Pays de Bray

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Pays de Bray
Subdivision administrative Haute-Normandie
Picardie
Subdivision administrative Seine-Maritime
Oise
Ville(s) principale(s) Neufchâtel-en-Bray
Forges-les-Eaux
Gournay-en-Bray
Saint Saens
Londinières
Coordonnées 49° 50′ N 1° 25′ E / 49.83333333, 1.41666667 ()49° 50′ Nord 1° 25′ Est / 49.83333333, 1.41666667 ()  
Superficie approximative 750 km2
Géologie boutonnière
argile et craie
Cénozoïque
Relief Cuestas crayeuses
bocage
Production(s) élevage bovin laitier
fromage («Neufchâtel»)
petit-suisse
calvados
Région(s) naturelle(s)
voisine(s)
Pays de Caux
Vexin normand
Pays de Thelle
Région(s) et espace(s) connexe(s) Beauvaisis

Image illustrative de l'article Pays de Bray
Localisation sur la carte de France métropolitaine

Le pays de Bray est une région naturelle de France du Nord-Ouest de la France. À cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l'Oise, il constitue une bande d'une dizaine de kilomètres de large s'étirant sur environ quatre-vingts kilomètres entre Neufchâtel-en-Bray et Beauvais. Créé à partir de l'érosion d'un anticlinal, c'est une région de bocage, qui se caractérise par son sol argileux, favorable aux herbages pour l'élevage bovin laitier. La partie du pays de Bray située en Seine-Maritime est le Bray normand. La partie qui est dans l'Oise appartient quant à elle historiquement au Beauvaisis ; elle est appelée Bray picard.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Bray est un terme de l'ancien français signifiant « terrain humide », « lieu boueux » et « vallée », issu de braco/bracu, attesté au VIIe siècle dans une glose des Gesta de l'Abbaye de Fontenelle[1] et est vraisemblablement d'origine gauloise[2].

Le mot brai est encore mentionné au XIIe siècle dans le Raoul de Cambrai au sens de « boue », et reste encore vivant dans certains dialectes de langue d'oïl au sens de « terrain humide » (Piéron). Ce terme a peut-être le même étymon gaulois que bracis « moût, malt, grain pour faire de la bière », d'où brai(s) et brasser.

À noter aussi, le terme français brai « résidu pâteux de la distillation de la houille ou du pétrole » et qui aurait cependant une autre étymologie[3].

Géologie et flore[modifier | modifier le code]

Sur le plan géologique, le pays de Bray correspond à un anticlinal érodé du Bassin parisien, sorte de pli étroit au centre d'un vaste plateau calcaire formant la Picardie au nord, le pays de Caux à l'ouest, le Thelle et le Vexin au sud-est. Le soulèvement d'origine (de 5 à 600 mètres d'altitude) a été abaissé par l'érosion, mettant à découvert les couches argileuses dans une région en forme elliptique, qui lui a valu le nom de « Boutonnière du pays de Bray », bordée par des escarpements formant deux sortes de "lèvres", côtes ou cuestas crayeuses de 60 à 100 m de dénivellation.

Certaines argiles du pays de Bray, appelées localement « terres à pots » (le terme « argile », en picard, étant réservé à une terre argileuse servant à préparer le torchis), sont à l'origine d'une industrie millénaire de la poterie usuelle dans le Bray picard, situé en Beauvaisis. D'autres parties du Bray présentent des buttes de sable sur socles de grès ferrugineux, où pousse la forêt. Citons comme exemple la forêt du Haut Bray, à l'ouest de Beauvais, à la flore caractéristique. Entre autres, il y pousse des « abrets » (myrtilles). Le Haut Bray, grâce à sa géologie, a la double particularité d'avoir produit à la fois un artisanat de la poterie et une végétation exceptionnelle dans un paysage rare. Le point le plus haut du pays de Bray et de la Seine-Maritime se situe sur la commune de Conteville au sud-est de Neufchâtel-en-Bray avec une altitude de 247 m (49°41'18.69"N 1°38'30.52"E). Le plus haut point dans l'Oise se situe au sommet du bois de Courcelles, à 240 m, commune de Savignies. C'est aussi le plus haut point du département de l'Oise[4].

Hydrographie[modifier | modifier le code]

Le pays de Bray est riche de sources et de nombreux cours d'eau y naissent, notamment l'Epte et l'Andelle, affluents de la Seine, et la Béthune, la Varenne et l'Eaulne, affluents de l'Arques, petit fleuve côtier tributaire de la Manche. L'Avelon, qui se jette dans le Thérain à Beauvais (Oise), prend aussi sa source dans le pays de Bray. Il existe par ailleurs des sources chaudes à l'origine de la vocation thermale de Forges-les-Eaux.

Les constructions traditionnelles[modifier | modifier le code]

L'habitat rural s'y caractérise par l'utilisation du torchis et, depuis le XIXe siècle, de la brique, et de la tuile, qui a remplacé le chaume au début du XXe siècle, ainsi que l'ardoise d'Angers. Les maisons brayonnes traditionnelles diffèrent des maisons cauchoises par le fait que le torchis et un lait de chaux, surtout dans la partie du pays de Bray picard, recouvrent souvent les colombages, à l'exception des poutres maîtresses. La brique, mais aussi la pierre, le silex, la tuile et l'ardoise étaient employées couramment depuis la fin du Moyen Âge pour l'édification des fermes seigneuriales, des gentilhommières, des châteaux et des églises[5].

Cidre, calvados, pommeau et fromages[modifier | modifier le code]

Les principales villes du pays de Bray sont Neufchâtel-en-Bray, Forges-les-Eaux et Gournay-en-Bray, en Seine-Maritime, Auneuil dans l'Oise. C'est avant tout une région agricole. Elle produit notamment trois AOC : le fromage neufchâtel, le calvados et le pommeau de Normandie. C'est également dans le pays de Bray, à Ferrières-en-Bray, qu'a été inventé dans les années 1850 le petit-suisse, fromage frais qui fit la fortune de la société Gervais (dont le fondateur Charles Gervais était brayon), devenue Danone. À la fin du XXe siècle, un fromage local du Beauvaisis a été recréé sous le nom de « Bray picard », et deux autres sous le nom de « tomme au foin » et « tomme au cidre ». Le pays de Bray est, en effet, producteur de cidre, et aussi de poiré.

La poterie du pays de Bray picard[modifier | modifier le code]

Le pays de Bray picard, dans l'Oise, qui appartient au Beauvaisis, a une longue tradition de poterie, céramique, brique et tuile. Les communes de Savignies, Lachapelle-aux-Pots, Saint-Germain-la-Poterie et Saint-Paul sont au cœur de cette industrie, qui, à la fin du Moyen Âge déjà, exportait ses poteries utilitaires jusqu'en Angleterre et au-delà du Rhin. Au XXIe siècle, demeure la poterie d'art, notamment à Savignies et Saint-Paul. Le Musée départemental de l'Oise, à Beauvais, possède une remarquable collection de poteries du Bray picard. Le Groupement de recherches et d'études de la céramique du Beauvaisis (GRECB), dont le siège est à la Maison Gréber de Beauvais, a publié de nombreux articles et ouvrages sur le sujet.

Tuile et "pavé"[modifier | modifier le code]

La fabrication de la tuile est très développée dans le pays de Bray picard. La tuile dite "de Saint-Germain" (Saint-Germain-la-Poterie, Oise) est réputée au XIXe siècle. Elle est remplacée au XXe siècle par la "tuile mécanique" des Tuileries de Beauvais, fabriquée à Saint-Paul. Cette tuilerie disparaît à la fin des années 1970. La tuile des Ets Huguenot Fénal la remplace alors. Elle est fabriquée à Saint-Germer-de-Fly. Ce qui est appelé localement "pavé" (carrelage) représente également une production importante du pays de Bray. Sa fabrication s'est développée sous le Second Empire. La fabrique d'Auneuil n'existe plus, mais la briqueterie d'Allonne, et l'usine de Saint-Samson-la-Poterie (Oise) ont pris un nouvel essor en ce début du XXIe siècle. Elles produisent du "pavé" traditionnel. Tout autant que la restauration d'ancien, ces établissements permettent de poser du "pavé" ou carrelage de qualité et très original dans les maisons actuelles.

Littérature[modifier | modifier le code]

L'écrivain de référence du pays de Bray picard est Philéas Lebesgue (1869-1958), né et mort à La Neuville-Vault (Oise). Plusieurs centaines de ses mille six cents poèmes évoquent le pays de Bray picard, ainsi que de nombreux articles et quelques-uns de ses romans, notamment :

  • Destin, journal d'une femme, 4 éditions depuis 1903, la plus récente par la Sté des Amis de Ph. Lebesgue, 1990, 220 p.
  • Les Charbons du foyer, Paris, Ed. de La Phalange, 1909, 315 p.
  • Le Sang de l'Autre, 4 éditions depuis 1901, la plus récente par Ed. du Trotteur ailé, 2010, 232 p.
  • Terre picarde, Grandvilliers, Ed. du Bonhomme picard, 1950. Réédité par Ed. du Trotteur ailé, 2008, 95 p.

On retrouve également le pays de Bray picard dans certains livres de François Beauvy :

  • La Collégienne, roman, Amiens, collection Eklitra, 1982, 70 p.
  • Le Paysage dans l'oeuvre poétique de Philléas Lebesgue, essai, La Neuville-Vault, Sté des Amis de Ph. Lebesgue, 1995, 150 p.
  • Philéas Lebesgue et ses correspondants en France et dans le monde de 1890 à 1958, Thèse de doctorat, Beauvais, Awen, 2004, 674 p.

Langues régionales[modifier | modifier le code]

Le pays de Bray possède deux langues régionales : le normand sur son versant normand, le picard sur son versant picard. Le pays de Bray étant un pays de marche ("frontalier"), le picard y a assimilé quelques mots normands et le normand certains mots picards, mais dans des proportions minimes. Ce qui distingue nettement le picard du normand est sa phonétique, par exemple les articles "le" et "la" qui se disent "ech" et "el" en picard[6].

Voies de communication[modifier | modifier le code]

Le pays de Bray est desservi par les axes routiers principaux suivants :

L'ancien chemin de fer de Paris à Dieppe, via Pontoise et Gisors, traversait jadis le pays de Bray dans toute sa longueur et en était la principale infrastructure ferroviaire. Les voies entre Serqueux et Dieppe ont été supprimées à la fin du XXe siècle, et le tronçon restant est actuellement désaffecté. Cette ligne croisait à Serqueux la ligne de Rouen à Amiens, qui, elle, a été électrifiée, et fonctionne toujours.

Pays environnants :

Les communes du pays de Bray[modifier | modifier le code]

Le pays de Bray normand est composé de 120 communes, réparties sur 7 cantons (Argueil, Bellencombre, Forges-les-Eaux, Gournay-en-Bray, Londinières, Neufchâtel-en-Bray et Saint-Saëns). Le pays de Bray picard comprend plusieurs cantons situés à l'ouest de Beauvais.

Références[modifier | modifier le code]

  1. François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, éditions Picard, 1981.
  2. Étymologie de brai 1
  3. Étymologie de brai
  4. François Beauvy, L'Arrondissement de Beauvais, Préfecture de l'Oise, 1985, 71 p.
  5. François Beauvy, Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis, Beauvais et Amiens, Mutualité agricole de l'Oise, coll. Eklitra, 1990, 359 p.
  6. François Beauvy, La Littérature de l'Oise en langue picarde du XIIe siècle à nos jours, Amiens, Ed. Encrage, 2005, 121 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

49° 50′ N 1° 25′ E / 49.83, 1.417 ()