church of North America, 1892, p. 86–87.
  9. (en) Aziz S. Atiya, op. cit. 316.
  10. (en) Richard G. Hovannisian (dir.), Armenian People from Ancient to Modern Times, vol. I : The Dynastic Periods: From Antiquity to the Fourteenth Century, Palgrave Macmillan, 2004 (ISBN 978-1403964212), p. 81.
  11. Academic American Encyclopedia, Grolier Incorporated, p. 72.
  12. (en) Richard G. Hovannisian (dir.), op. cit., p. 84.
  13. a, b et c Jean-Pierre Mahé, « L'Église arménienne : histoire et apostolicité », sur Clio.fr,‎ février 2002 (consulté le 5 janvier 2010).
  14. (en) Yowhannes Drasxanakertci, op. cit., p. 78 et suivantes ; (en) Aziz S. Atiya, op. cit., p. 316 et suivantes ; (en) Khoren Narbey, op. cit., p. 88 et suivantes.
  15. (en) Khoren Narbey, op. cit., p. 86–87.
  16. Pierre Maraval, Le christianisme de Constantin à la conquête arabe,1997, p. 423.
  17. Dédéyan 2007, p. 180.
  18. (en) W. St. Clair Tisdall, « Armenian Versions of the Bible », dans The International Standard Bible Encyclopedia, Ed. James Orr, Grand Rapids, 1915 [lire en ligne (page consultée le 5 janvier 2010)].
  19. (en) « Current Structure », sur The Armenian Church — The Mother See of Holy Etchmiadzin (consulté le 26 février 2013).
  20. (en) « The Patriarchate of Constantinople », sur The Armenian Church — The Mother See of Holy Etchmiadzin (consulté le 26 février 2013).
  21. (en) « The Patriarchate of Jerusalem », sur The Armenian Church — The Mother See of Holy Etchmiadzin (consulté le 26 février 2013).
  22. Dédéyan 2007, p. 316.
  23. « Déclaration commune du pape Paul VI et Vasken Ier, catholicos-patriarche suprême de tous les Arméniens », sur http://www.vatican.va,‎ 12 mai 1970 (consulté le 30 octobre 2011).
  24. « Déclaration commune entre Sa Sainteté le pape Jean-Paul II et Sa Sainteté Karékine Ier », sur http://www.vatican.va,‎ 13 décembre 1996 (consulté le 30 octobre 2011).
  25. « Déclaration commune du pape Jean-Paul II et du catholicos Aram Ier », sur http://www.vatican.va,‎ 25 janvier 1997 (consulté le 30 octobre 2011).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Krikor Beledian, Les Arméniens, Brepols, coll. « Fils d'Abraham », Turnhout, 1997 (ISBN 2503503934).
  • Christine Chaillot, Vie et spiritualité des Églises orthodoxes orientales des traditions syriaque, arménienne, copte et éthiopienne, Le Cerf, Paris, 2011 (ISBN 978-2-204-08979-1).
  • Gérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Toulouse, Éd. Privat,‎ 2007, 991 p. (ISBN 978-2-7089-6874-5).
  • Nina Garsoïan (dir.), L'Arménie et Byzance : histoire et culture, actes du colloque organisé à Paris par le Centre de recherches d'histoire et de civilisation byzantines, Publications de la Sorbonne, Paris, 1996 (ISBN 978-2859443009).
  • Vahé Tachjian, La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie : aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l'Irak (1919-1933), L'Harmattan, coll. « Hommes et Sociétés », Paris, 2004 (ISBN 2845864418).
  • Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des Chrétiens d'Orient, Fayard, Paris, 1994 (ISBN 2213030642).

Liens externes[modifier | modifier le code]