Îles Anglo-Normandes

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49° 43′ 04″ N 2° 22′ 07″ O / 49.7178, -2.36861

Carte marine du XVIIIe siècle montrant les îles Anglo-Normandes.
Appellation officielle Îles de la Manche (en français de Jersey) dans un passeport jersiais

Les îles Anglo-Normandes ou îles de la Manche (en anglais Channel Islands) sont un ensemble d’îles situées dans la Manche à l’ouest de la péninsule du Cotentin. Autrefois appelées archipel Normand, elles sont la partie insulaire de la province historique de Normandie.

Elles dépendent directement de la Couronne britannique, mais ne font cependant pas partie du Royaume-Uni : elles sont sous la souveraineté du duc de Normandie, titre détenu par la monarchie anglaise depuis la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant après la bataille d'Hastings en 1066. Leur très grande autonomie garantie par ce statut fait que, contrairement au Royaume-Uni, les îles Anglo-Normandes ne font pas partie de l’Union européenne.

Géologie[modifier | modifier le code]

Évolution du littoral normand et formation des îles Anglo-Normandes.

Le littoral normand a évolué aux cours des millénaires. Au moment de la Pangée, l'Europe était accolée au continent nord-américain. Elle s'en écarte progressivement, pour que l'océan Atlantique s'y engouffre. Le littoral normand va donc connaître plusieurs phases au gré des régressions et des transgressions marines. Durant le Pléistocène, le niveau de la mer va remonter très au-dessus du niveau actuel. Il y a 200 000 ans, le niveau de la Manche était à + 15 m NGF (nivellement général de la France) si on se réfère au croquis stratigraphique de D. Michelet, de la fouille archéologique de Port-Pignot dans le Nord Cotentin[1]. Le territoire de la commune était donc sous les eaux, excepté le petit hameau de La Houlgate. Inversement, le littoral va se retirer à plus de 600 kilomètres des côtes actuelles. Il y a 20 000 ans, le développement des calottes de glace autour des pôles et des principaux glaciers va faire baisser le niveau de la mer d'un peu plus de 100 mètres[2].

Ce va-et-vient maritime a progressivement détaché les îles Anglo-Normandes des côtes du Cotentin. Il était encore possible de se rendre à pied à Guernesey, il y a 8 000 ans[3]. Il faudra attendre 4 000 ans avant notre ère pour que Jersey, Chausey et les Minquiers ne soient plus accessibles par voie de terre[4].

De cette transgression marine, il subsiste le mythe de la forêt de Scissy qui devait alors s'étendre entre les îles Anglo-Normandes et les côtes du Cotentin. De nombreuses souches fossilisées ont été collectées sur la côte et sont actuellement au musée de Cherbourg[5].

Géographie[modifier | modifier le code]

Voir l’image vierge
Localisation des îles, îlots et récifs principaux des Îles Anglo-Normandes

Les principales îles et leurs dépendances sont :

À cela, il faut ajouter un nombre important d'îlots et d'écueils qui se découvrent à marée basse.

Par contre, l'archipel des Iles Chausey, situé au large de Granville, ville française du département de la Manche, ne sont pas une dépendance des îles Anglo-Normandes, mais appartiennent à la commune de Granville.

Histoire[modifier | modifier le code]

Appelées îles Lenur au Haut Moyen Âge, les îles de la Manche furent occupées par les Bretons lors de leur exode vers l'Armorique (Ve ‑ VIe siècles).

En 933, après que Guillaume Longue-Épée eut reçu du roi de France le comté de Coutances, elles devinrent normandes, au détriment des Vikings de Bretagne installés à Nantes.

Bien que très proches de la France, ces îles ne sont pas françaises[6], tout en étant géographiquement et culturellement normandes. Elles faisaient autrefois partie du même duché de Normandie. Depuis 1204, elles relèvent de la couronne britannique, après que Philippe-Auguste eut confisqué les territoires normands continentaux du roi d'Angleterre Jean sans Terre. Du duché de Normandie, seule la partie insulaire a survécu : c'est pourquoi les monarques britanniques y portent le titre traditionnel de duc de Normandie, y compris lorsqu'il s’agit d'une femme.

Jusqu'en 1569, l'évêque de Coutances exerçait une juridiction ecclésiastique dans les îles et les îles eurent, pendant les guerres anglo-françaises, un droit de neutralité jusqu'en 1689, date à laquelle Guillaume III d'Angleterre l'abandonna, justifiant cet abandon par le fait que les îliens pratiquaient la contrebande.

Aujourd'hui, les catholiques dépendent du diocèse anglais de Portsmouth, les anglicans de celui de Winchester.

Ces îles furent les seuls territoires dépendant de la couronne britannique occupés par l'Allemagne (Troisième Reich) durant la Seconde Guerre mondiale et Guernesey fut le théâtre de l'opération Ambassador.

Langues[modifier | modifier le code]

Les langues régionales (du normand insulaire) ne sont plus parlées que par une minorité au sein des populations, mais le jersiais, le guernesiais et le sercquiais font partie du patrimoine des îles. L'anglais, imposé à la population depuis la deuxième guerre mondiale, a supplanté le français et les langues endogènes (normand...), surtout en raison de l'envoi des enfants en Grande-Bretagne lors de l'occupation des îles par les Allemands, des médias modernes, de l'installation de populations originaires de Grande-Bretagne pour des motifs fiscaux et de l'interdiction de parler français à l'école. En revanche, la langue normande se perpétue dans la toponymie, malgré la traduction de certains appellatifs en anglais. Cela donne lieu parfois à des exemples savoureux tels que Bonne nuit bay, La Corbière lighthouse, etc.

Le parler anglais des îles, en revanche, a adopté des mots normands tels que côti, bachîn, vrai, brancage.

La notion d’« anglo-normand » pour désigner le normand parlé traditionnellement dans les îles anglo-normandes est impropre, car l'anglo-normand est la langue d’oïl septentrionale parlée en Grande-Bretagne jusqu'à la fin du Moyen Âge.

Administration politique[modifier | modifier le code]

Les bailliages[modifier | modifier le code]

Chacune de ces îles est une possession de la couronne britannique. Les îles et leurs dépendances citées plus haut sont partagées entre deux bailliages :

  • le bailliage de Jersey (l'île de Jersey avec ses écueils inhabités) ;
  • le bailliage de Guernesey (les îles de Guernesey, Sercq, Aurigny et leurs dépendances).

Dans le cadre du bailliage de Guernesey, Sercq et Aurigny sont elles-mêmes autonomes, chacune ayant son propre Parlement et son administration locale.

Les deux bailliages jouissent d'une autonomie interne, sauf pour la défense et la diplomatie. Une loi du Royaume-Uni ne s'applique à un bailliage que sur la demande d'un gouvernement insulaire.

Les États[modifier | modifier le code]

Il y a 53 membres dans les États de Jersey.

Les paroisses civiles[modifier | modifier le code]

Les deux bailliages sont administrativement divisés en paroisses : douze à Jersey, dix à Guernesey, celles d'Aurigny et de Sercq. C'étaient à l'origine des paroisses qui dépendaient des évêques de Coutances, par l'intermédiaire du « doyen des Îles ». À Jersey et à Guernesey, les paroisses civiles sont également les paroisses anglicanes actuelles. Les paroisses catholiques actuelles ont un découpage territorial bien différent.

  • À Jersey, le Connétable de chaque paroisse civile est l'équivalent du maire ainsi que représentant de la municipalité aux États de Jersey. Parmi les personnalités élues dans les paroisses : les Procureurs du Bien Public, les Centeniers, les Vingteniers, les Officiers du Connétable. Il y a également un vingtenier à Sercq.
  • À Guernesey, la paroisse civile est administrée par la Douzaine et deux Connétables. Depuis 2004, les représentants des Douzaines ne siègent plus aux États.
  • À Aurigny, bailliage de Guernesey, la paroisse est administrée directement par le gouvernement des « États ».
  • À Sercq, bailliage de Guernesey, la paroisse est administrée par les « Chiefs plaids », gouvernement de l'île et le sénéchal, nommé par le seigneur.

Personnel politique[modifier | modifier le code]

À Jersey[modifier | modifier le code]

  • Le lieutenant-gouverneur, commandant en chef, représentant de la couronne britannique : il est nommé par le duc de Normandie (la reine Élisabeth), sur avis du gouvernement britannique.
  • Le bailli de Jersey :
  • 10 sénateurs
  • 29 députés
  • 12 connétables

À Guernesey[modifier | modifier le code]

  • Le lieutenant-gouverneur
  • Le bailli de Guernesey
  • 45 députés, parmi lesquels sont :
    • Le chef-ministre
    • Les ministres

Économie[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1960, les deux grandes îles sont devenues de grands centres financiers en mer ainsi que des paradis fiscaux.

En outre, celles-ci mènent une politique d'encouragement bancaire, ainsi qu'agricole et touristique. Guernesey soutient l'industrie légère dans une mesure plus significative que Jersey.

Pour les petites îles, la principale activité économique est le tourisme. L'autonomie en matière monétaire et postale fournit quelques subsides grâce aux collectionneurs de timbres-poste et de monnaie.

Symboles[modifier | modifier le code]

Chaque île possède son drapeau et ses armoiries officiels – il n'y a pas de « drapeau des îles de la Manche ».

Transports[modifier | modifier le code]

Il existe des liaisons maritimes entre l'archipel et Granville, Barneville-Carteret, Diélette (port de Flamanville) et Cherbourg en Normandie continentale ; Saint-Malo en Bretagne ; Poole, Portsmouth et Weymouth au Royaume-Uni.

Il y a des aéroports à Jersey, Guernesey et Aurigny. En outre, Jersey, Guernesey et Sercq possèdent chacune un réseau de transports en commun.

Poste[modifier | modifier le code]

La poste a longtemps été une compétence de la Couronne depuis l'ouverture, en 1894, du premier bureau postal à Jersey et a donc utilisé les timbres-poste britanniques, depuis leur création en mai 1840. Il s'y est ajouté pendant l'occupation allemande de 1940 à 1945 des timbres apparemment locaux, mais en réalité émis par les receveurs des postes des deux îles, pour le compte de la poste britannique, pour faire face à l'impossibilité de s'approvisionner en timbres en Angleterre.

Mais depuis 1969, la compétence postale est transférée par le Royaume-Uni aux bailliages de Jersey et de Guernesey. Dès lors ces deux bailliages ont émis chacun leurs propres timbres. Les figurines de Guernesey ont dès lors remplacé les timbres anglais dans cette île, mais aussi à Aurigny, Sercq et Herm.

De nombreuses études philatéliques ont porté sur les cachets postaux et les timbres anglais oblitérés dans ces îles avant 1969 et, notamment, pendant l'occupation allemande de 1940 à 1945. Les timbres britanniques sont aussi acceptés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michelet D. (1982)- Le gisement préhistorique de Port-Pignot à Fermanville (Manche), Gallia Préhistoire, t.25, 1982, p. 1-77, 65 fig., 11 plans
  2. Voir Niveau de la mer
  3. Robert Lerouvillois, Scicy la forêt engloutie, 300 ans d'archéologie en Cotentin, édition 1999, les plus grandes découvertes de l'Antiquité à nos jours, Paoland Connaissance, cf. Croquis p. 41
  4. Robert Lerouvillois, Scicy la forêt engloutie, 300 ans d'archéologie en Cotentin, édition 1999, les plus grandes découvertes de l'Antiquité à nos jours, Paoland Connaissance, cf. Croquis p. 47
  5. Robert Lerouvillois, Scicy la forêt engloutie, 300 ans d'archéologie en Cotentin, édition 1999, les plus grandes découvertes de l'Antiquité à nos jours, Paoland Connaissance, cf. Photos p. 70, "Bois préhistorique en Cotentin"
  6. Site de la Cour internationale de Justice - décision îlots des Écréhous et des Minquiers - consulté le 6 mai 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]