Pascal Paoli

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Pascal Paoli
Filippo Antonio Pasquale de Paoli
(corse :
Filippu Antone Pasquale de Paoli)
Portrait par William Beechey (1753-1839)
Portrait par William Beechey (1753-1839)

Naissance
Morosaglia
Décès (à 81 ans)
Londres
Origine Corse
Allégeance Royaume de Naples
Royaume de Corse
République corse
France
Royaume anglo-corse
Grade Général
Conflits Guerres de la Révolution Corse
Guerres de la Révolution française
Commandement Général de la Nation
Faits d'armes Bataille de Borgo
Bataille de Ponte Novu
Famille Fils de Hyacinthe Paoli et de Dionisia Valentini

Pascal Paoli (en corse et en italien, Pasquale de Paoli[n 1]) (Morosaglia, - Londres, ) est un homme politique, philosophe et amiral corse.

La rébellion de la Corse (1729-1743) et le Gouvernement national du Royaume de Corse (1755-1769) fondent une large partie de l'identité corse d'aujourd'hui. Pascal Paoli est l'une des figures emblématiques de cette période, la plus connue de toutes. Contraint de suivre son père Hyacinthe en exil à l'âge de 15 ans, il part pour Naples avec lui (1740). De retour en Corse en 1755, il perd l'ultime bataille qui l'oppose à l'armée royale française en 1769. Il aura vécu en Corse moins de trente ans, pour 15 ans à Naples, et 40 ans en Grande-Bretagne. Mais sa personnalité et son action intéressent bien au-delà des seuls Corses ou des historiens. Avec un fort attachement à son île natale et à sa culture, Pascal Paoli est une figure inscrite dans son temps, un homme des Lumières qui a tissé des relations d'amitié ou épistolaires à travers toute l'Europe.

Ainsi, Pascal Paoli fut à la fois un général corse, le chef de la Nation corse indépendante, un démocrate, un patriote et un homme des Lumières.

Biographie[modifier | modifier le code]

La mère de Pascal Paoli, Dionisa Valentini, avait été initialement mariée à un cousin Valentini. Compromis dans une rixe, Hyacinthe se trouvait hors de Corse. En 1710, après sept ans d’absence, Hyacinthe a réussi à faire casser le mariage et a ainsi pu épouser la future mère de Pascal qui n’avait pas eu d’enfants[1]. Pascal Paoli (Filippu Antone Pasquale de Paoli) est le fils de Hyacinthe Paoli (Ghjacintu de Paoli) et de Diunisa née Valentini[2], nommé conjointement avec plusieurs notables corses chef de la nation avant et depuis le départ du roi Théodore de Neuhoff. Il naît dans le hameau dit « a Stretta » du village de Merusaglia, dans une Corse alors sous domination génoise. Dans ses jeunes années, il suit de bonnes études au couvent des Observantins du Rostino. À noter que Hyacinthe avait rejoint les rebelles corses quelques mois après le début de la rébellion de 1729 (en janvier 1730).

Jeunesse et exil napolitain[modifier | modifier le code]

En 1739, Hyacinthe Paoli, contraint par les Génois de quitter la Corse secouée par des troubles depuis 1729, choisit de se réfugier à Naples. Il emmène avec lui le plus jeune de ses fils, Pascal, âgé de 14 ans.

Au contact de Théodore de Neuhoff, de Giafferi et de son père, Pascal va dès son jeune âge avoir un aperçu de la culture européenne qui suit l'absolutisme des rois tels que Louis XIV. Par l'intermédiaire de Neuhoff, les Paoli seront mis en relation avec les Franc-maçons[3]. C'est aussi en Italie, et plus particulièrement à Naples, que Paoli recevra une partie de sa formation. Il est élève à l'École militaire de Naples et devient cadet dans les troupes corses du Royaume des Deux-Siciles. C'est au sein du Royal Corsica commandé par le colonel Simone de Fabiani que naquit la profonde inimitié qu'entretinrent les Paoli et les Fabiani au cours du reste du XVIIIe siècle[4]. Il débute par la suite une carrière dans le régiment royal de Farnèse et porte un regard attentif dans le même temps sur les évènements qui se déroulent en Corse et la révolte d'une partie de la paysannerie appuyée sur les notables contre le pouvoir génois.

Durant cette période, il suit l'enseignement d'Antonio Genovesi, titulaire de la première chaire européenne d'économie politique, qui, humaniste, place au premier plan de la légitimité du pouvoir l'intérêt du peuple et prône la séparation du spirituel et du temporel. En économie, Antonio Genovesi insiste sur le commerce international comme source de richesse et valorise en particulier le travail, conceptions qui seront plus tard appliquées par Pascal Paoli.

Le jeune Paoli est aussi un grand lecteur de Montesquieu, dont il se fait expédier De l'Esprit des lois par son père, et des penseurs britanniques de l'époque. Mais il fait également preuve de curiosité scientifique et suit les cours de l'Académie royale d'artillerie.

Le généralat[modifier | modifier le code]

Le général Paoli. Gravure par Antoine de Marcenay de Ghuy

Lors de la consulte qui se réunit au couvent Saint-François de Caccia, le , il est appelé par les principaux chefs corses révoltés contre Gênes.

La guerre que la République de Gênes continuait de mener contre la Corse était à son apogée, et les représentants de la nation allaient délibérer sur les chefs qu'ils devaient nommer pour guider le pays dans cette lutte vitale. Paoli se rendit à l'Assemblée comme député de Morosaglia pour prendre la tête de l'insurrection pour l'indépendance de la Corse. Il y fut élu ce même général en chef de la nation corse.

Mariu Emmanuele Matra qui était à la tête d'un parti important dans les pieve de Fiumorbu, Castellu, Rogna, Alisgiani, Serra et Verde, aspirait également au généralat. s'y oppose et propose sa candidature.

Au cours d'une consulte qui se tient au Couvent Saint-Antoine de la Casabianca (Sant'Antone di a Casabianca) les 13, 14 et 15 juillet suivants, l'élection de Paoli est confirmée le 14. Le lendemain de son élection, il est proclamé général en chef de la nation et général du « Royaume de Corse ».

Paoli reçoit la nouvelle chez lui à Morosaglia, où il avait préféré demeurer, s'abstenant de participer à la consulte pour laisser aux députés la liberté de parlementer hors de sa présence.

Écarté par la consulte, Mariu Emanuellu Matra se fait proclamer général à Alisgiani le 10 août 1755. Avec un corps de partisans, il marche contre Paoli.

Le 27 mars 1757, Pascal Paoli, accompagné de peu de troupes, est surpris dans le Boziu par Matra. Il se réfugie dans le couvent d'Alandu. Le 28 mars, alors que les hommes de Matra forcent l'entrée du couvent, Clemente Paoli arrive au secours de son frère et oblige les assaillants à se retirer. Mariu Emanuellu Matra est tué[5].

En même temps, Pascal Paoli met en œuvre un plan réfléchi de modernisation de l'île en lui donnant une constitution (constitution corse)[n 2], adoptée en 1755 au couvent de Caccia et retouchée à plusieurs reprises par la suite. Synthèse de traditions institutionnelles locales et des différents statuts que Gênes a appliqués à la Corse, l'acte constitutionnel y affirme la souveraineté populaire dans le préambule et reconnaît le droit de vote aux personnes de plus de 25 ans[6], dont les femmes (veuves ou célibataires)[7], chargées d'élire, au niveau des Consultes communales, les délégués de la Diète, qui détient le pouvoir législatif et élit elle-même un conseil d'État, présidé par le général en chef, et un Sindaco chargé de veiller au bon fonctionnement de l'administration et de contrôler les magistrats[6].

Il s'agit d'une « démocratie de notables » pour Pierre Antonetti, d'une « dictature de salut public tempérée par l'influence des notables » pour Fernand Ettori, de l'œuvre « d'un homme d'action plus que d'un législateur » pour Francis Pomponi : le vote est en fait réservé aux seuls chefs de famille dans les communautés villageoises ; le suffrage universel est remplacé en 1764 par le suffrage indirect; la souveraineté populaire est contrebalancée par les prérogatives de Paoli, qui peut convoquer aux séances de la Diète des personnes non élues et réunir des Consultes particuliers; l'institution du généralat à vie restreint le système démocratique; la Diète n'est réunie qu'une à deux fois par an pour des durées très courtes (deux à trois jours) ; au sein de cette Diète siègent, à côté des élus, des membres de droit: ecclésiastiques, anciens magistrats, frères et fils de ceux qui sont « morts pour la patrie » et « patriotes zélés et éclairés »; un doit de veto suspensif est reconnu en 1764 au conseil d'État sur les décisions de la Diète ; les principali dominent la vie publique et concentrent la réalité du pouvoir (podestats, pères du commun, conseillers d'État, juges, etc.). Par ailleurs, en raison des importants pouvoirs détenus par le Conseil d'État et Paoli en matière de justice, la séparation entre exécutif et judiciaire laisse la place à une confusion[6].

Toutefois, la Corse apparaît alors, aux yeux des philosophes, notamment Rousseau et Voltaire[n 3], comme le premier État démocratique de l'Europe des lumières et, Paoli comme un « despote éclairé ».

Sur le plan économique, Paoli introduit en Corse la pomme de terre dès 1756, fonde L'Île-Rousse (1758-1765) dans le but de concurrencer les présides génois d’Algajola et de Calvi, et fait battre monnaie à l’effigie de la nation corse à Murato (1762).

Une « imprimerie nationale » est créée à Campoloro où sont publiés les Ragguagli dell’Isola di Corsica, sorte de journal officiel Page d'aide sur l'homonymie. Il crée une marine de guerre et fait de Corte la capitale de la Nation corse où siège le gouvernement. Il bat une monnaie saine, et interdit la vendetta.

Annonce du suprême Conseil Général du Royaume de Corse, aux très affectionnés Peuples de la Nation.[modifier | modifier le code]

« Très-chers Peuples et Compatriotes, ces vieilles animosités particulières que nous avons vu se réveiller depuis peu entre des personnes qui n'ont plus la crainte de Dieu devant les yeux, ni l'amour public dans le cœur, ayant enfanté des dissensions dont le progrès devient fatal au repos de la patrie, ont obligé nos principaux Chefs de nous convoquer à cette Consulte Générale, afin de prendre des mesures convenables pour l'affermissement de l'union commune, et pour faire agir toute la vigueur de la justice contre ceux qui tâchent d'en éluder les poursuites, en soufflant par-tout le feu de leurs passions effrénées.

Après avoir mûrement délibéré sur les moyens de parvenir à un but salutaire, nous n'en avons point trouvé de meilleur, ou de plus sûr, que d'élire un Chef Général, économique et politique du Royaume, doué de facultés éminentes, dont le pouvoir fût illimité, excepté lorsqu'il s'agirait d'affaires d'État, sur lesquelles il ne peut rien statuer sans la concurrence des Peuples ou de leurs représentans.
En conséquence on a procédé à cette élection, et tous les suffrages se sont réunis en faveur de Pascal Paoli, Seigneur dont les vertus et les qualités supérieures l'en rendent digne à tous égards.

Après une élection si générale, faite par les Chefs du Conseil de Guerre, les députés des Provinces, et les représentants respectifs des Paroisses assemblés ici, nous avons adresse une lettre de notification à ce Seigneur, et lui avons envoyé une nombreuse députation, composée des plus notables membres de l'Assemblée pour l'inviter à accepter cette charge, et à se rendre ici, afin d'y être reconnu dans la nouvelle qualité de Chef, d'y jurer solennellement d'en remplir les devoirs avec tout le zèle, l'amour et le désintéressement requis ; et d'y recevoir en même temps le serment de fidélité & d'obéissance de tous et un chacun de nous.

II a montré toute la répugnance possible à accepter un pareil fardeau, a allégué diverses raisons pour en être dispensé. Mais informé de nos résolutions en cas de refus, il a dû enfin y acquiescer, obligé de céder à la force, et hier au soir s'étant rendu ici, il a prêté son ferment et reçu le nôtre.

II reste donc chargé de l'administration du Gouvernement, assisté de deux Conseillers d'État, d'un député d'entre les plus notables personnes de chaque province qui seront changés tous les mois.
Nous avons arrêté que le 3 du mois d'août prochain, une commission ambulante fera sa tournée générale pour rechercher et punir les auteurs de quantité de crimes, et particulièrement de meurtres commis depuis peu en divers endroits. La députation des Magistrats à nommer à cet effet sera dirigée par le dit Général qui fixera aussi le nombre de troupes qui sera nécessaire pour son soutien.

Nous espérons que ces arrangements auront l'approbation universelle de la Nation, puisqu'ils ne tendent qu'à l'avantage de la Patrie; nous en-joignons à tous les Chefs et Commissaires des Paroisses de veiller de leur côté autant qu'il est en leur pouvoir, au maintien de la tranquillité publique dans leurs districts respectifs »

— Donné à San Antone di Casabianca le 15 de juillet 1755.

Négociations entre Gênes et la France, la guerre de Corse[modifier | modifier le code]

Pasquale Paoli.jpg

Le Royaume de France, désirant, pour des raisons stratégiques, se positionner en Méditerranée, trouve l’opportunité politique de s’implanter en Corse lorsque la République de Gênes, chassée de Corse et criblée de dettes, vient demander l’aide de Louis XV.

Aux termes du traité de Versailles, signé le , la France prête deux millions de livres à Gênes, qui donne en garantie la Corse, qu’elle ne possède plus.

Ayant eu connaissance du traité de Versailles, Paoli réunit une consulte le 22 mai à Corte, à l'occasion de laquelle il déclare : « Jamais peuple n'a essuyé un outrage plus sanglant […] On ne sait pas trop qui l'on doit détester le plus de celui qui nous vend ou de celui qui nous achète […] Confondons les dans notre haine puisqu'ils nous traitent avec un égal mépris. »

Bien décidés à défendre leur indépendance, les forces paolistes remportent plusieurs victoires face aux troupes françaises, la plus célèbre étant celle de Borgu, le , où les armées de France doivent battre en retraite devant les régiments corses. Mais, fortes de quelque 20 000 soldats, les troupes de Louis XV remportent une victoire décisive le à Ponte Novu.

Les troupes corses mises en déroute, Paoli, contraint à l’exil, quitte la Corse. Il est successivement reçu par le grand-duc de Toscane, par l'Empereur, le stathouder des Pays-Bas, avant d'être reçu et accueilli par le roi de Grande-Bretagne le . La Corse perd du même coup son indépendance et voit les citoyens de sa démocratie passer au rang de sujets de Louis XV.

La victoire militaire des Français et l’exil de Paoli ne signifient pas pour autant que la Corse soit conquise. Les nombreuses insurrections qui éclatent dans l’île sont réprimées.

Discours du général Paoli 1768[modifier | modifier le code]

« Braves Corses, courageuse jeunesse, mes chers et généreux compatriotes !

Le Babbu di un Patria (le père de Corse), puisque Pasquale Paoli était surnommé par les Italiens corses, a écrit dans ses Lettres [12] le message suivant en 1768 contre les envahisseurs français : Nous (les Corses) sommes des Italiens de naissance et des sentiments, mais tout d'abord nous sentons l'italien par la langue, les racines, la douane, les traditions et tous les Italiens sont tous les frères pour l'Histoire et pour Dieu…. Comme les Corses nous ne voulons pas être des esclaves, ni “des rebelles” et comme les Italiens nous avons le droit à être traité comme tous les autres frères italiens.... Nous 'll être libres ou nous ne serons rien… Nous gagnerons ou nous mourrons (contre les Français) avec nos armes dans nos mains... La guerre contre la France est juste et sainte puisque le nom de Dieu est saint et juste et ici sur nos montagnes apparaîtra pour toute l'Italie le soleil de liberté…. (Siamo còrsi par nascita e sentimento la maman prima di tutto ci sentiamo italiani par lingua, origini, costumi, tradizioni e gli italiani sono tutti fratelli e solidali di fronte alla storia e di fronte Dio … Viennent còrsi non vogliamo essere né schiavi né "ribelli" e viennent italiani abbiamo il diritto di trattare da pari escroquent gli altri fratelli d’Italia … O saremo liberi o non saremo niente … O vinceremo escroquent l’onore o soccomberemo (contro i francesi) escroquent l'armi dans mano... La guerra escroquent la Francia è giusta e santa viennent santo e giusto è il nome di Dio, e qui sui nostri monti spunterà par l’Italia il della unique libertà …)

Pasquale Paoli a même voulu que la langue italienne soit la langue officielle de sa république corse. Sa Constitution corse de 1755 était en italien et a été utilisée comme un modèle pour la constitution américaine de 1787. En outre, en 1765 Paoli a fondé dans la ville de Corte la première université de Corse (où l'enseignement a été fait en italien).

Toutes les Nations qui furent zélées pour leur liberté, comme l'est la nôtre, éprouvèrent des vicissitudes qui ont éternisé leur nom. On a que des peuples, non moins courageux, non moins puissants que nous, ont détruit la haine et fait échouer par leur fermeté les desseins démesurés de leur ennemis. Si pour maintenir la liberté, il ne fallait rien de plus que de désirer, certainement tout le monde en jouirait. Mais ce précieux joyau ne peut s'acquérir que par la vertu et le courage qui font triompher de tous les obstacles. La condition et les prérogatives d'un peuple libre sont trop considérables pour pouvoir en donner une juste idée ; aussi sont-elles l'objet de l'étonnement et de l'envie de tous les hommes. Maintenant, intrépide jeunesse, voici le moment le plus critique.

Si nous ne nous forçons de braver le danger qui nous menace, c'est fait de notre réputation et de notre liberté. En vain jusqu'à ce jour nous nous sommes consolés par la considération de notre héroïsme. En vain nos ancêtres et nos chefs se sont donnés tant de pénibles soins; en vain ils ont répandu tant de sang d'une manière si glorieuse. Non, fameux et magnanimes défenseurs, qui avez sacrifié votre vie pour nous obtenir et conserver notre liberté, ne craignez pas que vos descendants vous fassent rougir de honte. Ils sont fermement résolus de suivre vos glorieuses traces, et de mourir plutôt que de porter le joug.

On nous fait craindre d'avoir à mesurer nos armes contre celles des Français; c'est ce que nous ne pouvons nous imaginer. Jamais nous ne croirons que le Roi Très-Chrétien, après avoir été médiateur dans notre différend avec les Génois, devienne aujourd'hui notre ennemi, et que Sa Majesté s'unisse assez étroitement à la République de Gênes pour vouloir soumettre un peuple également libre et plein de grandeur âme. Néanmoins au cas que la chose fût aussi réelle qu'elle parait être, et que le plus grand des monarques du monde s'armât pour faire la guerre à une nation si faible et si peu nombreuse, nous devons tout espérer de notre courage. Persistons fermement dans la généreuse résolution de vivre et de mourir indépendants. Ce discours ne s'adresse point aux âmes lâches et timides. S'il s'en trouvait de telles parmi nous, nous les renoncerions pour nos compatriotes.

Tous les dignes Corses sont animés du plus beau feu, du plus intrépide courage, du zèle le plus ardent pour la liberté. Je compte autant de héros que de Corses. Voici l'occasion de vous montrer dignes de vous. Des troupes étrangères ont débarqué sur nos côtes pour risquer leur vie en sauveur d'une République tyrannique. Craindrions-nous de sacrifier la nôtre pour notre liberté et notre conservation.
Généreuse jeunesse, chacun de nous est convaincu qu'il ne peut survivre à la perte de là liberté, à la ruine de la patrie. Jurons-tous de défendre l'une et l'autre jusqu'à la dernière goutte de notre sang. II n'est pas aisé de vaincre un peuple libre, et rien n'est impossible aux âmes nobles et magnanimes. »

Premier exil et retour en Corse[modifier | modifier le code]

Pierre tombale de Pascal Paoli dans la chapelle érigée au sein de sa maison natale. L'inscription est en italien, langue officielle de la Corse indépendante et toujours en usage dans les actes d'État-Civil en Corse jusqu'en 1859.

Paoli part en exil avec 500 ou 600 de ses partisans. Embarqué à destination de la Grande-Bretagne, il se fait acclamer à son passage par ses admirateurs d'Italie et de Grande-Bretagne, en passant par l'Autriche ou encore les Pays-Bas. Son combat est en effet devenu célèbre à travers l'Europe grâce au récit de voyage du Britannique James Boswell, An account of Corsica : the journal of a tour to that island and memoirs of Pascal Paoli (1768).

Après un exil de vingt ans, il se rallie à la Révolution française. Rappelé en 1790 dans sa patrie, son voyage de Paris en Corse est une véritable marche triomphale ; il est accueilli en particulier par Lafayette. Il est reçu le par l'Assemblée nationale puis, le 26, par le club des Jacobins, alors présidé par Robespierre, qui l'admet à l'unanimité en son sein[8]. Louis XVI le nomme alors lieutenant-général et commandant de l'île. Il débarque le à Macinaggio pour son retour en Corse, où il est accueilli triomphalement par la population.

Cependant, les relations entre Paoli et la Convention se ternissent, notamment à la suite de l'échec de l'expédition de Sardaigne et les manigances de Pozzo di Borgo, homme lige de Paoli[9]. Il contrôle de plus en plus le directoire de Corse et met des hommes qui lui sont proches. À la suite de la défection de Dumouriez, la Convention ordonne le l'arrestation de Paoli, dont le pouvoir était contesté et les tractations avec l'Angleterre suspectées, et le déclare « traître à la République française ».

Ce qui n'est pas sans fond de vérité. Pascal Paoli, contrairement à ce qu’on voudrait laisser supposer de nos jours, n’est pas hostile à la France. Il a été opposé au Royaume de France qui ne respectait pas les libertés de ses sujets, mais de 1790 à 1793, il trouve que les droits accordés au peuple par la Révolution Française ressemblent grandement à ses principes. Mais, la Révolution va se dévoyer et devenir intolérante et extrême. La Loge des Francs-maçons de Bastia est dévastée, puis ce bel idéal démocratique sombre dans les ténèbres de la Terreur, loin des idéaux des Lumières. Il écrira alors : « La France de maintenant ce ne sont plus les idées de tolérance d’il y a trois ou quatre ans »[3]. Alors, il va songer à faire sortir la Corse de cette folie meurtrière en regardant du côté d’une monarchie parlementaire, l’Angleterre, où il compte des amis franc-maçons.

En réponse, Paoli enclenche une épuration des opposants à son autorité (notamment la famille Bonaparte) et prend le contrôle d'une grande partie de l'île. Une Consulte générale se réunit à Corte le , dont on peut douter de l'aspect démocratique (des partisans de Paoli ont empêché les opposants de venir voter). Entièrement entre ses mains, celle-ci l'élève au rang de Babbu di a Patria (« Père de la Patrie »), et ses représentants jurent fidélité au roi de Grande-Bretagne et à la constitution que ce prince a offerte, qui établit un Parlement et un vice-roi. Le rapprochement avec la Grande-Bretagne s'accélère pour chasser les partisans de la Terreur en Corse et fonder un royaume anglo-corse. Paoli s'adresse officiellement à la Grande-Bretagne, dont le gouvernement, saisissant avec empressement une semblable occasion d'augmenter ses possessions, envoie aussitôt dans la Méditerranée une flotte sous le commandement de l'amiral Hood, avec ordre de s'emparer de la Corse. Les forces françaises qui se trouvent dans l'île sont en trop petit nombre et désorganisées par les purges révolutionnaires pour pouvoir résister longtemps. Les villes maritimes ont beaucoup à souffrir. Calvi surtout se fait remarquer par sa résistance à l'occupation anglaise et est entièrement ruinée. Paoli use de tout son pouvoir pour imposer le passage de l'île sous domination britannique. L'ambition personnelle le motive également.

Le Royaume anglo-corse et le second exil[modifier | modifier le code]

Buste de Pascal Paoli
à l'abbaye de Westminster.

Écarté par les Britanniques du titre de vice-roi, Paoli, mécontent de la conduite que tiennent les Britanniques, se retire à Monticello. Toutefois, ses ennemis jugeant plus prudent de se débarrasser d'homme dont l'influence est encore assez grande pour faire perdre aux Britanniques tout ce qu'il leur a donné, le vice-roi, sir Gilbert Elliot, demande à son gouvernement de le rappeler en Grande-Bretagne.

Il quitte la Corse avec regret, mais résigné, et retourne à Londres pour un exil définitif, où il meurt le , à l'âge de 81 ans. Il avait écrit qu'il voulait faire venir en France les petits-enfants de ses sœurs, élevés en Toscane : « Maintenant que la Corse appartient à l’entité française, il faudrait que mes petits-neveux viennent faire leurs études en France, parce que je voudrais qu’un jour ils puissent briller dans le monde et surtout défendre la mémoire de leur grand-oncle (c’est-à-dire lui), de leur arrière-grand-père (Hyacinthe) et pour redire ce que nous avons fait. »[3]


Cet homme dont la vie privée est mal connue laisse, par son testament, une somme importante pour fonder à Corte une université, et à Morosaglia une École primaire supérieure.

Le mythe de Pascal Paoli, « babbu di a Patria » (« père de la Patrie ») est encore très vivant et présent dans l'île, dans une bonne frange de la population. Son corps a initialement reposé à l'abbaye de Westminster à Londres, jusqu'au transfert de ses cendres dans son village natal de Morosaglia, à l'initiative de Tito Franceschini-Pietri, son lointain neveu, secrétaire particulier de Napoléon III. Son cénotaphe est néanmoins resté à Westminster.

Hommages divers[modifier | modifier le code]

Dans l'imaginaire collectif il est le compère de Grossu Minutu.

L'université de Corse, qu'il avait fondée sous le généralat en 1765, fermée par l'armée de Louis XV en 1769 et rouverte en 1981, porte son nom.

Aux États-Unis, les Fils de la Liberté se disaient inspirés par Paoli et son combat contre le despotisme. Ebenezer McIntosh, l'un des chefs des Fils de la Liberté, baptisa son fils Paschal Paoli McIntosh en son honneur. En 1768, le rédacteur en chef du New York Journal décrivit Paoli comme « le plus grand homme de la terre ».

Aujourd'hui, pas moins de cinq communes américaines portent le nom de « Paoli ». Notamment en Pennsylvanie, où la ville doit son nom à la « General Paoli's Tavern », un point de rencontre des Fils de la Liberté, dans l'Indiana, le Wisconsin, l'Oklahoma et le Colorado.

C'est ainsi que, lors de la guerre d'indépendance des États-Unis, une bataille a opposé l'armée continentale des insurgents aux troupes britanniques à Paoli (Pennsylvanie) en [10]. Aujourd'hui la ville a 5 000 habitants.

Le 5 février 2007, dans le cadre des commémorations du bicentenaire de la mort de Pascal Paoli le cinéaste Magà Ettori organise au Sénat, sous l'égide du Ministère de la Culture et de la Communication, un colloque intitulé : Paoli, un homme des lumières.

Enfin, en 2003, un des plus importants ferries de la SNCM a été baptisé du nom de Pascal Paoli. En 2005 le groupe Corse L'Arcusgi a créé la chanson L'arcusgi di Pasquale

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ou Pasquale de' Paoli.
  2. La constitution de la Corse est écrite, autour du Général, par des juristes insulaires. Un projet de constitution, dû à Rousseau, ne fut finalement pas retenu, parce que paraissant trop loin des réalités insulaires de l'époque.
  3. Jean-Jacques Rousseau Du contrat social (1762) chapitre 10 livre II : « Il est encore en Europe un pays capable de législation; c'est l'île de Corse. La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté mériterait bien que quelque homme sage lui apprît à la conserver. J'ai quelque pressentiment qu'un jour cette petite île étonnera l'Europe. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Vergé-Franceschi, Pascal Paoli, un Corse des Lumières. V. http://cdlm.revues.org/1162.
  2. Éléments pour un dictionnaire des noms propres Corse A-D. Monti
  3. a, b et c Michel Vergé-Franceschi, op. cit.
  4. Cette inimitié prit fin par une alliance, à Monticello, entre Leonetti, neveu du général de la nation corse, et Felicina de Fabiani.
  5. Antoine Dominique Monti, La grande révolte des Corses contre Gênes 1729-1769, ADECEC, 1979
  6. a, b et c Jean-Claude Di Pasquale, Les Fils de la liberté: les fils de Pasquale Paoli, Edilivre, 2007, 426 pages, p. 177-180 (ISBN 2917135603).
  7. Lucien Felli, « La renaissance du Paolisme ». M. Bartoli, Pasquale Paoli, père de la patrie corse, Albatros, 1974, p. 29. «Il est un point où le caractère précurseur des institutions paolines est particulièrement accusé, c'est celui du suffrage en ce qu'il était entendu de manière très large. Il prévoyait en effet le vote des femmes qui, à l'époque, ne votaient pas en France.»
  8. Gérard Walter, Maximilien de Robespierre, Gallimard, 1989, p. 142-143.
  9. Max Gallo, Napoléon, Tome I: Le Chant de départ, Robert Laffont, 1997.
  10. Thomas J. McGuire, Battle of Paoli, Stackpole Books, 2006, 270 pages (ISBN 0811733378). Ce fut une victoire britannique.

Annexe[modifier | modifier le code]

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Paoli.png

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 2008 : Et maintenant monsieur Paoli ? de Magà Ettori - France 3 Corse (avec : Jean-Francois Rémi, Lionel Tavera, Jean-Michel Ropers, Jean-François Peronne, Philippe Ambrosini)

Pièce de théâtre[modifier | modifier le code]

  • 2007 L'héritage de Pasquale Paoli, pièce de Magà Ettori, est interprété à l'occasion du bicentenaire de la mort de Paoli, par Jean-François Remy (Comédie Française). Reportage France 3

Comédie Musicale[modifier | modifier le code]

  • 2008 La Révolution Corse de Magà Ettori (avant-première nationale au Casino de Paris).Livret et mise en scène de Magà Ettori - Musique de Patrice Bernardini - Interprétes : Patrice Bernardini, Jacky Micaelli, Antoine Ciosi, Voce Isulane, Maryse Nicolaï, Michèle sammarcelli, Evelyne Ferri, Mathieu Maestrini, Larenza Ceccaldi, Tony Sampieri.

- TF1 Journal de 13h

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Petru Antoni, Par forza o par amore ! « Da a Pax Romana à Ponte Novu », Éditions Albiana/CCU, Collection Arcubalenu, octobre 2007, 236 pages, (ISBN 978-2-84698-210-8)
  • Petru Antoni, Corse De la Pax Romana à Pascal Paoli . Éditions l'Harmattan 2009, 252 pages, "collection Roman historique" Préface de Jacques Thiers, (Traduction française de "Par Forza o par Amore") (ISBN 978-2-296-10175-3)
  • Daniel Arnaud, La Corse et l'idée républicaine, L'Harmattan, 2006
  • Marie-Thérèse Avon-Soletti, La Corse de Pascal Paoli: Essai sur la Constitution de la Corse, 2 volumes, Marge, 1999, 1200 pages (ISBN 2865231380)
  • M. Bartoli, Pasquale Paoli, Corse des Lumières, DCL Éditions, 1999 (dernière édition)
  • Francis Beretti, Pascal Paoli et l'image de la Corse au dix-huitième siècle: le témoignage des voyageurs britanniques, Voltaire Foundation at the Taylor Institution, 1988, 393 pages (ISBN 0729403645)
  • Madeleine & Jean-Yves Coppolani, Essai de présentation de pensée politique de Pascal Paoli à l'époque de la révolution française, travaux et recherches de la faculté de droit et des sciences économiques de l'université de Nice, Faculté de droit et des sciences économiques, 1978
  • Eugène F.-X. Gherardi, Pasquale Paoli : Portraits. Evocations littéraires et représentations historiques (XVIIIe ‑ XIXe siècles), Ajaccio, Albiana, 2007.
  • Antoine-Marie Graziani, Pascal Paoli, Père de la patrie corse, Tallandier, Paris, 2002
  • Jean-Baptiste Marchini, Pasquale Paoli, correspondance (1755-1769), la Corse : État, nation, histoire, Serre, 1985
  • Georges Oberti, Pasquale de Paoli, Éditions Pasquale de Paoli, 1990
  • Pascal Paoli, Pascal Paoli à Maria Cosway: lettres et documents, 1782-1803, présentation de Francis Beretti, Voltaire Foundation, 2003, 248 pages
  • Francis Pallenti, Pascal Paoli, ou, La leçon d'un « citoyen du ciel », Albiana, 2004, 106 pages (ISBN 2846980950)
  • Michel Vergé-Franceschi, Paoli, un Corse des Lumières, Fayard, Paris, 2005
  • Paul-Michel Villa, L'Autre vie de Pascal Paoli, Alain Piazzola, Ajaccio, 1999
  • Michel Vincentelli, Un Agent secret de la république de Gênes: Pasquale Paoli, Pensée universelle, 1976, 245 pages
  • François Quastana, Victor Monnier (éd.), Paoli, la Révolution Corse et les Lumières, Actes du colloque international organisé à Genève, le 7 décembre 2007, Ajaccio, Alain Piazzola, Genève, Schulthess, 2008
  • René Santoni, L'Oeuvre posthume de Pascal Paoli éditions René Santoni 2013

Biographie en bande dessinée (BD)[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Bertocchini (scénario), Éric Rückstühl (dessins) et Jocelyne Charrance (couleurs), La Jeunesse de Paoli, tome 1, Éditions DCL, Ajaccio, 2007, 46 p., 978-2354160067
  • Frédéric Bertocchini (scénario), Éric Rückstühl (dessins) et Rémy Langlois (couleurs), Le Père de la Patrie, tome 2, Éditions DCL, Ajaccio, 2008, 46 p., 978-2354160159
  • Frédéric Bertocchini (scénario), Éric Rückstühl (dessins) et Rémy Langlois (couleurs), Ponte Novu, tome 3, Éditions DCL, Ajaccio, 2009, 46 p., 978-2354160234
  • Frédéric Bertocchini (scénario), Éric Rückstühl (dessins) et Rémy Langlois (couleurs), L'Intégrale, Éditions DCL, Ajaccio, 2013, 180 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

« Pascal Paoli », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]