Jean Victor Marie Moreau

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Victor Moreau
Image illustrative de l'article Jean Victor Marie Moreau

Naissance 13 février 1763
Morlaix
Décès 2 septembre 1813 (à 50 ans)
Laun (Drapeau de Bohême Bohême)
Mort au combat
Origine Français
Allégeance Drapeau français Royaume de France
Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Grade Général de division
Feld-maréchal
Maréchal de France
(à titre posthume)
Années de service 17911813
Conflits Guerres de la Révolution
Guerres napoléoniennes
Commandement Armée du Nord
Armée du Rhin
Faits d'armes Bataille de Tourcoing
Bataille de Cassano
Bataille de Novi
Bataille d'Höchstädt
Bataille de Hohenlinden
Bataille de Dresde
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile, 13e colonne.

Jean Victor Marie Moreau, né le 14 février 1763 [1]à Morlaix (Finistère) et mort le 2 septembre 1813 à Laun (parfois orthographié Lahn) en Bohême, fut un général français de la Révolution, également feld-maréchal de Russie et maréchal de France à titre posthume.

Famille[modifier | modifier le code]

Son père, Gabriel-Louis Moreau, sieur de Lizoreux (1730-1794), conseiller du roi, était juge, et sa mère, Catherine Chapperon de L'Isle, était la fille d'un négociant et la petite-fille de Pierre Bernard de Basseville, un corsaire morlaisien fameux. Sur les quinze enfants nés du mariage, huit survécurent. Le père fut décapité à Brest le 13 juillet 1794, après avoir été condamné pour avoir caché des prêtres réfractaires, avoir été l'agent d'émigrés et avoir fait passer de l'argent au marquis de Lescoët.

Le frère cadet de Victor, Joseph, né à Morlaix le 6 octobre 1764, mort (à 85 ans) à Morlaix le 22 novembre 1849, fut d'abord avocat ; membre du Tribunat le 24 pluviôse an VIII (13 février 1800), il protesta contre l'accusation portée contre son frère. Sous la Restauration, il fut administrateur des Postes, député d'Ille-et-Vilaine le 4 novembre 1816, préfet de Lozère le 6 août 1817, puis préfet de Charente.

Le plus jeune des frères, Pierre-Marie-Lubin, fut aide de camp de Victor, puis colonel et baron sous la Restauration. La famille était apparentée à Maupertuis (1698-1759), le célèbre savant, mathématicien, physicien et philosophe.

Études[modifier | modifier le code]

Malgré le désir de son fils, Gabriel Moreau n'avait pas voulu qu'il entre dans l'armée et lui avait imposé d'étudier le droit à l'Université de Rennes, après avoir passé 4 ans au Collège du Léon, à Saint-Pol-de-Léon. L'école de droit de Rennes était réputée et parmi ses professeurs on trouvait Jean-Denis Lanjuinais, Isaac Le Chapelier et Gohier. Moreau fut un étudiant prolongé qui resta 7 ans l'école et devenant le « prévôt du droit », c'est-à-dire celui qui était chargé de faire régner l'ordre et la discipline.

Le romancier et folkloriste, Émile Souvestre, se faisant le scribe de son père, Baptiste, étudiant à Rennes lui-aussi, décrit Moreau dans les Mémoires d'un sans-culotte bas-breton :

« Il était renommé pour son coup d'œil et son heureuse humeur. Il exerçait sur ses compagnons une sorte de magistrature : c'était lui qui jugeait les querelles, essayait de les apaiser ou, au contraire, autorisait le duel. Il mettait aux voix l'expulsion des étudiants qui avaient pu forfaire à l'honneur. Son autorité s'étendait jusqu'au théâtre où il décidait du rejet ou de l'acceptation des acteurs. Simple de goûts, généreux, dévoué, Moreau était chéri de ses compagnons. »

Débuts de la Révolution française[modifier | modifier le code]

En 1788, peu avant la Révolution, le Parlement de Rennes refusa d'enregistrer les édits de Brienne qui bouleversaient l'organisation judiciaire de la Bretagne et instituaient les mêmes droits et impôts qu'ailleurs, dont les droits sur le sel (la gabelle) au mépris des clauses de l'édit d'Union.

Des troubles éclatèrent pour défendre les magistrats et des soldats furent envoyés pour les obliger à obéir. Moreau, en tant que prévôt du droit, organisa les étudiants en une milice qui prit part aux échauffourées entre les jeunes nobles et le peuple, devenant ainsi célèbre en Bretagne sous le nom de « général du Parlement ». Ce fut son premier acte notable, à la fois politique et militaire.

L'arrestation de deux magistrats provoqua l'émeute à Rennes et les corps constitués s'insurgèrent. Moreau écrivit à toutes les universités du royaume pour les informer que l'ordre des avocats de Rennes « suspendait ses fonctions devant des magistrats qui seraient assez lâches pour renoncer au plus beau de leur droit : l'enregistrement. A l'exemple de la Cour [de justice] de Rennes, nous avons cru devoir nous refuser à prêter serment aux lois de notre pays, devant des hommes qui concouraient à leur destruction, après avoir juré d'en être les défenseurs. »

Le 26 janvier 1789, lors de la journée des bricoles une troupe d'agitateurs, composée pour une grande part de domestiques de nobles, s'attaqua à des étudiants devant la porte d'un café. Moreau organisa la résistance, fit enlever les armes de la milice bourgeoise de leur magasin et appela à la rescousse 400 étudiants de Nantes. Le lendemain, les étudiants se rendirent maîtres du pavé sur lequel on trouva de nombreuses bricoles (cordes qui servaient aux chaises à porteurs), d'où le nom de « journée des bricoles » qui est resté. Les affrontements continuèrent le jour suivant, car toute la jeunesse qui soutenait les idées nouvelles vint se mettre sous les ordres de Moreau[2].

Alors que les États-Généraux s'étaient ouverts le 20 mai 1789, Victor Moreau se faisait initier, le 13 août, comme franc-maçon, dans la même loge (la Parfaite union) où officiait Isaac Le Chapelier. Des compagnies de gardes nationaux ayant été formées dans les villes, il réunit une compagnie de canonniers de la garde nationale de Rennes et fut élu capitaine. En 1790, il présida la confédération de la jeunesse bretonne et angevine réunie à Pontivy à partir du 19 janvier 1790. Il dépose l'acte fédératif sur l'autel de l'église où ont eu lieu les réunions et improvise un serment solennel :

« Nous jurons par l'honneur de rester à jamais unis par les liens de la plus étroite fraternité ; nous jurons de combattre les ennemis de la Révolution, de maintenir les droits de l'homme et du citoyen, de soutenir la nouvelle constitution du Royaume et de prendre, au premier signal du danger, pour cri de ralliement, vivre libre ou mourir. »

Quelque temps après, il passe ses examens d'avocat, mais il n'exercera jamais ce métier.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Jean Victor Marie Moreau, lieutenant-colonel du 1er bataillon d'Ille-et-Vilaine en 1792, François Bouchot, 1835.

En septembre 1791, il est élu lieutenant-colonel du 1er bataillon de volontaires d'Ille-et-Vilaine qui part immédiatement pour la frontière Est. Avec eux, il sert en 1792 à l'armée du Nord de Dumouriez. Le 9 février 1793, il s'empare du fort de Stephenswerth. En mars, il se signale à Neerwinden. Sous les ordres de Joseph Souham, il se distingue dans la défense de Dunkerque encerclée par les Anglais et reçoit le grade de lieutenant-colonel, puis celui d'adjudant général. À la fin de l'année 1793 le 20 décembre, la bonne conduite de son bataillon, son caractère martial et ses principes républicains lui assurent une promotion comme général de brigade, en même temps que Napoléon Bonaparte qui venait de se montrer comme l'artisan principal de la reprise de Toulon aux Anglais.

Carnot, réputé pour avoir bon œil quant aux qualités d'un chef, le promeut général de division le 14 avril 1794 et lui donne le commandement de l'aile droite de l'armée dans les Flandres. Il prend Courtrai et Menin et contribue à la victoire de Mouscron le 29 avril 1794. D'abord sous les ordres de Souham, il passe sous ceux de Pichegru et prend successivement Ypres, Bruges, Ostende, Nieuport et L'Écluse. Sous le commandement de Pichegru, la Hollande est prise. Le 3 mars 1795, il est nommé commandant en chef de l'armée du Nord, en remplacement de Pichegru. Son principal rôle est de maintenir le bon fonctionnement de la convention passée entre la République française et la République batave (ex-République des Provinces-Unies) sans interférer dans les affaires de celle-ci.

Général en chef sur le Rhin[modifier | modifier le code]

La bataille de Tourcoing établit sa célébrité militaire, et, l'année suivante, il obtint la direction de l’armée de Rhin-et-Moselle en remplacement de Desaix le 21 avril 1795, avec laquelle il franchit le Rhin et avança en Allemagne. Au début, il fut victorieux, prise de Mayence et de Kehl, victoire de Heydenheim), mais il se heurta aux Russes et aux Autrichiens qui le forcèrent à la retraite. Celle-ci fut considérée comme un modèle du genre d'autant qu'il ramena plus de cinq mille prisonniers. Le 25 décembre 1795, il fut désigné commandant en chef des Armées réunies de Rhin-et-Moselle et de Sambre-et-Meuse. Il commanda en chef, pour la première fois, au mois de mai 1796, à l'armée du Rhin. Il passa ce fleuve au mois de juillet, alors que Napoléon Bonaparte se rendait maître de toute l'Italie[3].

En l'an V (1797) après des difficultés prolongées par le manque d'argent et de matériel, il traversa à nouveau le Rhin mais ses opérations furent interrompues par les préliminaires de la paix de Leoben. Ce fut à cette époque qu'il trouva la correspondance de trahison entre son ancien camarade et chef Pichegru et l'émigré prince de Condé. Il avait été le témoin de Pichegru contre des dénonciations de déloyauté, mais il découvrit alors que son attitude le rendait lui-même suspect de complicité. En 1797, il s'empara d'Offenburg.

Guerre en Italie[modifier | modifier le code]

Jean Victor Moreau, général (1764-1813), François Gérard.
Article détaillé : Campagne d'Italie (1799-1800).

Il fut démis et ce n'est qu'en l'absence de Bonaparte et l'avance victorieuse de Souvorov qui rendait nécessaire l'emploi d'un général d'expérience qu'il reçut le commandement de l'armée d'Italie. Le 21 avril 1799, il fut nommé commandant en chef de l'armée d'Italie à la place de Schérer. Le 22 juin 1799, il remporta la victoire de San-Giuliano.

Il resta avec son successeur Joubert jusqu'à la bataille de Novi où ce dernier fut tué. Il mena alors la retraite et remit les troupes entre les mains de Championnet[4]

En 1799, Moreau ne semblait plus jouir d'aucun crédit, ni dans l'armée, ni au sein la nation[5]. Sa conduite, en fructidor de l'an V, l'avait discrédité dans tous les partis[6].

Quand Bonaparte revint d'Égypte, il trouva Moreau à Paris, très mécontent du Directoire, autant comme militaire que comme républicain[7].

Lors du coup d'État du 18 brumaire[8], il prêta main forte à Bonaparte en bloquant deux des directeurs dans le Luxembourg et les obligeant à signer leur démission. Le nouveau Premier Consul Bonaparte lui confia l'armée du Rhin[9].

Consulat et Empire[modifier | modifier le code]

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Pendant l'armistice de Pahrsdorf (en), Moreau, ayant fait un voyage à Paris, descendit aux Tuileries alors qu'il n'y était pas attendu. Comme il était avec le premier Consul, le ministre de la guerre, Carnot, arriva de Versailles avec une paire de pistolets, couverts de diamants d'un très-haut prix, destinés au premier Consul, qui les prit et les remit à Moreau, en disant : « Ils viennent fort à propos. » Cette scène n'était pas arrangée, et cette générosité frappa le ministre.

Ayant repoussé les offres de Bonaparte de le marier avec sa soeur, puis, avec la fille d'un de ses obligés, Moreau épousa, sans prévenir, Mlle Hulot d'Osery, une riche créole du cercle de Joséphine de Beauharnais, dont la famille prit une ascendance complète sur lui[10]. C'est alors qu'il commença à critiquer vivement Bonaparte et ses institutions [11].

Il se conduisait toujours très simplement, ne recevant que des anciens militaires.

Mis à la tête de l'armée française du Rhin pendant l'année 1800, il commence par remporter une victoire sur les Autrichiens de Kray à la bataille d'Engen. Dans le même temps, le général Lecourbe, son lieutenant, remporte un succès complet sur un corps autrichien à la bataille de Stockach. Deux jours après, Moreau livre une nouvelle bataille assez sanglante à Moëskirch et réussit encore à vaincre les Autrichiens de Kray.

S'ensuit alors une série ininterrompue de succès pour l'armée française du Rhin. Moreau et Lecourbe réussissent notamment à forcer le passage du Danube après une nouvelle victoire à Höchstadt. Le général autrichien Kray signe alors un armistice. L'armée française du Rhin, sur sa lancée, s'établit en Bavière.

Quelques mois plus tard, l'armistice est rompu. L'armée autrichienne, commandée dorénavant par l'archiduc Jean, lance une offensive en direction de Moreau pour le refouler jusqu'au Rhin. Le général français prépare alors la riposte. Il évacue son quartier général de Haag, en avant de la forêt de Hohenlinden, à l'Est de Munich, et feint la retraite. Il installe son corps d'armée sur la lisère Nord de la forêt pour tendre une embuscade dans une large clairière qu'il a repérée.

Le 3 décembre 1800, sous la neige, s'engage ainsi la bataille d'Hohenlinden. Le commandant autrichien, trop confiant et les croyant en train de s'effondrer, fait manœuvrer son armée en direction des Français. Trois colonnes autrichiennes s'avancent par les seules routes existantes, dont une seule est empierrée. C'est alors que la contre-offensive française débute. Grouchy, Ney et Richepanse attaquent la colonne autrichienne du centre par le flanc, de front, et par les arrières. Les 48e, 57e, 76e et 46e demi-brigades chargent la baïonnette en avant et culbutent tout ce qu'elles rencontrent sur leur passage. Les bataillons autrichiens et bavarois sont culbutés les uns sur les autres, des milliers de prisonniers sont capturés en peu de temps, car, la colonne autrichienne du centre est écrasée.
Dans le même temps, Grenier, Decaen repoussaient quant à eux les deux autres colonnes autrichiennes et leur faisaient aussi bon nombre de prisonniers. La victoire des français est décisive et donc stratégique. Les généraux français Richepanse et Lecourbe se mettent immédiatement à la poursuite des Autrichiens, capturant encore de nombreux prisonniers.

Vienne, capitale de l'Empire autrichien est bientôt menacée. Les Autrichiens capitulent et demandent la paix. C'est la fin de la guerre et les Français de Moreau l'ont terminé victorieusement. C'est aussi la dernière bataille des guerres de la Révolution française. C'est le traité de Lunéville qui confirmera quelque temps après la défaite de l'Autriche[12].

Moreau revint ensuite en France pour jouir de la fortune obtenue pendant ses campagnes, bien qu'il n'ait jamais rien pris de biens étrangers pour son compte. Il aménagea l'Hôtel d'Anjou et acheta à Barras le château de Grosbois (Seine-et-Marne), où il allait souvent pour chasser.

Article détaillé : Bataille de Hohenlinden.

Sa femme rassembla les opposants à la montée du pouvoir de Napoléon, lequel fit arrêter les conspirateurs[13].

Pichegru fut retrouvé étranglé dans sa prison. Moreau fut d'abord déclaré innocent par ses juges, puis fut condamné à deux ans de prison après une seconde délibération exigée par Bonaparte, peine qui mécontenta tout le monde y compris Bonaparte qui, quand il prit connaissance, laissa sans retenue éclater sa colère et s'écria : - « Ils me l'ont condamné comme un voleur de mouchoir ! » [14]. Bonaparte, heureux d'être débarrassé d'un opposant, commua la peine en bannissement et fera rayer Moreau des cadres de l'armée le 6 juillet 1804.

Moreau partit pour les États-Unis d'Amérique en passant par l'Espagne. À son débarquement à Philadelphie, le général fut accueilli avec enthousiasme. Une foule se pressait sur les quais et plusieurs députés et sénateurs étaient venus le saluer. À leurs paroles de bienvenue, il répondit en s'inclinant, car à ce moment, il ne parlait pas un mot d'anglais. Il vécut tranquillement à Morrisville (en), près de Trenton (New Jersey) jusqu'à ce qu'il apprenne la destruction de la Grande Armée en Russie.

La Mort du général Moreau, par Auguste Couder

Alors, probablement à l'instigation de son épouse, mais aussi après plusieurs visites de l'ambassadeur de Russie aux États-Unis lui proposant un poste de conseiller du tsar Alexandre Ier[15], il se rallia aux Alliés.

Bernadotte qui commandait alors une armée contre Napoléon, l'introduit auprès du tsar Alexandre Ier. Dans l'espoir de revenir en France pour établir un régime républicain, il donna aux Alliés des conseils sur la conduite de la guerre[16].

Le 27 août 1813 a lieu la bataille de Dresde. Moreau se tient au milieu de l'État-Major des alliés coalisés. Un boulet lui fracasse le genou droit et la jambe inférieure gauche. Amputé et transféré à Laun, où il arrive le 30 août, il y décède 3 jours plus tard, le 2 septembre[17]. Le tsar Alexandre Ier le fait inhumer dans la cathédrale catholique de Saint Pétersbourg.

Son tombeau se trouve sur la perspective Nevski, dans la crypte de l'église Sainte-Catherine, l'une des cinq églises catholiques de Saint-Pétersbourg. Suite à un incendie en 1947, la crypte n'est plus accessible au public, seule à l'entrée une plaque commémorative (en russe et en français) indique que sa dépouille y repose. L'historien Valynseele cité par Pierre Savinel dans son ouvrage paru en 1988 Moreau, rival républicain de Bonaparte, obtint des clichés du cercueil de la part de l'ambassade soviétique : sur le couvercle supérieur, on y voit des restes d'un revêtement de velours avec des galons et des ornements de bronze. En tête et au pied du cercueil subsistent des plaques ouvragées en métal doré, avec des inscriptions en langue française ; sur la plaque au pied, il est gravé :

Noms gravés sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile : pilier Est, 13e et 14e colonnes.

« Guide de l'éternité, il ne vécut sur cette terre que pour mourir dans la carrière qui mène à l'immortalité. »

Sa veuve reçut une pension du tsar et Louis XVIII le fera maréchal à titre posthume. Le cœur du général sera enterré au cimetière de la Chartreuse de Bordeaux, auprès de la maréchale Moreau, sa veuve.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'acte de baptême commence ainsi : Ce jour vingt-huit d'Aoust 1763, les cérémonies du baptême d'Anonime, fils légitime de Maître Gabriel-Louis Moreau, sieur de Lisoreux, conseiller du Roy, lieutenant de Morlaix et Lanmeur, et de dame Catherine Chapperon, son épouse, ondoyé le 14 févvrier dernier par le recteur de cette paroisse, ont été supplées dans l'église paroissiale de Saint-Mathieu par le sous signant curé, qui a donné audit Anonime le nom de Jean Victor Marie….
  2. Rapporté par Pitre-Chevalier
  3. Pour Charles Mullié, la campagne d'Allemagne en 1796 ne fait honneur ni aux talents militaires de ceux qui conçurent le plan, ni au général qui en a eu la principale direction et qui commanda la principale armée :
    • Il passa sur la rive droite du Danube et du Lech, après la bataille de Heresheim, le 11 août, tandis qu'en marchant devant lui sur l'Atmuhl, par la rive gauche du Danube, il se fût joint en trois marches avec l'armée de Sambre-et-Meuse, qui était sur la Redwitz, et eût, par ce mouvement, décidé de la campagne;
    • Il resta inactif six semaines, pendant août et septembre, en Bavière, pendant que l'archiduc battait l'armée de Sambre-et-Meuse et la rejetait au-delà du Rhin ;
    • Il laissa assiéger Kehl pendant plusieurs mois par une armée inférieure, à la vue de la sienne, et il laissa prendre cette place. Mullié est cependant tenu pour un observateur partial qui tordait les faits pour servir son maître, Napoléon.
  4. Pour Charles Mullié, il ne fit que des fautes, et ne montra pas plus de connaissances du grand art de la guerre, qu'il n'en avait montré en 1796 :
    • II se fit battre à Cassano par Souvorov ; il y perdit la plus grande partie de son artillerie et laissa cerner et prendre la division Sérurier ;
    • Il fit sa retraite sur le Tessin, tandis qu'il eût dû la faire sur la rive droite du , par le pont de Plaisance, afin de se réunir à l'armée de Naples que commandait Macdonald, et qui était en marche pour s'approcher du Pô : cette réunion faite, il était maître de l'Italie ;
    • du Tessin il fit sa retraite sur Turin, laissant Souvorov maître de se porter sur Gênes et de le couper entièrement de l'armée de Naples. Il s'aperçut à temps de cette faute, revint en toute hâle, par la rive droite du Pô, sur Alexandrie ; mais quelques jours après, il commit à nouveau la même faute, en marchant sur Coni, en abandonnant entièrement l'armée de Naples et les hauteurs de Gênes ;
    • pendant qu'il marchait à l'Ouest, Macdonald arrivait avec l'armée de Naples sur La Spezia ; au lieu d'opérer sa jonction avec ce général sur Gênes, derrière l'Apennin, et de déboucher, réunis sur la Bocchetta, pour faire lever le siège de Mantoue, Moreau prescrivit à Macdonald de passer l'Apennin et d'entrer dans la vallée du Pô pour opérer sa jonction sur Tortone. Restée isolée, l'armée de Naples eut à supporter tous les efforts de l'ennemi sur les champs de la bataille de la Trebbia, et l'Italie alors fut véritablement perdue.
  5. « Il ne faisait autre chose dans son quartier général que de s'étendre sur un sofa, ou se promener dehors, la pipe à la bouche ; il lisait peu. Ce fut moi qui engageais Moreau à se marier (...) La conduite de Moreau envers Pichegru lui a fait perdre beaucoup dans l'estime publique. » (O'Meara.)
  6. Il avait gardé pour lui les papiers trouvés dans le fourgon de Klinglin, qui prouvaient les correspondances de Pichegru avec le duc d'Enghien et les Autrichiens, ainsi que les trames des factions de l'intérieur, pendant que Pichegru, masqué par la réputation qu'il avait acquise en Hollande, exerçait une grande influence sur la législature. Moreau trahit son serment, et viola son devoir envers son gouvernement, en lui dérobant la connaissance de papiers d'une haute importance, et auxquels pouvait être attaché le salut de la République. Si c'était son amitié pour Pichegru qui le portait à ce coupable ménagement, il fallait alors ne pas communiquer ces papiers au moment où leur connaissance n'était plus utile à l'État, puisqu'après la journée du 18 fructidor le parti était abattu et Pichegru dans les fers. La proclamation de Moreau à l'armée et sa lettre à Barthélemy furent un coup mortel qui priva Pichegru et ses malheureux compagnons de la seule consolation qui reste aux malheureux, l'intérêt public.
  7. Pour Mullié, Moreau n'avait aucun système, ni sur la politique, ni sur l'art militaire. Il était excellent soldat, brave de sa personne, capable de bien remuer sur un champ de bataille une petite armée, mais absolument étranger aux connaissances de la grande tactique. S'il se fût mêlé dans quelques intrigues pour faire un 18 brumaire, il eût échoué, il se serait perdu, ainsi que le parti qui se serait attaché à lui. Lorsqu'au mois de novembre 1799, le corps législatif donna un dîner à Napoléon, un grand nombre de députés ne voulurent point y assister, parce que Moreau devait y occuper un rang distingué, et qu'ils ne voulaient rendre aucun témoignage de considération au général qui avait trahi la République en fructidor. Ce fut dans cette circonstance que ces deux généraux se virent pour la première fois. Quelques jours avant le 18 brumaire, pressentant qu'il se tramait quelques changements, Moreau se mit à la disposition de Napoléon, et lui dit qu'il suffisait de le prévenir une heure d'avance, qu'il viendrait à cheval près de lui, avec ses officiers et ses pistolets, sans autre condition. Il ne fut pas dans le secret du 18 brumaire. Il se rendit le 18, à la pointe du jour, chez Napoléon, comme un grand nombre d'autres généraux et officiers qu'on avait prévenus dans la nuit et sur l'attachement desquels on croyait pouvoir compter.
  8. Le 18 brumaire à midi, après que Napoléon eut pris le commandement de la 17e division militaire et des troupes qui étaient à Paris, il donna celui des Tuileries à Lannes, celui de Saint-Cloud à Murat, celui de la chaussée de Paris et Saint-Cloud à Sérurier, celui de Versailles à Macdonald et celui du Luxembourg à Moreau. 400 hommes de la 96e furent destinés à marcher sous ses ordres pour garder ce palais ; ils s'y refusèrent ; disant qu'ils ne voulaient pas marcher sous les ordres d'un général qui n'était pas patriote. Napoléon dut s'y rendre lui-même et les haranguer pour lever ces difficultés.
  9. Après Brumaire, les Jacobins continuèrent à ramener et à chercher des appuis dans les armées de Hollande. Masséna était plus propre que personne pour commander dans la rivière de Gênes, où il n'y avait pas un sentier qu'il ne connût. Brune, qui commandait en Hollande, fut envoyé dans la Vendée ; on rompit ainsi toutes les trames qui pouvaient exister dans ces armées. D'ailleurs le premier Consul n'eut jamais qu'à se louer de Moreau jusqu'au moment de son mariage qui eut lieu pendant l'armistice de Pahrsdorf, en juillet 1800.
  10. « L'Impératrice Joséphine maria Moreau avec mademoiselle Hulot, créole de l'île de France. Cette demoiselle avait une mère ambitieuse, elle dominait sa fille et bientôt domina son gendre et changea son caractère. Ce ne fut plus le même homme ; il se mêla à toutes les intrigues ; sa maison fut le rendez-vous de tous les malveillants ; non seulement il fit de l'opposition, mais il conspira contre le rétablissement du culte et le concordat de 1801 ; il tourna en ridicule la Légion d'honneur. Plusieurs fois le premier Consul voulut ignorer ces inadvertances ; mais enfin il dit : « Je m'en lave les mains ; qu'il se casse le nez contre les piliers du palais des Tuileries. » Cette conduite de Moreau était contraire à son caractère ; il était breton, détestant les Anglais, avait les chouans en horreur, une grande répugnance pour la noblesse : c'était un homme incapable d'une grande contention de tête ; il était naturellement loyal et bon vivant ; la nature ne l'avait pas fait pour les premiers rôles ; s'il eût fait un autre mariage, il eût été maréchal, duc, eût fait les campagnes de la Grande Armée, eût acquis une nouvelle gloire ; et si sa destinée était de tomber sur le champ de bataille, il eût été frappé par un boulet russe, prussien ou autrichien ; il ne devait pas mourir par un boulet français. » (Napoléon à Sainte-Hélène.)
  11. « Moreau se moquait de l'institution de la Légion d'honneur. Quelqu'un lui disait qu'on avait dessein de donner la croix, non-seulement à ceux qui se seraient distingués par la gloire des armes, encore à ceux qui se seraient fait remarquer par leur mérite et par leur savoir. Il s'écria : « Eh bien ! je vais demander la croix de commandeur de l'Ordre pour mon cuisinier, car il a un mérite supérieur dans l'art de la cuisine. » (O'Meara.)
  12. Le récit le plus complet de la campagne de Moreau en 1800, parce qu'il prend en compte les archives des ennemis est dans Marcel Coz, Victor Moreau, général, citoyen de France et d'Europe, p. 215-246.
  13. « La conspiration de Georges me fut révélée par un chouan qui exerçait la profession d'apothicaire. Moreau, Pichegru et Georges avaient eu une entrevue dans une maison du boulevard. On convint que Georges m'assassinerait, que Moreau serait premier Consul et Pichegru second Consul ; mais Georges insistait pour être le troisième ; sur quoi les deux autres observèrent que, comme il était connu pour un royaliste, s'ils se l'adjoignaient pour collègue, ils seraient perdus dans l'esprit du peuple ; là-dessus Georges répliqua : Si ce n'est pas pour les Bourbons que je travaille, je veux au moins que ce soit pour moi ; et si ce n'est ni pour eux ni pour moi, bleus pour bleus, j'aime autant Bonaparte que vous. Quand cette conversation fut répétée à Moreau dans un de ses interrogatoires, il s'évanouit. Si j'avais été sanguinaire, comme on l'a prétendu, j'aurais fait fusiller Moreau, car, après qu'on l'avait convaincu d'avoir communiqué avec Georges, il ne pouvait plus lui rester aucune popularité. » (Napoléon à Sainte-Hélène.)
  14. « Lors du jugement, la fermeté des complices, le point d'honneur dont ils ennoblirent leur cause, la dénégation absolue, recommandée par l'avocat, sauvèrent Moreau. Interpellé si les confédérés, les entrevues qu'on lui reprochait, étaient vraies, il répondit non ; mais le vainqueur de Hohenlinden n'était pas habitué au mensonge ; une rougeur soudaine parcourut tous les traits de sa figure ; aucun des spectateurs ne fut dupe, toutefois il fut absous. » (extrait de Las Cases.)
  15. « Moreau, livré à lui-même, était un fort bon homme qu'il eût été facile de conduire : c'est ce qui explique ses irrégularités. Il sortait du palais tout enchanté, il y revenait plein de fiel et d'amertume, c'est qu'il avait vu sa belle-mère et sa femme. » (Las Cases.) « Moreau n'avait pas naturellement un mauvais cœur, c'était un bon vivant ; mais il avait peu de caractère, il se laissait conduire par sa femme et une autre créole, sa belle-mère. » (O'Meara.)
  16. « Au mois d'octobre 1813, lorsque plusieurs corps de l'armée française descendaient de Dresde, vis-à-vis de Wittenberg et passèrent l'Elbe, un courrier du quartier général de l'armée de Bohême se rendant en Angleterre fut intercepté, et tous les papiers de Moreau furent pris. Le général Rapatel, son aide-de-camp et son compatriote, renvoyait à Mme Moreau des papiers ; elle était très bourbonniste ; elle lui reprochait dans toutes ses lettres son éloignement pour les Bourbons, son laisser-aller, ses préjugés révolutionnaires, son défaut d'intriguer, et lui donnait des conseils sur les moyens dont il devait se faire valoir à la cour de Russie et d'Autriche. Moreau répondait à toutes : « Vous êtes folle avec vos Bourbons ;... au surplus, vous connaissez mes sentiments ; quant à moi, je ne demande pas mieux de les aider ; mais au fond de mon cœur, je vous assure, je crois cet ordre de choses fini à jamais. » La première idée de l'Empereur fut de faire imprimer cette correspondance ; mais il se reprochait d'avoir laissé exister des phrases dans un bulletin relatif à la mort de ce général ; il lui semblait que des mots de regret qu'il avait prononcés, en apprenant cette mort, eussent dû être recueillis de préférence ; il jugea inconvenant de troubler sa cendre, en dévoilant des sentiments secrets, écrits d'abandon à sa femme, et dans une correspondance confidentielle. Moreau avait rendu des services et avait de belles pages dans l'histoire de la guerre de la Révolution. Ses opinions politiques avaient toujours été fort sages, et quelquefois Napoléon a laissé percer des regrets de sa fin déplorable... Les femmes l'ont perdu ! (Montholon.)
  17. D'après le récit détaillé de Svinine, secrétaire d'ambassade russe : P. Svinine, Details concerning General Moreau, Willis, Boston, 1814.

Annexes[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

« Jean Victor Marie Moreau », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]

Article connexe[modifier | modifier le code]