Corse (langue)

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Corse
A lingua corsa
Parlée en France, Italie
Région Corse, nord de la Sardaigne, diaspora corse
Nombre de locuteurs 165.000
Typologie syllabique
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle de officielle en Sardaigne et reconnue langue régionale de Corse[Par qui ?][réf. nécessaire]
Codes de langue
ISO 639-1 co
ISO 639-2 cos
ISO 639-3 cos
IETF co

La langue corse est une langue romane, qui appartient au groupe italo-roman, en étant étroitement liée au toscan elle est très proche des dialectes d'Italie centrale. La langue corse est subdivisée en deux groupes dialectaux principaux, le cismuntincu (appellation traditionnelle : cismontano), très proche du toscan (la langue romane qui a donné naissance à l'italien moderne), et le pumuntincu (appellation traditionnelle : oltramontano), qui présente des caractéristiques communes avec les parlers de l'Italie méridionale, mais aussi avec le sarde et surtout la langue sicilienne. Cet ensemble de dialectes corses présente une unité réelle, en ce sens que des règles au niveau de l'écriture permettent, par exemple, de passer de l'un à l'autre (langue-toit). Cette coexistence de l'unité et de la variété a donné naissance au concept sociolinguistique de langue polynomique.

Langue corse et variantes[modifier | modifier le code]

La langue corse est parlée en Corse mais également au nord de la Sardaigne (en ce qui concerne sa variante pumuntincu, avec les dialectes du gallurais et du sassarais). Son statut de langue proprement dite est relativement récent (il date des années 1960), et est contesté par de nombreux linguistes, qui y voient une revendication politique sans fondement du point de vue linguistique. Au sens de la classification établie par l'Unesco, le corse fait partie des langues menacées de disparition avant la fin du siècle.

Pour certains linguistes[Qui ?], il ne rentre pas dans la définition généralement admise de langue romane distincte, étant donné sa forte proximité avec l'italien (surtout le toscan, les dialectes autour de Rome et ceux de l'Ombrie) et ses autres variantes. Il existe une revue culturelle corse en langue italienne « a viva voce », ses auteurs revendiquent la langue italienne comme langue historique de l'île, et nécessaire était à la langue régionale corse dénaturée par le français (u francorsu). Aussi, l'appellation de langue, adoptée dans cet article, est-elle considérée comme impropre pour certains linguistes spécialistes des langues romanes alors qu'elle est unanimement reconnue, par exemple, pour la langue sarde. En revanche, d'autres linguistes[Qui ?] considèrent le corse comme une langue à part entière, compte tenu de l'unité constituée par l'ensemble des dialectes insulaires. Ils font également valoir que le fait de ne pas reconnaître à une langue un tel statut est souvent utilisé pour minimiser l'impact de l'extinction possible d'une langue. En outre, ils soulignent que la proximité avec le toscan ne s'applique pas aux variétés taravaise et sartenaise de la langue corse. Les deux positions peuvent être considérées comme conciliables : la première est tenue d'un point de vue typologique (structural), alors que la seconde l'est du point de vue des représentations et de l'élaboration. En sociolinguistique, la typologie de Heinz Kloss propose un modèle permettant de dépasser les écueils de la classification classique en langues et dialectes : selon celui-ci, le corse est une langue par élaboration ou langue Ausbau (élaboration séparée de l'italien) ; mais le corse et l'italien, par l'affinité de leurs structures, forment ensemble un diasystème (ou langue par distance ou langue Abstand).

Répartition géographique des dialectes[modifier | modifier le code]

Au sein des langues romanes, le corse appartient au groupe linguistique italo-roman. La langue corse est employée dans l'ensemble de l'île (sans que son emploi y soit généralisé), à l'exception des villes de Bonifacio et de Calvi, où l'on parle encore un dialecte ligure d'origine génoise. Du fait d'une ancienne et forte émigration de Corses sur l'île de la Maddalena, au nord de la Sardaigne, on y parle le même corse qu'à Sartène. Le gallurais ou gallurien (gallurese ou gadduresu), dialecte de la région de la Gallura, au nord de la Sardaigne, est également très proche des parlers du sud de la Corse (ceux-ci sont d'ailleurs plus proches entre eux qu'avec les autres variantes du corse, cf. R.A. Hall, Jr.), alors que le sarde proprement dit doit être considéré comme une langue nettement distincte (elle est très différente de l'italien et de ses différents dialectes). Par exemple, tous ces dialectes corses et non-sardes de Sardaigne ont un pluriel en -i comme en italien, alors que le pluriel sarde typique est en -s (comme en français ou en espagnol). À la différence de ces dialectes, la variante dialectique du Pumonte donne un masculin en A pour la plupart des mots. Par exemple, le mot sou : un soldu ; dui soldi (Cismonte); un soldu, dui solda (Pumonte), à l'exception des proparoxytons : un omu, dui omini (cf. La page consacrée à la variété sartenaise). Cette terminaison correspond au pluriel latin neutre. Néanmoins, un substrat probablement commun aux deux langues sarde et corse et l'appartenance à une Romania africana donnent de nombreux traits communs aux deux langues, renforcés par l'ancienne et importante occupation pisane et aragonaise commune. Le son cacuminal, partagé par le dialecte de Sartène et la plupart des dialectes sardes, ou l'interjection (très fréquente) [a'jo]!, commune dans les deux îles, en sont des traces encore plus anciennes (antérieures, sans doute, à l'occupation phénicienne des deux îles). Le sassarese (ou sassarais) est également très proche du corse, toujours à cause du substrat mixte sardo-corse[réf. nécessaire]. Il est parlé à Sassari et à proximité, à partir du XIIe siècle en tant que dialecte marchand entre les différents peuples de la ville nouveau-née (notamment sardes, corses, génois et pisans, après catalans et espagnols), avec une évolution liée au sarde logudorais, autonome du corse et gallurais.

Les principales variantes du corse sont le sartenais, qui englobe le gallurais de Sardaigne, le taravais, le corse de la région de Vico-Ajaccio, le corse septentrional (Cap Corse et Bastia), le balanin et le dialecte de Venaco. Traditionnellement, tous ces dialectes sont répartis en deux groupes : le cismontincu et le pumontincu. La ressemblance du lexique varie entre 79 et 89 %. Le dialecte génois de Bonifacio est le plus proche de celui de Bastia avec 78 % de ressemblance lexicale.

Au Pumonti, on utilise le son cacuminal (quiddu contre quellu — celui, celui-là, ce — du cismonte). Autre similitude avec le mezzogiorno, le son /è/ atone en finale d'un mot n'existe pas au Pumonte : u pastori ou a nazioni contre « u pastore » ou a nazione au Cismonte. Enfin, là où le centre et le nord de l'île emploie le /o/ ou le /è/, le sud maintient le /u/ ou le /i/ : u curri contre u corre au cismonte. Dans l'extrême-sud (Alta Rocca, Sartène, Freto), nombre de noms masculins font leur pluriel en « a ». Le pumuntincu comporte de nombreux traits méridionaux mais reste substantiellement un dialecte toscan.

Notons que le Corse le plus traditionnel se rapproche du parler pumuntincu. En effet, celui-ci est plus archaïque linguistiquement, dans le sens où il a subi moins d'évolutions par rapport aux langues mélangées du passé. Le cismunticu, lui, se rapproche davantage du parler italien, avec par exemple la prédominance du « o » au détriment du « u » notamment dans les environs de Cervione, mais recèle d'autres spécificités. Par exemple, les lettres associées « st » dans un mot se prononceront « cht » dans un bon quart nord-est de l'île : Bastìa s'y dira "bachti-a". Dans cette même zone, les « a », « e » et « o » précédant un « m » ou un « n » auront tendance à être largement nasalisés : pane se prononcera comme "pan-nè". Et au nord d'une ligne Sari-d'Orcino-Ghisonaccia, de nombreuses consonnes sont voisées lorsqu'elles ne suivent pas une syllabe tonique ni une consonne et ne sont pas en début de phrase : u San Petrone se prononcera [u zɑ̃ɱpeˈdrɔ̃nɛ].

Cartes[modifier | modifier le code]

Langue et culture[modifier | modifier le code]

Jusqu'au début du XIXe siècle, avec la date clé de 1852 où seul le français devient officiel et où l'italien est proscrit, le corse et l'italien sont considérés comme deux formes d'une même langue (un diasystème), le corse étant la forme parlée, avec ses variantes locales, l'italien la langue écrite. À partir du Second Empire, le corse se trouve coupé de l'italien qui n'est plus la langue administrative de l'île et tend à être perçu – notamment à travers le lent développement d'une littérature d'expression corse – comme une langue autonome. Actuellement deux courants de pensée s'opposent chez les universitaires. Ceux qui pensent que la langue corse est issue du toscan puis s'en est un peu détachée pour évoluer jusqu'à nos jours (avec des traces anciennes, antérieures à la Romania, comme le son cacuminal), et ceux, qui pensent qu'elle a évolué séparément assez tôt (depuis le bas latin) jusqu'à notre époque en subissant tout au long de son histoire les influences linguistiques des différents « conquérants », dont notamment le toscan ou aujourd'hui le français. Cette dernière hypothèse n'est défendue que dans des publications de type nationaliste, le statut toscan du corse, avec lequel il partage une ressemblance lexicale de l'ordre de 90 %, n'étant remis en cause par aucun romaniste, malgré ses particularités et ses variantes.

Le mouvement culturel corse n'a pas vraiment cherché à imposer une langue unifiée à l'ensemble de l'île. Les linguistes corses parlent de « langue polynomique » ; son enseignement est fondé d'abord sur chaque variété locale puis sur la connaissance passive de l'ensemble des parlers de l'île. On assiste toutefois, depuis quelques années, chez les intellectuels, les créateurs, les professionnels de la communication, à l'émergence d'un « corse élaboré », relativement unifié.

Cette langue présente sur un territoire où la pression démographique est faible, où la volonté de parler français (phénomène que l'on retrouve fréquemment ailleurs) pour mieux « s'intégrer » a créé une cassure linguistique entre les générations de la deuxième moitié du XXe siècle, où l'omniprésence d'une langue autre que le corse n'a jamais été aussi forte et massive qu'aujourd'hui (médias, scolarisation…), où un brassage des populations accru fait que les parents pouvant transmettre leur langue maternelle se font aujourd'hui de plus en plus rares, où enfin l'État français ne prend en compte que partiellement la réalité des langues dites minoritaires, fait que la question de sa survie est clairement posée. Le mouvement nationaliste récent lui a obtenu un statut de langue, enseignée de façon facultative dès l'école primaire.

Du fait que le corse n'a jamais été écrit sous l'occupation pisane ou génoise, il est remarquable que les toponymes officiels de Corse sont pour la plupart écrits en italien et non en corse. Aux XVe et XVIe siècles, quelques cartographes français se sont risqués à les traduire, mais seuls demeurent L'Île-Rousse et Saint-Florent (en italique apparaissent les noms historiques italiens ou français).

Nom italien Nom corse Politonyme officiel
Ajaccio Aiacciu/Aghjacciu Ajaccio
Bastia Bastìa Bastia
Bonifacio Bunifaziu Bonifacio
Calvi Calvi Calvi
Corte Corti Corte
Isola Rossa Lìsula/L'Ìsula L'Île-Rousse
Porto Vecchio Portivechju Porto-Vecchio
Propriano Prupià Propriano
San Fiorenzo San Fiurenzu Saint-Florent
Sartena Sartè Sartène
Vico Vicu Vico

Officialité[modifier | modifier le code]

C'est une langue régionale de France, dans la liste officielle publiée par le gouvernement français (ministère de la Culture/DGLF). Elle est utilisée dans la signalisation routière en Corse. Toutefois, ce n'est pas une langue officielle en France, seul le français ayant acquis ce statut en 1992, dans une disposition de la constitution. Le 17 mai 2013, l'Assemblée régionale de Corse vote une motion qui fait de la langue corse une langue coofficielle, avec le français. Mais cette résolution n'est pas considérée comme constitutionnelle.

Exemples[modifier | modifier le code]

Mot Traduction Prononciation standard Mot italien
la terre a terra/a tarra a tèrra/a Tarra/ a tarra la terra
le ciel u celu u celi ou tchél(ou) il cielo
l'eau l'acqua làkoua l'acqua
le feu u focu u fògou il fuoco
l'homme l'omu lòmou l'uomo
la femme a donna a dona la donna
manger manghjà/magnà màn'dyia mangiare
boire beie bia bia bere
grand grande/grende/grandi/maiò grà'nde/grè'nde/màillo grande
petit chjucu/pìcculu tioùgou/pic-coùlou piccolo
le beurre u butiru / a a grètula/ u butirlu ou boutirou il burro
le jour u ghjornu ou yiornou il giorno

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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