Campagne d'Italie (1796-1797)

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Campagne d'Italie
Italian campaigns 1796.JPG
Informations générales
Date 1796-1797
Lieu Italie
Issue Victoire française
Belligérants
Drapeau français République française Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire
Royaume de Sardaigne Royaume de Sardaigne
Commandants
Bonaparte
Masséna
Dumas
Augereau
Laharpe
Joubert
Argenteau
Von Beaulieu
Alvinczy
Provera
Colli-Marchi
Von Wurmser
Forces en présence
Initialement :
30 000 hommes
Initialement :
70 000 hommes
Guerres de la Révolution française
Batailles
Guerre de la Coalition

Porrentruy — Marquain — Verdun — Thionville — Valmy — Lille — 1er Mayence — Jemappes — Namur — Maastricht — Francfort — Neerwinden — Landau — St-Amand (en) — Famars — San Pietro — 2e Mayence — 1er Arlon — Valenciennes — Dunkerque — Hondschoote — Avesnes (en) — Méribel — Menin — 1re Wissembourg — Kaiserslautern — Maubeuge — Wattignies — Wœrth — 2e Wissembourg — Martinique — St-Florent (en) — Bastia (en) — Guadeloupe — 2e Arlon — 1er Landrecies — Villers-en-Cauchies (en) — Troisvilles (en) — Mouscron (en) — Tourcoing — Tournai — Ouessant (navale) — Fleurus — Calvi — Tripstadt (en) — Sprimont — Luxembourg — Helder — Gênes (navale) — Groix (navale) — Quiberon — Hyères (navale) — 3e Mayence — Ettlingen (en) — Friedberg — Neresheim — Irlande (1796) — Droits de l'Homme (navale) — Amberg — Friedberg — Terre-Neuve (en) — Würzbourg (en) — Biberach — Emmendingen — Schliengen (en) — Kehl — Fishguard — Cap Saint-Vincent (navale) — Neuwied — Diersheim (en) — Santa Cruz de Ténérife (navale) — Camperdown (navale)


Guerre du Roussillon
Le Boulou 1 — Mas Deu — Bellegarde — Peyrestortes — Trouillas — Fort-Liberté - Toulon — Le Boulou 2 — Bastan - Orbaitzeta - Roses - Montagne Noire — Golfe de Rosas


Campagne d'Italie
Saorge — 1e Dego — Loano — Voltri (en) — Montenotte — Millesimo — 2e Dego — Ceva (en) — Mondovi — Cherasco — Fombio — Pont de Lodi — Borghetto — Mantoue — Lonato — Castiglione — Peschiera — Rovereto — Bassano — Pont d'Arcole — Rivoli — La Favorite — Faenza —Valvasone — Tyrol —Tarvis (en) — Leoben — Pâques véronaises — Chronologie de la campagne

La campagne d’Italie est un épisode des guerres de la Révolution. En 1795 (an III), le Directoire décida que les armées des généraux Jourdan et Moreau iraient combattre les Autrichiens sur le Main et le Danube, tandis que Napoléon Bonaparte, nommé général en chef de l’armée d’Italie le 2 mars 1796 (12 ventôse an IV), attaquerait les Austro-Sardes dans la vallée du . L'armée d'Italie ne devait, en fait, servir que de diversion pour que l'Autriche se mobilise en Italie. Cette armée devant être faite pour une offensive factice, elle fut mal équipée et mal nourrie, et ne devait recevoir aucun renfort.

L'armée d’Italie, dirigée par le général Bonaparte, vainc successivement cinq armées piémontaise et autrichiennes. En un an (de 1796 à 1797), elle conquiert l’Italie et l’Empire d’Autriche doit abandonner non seulement l’Italie, mais aussi la rive gauche du Rhin, où les Autrichiens sont pourtant victorieux. Les victoires de Bonaparte poussent le royaume de Piémont-Sardaigne, puis l’Autriche à se retirer de la Première Coalition, qui est ainsi dissoute.

Pour la distinguer de la campagne de 1800, menée également par Bonaparte, on l’appelle aussi première campagne d’Italie.

Le commandement de Bonaparte[modifier | modifier le code]

Bonaparte prit son commandement de l’armée d’Italie, à Nice, le 27 mars 1796 (7 germinal an IV). Elle comprenait 30 000 hommes. Les 4 généraux de division en place Augereau, Sérurier, Laharpe et Masséna n'acceptaient pas d'être commandés par un général corse ayant pour seules expériences militaires majeures le commandement de l'artillerie au siège de Toulon et la fusillade du 13 vendémiaire an IV. Commencée au col de Cadibone, qui sépare les Alpes des Apennins, la campagne se termine un an plus tard à l'autre extrémité des Alpes.

La première campagne[modifier | modifier le code]

La principale difficulté de la campagne consistait dans la disjonction des armées piémontaise et autrichienne avec, ensemble, 70 000 hommes ; la première, commandée par Giovanni Provera et Colli, et l’autre par Von Beaulieu et Argenteau.

Ce but fut atteint par une manœuvre[1] savante et inattendue : Napoléon Bonaparte fond d’abord avec toutes ses forces sur Argenteau qui commandait le centre de l’armée ennemie situé à Montenotte le 12 avril (23 germinal) (victoire des généraux Masséna et Laharpe sur Argenteau), et le rejette sur Dego et Sassello.

Article détaillé : Bataille de Millesimo.

Pour les séparer, il culbuta l'armée adverse à la Bataille de Millesimo le 13 (24 germinal) (victoire de Augereau sur le corps de Provera).

Beaulieu, apprenant les désastres du centre, se retire avec précipitation sur Acqui. Provera est fait prisonnier à Cosseria ; les Piémontais, défaits à Montezemolo et à Mondovi le 22 avril (3 floréal) (victoire de Bonaparte sur le baron Colli-Marchi), chassés de Ceva, fuient sur la route de Turin.

Ces divers combats qui durèrent six jours, eurent pour résultats la prise de quarante pièces de canon, la mise hors de combat de 12 000 Autrichiens, la possession des forteresses de Coni, de Ceva, de Tortonel, d’Alexandrie : l’occupation presque totale du Piémont, évacué par les Autrichiens ; ce qui mit le roi de Sardaigne dans la nécessité de demander la paix au gouvernement de la première République française. Les Sardes, effrayés, demandèrent un armistice le 26 avril (7 floréal) (armistice de Cherasco).

La seconde campagne[modifier | modifier le code]

Dans la campagne suivante, Bonaparte, conçoit le projet de faire la conquête de la Lombardie[2]

Par le traité de paix conclu à Turin avec la cour de Sardaigne, le général français avait eu la précaution de se faire céder le «pont de Valence» (Las Cases cite ainsi la commune de Valenza), prévoyant que l’occupation de ce poste attirerait l’attention de l’ennemi et lui ferait prendre le change, tandis qu’il irait de son côté forcer le passage du sur un autre point. Se rejetant ensuite sur les Autrichiens, Bonaparte passa le Pô vers la ville de Plaisance pour entamer la campagne contre Beaulieu en Lombardie. Le duc de Parme déposa les armes le 9 mai (20 floréal).

Article détaillé : Bataille du pont de Lodi.

De là, il marche rapidement sur Lodi : un pont long et étroit jeté sur l’Adda, qui baigne les murs de la place, est franchi malgré le feu meurtrier de la mitraille des Autrichiens qui défendaient ce passage difficile et dangereux. Napoléon repoussa les Autrichiens au pont de Lodi le 10 mai (21 floréal) (victoire sur Beaulieu). Lodi est enlevé, et l’occupation de cette place assure à l’armée victorieuse la conquête de la haute Italie.

Objectif Mantoue[modifier | modifier le code]

Mais le projet de porter la guerre en Allemagne par le Tyrol, qui est toujours l’idée dominante de Bonaparte ne peut s’effectuer avec sécurité tant que la forteresse de Mantoue sera au pouvoir de l’ennemi. La phase suivante de la guerre va se dérouler autour de Mantoue.

Le général fait ses dispositions pour exécuter les plans qu’il a combinés, et dont la réussite lui parait si certaine qu’il écrit au directeur Carnot [3]

Le Directoire prit la détermination de ne plus le laisser seul arbitre de la guerre et de la paix : tout en le félicitant sur sa conquête du Piémont, il le remerciait d’avoir abandonné au commissaire civil, Christophe Saliceti, le soin de traiter des préliminaires pour la paix.

Bonaparte apprit en même temps qu’on avait le projet de diviser le commandement de l’armée d’Italie entre lui et le général François Christophe Kellermann. Cette nouvelle l’affecta singulièrement. Il écrit au Directoire « J’ai fait la campagne sans consulter personne ; je n’eusse fait rien de bon s’il eût fallu me concilier avec la manière de voir d’un autre. Si vous m’imposez des entraves de toute espèce, s’il faut que je réfère de tous mes pas aux commissaires du gouvernement, s’ils ont le droit de changer mes mouvements, de m’ôter ou de m’envoyer des troupes, n’attendez plus rien de bon. Si vous affaiblissez vos moyens en partageant vos forces, si vous rompez en Italie la pensée militaire, je vous le dis avec douleur, vous aurez perdu la plus belle occasion d’imposer des lois en Italie. Chacun a sa manière de faire la guerre : le général Kellermann a plus d’expérience et la fera mieux que moi ; mais tous les deux ensemble, nous la ferons fort mal. Je sens qu’il faut beaucoup de courage pour vous écrire cette lettre ; il serait si facile de m’accuser d’ambition et d’orgueil… » mais écrivit également confidentiellement au directeur Carnot « Je crois que réunir Kellermann et moi en Italie, c’est vouloir tout perdre : je ne puis servir volontiers avec un homme qui se croit le premier général de l’Europe ; et, d’ailleurs, je crois qu’un mauvais général vaut mieux que deux bons. La guerre est comme le gouvernement, c’est une affaire de tact. »

La prise de Milan[modifier | modifier le code]

André Masséna s’empare de Milan, et Bonaparte y fait son entrée solennelle le lendemain ; et ce jour même, est signé à Paris, un traité de paix par lequel le Duché de Savoie, Tende, le comté de Nice et autres places, sont enlevées au roi de Sardaigne et passent sous la domination de la France.

Peu de jours après, le Directoire, cédant aux instances de Bonaparte, lui abandonne sans partage la conduite des affaires d’Italie.

De ce moment date la haute influence que Bonaparte va exercer sur les affaires, tant civiles que militaires de Milan, qu’il occupe en souverain. Il poursuit l’exécution des clauses qui sont convenues avec le Piémont, conclut des traités avec Rome, Naples et le duché de Parme ; il réprime en personne les mouvements de la Lombardie, qui vient de se révolter et il contient dans leur neutralité les États de Gênes et de Venise.

Enfin, le château de Milan, qui avait résisté jusque-là, tombe dans les mains françaises, et le vainqueur en tire 150 pièces de canon qu’il fait diriger sur Mantoue. D’autres équipages de siège pris à Bologne, Ferrare, au fort d'Urbino sont conduits par ses ordres vers le même point. Beaulieu, avant de quitter l’Italie, avait eu le temps de jeter 13 000 hommes dans la place, et 30 000 Autrichiens, détachés de l’armée du Rhin, accouraient pour la secourir.

Enfin, Wurmser est à la tête de 60 000 hommes pour faire lever le siège, et Bonaparte n’en a pas 40 000 à lui opposer ; sa position était fort embarrassante, ayant à combattre, d’un côté, contre une armée d’un tiers plus forte que la sienne ; et, de l’autre, à contenir une forte garnison, et garder en outre, tous les passages du fleuve, depuis Brescia jusqu’à Vérone et Legnano.

La bataille des 5 jours[modifier | modifier le code]

Le général en chef autrichien commet la faute grave de diviser ses forces en deux corps : 35 000 hommes sous ses ordres marchent droit sur Mantoue par la vallée de l’Adige, tandis que Quasdanovich marche avec 25 000 hommes sur Brescia.

Bonaparte profite de la faute de ses adversaires : il quitte brusquement le siège de Mantoue (début du siège le 18 juillet 1796) (30 messidor an IV), et laisse devant la place sa grosse artillerie, concentre ses troupes à Roverbella, tombe sur Quasdanovich, le bat successivement à Salò et Lonato (3 août - 16 thermidor), et le force à se réfugier dans les montagnes du Tyrol. Ce succès obtenu, il court sur Wurmser, le bat complètement à la Bataille de Castiglione (5 août - 18 thermidor), passe le Mincio en sa présence et le rejette dans le pays de Trente.

Article détaillé : Bataille de Castiglione.

Ces divers combats, qui durèrent depuis le 1er jusqu’au 5 août (14 - 18 thermidor), et appelée « la bataille des cinq jours », coûtèrent à l’Autriche plus de 20 000 hommes et 50 pièces de canon.

Bonaparte, après ces avantages, se met à la poursuite de Quasdanovich, l’atteint, le bat à Serra-Valla, Ponte-San-Marco, Rovereto, et dans les gorges de Calliano. Cependant Wurmser avait repris le chemin de Mantoue, et son armée filait par les gorges de Brenta. Bonaparte, qui a prévu ce mouvement, abandonne le Tyrol et va se montrer aux Autrichiens à Bassano del Grappa (8 septembre - 22 fructidor), aux gorges de Primolano, au fort de Cavalo.

Wurmser à Mantoue[modifier | modifier le code]

Néanmoins Wurmser, séparé encore une fois du corps de Quasdanovich, trouve le moyen d’entrer dans Mantoue. Cette place, dont la garnison vient de recevoir un renfort considérable, semble pouvoir soutenir les attaques des assiégeants, d’autant plus qu’une nouvelle armée arrivait pour la secourir. L’Autriche, victorieuse sur le Rhin, résolut de reprendre à tout prix les possessions qu’elle avait perdues en Italie et de faire lever le siège de Mantoue.

Une nouvelle armée autrichienne surgit, commandée par Alvinczy, général expérimenté : elle est chargée d’aller faire cette conquête à la tête de 45 000 hommes. Ce général commet la même faute que Wurmser : il partage ses forces : il laisse 15 000 hommes à Davidovitch, avec ordre de descendre les vallées de l’Adige, et lui-même se dirige sur Mantoue, par le Véronais, avec 30 000 hommes. Dans ce moment, le général français, affaibli par les combats et les garnisons qu’il a dû laisser dans les forteresses qu’il a prises, ne peut disposer que de 33 000 hommes ; mais, par les dispositions qu’il prend, il supplée à l’insuffisance de ses moyens.

Les Français perdirent du terrain face à Alvinczy à Bassano (9 novembre - 19 brumaire an V) et face à Davidovitch à Calliano (12 novembre - 22 brumaire).

Bonaparte abandonne le blocus, place 3 000 hommes à Vérone, se porte sur Ronco, jette un pont sur l’Adige, le traverse avec l’armée, et prend le chemin d’Arcole, lieu devenu célèbre par l’action meurtrière que les deux armées se livrèrent dans ses environs. Une chaussée étroite conduisait au port. Selon la légende, Bonaparte ordonne de marcher sur la chaussée et d’aller forcer le passage du pont ; mais sa colonne de grenadiers, prise en flanc par le feu de l’ennemi, s’arrête ; Bonaparte descend de cheval, saisit un drapeau et le jette sur le pont en s’écriant : « Soldats ! n’êtes-vous plus les braves de Lodi ? suivez-moi ! » Le feu des Autrichiens devient si terrible que les troupes refusent d’avancer : l’attaque n’eut point de succès.

Le passage du pont d'Arcole

Arcole[modifier | modifier le code]

Article détaillé : bataille du pont d'Arcole.

Les Français prendront leur revanche à San Massimo all'Adige hameau de Vérone (victoire de Caldiero) et à la bataille du pont d'Arcole (15 au 17 novembre - 25 au 27 brumaire).

Désespérant de réussir sur ce point, il prend la résolution de retourner à Ronco et dérobe sa marche à Alvinczi. Il fait allumer des feux sur la chaussée d’Arcole, et, le lendemain, il se trouve libre de livrer bataille à celui des trois corps autrichiens qu’il lui plaira ; il choisit, celui d’Alvinczi, qu’il repousse au-delà de Vicence, après lui avoir tué 5 000 hommes, fait 8 000 prisonniers, et pris 30 pièces de canon.

Le général Joubert, quant à lui, vainc Davidovitch le 19 novembre (29 brumaire) à Campara, et l'oblige à se réfugier dans le Tyrol. Wurmser qui commande le troisième corps, n’a que le temps de rentrer dans Mantoue, où il se voit de nouveau bloqué par Sérurier.

Rivoli[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Rivoli (1797).

Alvinczi et Provera descendent tout à coup du Tyrol à la tête d’une armée nouvelle et nombreuse. Provera se dirige sur Mantoue avec 12 000 hommes ; Alvinczi, avec le gros de l’armée, se met à la poursuite de Joubert, qui se retire sur Rivoli : Bonaparte, qui n’avait que 20 000 hommes disponibles pour livrer bataille, donne ordre à Joubert de tenir ferme à Rivoli, et il va attendre l’ennemi derrière cette position.

Le général autrichien, trop confiant dans la supériorité de son armée, en détache une partie sous les ordres du général Lusignan (en), et il s’engage avec le gros de ses forces dans les vallées de l’Adige et de la Carona (fleuve) (it), dont le plateau de Rivoli est le nœud.

Il s’empare de ce plateau, sur lequel il place 2 000 hommes ; mais au moment où il se croit maître de la division Joubert, il se voit coupé ; le plateau de Rivoli est pris, et ceux qui le gardaient mettent bas les armes. Enfin la colonne de Lusignan vient attaquer l’armée française sur ses derrières : elle est prise presque en entier par Masséna avec son général.

Le 16 janvier (27 nivôse), Bonaparte vainquit Provera aux portes de Mantoue. Wurmser est repoussé dans Mantoue, et dix-sept jours après, ayant vu détruire sous ses murs les restes de la quatrième armée autrichienne, il se voit dans la nécessité de capituler le 17 janvier (28 nivôse).

Bilan de la Campagne d'Italie[modifier | modifier le code]

Les batailles de Rivoli et de la Favorite, et la prise de Mantoue, coûtèrent, en trois jours, à l’Autriche, 45 000 hommes tués ou faits prisonniers et 600 bouches à feu.

Le général en chef, pour punir les États pontificaux d’avoir enfreint l’armistice de Bologne (it), leur impose le traité de Tolentino.

En moins de douze mois, à l’âge de 28 ans, Bonaparte a détruit quatre armées autrichiennes, donné à la France une partie du Piémont, fondé deux républiques en Lombardie, conquis toute l’Italie, depuis le Tyrol jusqu’au Tibre, signé des traités avec les souverains du Piémont, de Parme, de Naples, de Rome. Le Directoire, dont il a éclipsé la considération et le pouvoir, l’invite à poursuivre ses conquêtes et à marcher sur la capitale de l’Autriche.

Propagande[modifier | modifier le code]

Le général Bonaparte utilise à son profit le Courrier de l’armée d’Italie, le journal officiel de l’armée d’Italie, dont chaque armée de la Révolution était doté. Il crée ensuite grâce au butin deux autres journaux, La France vue de l’armée d’Italie et Le Journal de Bonaparte et des hommes vertueux. Bonaparte fera un bilan flatteur de cette campagne dans 300 pages de ses Mémoires.

L'Autriche[modifier | modifier le code]

L'Autriche atterrée par la chute de Mantoue et se voyant menacée dans ses propres États, ordonne à l’archiduc Charles d’aller, avec l’élite de l’armée qu’il commande, sur le Rhin, s’opposer en Italie aux progrès de Bonaparte.

Celui-ci, apprenant la marche de son adversaire, fait mettre en mouvement une armée de 53 000 hommes, à laquelle s’étaient réunies la division Delmas et la division Bernadotte[4]

Continuant sur sa lancée, le conquérant chercha à gagner Vienne. Bonaparte, à la tête d’une division de 37 000 hommes, emporte Tarri. Il passa la Piave. Il envoie trois autres divisions forcer le passage du Tagliamento, défendu par l’archiduc en personne : elles obtiennent l’avantage. Elles passent le col de Tarvis sans que les Autrichiens de l'archiduc Charles puissent l'arrêter (mouvement du 1er au 21 mars - 11 ventôse au 1er germinal).

Elles poursuivent ce prince sur l’Isonzo, et s’emparent de l’importante forteresse de Palmanova ; et vingt jours plus tard, l'archiduc, ayant perdu le quart de son armée, est obligé de se retirer sur Saint-Weith et sur la Muhr.

Cependant, Bonaparte avait détaché 16 000 hommes sous la conduite du général Joubert, qui culbute les généraux Alexis Laudon et Kerpen et force tous les défilés du Tyrol, pendant que Bernadotte marchait sur Laybach.

Article détaillé : Expédition du Tyrol.

Enfin, le 31 mars (11 germinal), un an après son départ de Nice, le vainqueur, arrivé à Klagenfurt, offre la paix à l’Autriche, qui, d’abord, la refuse. L’armée républicaine se remet en marche. Masséna force les défilés de Neumarkt en Styrie, s’empare de la position d’Hundsmark.

Les préliminaires de paix[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traité de Leoben.

Le moment approchait où une grande bataille allait décider du sort de Bonaparte et de celui de la Maison d'Autriche ; mais deux ennemis se rendirent au quartier général français, et le 7 avril (18 germinal) un armistice est accordé à Indenburg, et le 15 (26 germinal), les préliminaires de la paix sont convenus à Leoben. Les Français sont à cent kilomètres de Vienne lorsque des pourparlers de paix furent entamés avec Merveldt[5].

La dépêche du 19 avril (30 germinal), qui apprend au Directoire la signature des préliminaires, lui révèle aussi toute l’indépendance de son général, et peut lui donner des craintes sur son avenir[6].

Bonaparte ne demanda pas d'instructions au Directoire. Dès ses premières victoires, il montra son indépendance en faisant la loi en Lombardie.

L'insurrection vénitienne[modifier | modifier le code]

Pendant que Bonaparte marchait sur Vienne par les défilés de la Carinthie, les nobles et le clergé vénitiens levaient des troupes pour l’empêcher de rentrer en Italie ; et tandis qu’il stipulait à Léoben les conditions de la paix, le meurtre des Français commandé par le Sénat était prêché dans toutes les églises. Lors de la deuxième fête de Pâques, au son des cloches, tous les Français qui se trouvaient à Vérone et qui ne s’étaient pas retranchés dans les forts, sont égorgés. Il s’agit principalement de malades, laissés dans les hôpitaux par le général Antoine Balland. Cet épisode est connu sous le nom de Pâques véronaises.

Traité de Campo-Formio[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traité de Campo-Formio.

Le 16 vendémiaire an VI (7 octobre 1797), Bonaparte signa un traité à Campo-Formio avec l'Autriche par lequel ces derniers cédèrent à la République leurs Pays-Bas et renoncent au Milanais, puis s'engagent à reconnaître à la France la possession des territoires de la rive gauche du Rhin. La première coalition fut dissoute. Seule la Grande-Bretagne ne déposa pas les armes.

Congrès de Rastadt[modifier | modifier le code]

Après la concession de ce traité, Bonaparte reçut ordre d’aller présider au congrès de Rastadt la légation française. Il y signa, avec le comte de Cobentzel, la convention militaire relative à l’évacuation respective des deux armées.

Le retour à Paris[modifier | modifier le code]

Enfin, Bonaparte quitta Rastadt pour venir triompher à Paris ; il y fut reçu avec un enthousiasme extraordinaire. Le Directoire fut justement effrayé de cette gloire, cependant il se décida à donner à Napoléon, dans la cour du palais du Luxembourg, une fête extraordinaire.

Cette fête eut lieu le 20 frimaire (10 décembre 1797), en présence de presque tous les ambassadeurs des puissances armées. La vaste cour du Luxembourg offrait, entre autres ornements, les drapeaux conquis par l’armée d’Italie.

Bonaparte, en remettant solennellement au pouvoir exécutif le traité de Campo-Formio, prononça un discours[7]

Quelques jours après, Napoléon fut fêté avec non moins d’éclat par les Conseils, dans la grande galerie du Musée, et le département donna le nom de Victoire à la rue Chantereine, dans laquelle il avait sa maison. L’Institut le choisit pour remplacer Carnot, alors proscrit comme royaliste[réf. nécessaire].

La guerre contre le pape[modifier | modifier le code]

La France avait annexé Avignon et le Comtat Venaissin. Le 19 février 1797, Napoléon Bonaparte avait contraint Pie VI à signer le traité de Tolentino (appelé aussi Paix de Tolentino) avec la France du Directoire, qui concède à la France les légations de Romagne, de Bologne et de Ferrare.

À la nouvelle de la mort du général Duphot, le Directoire ordonne le 11 janvier 1798 l'occupation de Rome. Gaspard Monge part le 6 février pour Rome. La Révolution éclate dans la ville le 15 février. La "République romaine" est proclamée par le peuple réuni au Campo Vaccino (ancien forum).

Le pape Pie VI est contraint par la république française de renoncer à son pouvoir temporel et de se contenter de son pouvoir spirituel. On l'oblige à quitter Rome sous deux jours. Pie VI quitte le Vatican dans la nuit du 19 au 20 février 1798. Après le renvoi de Masséna, Gaspard Monge fait toutes les nominations (sauf les finances).

Réfugié à Sienne puis à la chartreuse de Florence (en juin 1798), Pie VI est rattrapé par les troupes françaises et fait prisonnier. Il est successivement emmené à Bologne, Parme, Turin, puis Briançon, Grenoble et enfin Valence (France) .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Connue sous le nom de « manœuvre en position centrale »
  2. il est si certain des suites de cette expédition qu’il écrit de Cherasco au Directoire : « Demain je marche sur Beaulieu ; je l’oblige à repasser le Pô ; je le passe immédiatement après ; je m’empare de toute la Lombardie, et, avant un mois, j’espère être sur les montagnes du Tyrol ; de là j’irai joindre l’armée du Rhin, et nous porterons de concert la guerre dans la Bavière… »
  3. « Si l’action des deux armées françaises qui combattent sur le Rhin n’est point arrêtée par un armistice, il serait digne de la République d’aller signer le traité de paix avec les trois armées réunies au cœur de la Bavière ou de l’Autriche étonnée. »
  4. En arrivant à l’armée de Bonaparte, ce dernier avait dit à ses soldats « Soldats de l’armée du Rhin, songez que l’armée d’Italie nous regarde. »
  5. C’est à cette occasion que Bonaparte dit aux négociateurs autrichiens : « Votre gouvernement a envoyé contre moi quatre armées sans généraux, et cette fois un général sans armée. » Bel éloge des talents militaires du prince Charles.
  6. Voici quelques passages de cette importante dépêche : « Si je me fusse, au commencement de la campagne, obstiné à aller à Turin, je n’aurais jamais passé le Pô ; si je m’étais obstiné à aller à Rome, j’aurais perdu Milan ; si je m’étais obstiné à aller à Vienne, peut-être aurais-je perdu la République. Dans la position des choses, les préliminaires de la paix, même avec l’empereur, sont devenus une opération militaire. Cela sera un monument de la gloire de la République française, et un présage infaillible qu’elle peut, en deux campagnes, soumettre le continent de l’Europe. Je n’ai pas, en Allemagne, une seule contribution ; il n’y a pas eu une seule plainte contre nous. J’agirai de même en évacuant ; et, sans être prophète, je sens que le temps viendra où nous tirerons parti de cette sage conduite. Quant à moi, je vous demande du repos. J’ai justifié la confiance dont vous m’avez investi ; je ne me suis jamais considéré, pour ainsi dire, dans toutes mes opérations, et je me suis aujourd’hui lancé sur Vienne, ayant acquis plus de gloire qu’il n’en faut pour être heureux, et ayant derrière moi les superbes plaines d’Italie, comme j’avais fait au commencement de la campagne dernière, en cherchant du pain pour l’armée, que la République ne pouvait plus nourrir. »
  7. dans lequel on remarqua cette phrase : « Lorsque le peuple français sera assis sur les meilleures lois organiques, l’Europe entière deviendra libre. » Barras, chargé de lui répondre au nom de ses collègues, dit que la nature avait épuisé toutes ses richesses pour créer Bonaparte. Bonaparte, ajouta-t-il, a médité ses conquêtes avec la pensée de Socrate : il a réconcilié l’homme avec la guerre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

  • Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail de l’édition]
  • Cdt Henry Lachouque - Napoléon, 20 ans de campagnes - Arthaud - 1964
  • Emmanuel de Las Cases - Le Mémorial de Sainte-Hélène
  • Yves Amiot, La fureur de vaincre-Campagne d'Italie (1796-1797), Flammarion, 1996, Paris.