Savoyard (langue)

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Savoyard
Savoyâ
Pays France
Région Savoie
Nombre de locuteurs 35 000 [1]
Typologie syllabique
Classification par famille
Statut officiel
Régi par Institut de la langue savoyarde
Codes de langue
IETF frp[2]
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Savoyard (dialecte du pays de l'Albanais)
Artiklyo prômi

To lô étre umin naisson libro è égalo ê dinyitâ è ê drè. É son fo’ dè raizon è dè konchêssa è daivon aji lôz on avoué lôz âtro djê on èspri dè fratarnitâ.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Savoyard.
Les dialectes arpitans dans les deux départements savoyards.
Les parlers savoyards font partie du domaine linguistique arpitan.

Le savoyard (savoyâ en savoyard) est le nom communément donné au francoprovençal ou arpitan parlé en Savoie, mais le savoyard comporte un certain nombre de différences avec le francoprovençal. Cette langue est comprise dans la charte européenne des langues minoritaires.

Cependant, le savoyard est lui-même subdivisé en de nombreux sous-dialectes dans presque toutes les grandes vallées.

Histoire[modifier | modifier le code]

Durant l'Empire romain, la capitale des gaules était Lyon (Lugdunum) et fut le centre culturel et linguistique de la gaule lyonnaise, ce qui déclencha une latinisation du centre-est de la France (Val d'Aoste, Vaud et Valais compris) créant un « premier savoyard et arpitan » avec du latin et du celte des peuples de cette région (Allobroges, Anaresb, etc.).

Puis les invasions barbares (principalement des Burgondes) apportèrent leur culture ainsi que leur langue. Il faut donc noter des ressemblances avec les langues celtiques (ex : Nant ou nan = ruisseau, torrent), Burgondes (restant peu présentes). Mais aussi avec l'occitan, et quelques unes avec la langue d'oc, mais surtout avec le latin par les voyelles finales latines (inaccentuées), comme dans le nom de village Giettaz se dit « Gietta » (le « a » final n'étant presque pas entendu).

Le savoyard fut et reste une langue géographiquement variable car la formation d'une langue unitaire francoprovançale ne fut pas facilitée par les répartitions territoriales qu'a connues la région Rhône-alpes. Seuls la Savoie, le Val d’Aoste, le Vaud, le Genevois et le Valais connurent une indépendance linguistique plus grande (car n’étant pas rattachés à la France). Le francoprovençal a cependant continué à être utilisé dans la majeure partie des Alpes du nord (Dauphiné, Lyonnais, Bresse inclus).

Mais l'apprentissage obligatoire du français, la Première Guerre mondiale et la modernisation n'ont fait qu’accélérer le mécanisme de diminution de la langue savoyarde déjà enclenché. Cependant, on voit une augmentation du nombre de personnes qui se mettent à parler le savoyard depuis les années 1980 (principalement dû à son enseignement dans quelques écoles bilingues)[réf. nécessaire].

Particularités[3][modifier | modifier le code]

Parmi les dialectes francoprovençaux, le savoyard possède certaines spécificités, d'une part de traitement phonétique, d'autre part de corpus lexical.

On cite souvent, comme particularisme phonétique, la palatalisation du groupe latin /ca/, qui, selon les cas, évolue en đ (région d'Annecy), st dans le Val d'Arly, ts en Maurienne et Val d'Aoste. Ainsi, *chan < campus donne [đã], [stã] ou [tsã] suivant les vallées.

Parmi le corpus lexical, outre les espèces végétales propres à l'étage montagnard : verne, varoche (aulne vert), Fayâr (hêtre), darbè (sapin), Vârnyo (sapin blanc), stardosse (carline)… on trouve aussi, par exemple, beaucoup de termes liés à la météorologie : bacan, bourtan (mauvais temps), coussie (tempête), royé (averse), ni[v]ole (nuage)… à l'environnement : clapia, pierrier (éboulis), égrâ ( escalier), balma (grotte), tova (tourbière), lanche (ou lanste) (champ en pente) à l'origine du mot savoyard devenu français avalanche, en savoyard ava (descendre) et lanche ou lanste(champ, champ en pente), et des expressions originales comme « faré la pota », faire la moue, « être loin », s'en aller… Autant de créations linguistiques qui distinguent fortement le parler francoprovençal des dialectes d'oïl et d'oc.

Le savoyard doit ses différences en rapport aux autres dialectes de l'arpitan notamment aux emprunts à l'italien, dus aux rapports entre le Duché de Savoie et ce qui est maintenant l'Italie septentrionale. Cela explique aussi une grande proximité avec le Valdôtain.

Le francoprovençal parlé dans les Alpes a fait l'objet d'une étude détaillée au Centre de dialectologie de l'Université de Grenoble, d'abord sous la direction de Gaston Tuaillon, maintenant retraité, et actuellement sous celle de Michel Contini, son successeur.

État actuel de la langue savoyarde[modifier | modifier le code]

Opinion[modifier | modifier le code]

Selon un sondage réalisé par les étudiants de l'IUT d'Annecy-le-Vieux sous la direction de Marc Bron, président de l'Association des Enseignants de savoyard et pour le compte d'un journal régionaliste en février 2001[4]  :

  • 71 % des personnes interrogées souhaitent conserver le savoyard ;
  • 37 %, l'apprentissage par l'école ;
  • 31 %, les cours du soir ;
  • 40 %, la mise en place de menus bilingues dans les restaurants, des panneaux à l'entrée des agglomérations écrits dans les deux langues et la possibilité de choisir la savoyard comme langue en option au baccalauréat ;
  • 4 personnes sur 5 déclarent l'avoir déjà entendu utiliser dans une conversation ;
  • 7 % seulement le parlent ;
    Institut de la Langue Savoyarde (I.L.S.).
  • une personne sur deux pense que le savoyard doit être transmis aux générations futures et qu'il faut mettre en place des écoles bilingues pour les familles qui le souhaitent.

Enseignement du Savoyard dans les écoles[modifier | modifier le code]

Le savoyard est enseigné dans certaines écoles savoyarde par l'Association des Enseignants de savoyard. Cette association fut créée à la fin des années 1990 par Marc Bron, actuel président de l'association, en ayant pour but de conserver et surtout de transmettre cette langue aux générations futures.

Mais aussi d'autres objectifs sont présents, comme la reconnaissance de cette langue (reconnue en Italie), ou encore la possibilité pour les élèves bilingues qui le souhaitent de pouvoir passer le baccalauréat en arpitan Savoyard. En tout plusieurs centaines d’élèves étudient cette langue. Pour pouvoir échanger entre écoles, divers concours de théâtre en savoyard et autres sont organisés[5]

Usage par la population[modifier | modifier le code]

Panneau bilingue français-arpitan, installé en Savoie en 2014.

Le savoyard est encore utilisé dans certains milieux ruraux et parfois à usage touristique par le biais du parler savoyard, usage de certaines expressions[6]. Dans les années 1990, il y eut un engouement pour la traduction d’expression en savoyard dans le milieu des sports d'hiver, comme par exemple : Todrè daré lou bochon signifiant « Seulement derrière les arbustes », ou encore les expressions techniques comme le "Ouedzet" qui signifie "Grabe" en snowbaord, ou peuf (« neige poudreuse ») venant du savoyard peufe qui signifie poussière[réf. nécessaire].

Certaines communes installent des panneaux bilingues Français/Savoyard, et mettent parfois en place des cours de savoyard dispenser par des bénévoles, comme la commune d'Arvillard (Arvelâ), dans le département de la Savoie[7].

Ouvrages en francoprovençal ou arpitan savoyard[modifier | modifier le code]

Panneau bilingue à Sallanches. « A'rvi pâ » signifie: A bientôt, à la prochaine.

Ces dernières années, des bandes dessinées ont été traduites dans la variété savoyarde de l'arpitan[8]. C'est le cas notamment avec Fanfoué des Pnottas, une production chablaisienne, traduite par Marc Bron, président de l'Association des Enseignants de savoyard (AES). Ce dernier a également adapté un album de Gaston Lagaffe, devenu Gust Leniolu.

En 2007, l'Aliance Culturèla Arpitana a lancé à Cervens (Chablais) l'album L'afére Pecârd, traduction de L'affaire Tournesol en francoprovençal. Dans cette aventure de Tintin, le héros parle la variété savoyarde de l'arpitan, avec des tournures empruntés en particulier à la région de Thônes. L'album est écrit dans une orthographe standardisée.

Il existe de nombreux dictionnaire dont un relativement complet: La Giettaz : le patois du haut Val d'Arly, fait par les derniers patoisants de La Giettaz ainsi que Gaston Tuaillon pour la préface.

Tableaux de comparaison[modifier | modifier le code]

Général[modifier | modifier le code]

Latin Savoyard Français Piémontais Valdôtain Occitan Italien
clavis klyâ clef / clé ciav cllou clau chiave
cantare stantâ, tsantâ, shantâ chanter canté tsanté cantar (nord occ. chantar) cantare
capra chèvra, styévra, tchévra chèvre crava tchiévra cabra (nord occ. chabra, gasc. craba) capra
lingua langa langue lenga lenva lenga lingua
nox, noctis nuit neuit nét nuèch (nuèit, gasc. nueit) notte
sapo, saponis savon savon savon savon sabon (gasc. sablon) sapone
sudare chouâ suer sudé / strasué sué susar (suar, gasc. sudar) sudare
vitae vya vie vita via vida (gasc. vita) vita
pacare bankâ,payé payer paghé payé pagar (nord Occ. paiar) pagare
platea plasse place piassa place plaça piazza
ecclesia églyéze église gesia / cesa éllésé glèisa chiesa
caseus (formaticus) fromaze, tomâ fromage formagg / formaj fromadzo formatge (gasc. hromatge) formaggio

Par vallées et communes[9][modifier | modifier le code]

Français Arrondissement de Thonon Arrondissement de Saint-Julien[10] Arrondissement d'Albertville Arrondissement d'Annecy Arrondissement de Chambéry Arrondissement de Saint-Jean-de-Maurienne Arrondissement de Moûtiers-en-Tarentaise Arrondissement de Bonneville
Râteau Râté Râhé Râté Râté Râtyô Râtê Râti Raté
Fleur Fleû Flôr Fleur, Flôr Flôr Fleur flour Fleur Fleurè
pomme de terre Tartifla Tartifla Tartifle,tifèra Tartifla Tartifla Tifèra Tiféra Tertifle
Oui Vouè Vouè, Wà Ouè Vouè Vouà

Graphie[modifier | modifier le code]

Le savoyard s’écrit selon la graphie de Conflans ; c'est une convention orthographique commune à tous les dialectes Savoyards élaborée par le centre culturel savoyard de Conflans, sous la direction de l'abbé Marius Hudry.

Différences d’écriture avec le français[modifier | modifier le code]

  • le son AN [ã] s'écrit toujours an et jamais en ou am exemple: ansteryé = renchérir
  • le son O, eau s'écrira toujours o ou ô, exemple: destô = pieds-nu
  • le son GN s'écrit ny, exemple: nyolé = nuage ou nyon san = nul part
  • le son ILLE s'écrira toujours ly ou ye comme dans pelyë (cheveux)

Variation des articles[modifier | modifier le code]

Article féminin articles masculin
la, la route = la rota

une, une route = na rôta

des, des routes = de rôte

les, les routes = rote

le, le banc = le ban

un, un banc = on banc

des, bancs = de ban

les, les bancs = lou ban

Exemples: La viyélye guinbârda â Dôde étâ dû a émoustyé. = La vieille voiture de Claude était dure à démarrer.

viyélye guinbârde â Dôde étyan dû a émoustyé. = les vieilles voitures de Claude étaient dures à démarrer.

Proverbes, dictons et expressions[modifier | modifier le code]

Expressions quotidiennes[modifier | modifier le code]

  • Na vilye de pelyë = Une mèche de cheveux
  • Teryé de stavon = Ronfler fortement
  • Kinta bourta frè = Quel froid insupportable!
  • E't de klyar anrazi = C'est une éclaircie qui ne va pas durer
Té pasé lou zizé kouï zargounâ?
  • Té parsé lou zizé kouï zargounâ? = Tu entends les oiseaux qui gazouillent ?
  • Se veryé lou poueûze. = Se tourner les pouces
  • Pyote, sovâ mé ! = Jambes, sauvez mois !
  • Alôr é zoye ? = Comment va le travaille?
  • Fo-li s'â t'anmerde = Tape le si il te cherche

Dictions, proverbes[modifier | modifier le code]

  • Le fouà é t'on solé = Le feux tien compagnie.
  • Kouï s'an ri s'an banke/paye = Qui rit paye
  • Pâ dè dessande san chouële = Pas de samedi sans soleil
  • A stalande su le solerë, a pâke é/u tizon = Noël au balcon, paque aux tisons
  • É fô pa tarstyé myézeur a katôrze yeura = Il ne faut pas chercher midi à 14 heur
  • É no balye ran, é no voute ran = Cela ne nous donne rien, et ne nous enlève rien

Mots français empruntées à la langue savoyarde[modifier | modifier le code]

  • Avalanche, vient du savoyard avalanste ou avalanche. ava veut dire descendre et lanste ou lanche est un terrain en pente.
  • Chalet, vient du mot chalet, tsalé ou stalé signifiant abris de montagne,venant du pré-indoeuropéen (Kalittu).
  • Crétin, vient du savoyard krétin. Chrétien en savoyard, ce terme devint péjoratif pour désigner les savoyards sous le terme "crétin des alpes".
  • Diot, vient de Diô, saucisse en savoyard
  • Hêtre commun, vient du mot savoyard fayâr, foueu venant du latin Fagus.
  • Génépi, vient de zhépépi, jnépi (jénépy en valdotain), plante de montagne utilisée pour des macérations.
  • Gnôle, vient du savoyard nyôle, désignant l'eau de vie (dans certaines vallées issue de sureau). Popularisée durant le premier conflit mondial. Ce mot tient aussi son origine dans d'autres dialectes francoprovençaux.
  • Givre, vient du savoyard zhivro,zevra désignant un liquide gelée.
  • Piolet, venant du savoyard chamoniard piolet, piolë signifiant pioche.
  • Reblochon, vient du savoyard rbloston (fromage savoyard), venant lui même du mot rblostyé, rbloché voulant dire (traire une seconde fois).
  • Sérac, vient du savoyard seré (fromage issu du lactosérum), qui définit à la fois le fromage ainsi que l’amas de neige devenue glace (rassemblant au fromage).
  • Traviôle (de), venant du parler savoyard traviôle, de travers.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le francoprovençal, langue oubliée, Gaston Tuaillon in Vingt-cinq communautés linguistiques de la France, tome 1, p. 204, Geneviève Vernes, éditions L’Harmattan, 1988.
  2. code générique
  3. Interview de Gaston Tuaillon. Le francoprovençal, langue oubliée, Gaston Tuaillon
  4. Le Portable, Annecy, N°6, février 2001
  5. Interview de Marc Bron: http://www.youtube.com/watch?v=itekbNMIdv0
  6. « Le patois d'la Yaute : les expressions populaires à connaître en Haute-Savoie », sur ledauphine.com
  7. « Charte des langues régionales: Pierre Grasset, le défenseur du francoprovençal », France 3 Alpes,‎ 31 janvier 2014 (lire en ligne).
  8. « L'affaire Tournesol vient d'être traduite en arpitan, terme qui désigne les patois alpins parlés de Lyon à Aoste en passant par Savièse » in Le Nouvelliste, Sion, 31 mars 2007.
  9. (fr+frp) Les derniers patoisants Giettois, la giettaz , le patois du haut Val d'Arly, Cleopas,‎ 2009
  10. « http://www.arpitania.eu/aca/documents/Dictionnaire_Viret_Francais_Savoyard.pdf »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

  • Anita Gagny, Dictionnaire du français régional de Savoie : Savoie, Haute-Savoie, Christine Bonneton, coll. « Dictionnaires Bonneton »,‎ 1995, 159 p.
  • Les derniers patoisants Giettois, La Giettaz, Le patois du haut Val d'Arly, Cleopas, 2009
  • Roger Rivet, Patois du Pays de l'Albanais. Dictionnaire savoyard-français, Seynod, Annecy-Impression (1re éd. 1998), 531 p. (ISBN 295121460X). La 3e édition peut être consultée sur le site arpitania.eu [PDF] Dicitonnaire savoyard-français. Comportant plusieurs variantes de la langue savoyarde, 2269 pages.
  • Chanoine Victorin Ratel, « Étude du parler local, la patois savoyard », dans Jacques Lovie ; Paul Dufournet ; Victorin Ratel ; Louis Terreaux ; Pierre Préau ; Alain Boucharlat, Savoie. Encyclopédie régionale, Paris, Christine Bonneton, coll. « Encyclopédies régionales » (réimpr. 1997) (1re éd. 1978), 368 p. (ISBN 978-2-86253-006-2).
  • Nombreux ouvrages ou articles publiés notamment dans la Revue savoisienne (Académie florimontane) du philologue Aimé Constantin, dont

Approches locales[modifier | modifier le code]

  • Maurice Richard, Les mots du Haut-Chablais : Morzine, Avoriaz, La Fontaine de Siloé,‎ 1994, 119 p. (ISBN 978-2-90869-793-3)
  • Chanoine Victorin Ratel, Dictionnaire, grammaire, phonétique du patois de Saint-Martin-la-Porte (Savoie), Chambéry, Les imprimeries réunies de Chambéry,‎ 1976, 363 p..
  • Julie Dupraz, Le patois de Saxel : dictionnaire,‎ 1975, 221 p.

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]