Basque

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Basque
Euskara
Pays Espagne, France
Région Pays basque
Nombre de locuteurs 714 136 première langue et
1 102 391 en incluant les bilingues réceptifs en 2011 chez les 16 ans et plus[1].
Nom des locuteurs bascophones
Typologie SOV + OVS, polysynthétique, agglutinante, ergative, syllabique
Classification par famille
  • - hors classification (isolat)
Statut officiel
Langue officielle Flag of the Basque Country.svg Communauté autonome du Pays basque
Bandera de Navarra.svg Navarre (dans le tiers septentrional)
Régi par Académie de la langue basque
Codes de langue
ISO 639-1 eu
ISO 639-2 baq, eus
ISO 639-3 eus
IETF eu
Linguasphère 40-AAA-a
Échantillon
Article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (voir le texte en français)

1. atala

Gizon-emakume guztiak aske jaiotzen dira, duintasun eta eskubide berberak dituztela ; eta ezaguera eta kontzientzia dutenez gero, elkarren artean senide legez jokatu beharra dute.

Le basque (euskara) est une langue parlée au Pays basque. C'est le seul isolat encore vivant parmi les langues d'Europe, tant du point de vue génétique que du point de vue typologique. De type ergatif et agglutinant, le basque est la plus ancienne langue d'Europe de l'Ouest in situ, attestée dès l'Antiquité sous la forme de l'aquitain. En 2011, l'enquête sociolinguistique du Pays basque a recensé 663 035 locuteurs de 16 ans et plus en Espagne (provinces de Biscaye, Alava, Guipuscoa et de Navarre) et 51 100 au Pays basque français. Le nombre total de locuteurs s'élève à 1 102 391, bilingues réceptifs inclus. Environ 10 000 personnes sont unilingues bascophones. Le basque est aussi parlé dans sa diaspora.

La langue basque comporte une grande diversité dialectale. Pour pallier le manque d'intercompréhension entre locuteurs de dialectes éloignés, l'Académie de la langue basque a mis en place vers la fin des années 1960 une koinê, un basque unifié (euskara batua). Engagé dans un processus de standardisation, d'unification et d'un développement du corpus, ce dialecte commun et nouvelle variété de basque est basé sur les dialectes du centre tels que le guipuscoan essentiellement, et le navarro-labourdin, et ce, parmi cinq ou sept dialectes constituant un continuum dialectal.

De nos jours, le basque unifié investit tous les secteurs formels tels que les émissions de radio-télévision, presse écrite, Internet, recherche, enseignement, littérature, administration, etc. Dans les domaines informels, le basque unifié cohabite avec chacun des dialectes dans un espace où se côtoient les bascophones natifs (euskaldun zahar) et les néo-locuteurs (euskaldun berri).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Production littéraire basque

Le mot « basque » viendrait du nom d’un peuple antique, les Vascons (en espagnol, basque s'écrit vasco), qui étaient la tribu occupant le territoire de l'actuelle Navarre. Il s'agirait d'une forme latinisée du nom autochtone de la racine eusk-, présente dans le nom de la langue (euskara), et de ceux qui parlent cette dernière Euskaldunak (en français : « ceux qui possèdent (parlent) l'euskara »). Euskara pourrait venir de enausi (verbe signifiant "dire") et voudrait alors dire "manière de parler"[2].

On a voulu voir cette racine dans le nom des Auscii, une tribu aquitaine de l'Antiquité qui a donné son nom à la ville d'Auch, mais l'étymologie possible (cf. ci-dessus) d'euskara contredirait cette hypothèse. Toutefois il n'y a pas de preuve de la chute du -n- intervocalique enausi > eausi.

Euskera, eskuara et üskara sont des formes dialectales de euskara.

Histoire[modifier | modifier le code]

Aire linguistique du basque depuis 2000 ans
Premiers écrits en basque.

Son origine est antérieure à l'arrivée des parlers indo-européens dont sont issus entre autres le français et l'espagnol, et les langues latines (roman, occitan) et celtes qui les ont précédées en tant que langues majoritaires dans la région. Au cours des siècles, le basque a reçu de nombreux emprunts lexicaux des langues indo-européennes voisines, mais a gardé sa syntaxe totalement différente de ces langues, ainsi qu'un abondant lexique également sans connexion avec elles. La plus ancienne preuve d'une écriture basque daterait du XIe siècle, il s'agit des Glosas Emilianenses. Toutefois des inscriptions basques ont été découvertes sur le site de Veleia dans la province d'Alava. Elles dateraient du IVe siècle. Certains les tiennent pour un faux, d'autres estiment qu'elles sont authentiques.

La survivance de la langue basque[modifier | modifier le code]

Hector Iglesias explique cette survivance par le fait que durant l'Antiquité les Basques auraient été des alliés plutôt que des ennemis de l'Empire romain ce qui leur aurait permis de mieux sauvegarder leur langue[3].

Selon Luis Núñez Astrain, la raison principale de la survivance du basque est due précisément à la chute de l'Empire romain vers l'an 400 avec l'invasion des Visigoths. Les Basques (Autrigons, Caristes, Vardules, Vascons, et même Gascons) sont à cette époque des alliés des Romains. Astrain estime que si l'invasion des Goths avait été retardée de 200 ans, l'euskara aurait été laminé. Par conséquent, bien que les Goths aient été anti-Basques, c'est grâce à ces derniers que le basque doit en grande partie sa survie[4],[5].

Cependant, depuis les deux derniers siècles, la révolution industrielle, l'urbanisation et le centralisme politique ainsi que la répression franquiste et l'exode rural au Pays basque nord ont exercé une pression écrasante sur l'euskara, ce qui a aggravé les disparités démographiques régionales et linguistiques[6]. De 1868 à 1970 la population bascophone passera de 471 000 à 597 000 alors que la population totale passera de 875 900 à 2 561 400. La population totale a donc presque triplé, tandis que la population bascophone a stagné, passant de 54% à 23%, soit le quart de la population totale[6].

Classification linguistique[modifier | modifier le code]

Carte chronologique montrant le développement et l'évolution des langues parlées dans la péninsule ibérique de l'an 1000 à nos jours.

Le basque est considéré jusqu'à présent comme un isolat en Europe de l'Ouest (le seul encore vivant) et ne fait pas partie de la famille linguistique indo-européenne, tout comme les langues finno-ougriennes (finnois, estonien, same (lapon), hongrois, etc.), les langues turques (turc) et les langues sémitiques (maltais). Si, sur le plan linguistique, le basque unifié est une forme de basque au même titre que chacun des autres dialectes, d'un certain point de vue, et de par son statut officiel, on peut le comparer à une langue comme le français issu du francien, qui a réussi au détriment des autres formes d'oïl[7].

L'origine de la langue basque étant antérieure à la diffusion de l'écriture en Europe et à l'arrivée des langues indo-européennes, elle est de ce fait, mal connue et toujours débattue. Ceci ne saurait toutefois constituer un obstacle insurmontable pour la paléolinguistique qui permet de remonter bien au-delà par la comparaison avec d'autres langues pré-indoeuropéennes.

Voici les principales hypothèses émises pour certaines depuis le XIXe siècle :

  • Le préhistorien basque José Miguel de Barandiarán Ayerbe a suggéré que la racine d'« aizkora » "hache" est aiz (« pierre ») certains pensant toutefois qu'« aizkora » serait un emprunt au latin asciola « hachette »[8]. On pourrait y ajouter les doublets zur « bois » et ezur « os » ou encore lur « terre » et elur « neige ». On trouve l'équivalence terre/neige dans d'autres langues très anciennes.
  • Autre « hypothèse préhistorique », celle selon laquelle le basque serait le dernier survivant d'un groupe de langues paléolithiques, parlées par des hommes de Cro-Magnon arrivés en Europe en provenance de l'est voici 40 000 à 10 000 ans[réf. nécessaire], et présenterait des similitudes pouvant aller jusqu'au japonais et au coréen, avec des termes reliques conservés par-delà les siècles et les distances dans d'autres langues non-indoeuropéennes.
  • L'hypothèse « dené-caucasienne », proposée par le linguiste Merritt Ruhlen dans son ouvrage L'origine des langues, rattache le basque au groupe des langues sino-caucasiennes, lui-même rattaché à la super-famille des langues dené-caucasiennes. Pour le rattachement du basque à la famille dené-caucasienne, Ruhlen cite les travaux de Bengtson et Trombetti comme étant les principaux chercheurs ayant mis en lumière ce lien. Il explique également que les Dené-caucasiens sont isolés entre eux par les autres groupes de langues eurasiatiques arrivés postérieurement. Sur le plan génétique, il dit que pris au niveau mondial le groupe bascophone ne se différencie pas suffisamment des autres Européens pour constituer un isolat génétique. « Les langues ne font pas l'amour », dit-il pour expliquer des différences linguistiques que l'on ne retrouve pas dans les gènes. Selon cet auteur, des Proto-Basques auraient occupé l'Europe occidentale bien avant la migration des Indo-Européens au deuxième millénaire avant l'ère chrétienne[9]. Les ancêtres des Basques se seraient alors maintenus vers l'Atlantique et les Pyrénées, dans la région qu'ils occupent actuellement et nommée durant la conquête romaine d'après les territoires des Caristes, des Vascons, des Cantabres, des Aquitains, des Vardules et autres tribus.
  • L'hypothèse « ibère » rapproche le basque de cet ensemble de langues anciennement parlées dans la péninsule Ibérique : de nombreuses similarités et des recoupements territoriaux importants, de part et d'autre des Pyrénées, permettent ce rapprochement selon lequel les langues ibères formeraient elles-mêmes un isolat[10]. Même si l'ibère et le basque sont apparentés, cela ne fait que repousser la question.
  • L'hypothèse « kartvèle » (groupe linguistique « euscaro-caucasien » [réf. nécessaire]) rapproche le basque de langues caucasiennes telle le géorgien, en partant du postulat que l'ethnonyme Iberi et les toponymes Iberia ou Hibernia qui se rencontrent de l'Atlantique au Caucase désigneraient bien des peuples linguistiquement apparentés, ce qui n'est pas démontré même si on a rapproché le suffixe basque itz du suffixe géorgien vili (très peu probable) et même si le basque et les langues caucasiennes sont ergatives, phénomène rare en Europe (mais cette caractéristique peut n'être qu'une similarité typologique).
  • L'hypothèse « vasco-berbère » situe l'apparition de la langue basque avec l'arrivée de certaines troupes berbères de Hannibal Barca estimées à 20 000 hommes qui en 218 avant J.‑C. décidèrent de l'abandonner et de ne pas l'accompagner dans sa marche vers Rome depuis Carthage. La théorie est soutenue par quelques historiens espagnols qui se fondent sur certaines similitudes linguistiques avec l'amazigh parlé en Mauritanie, au Maroc, aux îles Canaries et en Algérie, ainsi que sur des considérations anthropologiques : les Basques étant majoritairement mésocéphales comme les populations du Maghreb contrairement au reste des Espagnols qui sont dolichocéphales pour ceux d'origine celte et brachycéphales pour ceux d'origine ibère[11].
  • L'hypothèse « vasconique », proposée par le linguiste allemand Theo Vennemann, postule qu'il y a suffisamment d'évidences toponymiques pour conclure que le basque est le seul survivant d'une plus grande famille qui s'étendait à travers la majorité de l'Europe, ainsi que le long du littoral atlantique, du Sénégal jusqu'aux îles Britanniques, et dont on retrouve des traces du wolof jusque dans les langues indo-européennes (plus récentes), en Europe[12].
  • Selon Lilias Homburger, le basque, étant une langue agglutinante est plus proche de l'égyptien ancien, des langues dravidiennes (parlées aujourd'hui en Inde du Sud), et des langues africaines du groupe sénégalo-guinéen (wolof, sérère, peul), que des langues indo-européennes. Ce qui laisse penser qu'au Néolithique, avant l'extension de l'indo-européen commun, les langues agglutinantes recouvraient probablement l'Afrique du Nord, l'Europe méridionale et l'Asie [1]. Toutefois, la longue cohabitation avec les langues indo-européennes voisines a donné au basque actuel presque les deux tiers de son vocabulaire usuel.
  • On a aussi rapproché le basque des langue mésopotamiennes telles le kurde, ou le sumérien, hypothèse peu vraisemblable en ce qui concerne le kurde qui est une langue indo-européenne. Voir tableaux ci-après.
  • Arnaud Etchamendy, dans sa thèse de doctorat intitulée Euskera-Erderak : basque et langues indo-européennes : essai de comparaison et soutenue à l'université de Pau en 2007, suggère, en se basant sur les innombrables termes d'origine indo-européenne du basque et leur évolution dans la langue, que le basque pourrait être issu d'une « pidginisation pastorale » entre des parlers indo-européens et des substrats ibériques disparus (la « pidginisation pastorale » est un phénomène propre aux refuges montagneux accueillant des bergers et des exclus de diverses origines, fuyant la faim, la sécheresse, les persécutions en plaine : voir Saracatsanes ou Houtsoules) : ce serait donc une langue initialement indo-européenne ayant évolué en langue agglutinante.
  • Enfin, au début du XXIe siècle, les comparaisons du basque avec d'autres langues non indo-européennes sont menées essentiellement par deux linguistes, l'Américain John Bengtson et le Français Michel Morvan. L'informatique pourra peut-être apporter davantage d'éléments permettant de pencher en faveur de l'une ou l'autre de ces hypothèses.

L'état actuel des recherches sur les origines de la langue basque[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle, les origines de la langue basque donnent toujours lieu à des débats.

De multiples comparaisons ont été faites à ce jour :

Des paléolinguistes partagent une hypothèse commune :

  • l'hypothèse sino-caucasienne est en effet partagée par différents paléolinguistes comme Michel Morvan ou John Bengtson, qui donnent à la langue basque une origine commune avec des langues du Caucase (langues du nord-est) :
    • Dans son ouvrage L'Origine des langues, publié en 1994[17], Merritt Ruhlen mentionne la langue basque comme faisant partie d'un groupe de langues appelé dené-caucasien. Ce groupe comprend le basque, le caucasien, le burushaski, le sino-tibétain, le iénisséien, le na-dené[18]. Ruhlen rapporte que ce sont les travaux d'Edward Sapir qui ont mis en évidence le na-dené (localisé en Amérique du Nord). Puis que Sergueï Nikolaïev a repris les travaux de celui-ci en disant que le na-dené était apparenté à la famille caucasienne, sino-tibétaine et iénisséienne[19]. À la fin des années 1990, John Bengtson y a ajouté le basque et le burushaski, « deux idées que préfiguraient déjà les travaux de Trombetti et d'autres chercheurs »[20] dit-il. Enfin, Ruhlen mentionne les travaux de Sergueï Starostine qui a décrit une famille qu'il a nommée sino-caucasienne et qui comprend les familles caucasiennes, sino-tibétaine et iénisséienne[19].
    • Dans son article intitulé « Le basque, langue eurasienne », publié en 2008, Michel Morvan cite également les travaux de Sergueï Starostine[21]. Morvan rapporte que, dans sa forme originelle, le basque pourrait remonter au Paléolithique supérieur et il estime que cette langue est très stable dans le temps ce qui peut faciliter ainsi des comparaisons[21]. Il donne à la langue basque une origine eurasienne pré-indo-européenne et écrit que « la piste sino-caucasienne est bonne »[21].

Distribution géographique[modifier | modifier le code]

Grammaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grammaire du basque.
Tableau de conjugaison basque

La grammaire basque est d’une originalité radicale. Le basque est une langue agglutinante, où des suffixes ou des radicaux peuvent être accolés derrière d’autres suffixes ou radicaux. Le genre (féminin / masculin) n’existe pas, sauf attaché au verbe pour le tutoiement. Mais la particularité la plus importante réside dans le fait qu’en basque on ne conjugue souvent que l’auxiliaire du verbe, et que cet auxiliaire ne s’accorde pas qu’avec le sujet comme en français : celui-ci s’accorde également avec les compléments, dits directs et indirects en français.

Le basque suit généralement une syntaxe SOV voire OVS dans certains cas rares.

Le système numérique du basque présente la particularité d'être vicésimal (base 20) comme en vieux français, en breton ou en danois.

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Liste Swadesh du basque.

Si la grammaire basque est d’une originalité radicale, on estime que 75 % du vocabulaire provient de langues géographiquement voisines (celte, latin, gascon, aragonais, roman de Navarre, espagnol, français).

Français Basque Prononciation standard
terre lur lour
ciel zeru, ortzi sérou, ortsi
eau ur our
feu su shou
air haize (h)aïssé
homme gizon guissonn
femme emakume emakoumé
manger jan yan’ / dyan’
boire edan édan’
grand handi han'di
petit txiki/ttipi tchiki/tyipi
nuit gau gaou
jour egun égoun
mot hitz hits
chiffre zenbaki sèn’baki
un bat bate
deux bi bi
trois hiru (h)irou
quatre lau laou
cinq bost/bortz bocht/borts
six sei chei
sept zazpi saspi
huit zortzi sortsi
neuf bederatzi bédératsi
dix hamar (h)amar

Notes :

Le r est roulé au Pays basque Sud. Au Pays basque nord, le r simple est roulé, le r double est généralement prononcé « à la française » chez les nouvelles générations. En Soule, le « r » est parfois amuï. Le h est généralement aspiré au Pays basque nord, mais il est tout-à-fait muet au Pays basque sud. Le s est prononcé au Pays basque sud entre s et ch ; au Pays basque Nord, il est pratiquement prononcé comme un ch. Le z est prononcé comme un s partout, et le x est prononcé comme un ch partout[22].

Le j représente en principe le y consonne de yaourt au début d’un mot (à l’intérieur d’un mot, on utilise généralement la lettre i). Cette prononciation est la prononciation standard recommandée pour le basque unifié. Cependant, au Pays basque Sud, on a tendance à le prononcer comme un j espagnol (une espèce de raclement de gorge), alors qu’en Navarre et au Labourd, la prononciation est plutôt un d y palatalisé, comme dans diable et que, en Soule, on prononce même la lettre j comme le j français de journal.

Les noms et adjectifs se déclinent en s’augmentant de suffixes. La forme donnée dans la liste ci-avant est celle de l’absolutif indéterminé : à cette forme, les noms et adjectifs apparaissent sous leur forme la plus simple, sans aucun suffixe.

Écriture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Écriture du basque.

La langue basque s’écrit avec l’alphabet latin. L’alphabet basque est globalement phonétique, toutes les lettres d’un mot se prononcent à l’exception du h qui est muet dans la plupart des dialectes. Généralement, les voyelles qui se suivent forment une diphtongue[23].

Dialectes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dialectes du basque.

En 1571, on doit à Jean de Liçarrague, sur ordre de Jeanne d’Albret, la traduction en basque du Nouveau Testament[24]. Les cinq dialectes du basque sont le navarro-labourdin, le guipuscoan, le navarrais, le souletin et le biscayen. Certains sont peu intelligibles entre eux comme le biscayen et le souletin[25].

Un autre dialecte, le roncalais, a vu sa dernière locutrice s’éteindre en 1991 (Fidela Bernat). [réf. nécessaire]

Le basque standard, ou « basque unifié », se fonde sur les dialectes centraux comme le guipuzcoan et le navarro-labourdin, mais aussi sur le labourdin classique du XVIIe siècle, précurseur de la littérature basque et trait d’union entre les dialectes continentaux et péninsulaires.

Le basque unifié, ou euskara batua, langue coofficielle avec le castillan dans les communautés autonomes basque et navarraise, y est largement enseigné, et commence à y supplanter les formes dialectales, dorénavant associées aux échanges non formels, voire à la ruralité.

Les locuteurs[modifier | modifier le code]

Distribution linguistique du basque

Sur une population totale de 2 975 000 habitants répartis dans les 7 provinces du Pays basque, 26,9 % sont bilingues et 15,3 % ont une connaissance approximative du basque, soit 1 255 750 personnes. (881 300 personnes sont des locuteurs bilingues actifs et 454 400 sont des locuteurs bilingues passifs). Du point de vue de leur rapport avec l’euskara, les habitants du Pays basque se répartissent en 4 grandes catégories[26].

  1. Les unilingues bascophones ne parlent que le basque en France ou en Espagne. Ils sont âgés, mais certains enfants sont mis à l'ikastola (moins de 0,7 %, ce qui représente tout de même 20 000 personnes).
  2. Les bilingues basque actifs parlent deux langues, français / basque ou espagnol / basque. Ils sont 26,9 % et se répartissent en 3 sous-catégories :
    • 40 % sont bilingues avec le français ou l’espagnol dominant ou l’erdara dominant.
    • 29 % sont des bilingues équilibrés, ils connaissent aussi bien le basque que l’erdara.
    • 32 % sont bilingues avec le basque dominant.
  3. Les bilingues basques réceptifs comprennent ou lisent le basque mais le parlent peu. Ils représentent 15,3 % et sont de plus en plus nombreux, car les cours de langue pour adultes sont très populaires.
  4. Les non-bascophones qui ne connaissent pas le basque. Ils sont majoritairement unilingues espagnol ou français, mais peuvent aussi être des bilingues voire multilingues par leur connaissance d'autres langues (immigrés non espagnols ni français notamment). Ils forment la grande majorité de la population, avec 57,8 %.

Il existe de grandes disparités dans la population au regard du bilinguisme basque selon les provinces. La Biscaye compte 1 141 000 habitants, dont 26,5 % (302 000) sont bilingues et 24,9 % (284 000) de bilingues passifs. Le Guipuzcoa avec 686 000 habitants a le plus grand nombre de locuteurs bascophones, soit 329 000, ce qui correspond à 48 % de la population et 9,5 % (65 000) de bilingues réceptifs. La Navarre (594 000) n’a que 10,5 % (85 500) de bascophones qui sont groupés essentiellement dans le nord de la province et 6,8 % de bilingues réceptifs (40 200). L’Alava avec ses 298 000 habitants a 13,4 % (40 000) de bilingues et 11,1 % (33 000) bilingues réceptifs. Le Labourd avec 208 000 habitants a 37,2 % de sa population bilingue (38 600) et 24 600 bilingues réceptifs. Quant à la Basse-Navarre et à la Soule, les plus faiblement peuplées (30 000 et 17 000), elles ont de loin les plus forts pourcentages de personnes bilingues, avec 60,9 % de bilingues (28 600) et 15,1 % de bilingues réceptifs (7 000).

Statut de la langue basque[modifier | modifier le code]

La situation de la langue basque est très différente selon le territoire : Communauté autonome basque, Navarre ou Pays basque français. Le basque ne dispose d'un statut officiel que dans les deux premiers. En Pays basque français, seul le français est langue officielle. La situation de la langue basque en France est contestée, comme celle d'autres langues régionales (le breton, le corse…).

En 1948 à l'occasion du VIIe Congrès d'Eusko Ikaskuntza, est créée une « Journée internationale de la langue basque » fêtée tous les 3 décembre[27].

Vie publique[modifier | modifier le code]

Enseignement[modifier | modifier le code]

Pourcentage d'élèves inscrits avec une scolarité en basque. La ligne rouge démarque la frontière franco-espagnole.

Le basque est enseigné dans les écoles immersives associatives dites « ikastola » où tous les cours, dans les premières années de maternelle se font par immersion en basque avec introduction progressive du français qui est utilisé en parité avec l'euskara (histoire, géographie, sciences, mathématiques…). Les enfants sont donc rapidement parfaitement bilingues.

La langue est aussi enseignée dans certaines écoles, collèges et lycées publics en tant que langue facultative. Il existe aussi des cours du soir pour apprendre la langue et la culture basques.

En France est créé à Bayonne en 2004 l’Office Public de la Langue Basque (OPLB) qui poursuit son projet de politique linguistique en ouvrant des sections d'enseignement bilingue dans le Pays basque[27].

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Euskal Telebista : Le consortium qui dépend de la communauté autonome basque possède deux chaînes exclusivement en basque :
    • ETB 1 : Chaîne généraliste exclusivement en basque créée en 1982. Peut être captée en hertzien dans la CAB, la Navarre et le Pays basque français.
    • ETB 3 : Chaîne dédiée aux jeunes créée exclusivement en basque en 2008. Diffusée via la TNT dans la CAB.
    • ETB Sat : Chaîne disponible via les systèmes satellites et ADSL diffusant une partie des programmes d'ETB-1.
  • Hamaika : Chaîne généraliste exclusivement en basque créée en 2009. Diffusée via la TNT dans la CAB.
  • France 3 Euskal Herri Pays Basque : Décrochage local de France 3 Aquitaine. Une petite partie des informations est diffusée en basque (1 min par jour sur les 6 minutes totales du décrochage d'information ainsi qu'un tiers des reportages hebdomadaires).
  • TVPI.
  • Kanaldude: Télévision de Basse-Navarre, participative et en langue basque. Diffusion par internet et via le canal TNT de TVPI.

Radio[modifier | modifier le code]

Communauté autonome basque[modifier | modifier le code]

Dans la CAB, en plus de certaines stations de service public Euskadi Irratia (groupe EITB) — Euskadi Irratia, Gaztea, EiTB Musika —, une cinquantaine de radios associatives émet en basque.

Navarre[modifier | modifier le code]

De nombreuses radios associatives parmi lesquelles Euskalerria irratia [réf. souhaitée] à Pampelune, Xorroxin Irratia (Baztan).

Pays basque français[modifier | modifier le code]

Les radios associatives du Pays basque nord se sont groupées dans une association nommée Euskal irratiak et diffusent des programmes en commun :

  • Gure Irratia créée en 1981 et Antxeta Irratia créée en 1999, basées au Labourd
  • Irulegiko Irratia créée en 1982 et basée en Basse-Navarre
  • Xiberoko Botza créée en 1982 et basée à Mauléon (Soule)

De plus France Bleu Pays Basque consacre 55 minutes d'actualité en basque.

Il existe aussi une radio à caractère religieux diffusant en basque depuis Ustaritz, Radio Lapurdi Irratia.

Journaux[modifier | modifier le code]

Quotidiens (egunkaria)[modifier | modifier le code]

  • Berria, quotidien exclusivement en basque. Successeur d'Egunkaria.
  • Gara, quotidien en basque et en espagnol.

Hebdomadaires (aldizkaria)[modifier | modifier le code]

De nombreux hebdomadaires sont écrits en basque parmi lesquels :

  • Herria, hebdomadaire du Pays basque nord exclusivement en basque. Créée en 1944.
  • Argia, hebdomadaire exclusivement en basque.
  • Mintza, hebdomadaire exclusivement en basque ajouté chaque jeudi au quotidien basque de langue française le Journal du Pays basque.
  • Iparraldeko hitza, hebdomadaire exclusivement en basque. Distribué avec Berria.

Bimensuels[modifier | modifier le code]

  • Ekaitza, bimensuel politique de gauche, indépendantiste, du Pays basque nord. La majorité des articles sont en français, mais certains sont en basque. Créé en 1986.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Oyharçabal, Les relatives en basque, Paris, 1985.
  • Eguzki Urteaga, La langue basque dans tous ses états - sociolinguistique du Pays basque, l'Harmattan, Paris 2006.
  • Georges Rebuschi, Structures de l'énoncé en basque, Paris, 1982.
  • (eu) Gotzon Garate, « Atsotitzak » 27 173 proverbes dont 14 000 en basque.
  • Jean-Baptiste Orpustan, La langue basque au Moyen Âge, Izpegi, Baigorri, 1999.
  • Jean-Baptiste Orpustan, Les noms des maisons médiévales en Labourd, Basse-Navarre et Soule, Izpegi, Baigorri, 2000.
  • (en) José Ignacio Hualde, Joseba Andoni Lakarra et Larry Trask, Towards a History of the Basque Language, Amsterdam, John Benjamins Publishing,‎ 1995, 365 p. (ISBN 90-272-3634-8)
  • Jean-Baptiste Orpustan, Nouvelle toponymie basque : noms des pays, vallées, communes et hameaux, Centre d'études linguistiques et littéraires basques, Presses Universitaires de Bordeaux,‎ 2006, 246 p. (ISBN 2867813964 et 9782867813962)
  • Koldo Mitxelena, avec la collaboration d'Ibon Sarasola, Dictionnaire général basque ou Orotariko Euskal Hiztegia, Bilbao, 1987-2005.
  • (en) José Ignacio Hualde, Joseba Andoni Lakarra et Larry Trask, Towards a History of the Basque Language, Amsterdam, John Benjamins Publishing,‎ 1995, 365 p. (ISBN 90-272-3634-8).
  • (es) Manuel de la Sota, Pierre Lafitte, Lino Akesolo, et la collaboration de José Lasa et al., Diccionario Retana de autoridades de la lengua vasca: con cientos de miles de nuevas voces y acepciones, antiguas y modernas..., 9 volumes, La Gran Enciclopedia Vasca, Bilbao, 1976. ISBN 978-84-248-0248-6.
  • Michel Morvan, Les origines linguistiques du basque, Bordeaux, Presses Universitaires, 1996.
  • Michel Morvan, Le basque, langue eurasienne, Euskera - LIII, 2008, 1, pages 85 à 90.
  • Michel Morvan, Noms de lieux du Pays basque et de Gascogne, Paris, Bonneton, 2004.
  • Pierre Lafitte, Grammaire basque (navarro-labourdin littéraire), Elkarlanean, 1998 (ISBN 978-2-913156-10-4) (reprise complétée d’une édition de 1962 ; édition originale 1944).
  • Txomin Peillen, Les emprunts de la langue Basque à l'Occitan de Gascogne - étude du dialecte souletin de l'euskara, Univ. Nacional de Educación a Distancia, Madrid, 1998.
  • Chaho, Joseph Augustin, La guerre des alphabets : règales d'orthographe euskarienne, adoptees pour la publication du Dictionnaire basque, français, espagnol et Latin, Bayonne, Impr. Lespés,‎ 1856, 472 p. (lire en ligne)
  • Gèze, Louis 18.., Éléments de grammaire basque : dialecte souletin suivis d'un vocabulairebasque-français & français-basque, Bayonne, Imprimerie de veuve Lamaignère,‎ 1873, 360 p. (lire en ligne)
  • Ribary, François, Essai sur la langue basque, Paris, Vieweg,‎ 1877, 184 p. (lire en ligne)
  • Eys, Willem J. van 1825-...., Grammaire comparée des dialectes basques, Paris, Maisonneuve,‎ 1879, 548 p. (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. V° Enquête Sociolinguistique • Communauté Autonome d'Euskadi, Navarre et Pays Basque Nord (2011).
  2. http://www.vianayborgia.es/bibliotecaPDFs/FOLI-0056-0000-0139-0148.pdf
  3. Dans un article intitulé "Affinités toponymiques cantabropyrénéennes et énigmes historiques" Une survivance linguistique apparemment inexplicable.
  4. EL "EUSKERA ARCAICO" EN BUSCA DE LA KUTXA PERDIDA.
  5. (es) Luis Núñez Astrain, El euskera arcaico : extensión y parentescos, Tafalla, Txalaparta,‎ Novembre 2003, 390 p. (ISBN 9788481363005, lire en ligne)
  6. a et b Aréologie dialectale et modularité des réseaux dialectaux : étagement spatial et structural des processus (morpho-)phonologiques dans le réseau dialectal basque par Jean-Léo Léonard, Osterlits, Paris III.
  7. SOULETIN ET BATUA : pour un duo plutôt qu'un duel. Par Battittu Coyos, UMR 5478 IKER, Université René Descartes – Paris V. « Au plan linguistique, le batu est une forme de basque au même titre que le souletin. Toutefois il est réservé à certains domaines alors que le souletin l'est à d'autres. D'un certain point de vue, on peut comparer le batu au français. Le français est issu du francien, un dialecte d'oïl qui a réussi au détriment des autres formes d'oïl (picard, champenois, poitevin, wallon, etc.). »
  8. R. L. Trask, The History of Basque, Routledge, 1997 (ISBN 0-415-13116-2)
  9. Merritt Ruhlen, L'origine des langues, Débats Belin, 1997 (ISBN 978-2-7011-1757-7). Larry Trask, The History of Basque, Routledge, 1997 (ISBN 978-0-415-13116-2). « Origine unique, multiple origine » (article non signé).
  10. « Are Iberian and Basque related? The problem with "magical translators" ». Jesús Rodríguez Ramos.
  11. Igleisas Hector, 2011, « La parenté de la langue berbère et du basque : nouvelle approche », 29 p., en ligne sur HAL‑SHS.
  12. Théorie des langues vasconiques, Theo Vennemann
  13. Michel Morvan, Les origines linguistiques du basque, Bordeaux, Presses Universitaires, 1996, 284 pages, p. 19.
  14. (en) Joseph Harold Greenberg, Language in the Americas, Stanford University Press, 1987, 438 pages
  15. (en) Nicholas Wade, Before the Dawn: Recovering the Lost History of Our Ancestors, Penguin, 2007-03-27, 320 pages
  16. Swadesh, Morris (1963). Nuevo Ensayo de Glotocronología Yutonahua, Anales del INAH 15:263-302.
  17. Titre original : The Origin of Language. Tracing the Evolution of the Mother Tongue. Version française en 1996.
  18. Merritt Ruhlen, L'Origine des langues, pages 180 à 181.
  19. a et b Merritt Ruhlen, L'origine des langues, pages 85 à 87.
  20. Merritt Ruhlen, L'origine des langues, page 87.
  21. a, b et c Le basque, langue eurasienne.
  22. (es) La grammaire basque
  23. (eu) Euskaltzaindia : Règle n° 17 du basque standard (batua), Noms des lettres de l'alphabet basque, règle votée le 25 novembre 1994.
  24. Biblia, traduction de toute la Bible en navarro-labourdin
  25. Les dialectes basques : homogénéité ou dispersion ?
  26. EITB - EAEko herritarren %60 euskara ondo edo hala-hola hitz egiteko gai dira
  27. a et b Fère Emmanuelle, « La langue basque fêtée le 3 décembre », Sud Ouest,‎ 1er décembre 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Consulter le Wiktionnaire rédigé en basque.

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