Les Travailleurs de la mer

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Les Travailleurs de la mer
Image illustrative de l'article Les Travailleurs de la mer
Gilliat devra affronter la pieuvre

Auteur Victor Hugo
Genre Roman
Pays d'origine Drapeau de la France France
Date de parution 1866
Dessinateur Victor Hugo pour
Les Travailleurs de la mer
Chronologie
Précédent Les Misérables L'Homme qui rit Suivant
La Durande encastrée entre les deux rochers de l'écueil Douvres
Illustration par François Chifflart (1825-1901)
Gilliatt sur La Durande
Illustration par Achille Granchi-Taylor
Gilliatt et la pieuvre[1],
Sculpture par Joseph Carlier (1879)

Les Travailleurs de la mer est un roman de Victor Hugo écrit à Hauteville House durant l'exil du poète dans l'île anglo-normande de Guernesey et publié en 1866.

Introduction d'une ode à la mer : L'Archipel de la Manche — Dans la seconde édition, Victor Hugo adjoint cette présentation lumineuse de 80 pages aux Travailleurs de la mer.

Dédicace[modifier | modifier le code]

Le roman est dédié à l'île de Guernesey et à ses habitants :

« Je dédie ce livre au rocher d'hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l'île de Guernesey, sévère et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable. »

— V. H.

Troisième anankè : l'élément[modifier | modifier le code]

Victor Hugo, dans son introduction, indique un troisième obstacle auquel l'homme est confronté :

« La religion, la société, la nature ; telles sont les trois luttes de l'homme. Ces trois luttes sont en même temps ses trois besoins ; il faut qu'il croie, de là le temple ; il faut qu'il crée, de là la cité ; il faut qu'il vive, de là la charrue et le navire. Mais ces trois solutions contiennent trois guerres. La mystérieuse difficulté de la vie sort de toutes les trois. L'homme a affaire à l'obstacle sous la forme superstition, sous la forme préjugé, et sous la forme élément. Un triple anankè[2] règne sur nous, l'anankè des dogmes, l'anankè des lois, l'anankè des choses. Dans Notre-Dame de Paris, l'auteur a dénoncé le premier ; dans Les Misérables, il a signalé le second ; dans ce livre, il indique le troisième.
À ces trois fatalités qui enveloppent l'homme, se mêle la fatalité intérieure, l'anankè suprême, le cœur humain »

— Victor Hugo. Hauteville-House, mars 1866

Résumé[modifier | modifier le code]

Mess Lethierry est propriétaire de La Durande, un steamer échoué sur un écueil par la machination criminelle de son capitaine, le sieur Clubin. Fou de rage à l'idée que le moteur révolutionnaire de son steamer soit définitivement perdu, Lethierry promet de donner la main de sa nièce Déruchette à celui qui récupèrera la machine de l'épave coincée entre les deux rochers de l'écueil Douvres au large de Guernesey. Gilliatt, pêcheur aussi robuste que rêveur, mais surtout épris de Déruchette, accepte le défi. Après maintes péripéties, notamment sa lutte contre les éléments et la pieuvre[1], Gilliatt réussit sa mission, mais s'aperçoit à son retour que Déruchette s'est éprise en son absence du jeune pasteur Ebenezer, et que celui-ci l'aime en retour. Gilliatt se sacrifie et s'efface pour le bonheur de Déruchette. Après avoir assisté au mariage des jeunes gens et à leur embarquement à bord du sloop Cashmere, et alors que commence le flot de la marée montante, Gilliat va s’asseoir dans un siège naturel creusé dans le roc du rivage, la « Chaise Gild-Holm-'Ur », où il se laisse submerger par la mer tout en regardant s'éloigner le navire qui emporte les nouveaux mariés.

Thèmes et contexte[modifier | modifier le code]

Au-delà de l'histoire de machination crapuleuse et d'amour, des drames personnels des personnages campés avec une modernité surprenante, il s'agit d'un roman terraqué[3], emmêlant eau et terre, en quête d'un regard sur les océans, comme d'une ode à la mer. S'il n'est nullement précurseur de l'intérêt scientifique contemporain du géographe Élisée Reclus sur les courants marins ou de l'historien Jules Michelet sur le désenclavement maritime, l'œuvre ouvre vers l'horizon de nos écrivains voyageurs, à commencer par leurs précurseurs souvent immobiles que sont le Joseph Conrad de Typhoon avec la tempête fusionnant l'air du ciel et l'eau de la mer, les Jules Verne, Pierre Loti, Henry de Monfreid, Roger Vercel des aventures ou navigations lointaines, le Jean Giono de la nouvelle fragment d'un paradis ou les marins égarés dans les ports d'un Édouard Peisson ou d'un Jean-Claude Izzo.

Personnages phares[modifier | modifier le code]

  • Gilliatt — Pêcheur de Guernesey, certains disent que c'est le fils du diable, d'autres qu'il a le pouvoir de guérir les gens : « Les filles le trouvaient laid. Il n'était pas laid. Il était beau peut-être. Il avait dans le profil quelque chose d'un barbare antique. Au repos, il ressemblait à un dace de la colonne Trajane. Son oreille était petite, délicate, sans lambeau, et d'une admirable forme acoustique. Il avait entre les deux yeux cette fière ride verticale de l'homme hardi et persévérant. Les deux coins de sa bouche tombaient, ce qui est amer ; son front était d'une courbe noble et sereine, sa prunelle franche regardait bien, quoique troublée par le clignement que donne aux pêcheurs le réverbération des vagues. Son rire était puéril et charmant. Pas de plus pur ivoire que ses dents. Mais le hâle l'avait fait presque nègre. On ne se mêle pas impunément à l'océan, à la tempête et à la nuit ; à trente ans, il en paraissait quarante-cinq. Il avait le sombre masque du vent et de la mer. On l'avait surnommé Gilliatt le Malin[4]. »
  • Mess Lethierry — Propriétaire de La Durande, le premier bateau à vapeur de l'île : « Mess Lethierry, l'homme notable de Saint-Sampson, était un matelot terrible. Il avait beaucoup navigué. Il avait été mousse, voilier, gabier, timonier, contremaître d'équipage, pilote, patron[5]. Il était maintenant armateur. Il n'y avait pas un autre homme comme lui pour savoir la mer. […] On le voyait ainsi de loin dans la rafale, debout sur l'embarcation, ruisselant de pluie, mêlé aux éclairs, avec la face d'un lion qui aurait une crinière d'écume. […] Mess Lethierry était guernesiais, c'est-à-dire normand, c'est-à-dire anglais, c'est-à-dire français. Il avait en lui cette patrie quadruple, immergée et comme noyée dans sa grande patrie de l'océan. Toute sa vie et partout, il avait gardé ses mœurs de pêcheur normand. […] Cela ne l'empêchait point d'ouvrir un bouquin dans l'occasion, de se plaire à un livre, de savoir des noms de philosophes et de poètes, et de baragouiner un peu toutes les langues. Gilliatt était un sauvage. Mess Lethierry en était un autre. […] Ce sauvage avait ses élégances. […] Il ne s'était jamais marié. Il n'avait pas voulu ou pas trouvé. Cela tenait peut-être à ce que ce matelot prétendait à des mains de duchesse. On ne rencontre guère de ces mains-là dans les pêcheuses de Portbail[6]. »
  • Déruchette — Jeune nièce de mess Lethierry : « Déruchette n'était pas une parisienne, mais n'était pas non plus une guernesiaise. Elle était née à Saint-Pierre-Port, mais mess Lethierry l'avait élevée. Il l'avait élevée pour être mignonne ; elle l'était. Déruchette avait le regard indolent, et agressif sans le savoir. […] Déruchette avait les plus jolies petites mains du monde et des pieds assortis aux mains, pattes de mouche, disait mess Lethierry. Elle avait dans toute sa personne la bonté et la douceur, pour famille et pour richesse mess Lethierry, son oncle, pour travail de se laisser vivre, pour talent quelques chansons, pour science la beauté, pour esprit l'innocence, pour cœur l'ignorance ; elle avait la gracieuse paresse créole, mêlée d'étourderie et de vivacité, la gaieté taquine de l'enfance avec une pente à la mélancolie, des toilettes un peu insulaires, élégantes, mais incorrectes, des chapeaux de fleurs toute l'année, le front naïf, le cou souple et tentant, les cheveux châtains, la peau blanche avec quelques taches de rousseur l'été, la bouche grande et saine, et sur cette bouche l'adorable et dangereuse clarté du sourire. C'était là Déruchette[7]. »
  • Ebenezer Caudray — Jeune révérend anglican, récemment arrivé sur Guernesey : « Étant prêtre, il avait au moins vingt-cinq ans ; il en paraissait dix-huit. Il offrait cette harmonie, et aussi ce contraste, qu'en lui l'âme semblait faite pour la passion et le corps pour l'amour. Il était blond, rose, frais, très fin et très souple dans son costume sévère, avec des joues de jeune fille et des mains délicates ; il avait une allure vive et naturelle, quoique réprimée. Tout en lui était charme, élégance, et presque volupté. La beauté de son regard corrigeait cet excès de grâce. Son sourire sincère, qui montrait des dents d'enfant, était pensif et religieux. C'était la gentillesse d'un page et la dignité d'un évêque. Sous ses épais cheveux blonds, si dorés qu'ils paraissaient coquets, son crâne était élevé, candide et bien fait. Une ride légère à double inflexion entre les deux sourcils éveillait confusément l'idée de l'oiseau de la pensée planant, ailes déployées, au milieu de ce front. On sentait, en le voyant, un de ces êtres bienveillants, innocents et purs, qui progressent en sens inverse de l'humanité vulgaire, qui l'illusion fait sages et que l'expérience fait enthousiastes. Sa jeunesse transparente laissait voir la maturité intérieure[8]. »
  • Sieur Clubin : capitaine de La Durande.
  • Rantaine : associé de mess Lethierry.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mot introduit dans la langue française par Victor Hugo avec ce roman. Source : Raoul Mortier (dir.), Dictionnaire encyclopédique Quillet, Paris, Librairie Aristide Quillet,‎ 1962 (notice BnF no FRBNF33146540).
  2. Du grec anankè, fatalité.
  3. Du bas latin, terraqueus, de terra, terre, et aqua, eau. Composé de terre et d'eau (Dictionnaire encyclopédique Quillet).
  4. Première partie : sieur Clubin — I. De quoi se compose une mauvaise réputation — 6. La Panse.
  5. Patron-pêcheur ou patron de pêche.
  6. Première partie : sieur Clubin — II. Mess Lethierry — 1. Vie agitée et conscience tranquille / 2. Un goût qu’il avait.
  7. Première partie : sieur Clubin — III. Durande et Déruchette — 1. Babil et fumée.
  8. Première partie : sieur Clubin — VII. Imprudence de faire des questions à un livre — 3. Ne tentez pas la bible.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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