Béarnais

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Article « béarnais » dans le Trésor du Félibrige
Obelisque de Despourrins, Accous, Béarn

On désigne sous le nom de béarnais (bearnés, biarnés) l'ensemble des parlers romans du Béarn. Ce sont des parlers de la langue d'oc appartenant à l'ensemble des parlers gascons[1]. Le Conseil général, par exemple dans son Magazine n°44[2], emploie l'expression « béarnais/gascon/occitan ».

Réalité et perception du béarnais au fil de l'Histoire[modifier | modifier le code]

On a longtemps parlé de béarnais et de gascon, comme l’indique le titre du dictionnaire de Simin Palay[3], mais on inclut aujourd’hui le béarnais au sein du dialecte gascon[4]. De nos jours il n’est plus dissocié du gascon par les linguistes.

Le béarnais, langue officielle d'un pays souverain[modifier | modifier le code]

Le Béarn constitua un État souverain de 1347 à 1620. Une forme spécifique, basée sur le parler béarnais de la région d’Orthez, est la seule langue officielle du Béarn depuis les origines de la vicomté jusqu’en 1620, puis concurremment avec le français de 1620 à 1789[5]. Cette langue officielle du pouvoir béarnais est logiquement appelée béarnais et c’est tout naturellement que la reine Jeanne d’Albret, souhaitant répandre la Réforme protestante dans ses États, commande une traduction des Psaumes en béarnais pour son État souverain du Béarn et en gascon pour ses domaines d’Albret, Marsan et Gabardan.

Le linguiste Robert Lafont, parlant du béarnais du XVe siècle, écrira en 1986 : « La langue d’État qui s’établit de cette façon, et qui sera transportée dans les parts non gasconnes du domaine, à Foix et en Navarre transpyrénéenne, est en quelque sorte un occitan typisé de référence forte à une indépendance domaniale. […] On peut penser que cette langue écrite aurait poursuivi son essor au-delà du XVIe siècle, - occitan à l’écart de l’occitan -, sans l’accident dynastique : l’accession d’Henri III de Navarre au trône de France. »[6]

Au XIXe et XXe siècles, le choix et les hésitations des félibres[modifier | modifier le code]

En 1896, les Félibres du Béarn et de Gascogne fondent une section régionale du Félibrige, l'Escole Gastoû Febus: ils se réclament donc de Frédéric Mistral, et à travers lui de la langue d'oc[7].

Dans les premières années de l'Escole Gastoû Febus, le béarnais et le gascon semblent perçus comme deux idiomes très proches, mais distincts. Toutefois, cela n'empêche pas l'écrivain lavedanais Michel Camélat de proposer et d'utiliser le béarnais comme langue littéraire de toute la Gascogne (cf. infra: « le béarnais classique »).

Dans les années 1930, Simin Palay est enclin à considérer que le béarnais est une forme locale de gascon . En effet, il écrit dans son dictionnaire : « Pour les Béarnais, les parlers bigourdans, armagnacais, de la Lomagne, de l'Astarac, de l'Albret, de la Chalosse et des Landes sont lou gascoû; les Gascoûs, d'ailleurs, considèrent aussi le béarnais comme suffisamment différent de leurs parlers pour justifier une appellation particulière. En réalité, mis à part les termes locaux, tous ces dialectes sont des rameaux d'une même souche » (p. 519); et plus loin: « (Le préfixe in-) passe à en- en gascon » (p. 585), ce terme englobant clairement, dans le contexte, le béarnais[8]. Dans cette période des années 1920 et 1930, Simin Palay est également conscient que cette « souche gasconne » appartient au grand ensemble occitan[9].

Le point de vue des linguistes: le béarnais n'est pas un concept linguistique[modifier | modifier le code]

En 1963, le linguiste Pierre Bec, spécialiste de la dialectologie du gascon[10], va plus loin : alors que Jean-Vastin Lespy et Simin Palay faisaient du béarnais un dialecte d'un ensemble plus large, lui nie pratiquement l'existence d'un parler béarnais clairement caractérisé du point de vue dialectologique[11].

Par la suite, les cartes linguistiques, qu'elles soient issues des milieux occitanistes ou de ceux de la linguistique romane, ignorent le béarnais et ne connaissent que le gascon.

La perception populaire du béarnais[modifier | modifier le code]

À partir de la fin du XIXe siècle, l'usage du mot béarnais pour désigner la langue propre du Béarn n'est plus dans l'usage courant, remplacé par le mot "patois" qui est péjoratif, à l'origine du moins, et présente l'inconvénient d'englober sous un même terme tous les parlers romans de France.

L'usage du terme "patois" (en premier lieu, il faut le signaler, de la part des locuteurs eux-mêmes) a reculé à partir des années 1980, au fur et à mesure semble-t-il que le renouveau des langues régionales réaffirmait la dignité de la langue vernaculaire.

Lors de l'enquête linguistique commandée par le Conseil Régional d'Aquitaine et réalisée en octobre-novembre 2008, les habitants des Pyrénées-Atlantiques, interrogés sur le nom qu'ils donnent à leur langue, ont répondu « béarnais » pour 53 % d'entre eux, « occitan » pour 22 %, « patois » pour 16 % et 5 % seulement gascon[12]. Parmi les 78 % ayant choisi une autre dénomination qu'« occitan », 14 % estimaient que la langue qu'ils parlent « correspond effectivement à ce qu'on appelle l'occitan », 62 % à « une langue qui a ses particularités, mais peut être rattachée à l'occitan » et 15 % seulement à « une langue bien distincte de ce qu'on appelle l'occitan, [qui] ne devrait donc pas y être rattachée »[13].

Cependant, une association constituée en 2002 pour « promouvoir la langue et la culture béarnaise et gasconne », l'Institut béarnais et gascon[14] affirme dans ses publications l'existence d'une « langue béarnaise et gasconne » autonome par rapport au reste de l'occitan, et considère que le statut historique de langue officielle d'un État souverain, ainsi que l'adhésion majoritaire des locuteurs à cette appellation, légitiment le terme « langue béarnaise »[15].

Norme graphique du béarnais[modifier | modifier le code]

La norme graphique du béarnais, comme langue officielle d'une vicomté féodale semi-autonome, puis d'un État souverain, a varié au fil des siècles. À partir de 1620, date de l'union du Béarn et Navarre à la France, l'orthographe du béarnais a subi de plus en plus profondément l'influence de celle du français.

L'œuvre de Lespy[modifier | modifier le code]

Vastin Lespy

Dans sa monumentale grammaire publiée en 1858[16], Jean-Vastin Lespy, qui travaillait aux archives des Basses-Pyrénées et avait donc accès aux écrits du temps du Béarn souverain, effectua une première normalisation orthographique du béarnais en conciliant la langue de ses contemporains et celle des anciens textes[17]. Lespy semble avoir souhaité aller beaucoup plus loin puisqu'il écrivait: « Si dans les vieux substantifs terminés en or, tels que amor, calor, dolor, flor, pastor, etc., etc., on ne fait pas résonner l'r, et que l'on donne à la voyelle o, ainsi que cela se faisait, le son de ou, on arrivera aux substantifs employés de nos jours: - Amou, calou, doulou, flou, pastou, etc., etc., qui dérivent du latin: - Amor, calor, dolor, flos, floris, pastor, etc., etc. Voilà comment la prononciation finit par enlever aux mots le cachet de leur origine. S'il ne dépendait que de nous, ce cachet précieux serait restitué à tous nos vocables. »[18].

La graphie de l’Escole Gastoû Febus[modifier | modifier le code]

La graphie de Lespy, très largement adoptée par les Béarnais écrivant leur langue vernaculaire dans la seconde moitié du XIXe siècle, fut modifiée en 1900 et 1905 par l’Escole Gastoû Febus, sur proposition du romaniste Édouard Bourciez, de la Faculté de lettres de Bordeaux[19].

Le point faible de cette graphie était l’absence de distinction entre le [e] atone final et la voyelle atone issue du '-a' final latin[20], notés indistinctement e. Or, ces deux voyelles n’ont la même prononciation que dans le parler du Nord-Ouest (Lacq, Orthez, Salies, Sauveterre)[21]. Simin Palay, conscient du problème, imagina pour son dictionnaire une solution originale consistant à marquer le e prononcé [e] (atone) d'un point diacritique situé au-dessous de la voyelle; cette solution restait impraticable dans la grande masse des publications.

Jean Bouzet imagina une autre solution dans ses ouvrages de grammaire[22]: revenir à l’ancienne orthographe a pour la voyelle atone résultant du '-a' final latin[23].

La graphie classique[modifier | modifier le code]

Jean Bouzet a ensuite participé à l'adaptation au gascon, et par conséquent au béarnais, de la graphie dite classique de l'occitan codifiée par Louis Alibert pour le languedocien[24]. Les règles en ont été ensuite reprises et affinées dans une brochure de Robert Darrigrand[25], puis par les études menées par Gilbert Narioo et Michel Grosclaude au sein de l'association Per Noste fondée par Roger Lapassade. Elle a été employée dans l'importante Grammaire béarnaise publiée par André Hourcade en 1986, avec préface de Robert Lafont (cf. citation supra).

Cette graphie classique, a été et continue d'être promue par Per Noste, mais aussi au sein des Calandretas, de l'enseignement public, et de diverses publications paraissant en Béarn ; elle est aujourd'hui majoritairement présente dans l'enseignement, l'édition et la signalisation officielle[26]. Par délibération du 17 décembre 2009, le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques a décidé de « l'emploi de la graphie classique dans tous les actes écrits émanant [de lui], en cohérence avec la façon dont l’Éducation Nationale enseigne l’écriture du béarnais/gascon/occitan dans tous ses établissements scolaires. »

Aperçu de la diversité interne du béarnais[modifier | modifier le code]

Du point de vue dialectologique, Pierre Bec a dit depuis longtemps (cf. supra) combien il serait difficile de caractériser un type de parlers qui serait propre au Béarn et distinguerait, du point de vue linguistique, ce territoire des territoires gascons voisins (Bigorre, Lavedan, Armagnac, Chalosse, Bas-Adour).

Des parlers diversifiés[modifier | modifier le code]

Les parlers du Béarn ne présentent pas de traits linguistiques qui les distinguerait clairement au sein de l'aire dialectale gasconne. On peut même affirmer le contraire, car le Béarn est traversé par une des grandes isoglosses internes du gascon: celle qui sépare les prononciations [ɔ] (Gascogne orientale) et [ə] (Gascogne occidentale) du -a atone final.

D'une part, on constate des variations internes qui permettent de définir plusieurs parlers béarnais, dont certains font le lien avec les parlers gascons des régions voisines.

En l'état actuel des travaux des linguistes, les parlers béarnais pouvant être individualisés sont :

  • le parler du nord-nord-ouest (Garlin, Arthez-de-Béarn, Orthez, Salies-de-Béarn, Sauveterre-de-Béarn), qui se distingue des autres parlers béarnais par la prononciation [ə] du -'a' atone final, mais aussi du -e atone final, ce qui en fait une zone de transition vers le parler noir[27].
  • un parler central ou « palois » qui se distingue par la désinence en -in de la troisième personne du pluriel des verbes du deuxième et du troisième groupe[28];
  • un parler oloronais, qui a la particularité d'employer une forme i (« et ») là où les autres parlers emploient e.
  • l'aspois et le barétounais, sans conteste le plus original, est un parler gascon pyrénéen;
  • le parler de la Vallée d'Ossau: cette vallée est la seule dans le domaine du gascon à ne pas posséder un parler appartenant au gascon pyrénéen.
  • un parler du Nord-Est (Vic-Bilh et Montanerés) qui réalise comme une aspiration [s] devant consonne (eslorir, « moisir » : [exlu'ri], emploie la forme endà (« pour », ailleurs entà) et prononce [w] le v intervocalique: aver (« avoir ») prononcé [a'we] (ailleurs [a'βe]).

Exemples pris à la phonétique[modifier | modifier le code]

Outre les deux réalisations [ə] et [ɔ] du -a final, à quoi s'ajoute une réalisation [a] dans la région de Pontacq (comme dans le Lavedan limitrophe), on peut mentionner deux autres points.

La réalisation [pã] (parfois réduite à [pa]) de pan (« pain ») oppose les parlers béarnais aux parlers gascons des Landes, traçant ainsi une limite nord pour le « béarnais ». Ce trait est toutefois inopérant à définir un type « béarnais » de parlers, puisqu'à l'ouest et à l'est du Béarn, les parlers du Bas-Adour et les parlers bigourdans et lavedanais voisins présentent la même réalisation [pã] ou [pa] [29].

Quant à la réalisation [ß] ou [w] du -v intervocalique (aver prononcé [a'ße] ou [a'we]), si sa limite correspond grosso modo à la limite Béarn-Bigorre à l'est ([a'ße] étant la prononciation « béarnaise » et [a'we] la prononciation bigourdane), la réalisation [ß] n'est pas caractéristique du seul Béarn puisque cette fois-ci, c'est en direction des Landes, du Bas-Adour et du Lavedan qu'elle déborde de ses limites. En outre, la réalisation [w] est présente dans le parler « béarnais » du canton de Montaner.

Exemple pris dans le domaine lexical[modifier | modifier le code]

En effectuant une lecture même rapide des cartes de l'Atlas linguistique de la Gascogne[30], on est en peine de trouver une série de mots spécifiquement « béarnais ». Si un mot comme dia, « jour », oppose très nettement les parlers béarnais à ceux des Landes qui emploient le mot pan-occitan jorn, d'une part il se retrouve dans tous les parlers sud-gascons, jusqu'au Val d'Aran[31]; d'autre part la langue administrative du Béarn souverain employait justement jorn et pas dia.

Dans le dictionnaire de Simin Palay, on rencontre beaucoup plus de mots marqués comme spécifiques à la région d'Orthez, au Vic-Bilh, à la Vallée d'Aspe ou à la Vallée d'Ossau que de mots marqués B. (Béarn). Encore ceux-ci ne sont-ils pas forcément usités dans tous les parlers béarnais[32].

Le béarnais dans la société[modifier | modifier le code]

La pratique du béarnais en Béarn[modifier | modifier le code]

Lors de l'enquête linguistique réalisée en octobre et novembre 2009 par la Région Aquitaine, 12 % des personnages interrogées dans le département des Pyrénées-Atlantiques ont déclaré parler la langue régionale sans difficulté ou assez facilement pour tenir une conversation simple", et 13 % le parler « avec difficulté ». Pour 73 % d'entre eux, la langue se transmet au sein de la famille, pour 15 % par les proches, voisins, amis, et pour 6 % durant la scolarité.

Ces pourcentages concernent également les communes du Bas-Adour parlant traditionnellement gascon. Pour le seul Béarn, les pourcentages seraient sans aucun doute plus élevés.

Le béarnais dans l’enseignement[modifier | modifier le code]

En France, une famille qui souhaite que ses enfants acquièrent une connaissance de la langue régionale a trois possibilités :

  1. soit un enseignement extensif à raison de quelques heures par semaine, comme option.
  2. soit un enseignement bilingue (à parité horaire, du moins dans les classes du primaire) ;
  3. soit un enseignement par immersion (l’enfant, dès la maternelle, est accueilli en langue régionale et effectue ses apprentissages (y compris celui de la lecture et de l’écriture) dans cette langue, le français étant progressivement introduit par la suite.

En ce qui concerne l’enseignement extensif, l’Académie de Bordeaux dont relève l’enseignement secondaire dans son ensemble fait figure d’Académie sinistrée, notamment en comparaison de l’Académie de Toulouse. Depuis une quinzaine d'années, l’occitan n’a cessé de reculer dans les collèges et les lycées. Par contre, un enseignement extensif du béarnais est assuré en primaire par des instituteurs itinérants, cet enseignement relève de l’Inspection Académique des Pyrénées-Atlantiques.

En ce qui concerne l’enseignement bilingue, il est en juillet 2009 présent en maternelle et primaire :

  1. dans onze sites de l’enseignement public: à Asson, Bedous, Bordes, Coarraze, Lagor, Lasseube, Mazerolles, Monein, Morlaàs, Oloron-Sainte-Marie et Salies-de-Béarn.
  2. dans un site de l’enseignement catholique, à Igon.

Mais à l’heure actuelle, le suivi en collège de ce type d’enseignement n’est pas assuré par l’Éducation Nationale.

L’enseignement par immersion est assuré par les seules écoles associatives Calandreta, qui sont présentes dans huit communes du Béarn, à Artix, Béost, Lys, Mazères-Lezons, Oloron-Sainte-Marie, Orthez, Pau et Poursiugues. Il y a également un collège Calandreta à Pau.

Mais la fermeture des cursus d'occitan dans les universités de Pau et Bordeaux III-Montaigne pose le problème de la formation des enseignements. Le CAP'Òc s'occupe exclusivement de formation continue du point de vue pédagogique.

Par ailleurs, des cours pour adultes sont assurés par le CFP’Òc[33] et par l’Institut béarnais et gascon[34].

Le béarnais dans la presse[modifier | modifier le code]

Le Béarn est riche en publications entièrement en occitan :

  • la revue littéraire Reclams (anciennement Reclams de Biarn e Gascougne) à Pau. Il s'agit d'une revue essentiellement littéraire (éditée par l'Escòla Gaston Fèbus) qui publie des textes dans tous les dialectes occitans. L'association gère aussi une maison d'édition[35].
  • l'hebdomadaire d'information La Setmana, lui aussi rédigé dans plusieurs dialectes à destination de toute l'Occitanie;
  • deux mensuels de presse enfantine, Papagai et Plumalhon. Ces manuels sont publiés chacun en deux version, gasconne et languedocienne, à destination des zones respectives;
  • País Gascons, revue éditée par Per Noste depuis 1967, a de nombreux lecteurs dans la région d'Orthez et les Landes. Il s'agit d'une revue bimestrielle imprimée à 500 exemplaires. L'association gère aussi une maison d'édition[36].

Cependant, toutes ces publications ne sont disponibles que sur abonnement et touchent donc seulement un public d'amateurs.

  • Le béarnais est par ailleurs présent dans la presse locale quotidienne: la République des Pyrénées publie deux chroniques hebdomadaires, Vent de Castanha (en graphie classique occitane) et Oéy en Biarn (dans la graphie utilisée par Simin Palay), et (dans cette dernière graphie) l'Éclair des Pyrénées publie Causes de Nouste.

Le béarnais à la radio[modifier | modifier le code]

France Bleu Béarn diffuse régulièrement des chroniques en béarnais.

Deux radios associatives émettent partiellement en béarnais:

Le béarnais dans la vie publique[modifier | modifier le code]

Le site du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques est partiellement trilingue (français, basque, occitan)[37]. La municipalité de Pau a décidé, dans le cadre du renouvellement de sa signalisation, de poser 145 panneaux bilingues (grandes directions et signalisation du cœur historique). Les premiers panneaux ont été posés en avril 2011.

Plusieurs communes du Béarn ont placé des panneaux bilingues à leur entrée et certaines ont opté pour une signalisation partiellement ou totalement bilingue: c'est le cas de Bordes, d'Etsaut, d'Artix et de Lacq.

La littérature béarnaise[modifier | modifier le code]

L'histoire des lettres béarnaises fait partie de la plus grande histoire de la littérature occitane (que ce soit par l'emploie de la koiné occitane au Moyen Âge, par la relation qu'ont eu les auteurs béarnais avec les auteurs d'autres variantes de l'occitan - et vice versa - par la relation des auteurs béarnais avec le Félibrige et l'occitanisme et l'Institut d'études occitanes). Néanmoins, les spécificités politiques, culturelles et linguistiques ont créé un contexte particulier autour de la langue béarnaise.

Comme langue d'oc, le béarnais apparaît dans les Fors de Béarn (le grand corpus juridique accumulé en Béarn au cours des siècles), au moins dès le XIe siècle, et surtout à partir du XIIIe siècle[38]. Des spécificités du béarnais y apparaissent dans cette langue que l'on appelle sripta béarnaise, mais cette langue archaïque (bien que proche de la langue moderne et parfaitement intelligible pour un locuteur actuel) reste proche également de la koine occitane(la langue commune des troubadours).

Il faut souligner qu'au Moyen Âge, c'est le provençal Raimbaut de Vaqueiras qui le premier écrira quelques strophes qui se revendiquent comme étant écrites en gascon. En Béarn, Gaston Fébus, à côté de ses actes juridiques écrits en sripta béarnaise, composa des vers (primés au jeux floraux) en koiné.

D'après Robert Lafont, le premier écrivain à revendiquer une écriture en béarnais fut, au XVIèle siècle, Arnaud de Salette dans sa traduction des Psaumes de David commanditée par la reine Jeanne d'Albret qui avait décrété l'instauration du Calvinisme en Béarn (il est à souligner que pour ses états gascons, elle demanda une autre version, de qualité certaiment supérieure finalement, au grand écrivain gascon Pey de Garros). De son côté Jacob de Gassion, en imitan Ronsard, produit un des premiers grands textes lyriques de la littérature béarnaise.

Au XVIIe siècle, dans un Béarn reconverti au catholicisme, Jean-Henri Fondeville composa des comédies et en particulier la Pastorala deu paisan qui cèrca mestier a son hiu sens e'n trobar a son grat (« Pastorale du paysan qui cherche métier à son fils sans en trouver à son gré »). Il est également auteur d'épilogues ou les thèses calvinistes sont exposées puis démolies.

Le XVIIIe siècle voit fleurir la poésie de Cyprien Despourrins dont les chansons sont interprétées jusqu'à la Cour du roi et font toujours partie du folklore béarnais. Sur le plan comique et satyrique il faut souligner Lo Sermon deu Curé de Vidèren et Lo rèbe de l'abbé Puyoo. Le médecin Théophile de Bordeu, originaire de Béarn et parfaitement occitanophone, composa également en béarnais. Le grand collecteur des œuvres de ce siècle, et également du suivant, fut Émile Vignancour, lui-même poète béarnais et auteurs de plusieurs anthologies de poésies béarnaises.

Le XIXe siècle s'ouvre avec les poésie politique et lyrique de Xavier Navarrot. Sur le plan de l'édition, Vignancour sortira régulièrement des anthologies de la poésie béarnaise. Alexis Peyret, homme politique et agronome exilé en Argentine composa et publia sa poésie béarnaise d'abord outre-mer, puis en Béarn. Le chanteur de variété lui aussi d'origine béarnais, Marcel Amont a mis en musique des textes de Navarrot et de Peyret.

Autour du Félibrige, nommé Escolo Gastoû Febus, surgissent à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle des écrivains béarnais comme Simin Palay et d'autres, comme le bigourdan Michel Camélat qui adoptent le béarnais.

L'hispaniste, grammairien et écrivain béarnais Jean Bouzet conribua, en plus de ses compositions littéraires, à mettre en place la graphie classique (cf. ci-dessus: La norme graphique du béarnais).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Aquò qu’ei plan solide lo sens d’aqueste encontre qui voloi que’s debanèsse uei. Comme je viens de le dire en occitan du Béarn, Mesdames et Messieurs, c’est là tout le sens de la rencontre, que j’ai voulu organiser aujourd’hui. » Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture, Premières Assises nationales des langues de France, samedi 4 octobre 2003 à la Cité des sciences de la Villette à Paris. Texte en ligne sur le site du ministère de la Culture
  2. http://www.cg64.fr/upload/CG6444.pdf
  3. Simin Palay, Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes, Paris, C.N.R.S., 1974. Le titre reprend celui de la première édition, de 1932.
  4. À notre connaissance, le premier exemple est l’opuscule de Jean Bouzet Du gascon au latin, préface de Léon Bérard, Saint-Vincent-de-Paul, Librairie Bénesse, 1932; alors qu’en 1928, le même Jean Bouzet écrivait, dans son ouvrage Manuel de grammaire béarnaise: « Ils y trouveront les formes et les lois essentielles du dialecte béarnais. » (souligné par nous)
  5. voir Michel Grosclaude, Le Béarn: témoignages sur mille ans d’histoire, 70 textes historiques des origines à 1979, Per Noste, s. d., Orthez
  6. [Préface de la Grammaire béarnaise d’André Hourcade – Éd. Los Caminaires – 1986 (p. 15)]
  7. Frédéric Mistral est reçu en grande pompe par les félibres béarnais, à l'occasion de la Sainte Estelle de 1911, qui se tient à Pau.
  8. Par exemple, il y a un renvoi à un article de la p. 582 qui ne désigne nullement les parlers non-béarnais, mais l'ensemble de l'aire linguistique concernée par l'ouvrage.
  9. Il parle constamment, dans ses tribunes publiées dans Reclams, de la lengue d'O (la langue d'oc), et écrit dans le numéro d'avril 1930 de la revue: « Lous pouètes d'Ouccitanie qu'an cantat d'ue bouts de mey en mey ayside, e qu'at èy dit aci medich, noû y a pas hère, la bouts dous pouètes que porte loegn e que ba pregoun […] De Nice, Cap de Proubence, à Bayoune, la nouste lengue qu'ey toustem parlade e per autan de mounde que yamey. » (« Les poètes d'Occitanie ont chanté d'une voix de plus en plus aisée, et je l'ai dit ici-même, il n'y a pas longtemps, la voix des poètes porte loin et pénètre en profondeur […] De Nice, haut-lieu de la Provence, à Bayonne, notre langue est toujours parlée et par autant de gens que jamais »)
  10. Sa thèse porte sur les interférences entre languedocien et gascon dans le Couserans
  11. « On voit par exemple qu'on oppose traditionnellement béarnais et gascon, alors que celui-ci n'est qu'un sous-dialecte, assez mal caractérisé, de celui-ci. Il est évident que c'est le cadre historico-géographique du Béarn qui a imposé cette vision erronée des faits », écrit Pierre Bec dans La langue occitane, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ?, p. 33-34, n. 1. Les soulignés sont de nous. La position de Pierre Bec est amplement corroborée par l'Atlas Linguistique de Gascogne alors en cours de publication.
  12. Le pourcentage de réponses « gascon » serait sans doute encore plus réduit si on avait tenu compte du seul Béarn. L'enquête concernait également les communes occitanophones du Bas-Adour
  13. La totalité des résultats de l'enquête linguistique est téléchargeable sur le site du Conseil Régional d'Aquitaine
  14. Définition sur la page d'accueil du site de l'I.B.G: http://www.languebearnaise.com
  15. Voir aussi Gascon : Un dialecte ou une langue spécifique
  16. Jean-Vastin Lespy, Grammaire béarnaise, suivie d'un vocabulaire français-béarnais, Pau, Veronese, 1858
  17. Il décide alors de revenir à des orthographes comme Aussau, Pau, pastourèle, hole).
  18. Cette citation se trouve à la p. 54 de la grammaire de Lespy
  19. Les modifications adoptées concernèrent notamment l’abandon définitif du digraphe ix pour transcrire le son [∫], la suppression du h- étymologique non aspiré (on écrivit désormais oustau, abé, au lieu de houstau, habé; respectivement « maison » et « avoir ») et le remplacement du digraphe authentiquement béarnais nh au profit de son équivalent français gn, en raison des difficultés qu’il posait dans des mots tels que inhèr (« enfer »), enhastia (« dégoûter », « canuler ») : on écrivit désormais Gascougne au lieu de Gascounhe (« Gascogne »)
  20. Voir ci-dessous, « Du point de vue phonétique »
  21. Voir les cartes intitulées afinau.gif et enegre.gif sur le site Occitanet
  22. Manuel de grammaire béarnaise, Pau, Escole Gastoû Febus, 1928, et Syntaxe béarnaise et gasconne, Pau, Escole Gastoû Febus, 1963.
  23. « Dans un traité de grammaire qui veut être pris au sérieux, il importe, ça me semble de pouvoir distinguer le masculin (Yan qu'ey prèste, aço qu'ey nouste) du féminin (la taula qu'ey prèsta) et l'indicatif (que tribalhas pla) du subjonctif (que cau que tribalhes miélhe. » Lettre de Jean Bouzet citée dans la préface de Marcel Saint-Bézard à la Syntaxe béarnaise et gasconne)
  24. Louis Alibert, Pierre Bec, Jean Bouzet, L'application de la réforme linguistique occitane au gascon, Toulouse, Institut d'Estudis Occitans, 1952
  25. Comment écrire le gascon, Orthez, Per Noste, 1969
  26. En orthographe occitane classique, les mots cités plus haut sont désormais écrits: Pau, Aussau, pastorèla, hòla, ostau, aver, in•hèrn, en•hastiar, Gasconha; les exemples de Bouzet dans la préface de Marcel Saint-Bézard s'écrivent: Jan qu'ei prèste, Aquò qu'ei noste, La taula qu'ei prèsta, que tribalhas plan
  27. cf. § 147 de Jean Bouzet, Manuel de grammaire béarnaise, Billère, Escole Gastoû Febus, 1975
  28. ibid., §§ 73 et 74
  29. Cf. carte des isoglosses in Pierre Bec, La langue occitane, Paris, PUF, collection « Que sais-je? », 1963
  30. J. Séguy et J. Allières, Atlas linguistique de la Gascogne, 2 vol., CNRS, 1971
  31. Tà fòrça gent eth dimars ei eth dusau dia dera setmana, « Pour beaucoup de gens le mardi est le deuxième jour de la semaine », in 450 mots que cau saber entà començar a liéger, escríuer e parlar er occitan dera Val d'Aran, Vielha, Centre de Normalisacion Lingüistica de la Val d'Aran - Conselh Generau d'Aran, 1992
  32. Ainsi, l'entrée de l'article signifiant « tenir » est-elle ainsi rédigée : « téngue (V.-B. Big. G. L.); tié, tiéngue, tiéne (B.); tenì (As. Bar.); tìne (Bay. L.); ti, té (Lav.) » (Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes, p. 947). La mention « B. » regroupe ici pas moins de trois formes, et encore ses trois formes ne suffisent-elles pas à couvrir l'ensemble du Béarn puisque l'auteur en donne une autre marquée « V.-B. » marquée (Vic-Bilh) et une autre marquée « As. Bar. » (Aspe et Barétous).
  33. http://www.cfpoc.com/
  34. http://www.languegasconne.com/
  35. « Le site de la maison édition Reclams »
  36. « Le site de la maison édition Per Noste »
  37. http://www.cg64.fr/joens.html Exemple de page en béarnais
  38. La mention du XIe siècle repose sur le fait que l'article 16 du Fors d'Oloron, fait référence à Centulle IV de Béarn. Le premier Fors collationné, fut cependant le Fors Général, de 1288.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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