Mentonasque

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mentonasque/mentonnais
"mentounasc"
Pays France
Région Menton
Typologie syllabique
Classification par famille
Ligurian language in France.jpg

Le mentonasque (ou mentonnais) est le parler du canton de Menton, dans les Alpes-Maritimes. Il est considéré comme intermédiaire entre l’occitan (vivaro-alpin) et le ligure (intémélien), mais possède des traits liguriens alpins structurels[1] et est revendiqué localement comme occitan[2],[3],[4].

En mentonasque, on nomme ce parler [u meⁿtu'naʃk] et on l'écrit localement ou mentounasc (norme mistralienne, cf. graphie du provençal)[5].

Dialectologie[modifier | modifier le code]

Le mentonnais est un parler ou dialecte variété d'un dialecte distinct du nissart. Décrit pour la première fois de façon scientifique par James Bruyn Andrews à la fin du XIXe siècle (« Il dialetto di Mentone, in quanto egli tramezzi ideologicamente tra il provenzale e il ligure » (le dialecte de Menton, en ce qu'il est intermédiaire idéologique entre le provençal et le ligure) in Archivio Glottologico Italiano XII, 1890/92, p. 97-106), il fait l'objet d'études plus récentes notamment par Jean-Philippe Dalbera (« Interférences entre provençal et ligurien dans la genèse du […] mentonnais » dans Bulletin du Centre de romanistique et de latinité tardive 4-5, Nice, 1989, p. 89-97) et surtout par Werner Forner de l'université de Siegen (« L'Intemelia linguistica », in Intemelion 1, Sanremo, 1995, p. 67-82), dont les recherches sont bien résumées dans « Le mentonnais entre toutes les chaises ? », in Lexique français-mentonnais (Caserio & al. 2001). Dans ces différentes études, il appert un caractère nettement intermédiaire de ces parlers entre le provençal (dans le sens général d'occitan) et le ligure (dans sa variante intémélienne). Il est néanmoins enseigné, en fonction des règles françaises en vigueur dans l'Éducation nationale, comme une variété du provençal niçois — ce qui n'empêche pas d'en respecter les traits spécifiques. D'un point de vue génétique, malgré des influences certaines et massives dues à l'alpin, au niçois et au provençal maritime (première personne en -o [u] notamment, absence de -D- entre voyelles, pluriels marqués), « la position du mentonnais est donc celle de dernier avant-poste méditerranéen, témoin de l'ancienne étendue du type linguistique royasque-pignasque jusqu'au bord de la mer » (Werner Forner).

Les parlers royasques et pignasques sont quant à eux nettement de type ligure — assez différents cependant du génois tel qu'il est parlé à Gênes.

Aréologie[modifier | modifier le code]

Le mentonasque est parlé non seulement à Menton, mais aussi dans les villages de son canton, à savoir Gorbio, Sainte-Agnès et Castellar. On peut aussi y rattacher Castillon, Sospel et Moulinet. Le parler de Roquebrune-Cap-Martin est généralement considéré comme du mentonasque ou une variante par la plupart des auteurs, même s'il présente des particularités qui peuvent en faire un parler distinct — cette remarque étant par ailleurs valable pour chaque village du canton. Il s'agit néanmoins d'une aire dialectale bien délimitée « qui se distingue nettement tant de ses voisines occidentales (aire du provençal de type niçois et îlot linguistique ligure de Monaco) que de sa voisine orientale (aire du ligure [intémélien]) » (Alain Venturini, in Lou Sourgentin, no 56, avril 1983).

Tout en étant « considéré » comme une variété d'occitan alpin, le mentonasque présente de fortes similitudes par les traits alpins communs (absence de D intervocalique, L intervocalique devenant r) avec les parlers liguriens alpins tels que le royasque (vallée de la haute Roya et de la Bévéra, notamment Sospel, Breil et Saorge) ou le pignasque (Pigna, dans la province d'Imperia).

En revanche, il se distingue assez nettement, surtout à l'oreille, des parlers ligures côtiers (italien septentrional), comme ceux de Vintimille (intémélien) ou de Monaco (monégasque), influencés tardivement par le génois parlé à Gênes.

Le rattachement du mentonnais à la langue d'oc (en relation avec sa variante niçoise parlée dans le Comté de Nice) est parfois revendiqué par certains : c'est ce qui ressort, d'une part, des travaux de certains linguistes[4] et, d'autre part, du « sentiment » des associations locales comme la Société d'art et d'histoire du Mentonnais (SAHM) qui a édité le Lexique français-mentonnais (Caserio & al. 2001). Cette société est d'ailleurs affiliée au Félibrige et à l'Institut d'études occitanes, les deux principaux mouvements militants pour la langue d'oc[3].

L'apocope généralisée et une seconde diphtongaison tardive (comme dans « pònt/pouant » ['pwaⁿt] pour le mot 'pont'), ainsi que le vocabulaire, donnent effectivement au mentonasque des traits externes de langue d'oc. Selon la théorie de la propagation linguistique (ou des ondes), on aurait un courant linguistique majoritairement occitan[1] jusqu'à Menton, « large ondée qui s'est brisée contre les Baoussé Roussé » (Bauces Rosses, i Balzi Rossi, les rochers qui forment aujourd'hui la frontière littorale franco-italienne) pour reprendre l'image de Werner Forner.

Littérature[modifier | modifier le code]

Le mentonasque n'a pas le prestige littéraire des dialectes voisins. Il existe néanmoins quelques textes et chansons publiés récemment en mentonnais (pour la plupart au XXe siècle) et il est désormais régulièrement enseigné dans l'académie de Nice, dans les cantons de Menton. Parmi les différentes publications, A Lambrusca de Paigran (la Vigne vierge de Grand-père) par Jean-Louis Caserio, illustrations de M. et F. Guglielmelli, SAHM, Menton, 1987. Brandi Mentounasc, livret de poésies bilingue de Jean Ansaldi, 48 p. 2010 Ou Mentounasc per ou Bachelerà, le mentonasque au baccalauréat, choix de textes par JL Caserio, 5e éd., 36 p. 2008, etc.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Caserio et la Commission du vocabulaire mentonnais, Lexique français-mentonnais, Société d'Art et d'Histoire du Mentonnais (SAHM), Menton, 2001 et Lexique mentonnais-français (SAHM), Menton, 2006.
  • Jean-Philippe Dalbera, Les parlers des Alpes Maritimes : étude comparative, essai de reconstruction [thèse], Toulouse: Université de Toulouse II, 1984 [éd. 1994, Londres: Association internationale d’études occitanes]
  • Werner Forner, “Le mentonnais entre toutes les chaises ? Regards comparatifs sur quelques mécanismes morphologiques” [Caserio & al. 2001: 11-23]
  • Intemelion (revue), no 1, Sanremo, 1995.
  • Louis Caperan-Moreno et Jean-Louis Caserio, Ou Mentounasc à Scora, SAHM, 2003, 3e édition revue et corrigée.
  • Ou Mentounasc per ou Bachelerà (le mentonasque au baccalauréat), choix de textes présentés par Jean-Louis Caserio, professeur de langue et culture régionales, 6e édition, SAHM, 2010
  • Gerhard Rohlfs, « Entre Riviera et Côte d'Azur : à propos du mentonnais » in Mélanges de philologie romane à la mémoire de J. Boutière, éd. I. Cluzel - F. Pirot, vol. II, Liège, 1971 (p. 883-891) et « Entre Riviera et Côte d'Azur (II) » in Mélanges de philologie romane offerts à Ch. Camproux, vol. II, 1978, p. 971-978.
  • Jules Ronjat, Grammaire istorique [sic] des parlers provençaux modernes, 4 vol., 1930-1941 [rééd. 1980, Marseille : Laffitte Reprints, 2 vol.]
  • Alain Venturini, « Le parler mentonasque » in Lou Sourgentin no 56, avril 1983 [rééd. in Caserio & al. 2001: 25-30]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Philippe Dalbera, Les parlers des Alpes Maritimes : étude comparative, essai de reconstruction [thèse], Toulouse: Université de Toulouse 2, 1984 [éd. 1994, Londres: Association Internationale d’Études Occitanes]
  2. Jean-Louis Casério, "A r'estrema pouncha dou levant de r'Occitania se dressa Mentan…" in Ou mentounasc per ou bachelerà, SAHM, 2000
  3. a et b La Société d'art et d'histoire du Mentonnais (SAHM), qui a édité le Lexique français-mentonnais (Caserio & al. 2001) est affiliée au Félibrige et à l'Institut d'études occitanes, les deux principaux mouvements militants pour la défense de l’occitan-langue d’oc.
  4. a et b « C’est de notre rencontre avec le doyen Jean Ansaldi, qu’a germé l’idée de cette grammaire du mentounasc. Qui mieux que Jean Ansaldi, locuteur, auteur scientifique, poète de langue d’oc et universitaire, pouvait se lancer dans cette tâche difficile ? », Présentation de la Gramàtica dou Mentounasc de Jean Ansaldi sur le site de la SAHM.
  5. À noter l'article défini spécifique o/ou (devant une consonne, trait présent jusqu'à La Turbie et Peille) comme en ligure, et non l'article habituel lo/lou de l'occitan général. La forme entière lo/lou réapparaît après en donnant en lo (en français : dans le) alors qu'en génois c'est ent'u (mais le génois est un dialecte ligure très altéré comparé à l'intémélien. En plus de lexique pan-occitan comme totun/ toutun (en français : de toute manière), comme en niçois, languedocien ou gascon (mais pas en provençal), des traits pan-occitans existent tels que le renforcement d'attaque : dam(b)é (en français : avec) comme en gascon garonnais dam(b)é. En génois c'est cun. Des traits phonétiques occitans médiévaux sont exceptionnellement présents : davanch/ enanch (de l'occitan médiéval davantz/ enantz, en français : avant dans l'espace/ avant dans le temps) alors qu'en niçois c'est avant/ denant.