Wallon

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Wallon
Parlée en Belgique, France, États-Unis
Région Europe (Région wallonne, Ardennes), Amérique (Wisconsin)
Nombre de locuteurs 1 120 000 (1998)
Typologie SVO (+ VSO), flexionnelle, syllabique
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle de langue régionale endogène de Belgique
Codes de langue
ISO 639-1 wa
ISO 639-2 wln
ISO 639-3 wln
IETF wa
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)
Artike prumî
Tos lès-omes vinèt-st-å monde lîbes, èt so-l'minme pîd po çou qu'ènn'èst d'leu dignité èt d'leus dreûts. I n'sont nin foû rêzon èt-z-ont-i leû consyince po zèls, çou qu'èlzès deût miner a s'kidûre onk' po l'ôte tot come dès frés.
Situation du wallon parmi les langues d'oïl.

Le wallon (walon en wallon/ ph: wa.lɔ̃ ) est une langue d'oïl parlée en Belgique, en France et, très résiduellement, dans la partie nord-est de l'État américain du Wisconsin[1]. Elle est reconnue comme langue régionale endogène par la Communauté française de Belgique, au sein de laquelle elle est la plus importante des langues romanes endogènes en termes de superficie (70 à 75 % de la Région wallonne) et de population (1 000 000 à 1 300 000 locuteurs)[2]. Le wallon se compose de quatre grandes variétés dialectales et d'une forme normalisée. Ses locuteurs peuvent être appelés des Wallons[3], mais ce terme se référant avant tout aux habitants de la Wallonie, on lui préfère de plus en plus celui de wallonophone[4] (walon-cåzant en wallon).

Nom[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du terme Wallon.

Le nom Wallon est issu du germanique Walh, utilisé par les Germains pour désigner les populations celtophones ou romanes, suivi du suffixe -on. Sa plus ancienne trace écrite, d'après les travaux d'Albert Henry, philologue romaniste belge, date de 1465 dans les Mémoires de Jean, sire de Haynin et de Louvignies, de Jean de Haynin[5],[6],[7]où il désigne les populations romanes des Pays-Bas bourguignons. La portée sémantique se réduira encore un peu plus lors de la République et de l'Empire Français, le Royaume-Uni des Pays-Bas et l'indépendance belge pour ne plus désigner que les Belges de langue romane. Les recherches en dialectologie durant le XIXe siècle vont peu à peu faire la distinction entre les différents dialectes belgo-romans, et restreignent alors dans le domaine linguistique le mot wallon à la langue wallonne stricto sensu.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cette carte représente l'ancien Diocèse de Liège (en jaune) qui a évolué à partir de la Civitas Tungrorum et qui avait probablement les mêmes frontières. Les provinces modernes de Liège et du Limbourg sont également indiquées. La ligne rouge représente la frontière linguistique entre le Néerlandais et le Français. L'orange représente les frontières nationales modernes.

Parler d'une « date de naissance » pour le wallon est inapproprié, d'une part évidemment parce que les langues ne naissent pas en une nuit ; mais surtout parce que le moment de la naissance dépend du point de vue adopté. D'un point de vue strictement linguistique, Louis Remacle a montré que bon nombre des évolutions que l'on considère comme typiques du wallon sont apparues entre le VIIIe siècle et le XIIe siècle. Le wallon « était nettement et définitivement individualisé dès 1200 ou dès le début du XIIIe siècle »[8].

Les environs de l'an 1600 apportent comme une confirmation écrite des évolutions des représentations au cours des deux siècles antérieurs : c'est à cette époque que s'impose définitivement le système graphique français en pays wallon[9]. C'est au début du XVIIe siècle qu'on prend conscience de l'écart entre la langue parlée (le wallon) et la langue écrite (le français), ce qui permet l'émergence d'une littérature wallonne : ces textes relèvent de la para-littérature satirique et bouffonne. Le français était et est resté la seule langue pour les textes formels, officiels, etc.

La langue wallonne reste jusqu'au début du XXe siècle la langue parlée par la majorité de la population de la moitié Est de la Belgique romane car le français y est seulement la langue des lettrés et des classes supérieures. Le bilinguisme wallon-français est alors une réalité, que ce soit dans le monde professionnel ou dans le monde politique. Dans la sidérurgie et à la mine, le wallon est souvent la langue utilisée pour la formation des ouvriers et dans de nombreuses communes, les conseils communaux se font souvent dans les deux langues[10].

L'ancien diocèse de Liège, en sa partie wallonne (dans le sens de roman ou de "francophone"), a des limites qui coïncident de manière frappante avec celle du wallon (les archidiocèses de Trèves et de Reims ont laissé leur marque en Belgique avec respectivement le gaumais et champenois, et les diocèses de Cambrai et Tournai avec le picard). L’Atlas linguistique de la Wallonie a bien mis en valeur cette très ancienne trace possible de l’influence des subdivisions de l’Église.

Identification de la langue[modifier | modifier le code]

La distinction entre les différentes langues régionales de Belgique romane n'a été établie qu'à la fin du XIXe siècle par le philologue allemand Altenburg qui précise d'ailleurs que l'aire du wallon ne peut ni se restreindre au liégeois ni s'étendre au picard :

Le dialecte liégeois est senti comme nettement plus différent du picard que les dialectes des provinces de Namur et de Hainaut. Même si le dialecte actuel de la région française limitrophe [...] constitue en quelque sorte un chaînon intermédiaire ou une transition entre le wallon et picard et même si les variétés occidentales du wallon se rapprochent du rouchi, cependant le phonétisme, principalement le consonantisme, accuse de profondes différences entre le picard et le wallon[11].

De par cette identification tardive, les autres langues endogènes de la Belgique romane sont quelquefois désignées comme « wallonnes », y compris par leurs propres locuteurs, ce qui peut entraîner une certaine confusion.

Normalisation de la langue[modifier | modifier le code]

Depuis le début des années 1990, un groupe d'animateurs et d'écrivains de langue wallonne tente de réévaluer le système de transcription Feller. Ce système avait été créé par des dialectologues et pour des dialectologues, et ce avant l'apparition de la linguistique moderne, dans le but de protection d'un patrimoine littéraire patoisant ou l'étude dialectologique plutôt que de promotion d'une langue moderne. Ce groupe vise l'établissement d'une norme écrite commune, dans un but symbolique et politique, pour une langue dont les modalités parlées varient de région en région, mais sont intercompréhensibles. Cette langue écrite commune et normalisée s'appelle le wallon unifié ou rfondou walon en wallon. Il est bien question ici d'une langue écrite : la particularité du système est que certaines notations sont communes aux diverses variantes locales, mais se prononcent de manière différente selon l'endroit. Par exemple, la notation "ea" (comme dans vea, veau) se prononcera "ia" à l'ouest et "é" à l'est de la région de langue wallonne, donc respectivement via ou . Cette nouvelle langue n'est néanmoins pas acceptée par tous les utilisateurs du wallon. Malgré les avantages incontestables du système, il se heurte surtout au fait qu'il est encore ignoré de la plupart des locuteurs et qu'il prend peu en compte les différences régionales au niveau lexical.

Géographie[modifier | modifier le code]

Wallonie dialectale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Wallonie dialectale.
Wallonie dialectale

Le wallon est parlé dans son aire traditionnelle, que l'on nomme « Wallonie dialectale »[12] ou plus rarement « Wallonie linguistique »[13]. Elle regroupe une importante partie de la Belgique romane, plus la Wallonie de France : une dizaine de villages et une ville, Givet, traditionnellement wallonophones, dans les Ardennes françaises.

Les accents du wallon de l'ensemble des localités de la Wallonie linguistique ont été étudiés par l'Atlas linguistique de la Wallonie, avec les autres points où l'on parle d'autres langues endogènes romanes en Belgique. Tous ces accents du wallon ont été mis à contribution pour l'établissement du wallon unifié ou rfondou walon.

On peut séparer quatre zones dialectales distinctes :

Wisconsin[modifier | modifier le code]

Il existe aussi aux États-Unis[15]une petite zone du Wisconsin, autour de Green Bay, où l'on parle le namurois[16] en raison d'une émigration assez importante au XIXe siècle : à partir de 1850, 15 000 personnes[17], provenant pour la plupart des alentours de Gembloux et de Wavre émigrèrent vers le nord de cet État américain, mais la mortalité fut importante à bord des bateaux. La première vague d'immigrants partit de Grez-Doiceau pour s'établir dans l'actuelle localité de Robinsonville-Champion[18] (aujourd'hui Green Bay (town) (en)). En 1860, ils étaient plus de 4 500, à 80 % dans les comtés de Kewaunee, Door et Brown. Au début des années 2000 leurs descendants sont au nombre de 20 000, mais rares sont les jeunes qui parlent encore le wallon, qui est donc en voie d'extinction, même si la conscience des origines est encore vivace[19],[20],[21].Plusieurs localités du Wisconsin conservent dans leur nom la trace de cette immigration : Brussels, Namur, Rosiere, Wisconsin (en) (de Rosières), Champion, Walhain, Wisconsin (en), Grand-Leez. En 2012, un ethnologue, James Leary, a constaté que les Wallons du Wisconsin, dans cette péninsule, restent plus que les autres - descendants d’Allemands, de Tchèques, de Norvégiens ou de Polonais - attachés à leurs origines européennes[22],[23]. L'émission télévisée Questions à la Une de la Radio-télévision belge de la Communauté française leur consacre un reportage en janvier 2014[24].

Linguistique[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Le wallon fait partie des langues d'oïl et plus spécifiquement du groupe d'oïl septentrional qui comprend le normand septentrional et le picard.

La phonétique wallonne est singulièrement conservée : la langue est restée assez proche de la forme qu'elle avait durant le Haut Moyen Âge[pas clair].

Alphabet[modifier | modifier le code]

Le wallon s'écrit avec l'alphabet français auquel s'ajoute le rond en chef, un diacritique suscrit, utilisé avec la lettre a. Cette lettre å est par exemple utilisé dans le mot Årdene. Ce diacritique ne modifie pas l'ordre alphabétique (exactement comme pour É et E en français). Le nom des lettres est le même qu'en français, sauf w qui s'appelle (anciennement double u) et y qui s'appelle î gréc ou yod.

Graphème Prononciation Exemple Graphème Prononciation Exemple
A a [a] gade (chèvre) L l [l] lére (lire)
 â [a:] diâle (diable) (non retenu en wallon standard) M m [m] mwin (main)
Å å [ɔ:/o:/ɑ:] djåzer (parler) N n [n] nawe (fainéant)
AE ae [a/ɛ] glaece (glace) O o [ɔ] soris (souris)
AI ai [e:/ɛ:] mwaisse (maître) Ô ô [o:/ɔ̃/ʊ:] rôze (rose)
AN an [ɑ̃/ɔ̃] blanc (blanc) OE oe [wɛ/ø/ɛ/œ] moes (mois)
B b [b] bén (bien) OI oi [wa/wɛ/oː/ʊː] moirt (mort)
C c [k/s] crole (boucle) ON on [ɔ̃] djondou (touché)
Ç ç [s] çoula (cela) OU ou [u] atouwer (tutoyer)
CH ch [ʃ] chal (ici) OÛ oû [u:/y:] noû (neuf)
D d [d] wårder (garder) P p [p] aprinde (apprendre)
DJ dj [dʒ] djin (personne) Q q [k] qwè (quoi) (non retenu en wallon standard)
E e [ɛ] efant (enfant) R r [ʀ] arester (arrêter)
É é [e] pés (pis) S s [s] sûner (suinter)
EA ea [ja/e:/ɛ:] bea (beau) SS ss [s] dissu (dessus)
ÉN én [ẽ/ɛ̃] tchén (chien) SCH sch [h/ʃ/ç/sk] scheter (casser)
EU eu [ø/œ] djeu (jeu) SH sh [ʃ/s] shijh (six)
EY ey [ɛj/ɛ:j/i:j/i:] åjhey (facile) T t [t] tins (temps)
F f [f] filozofe (philosophe) TCH tch [tʃ] tchant (chant)
G g [g] gueuye (gueule) U u [y] pus (plus)
GN gn NY ny [ɲ] agnon (oignon) Û û [y:] ût (huit)
H h [h] hoye (charbon) Un un [œ̃] djun (juin)
I i [i/ɪ] pitit (petit) V v [v] vint (vent)
Î î [i:] pî (pied) W w [w] walon (wallon)
IN in [ɛ̃] rinde (rendre) X x [ks] taxi (taxi) (non retenu en wallon standard)
J j [ʒ] jate (tasse) (très rare en wallon standard) XH xh [h/ʃ] pexhon (poisson)
JH jh [h/ʒ] prijhon (prison) Y y [j] yebe (herbe)
K k [k] stoumak (estomac), Z z [z] zûner (bourdonner)

Phonétique et phonologie[modifier | modifier le code]

  • Le latin [ka] et [g + e, i, a] donne en wallon des consonnes affriquées épelées tch et dj : vatche (vache), djambe (jambe), comme en ancien français.
  • Le latin [s] subsiste : spene (épine), fistu (fétu), biesse (bête). Le wallon ne connaît donc pas la voyelle prosthétique qui fait du latin « scola », le français « école » (ancien français « escole »), (autres exemples: spissus-épais-spès, stella-étoile-steûle, sternutare-éternuer-stièrnî, stomachus-estomac-stoumak, strictus-étroit-stroet, scribere-écrire-scrire, scabinus-échevin-scabin, etc. Toutefois, le wallon de l'ouest, plus proche du picard, dit escole

Le wallon comporte cependant une voyelle d'appui, qui évite de devoir prononcer un trop grand nombre de consonnes successives : si l'on dit Dj'é stî à scole (je suis allé à l'école), on dira ène belle escole (à l'ouest) ou sicole (à l'est) ou encore sucole (une belle école), selon les régions.

  • Le latin [sc], à part quelques exceptions, donne en wallon [sch] (en refondou): schame (lat. scabum), schoûter (auscultare), scheure (excutulare), schåle (scala), dischåssî (descalciare), etc.
  • Les consonnes voisées finales sont toujours assourdies: rodje (rouge) se prononce exactement comme rotche (roche).
  • Les voyelles nasales peuvent être suivies de consonnes nasales, comme dans djonne (qui se prononce djon+ne, jeune), crinme (crême), branmint (beaucoup).
  • La longueur des voyelles a une valeur phonologique. Elle permet de distinguer par exemple cu (cul) et cût (cuit), i l'hosse (il la berce) et i l'hôsse (il la hausse), messe (messe) et mêsse (maître), etc.
  • La loi de Bartsch, constatée en ancien français, ne s'applique pas au wallon sans adaptation. Exemples :
    • lat cārus > (Zink en API) VI² [tʃerɔ] > [tʃierɔ]> VIIe siècle [tʃiɛr]> [ʃɛr] (cher), le wallon donnant finalement [tʃi:r].
    • lat cattu (a entravé) donne fr chat (pas d'effet de Bartsch), le wallon donnant tchè [tʃɛ].

Morphologie[modifier | modifier le code]

  • Les adjectifs féminins pluriels devant le nom prennent une finale -ès non accentuée (sauf dans le dialecte wallo-lorrain): comparez li djaene foye (la feuille jaune) et les djaenès foyes (les feuilles jaunes).
  • Il n'y a pas de distinction de genre dans les articles définis et les déterminants possessifs (sauf dans le dialecte wallo-lorrain): le wallon a li vweture et li cir alors que le français a, respectivement, la voiture et le ciel. De même, le wallon a si coir et si finiesse pour le français son corps et sa fenêtre.

Tutoiement et vouvoiement[modifier | modifier le code]

L'utilisation du vos (=vous) est l'usage, tant en contexte formel qu'informel. Il est y compris utilisé pour s'adresser aux animaux domestiques. Ti (=tu), au contraire est rare voire inexistant par endroit, est vulgaire, et sera généralement mal et agressivement perçu par la personne à qui il est adressé. Il est régulièrement utilisé dans un contexte de colère[25].

Lexique[modifier | modifier le code]

  • Il existe quelques mots latins qui ont disparu des langues romanes voisines, comme le wallon dispierter, l'espagnol despertar (réveiller) et le roumain deșteptare; le wallon sacwant(es) et le romanche insaquant(es) et leurs dérivées; le wallon moude (mulgere, traire) et l'italien mungere, le roumain mulge; le wallon ouxh et le roumain uşă; le wallon cras (crassu, gras) et le roumain gras; ou d'autres issus directement du bas latin: arincrin (araneae crinis, toile d'araignée), tier ou tienne (termen, limite marquée par une colline), ay (ay, interjection d'approbation partielle), etc. (in Dictionnaire liégeois par Jean Haust)
  • Il y a un nombre important d'emprunts aux langues germaniques (dialectes néerlandais et allemands), par exemple le wallon flåw (faible) et le néerlandais contemporain flauw. Parmi beaucoup d'autres emprunts appartenant à la langue courante, on peut citer: dringuele (pourboire; néerlandais drinkgeld), crole (boucle de cheveu), spiter (éclabousser; même racine que l'anglais to spit ou l'allemand dialectal spützen), li sprewe (l'étourneau; néerlandais: spreeuw), blinker (briller, néerlandais et allemand blinken, to blink en anglais), crompire (pomme de terre, Grundbirne en allemand dialectal, littéralement poire de sol; des variantes se retrouvent dans les langues de territoires anciennement soumis à l'empire austro-hongrois[26]), etc. Nombre de ces emprunts se retrouvent également dans le français de Belgique comme belgicismes.

Syntaxe[modifier | modifier le code]

  • L'adjectif qualificatif est souvent placé devant le nom : comparez le wallon on fwärt ome et le français un homme fort ; ene blanke måjhon et une maison blanche.
  • Emprunt syntaxique au germanique : la construction Cwè-ç ki c'est di ça po ene fleur? (qu'est-ce que cette fleur?) se traduit mot à mot en néerlandais Wat is dat voor een bloem? ou allemand Was ist das für eine Blume?
  • L'ordre des pronoms: dijhoz-m' el, alors qu'en français on dirait: "Dites-le-moi."
  • Le pronom complément d'objet direct se met devant les verbes de pouvoir: dj' el sai scrire, vos mi ploz houkî, alors qu'en français on dit: "Je peux l'écrire, tu peux m'appeler."

Orthographe[modifier | modifier le code]

  • Depuis 1100, on écrit le wallon au moins dans les noms géographiques et dans les actes de basse justice, et les actes notariés. L'écriture ne permet pas toujours de décider comment était la prononciation ("u" peut être une notation du son « u » ou « ou »). Certaines notations sont typiquement wallonnes xh (qui note un h aspiré), ea, eie.
  • Au XVIIIe siècle, on continue à utiliser certaines des conventions du Moyen Âge xh (Villers), oi (Theâtre liégeois).
  • Au XIXe siècle, l'écriture du wallon était largement individuelle. Mais différents essais de régulation sont proposés :
    • pour l'accent de Liège (Henri Forir)
    • pour l'accent de la Wallonie prussienne (Toussaint, Nicolas Pietkin)
    • pour l'accent de Namur (Auguste Vierset, Léopold Godenne).
  • Au XXe siècle, on assiste à la généralisation du système de notation Feller. Les trouvailles les plus intéressantes du Feller : les notations DJ et TCH, les demi-consonnes W et Y, la notation î du i long, oû du ou long ; les notations å et ô.
  • Il faut attendre le XXIe siècle pour voir apparaître une orthographe unifiée, c'est-à-dire l'accord de tous les utilisateurs que tel mot s'écrit d'une seule façon, quelle que soit la manière dont la prononciation a évolué dans telle ou telle région.

Une tentative de norme orthographique commune existe : le « rfondou walon », dont le principe est d'écrire un même mot de la même façon, indépendamment des différences phonétiques locales. Cette orthographe se base sur des diasystèmes pouvant être prononcés différemment selon le lecteur, à l'instar de l'orthographe du breton dont l'exemple a inspiré le projet. Les graphies tentent de concilier les usages phonétiques actuels avec les traditions anciennes (notamment réintroduction de xh, oi) et la logique phonologique propre de la langue.

Wallonismes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Wallonisme.

La langue française possède quelques wallonismes, c'est-à-dire qu'elle a emprunté quelques termes au wallon. Ces emprunts lexicaux ont eu lieu notamment dans le vocabulaire de la mine et de la sidérurgie, du fait du caractère précurseur des régions wallonophones dans ces domaines. On peut citer les mots houille, terril, faille, fagne, grisou, faro[27], estaminet, …

Un wallonisme désigne également un trait caractéristique du wallon, que ce soit au niveau du lexique, de la prononciation des idiotismes ou de la grammaire, que l'on retrouve dans le français parlé au sein de la Wallonie dialectale.

Littérature[modifier | modifier le code]

Auteurs de langue wallonne[modifier | modifier le code]

Bande dessinée en wallon[modifier | modifier le code]

Les éditions Casterman publient l'album Les Bijoux de la Castafiore des Aventures de Tintin en différentes variantes du wallon. La lecture de ces albums permet de se rendre compte des spécificités régionales du wallon. On compte aujourd'hui trois versions différentes : L'èmerôde d'al Castafiore en liégeois ; Lès pindants dèl Castafiore en ottintois ; Les berlokes del Castafiore en aclot. Une quatrième version wallonne de l'album, cette fois en carolorégien, est parue en 2008 sous le titre Lès-ôr’rîyes dèl Castafiore.

L'album no 10 de Gaston Lagaffe est édité en rfondou walon[28].

Il existe également des bandes dessinées directement éditées en wallon, c'est le cas du Li vî bleû (Le vieux bleu) de François Walthéry dont a été tiré une pièce de théâtre.

Un éditeur liégeois, Noir Dessin Production, publie également des BD en wallon, mettant en scène le légendaire Tchantchès ou la ravissante Natacha.

Presse écrite en wallon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Presse écrite en wallon.

La presse écrite en wallon se résume à quelques revues, dont certaines d'entre elles ont une plus ou moins grande partie écrite en français. Les moyens de ces revues en wallon sont extrêmement limités et leur présentation est parfois réduite à la simple feuille, photocopiée et agrafée comme les revues Li Rantoele, Coutcouloudjoû ou l'Académîye des Foyants mais c'était également le cas des anciennes revues comme Li pompe ås Ramons. Toutefois, certaines sociétés littéraires en langue wallonne arrivent à éditer des revues de très bonne tenue grâce au soutien financier du Conseil des Langues Régionales Endogènes de la Communauté française de Belgique. C'est le cas du El Bourdon depuis 1983 ou encore de Djåzans walon, Singuliers et des Cahiers wallons.

Il existait jusqu'au premier tiers du XXe siècle des journaux à tirage hebdomadaire en wallon, le El tonnia d'Châlerwet était tiré jusqu'à 35 000 exemplaires et Li Mârmite se vendait jusqu'à Londres.

Aspect sociologique[modifier | modifier le code]

Place du Marché de Fosses-la-Ville

Le wallon a été la langue prédominante du peuple wallon jusqu'au début du XXe siècle, quoique la connaissance passive du français était courante. Depuis, le français régional s'est répandu partout, au point que 30 à 40 % seulement de la population wallonne pratiquent encore leur langue propre, les proportions variant de 70 à 80 % chez les plus de 60 ans à environ 10 % chez les moins de 30 ans. La connaissance passive est beaucoup plus courante : elle irait de 36 à 58 % dans le groupe d'âge où la connaissance active est la plus faible, c'est-à-dire chez les jeunes. Légalement, le wallon est reconnu depuis 1990 par la Communauté française de Belgique, l'autorité compétente en matière culturelle pour les francophones dans l'État fédéral belge, comme « langue régionale endogène » qu'il faut étudier et dont il faut encourager l'utilisation. Le mouvement culturel wallon repose entre autres sur l'Union culturelle wallonne (UCW), qui regroupe plus de deux cents cercles de théâtre amateur, des groupes d'écrivains, des comités de promotion du wallon à l'école. Une bonne douzaine de revues paraissent régulièrement. Il faut aussi citer la Société de langue et de littérature wallonnes (fondée en 1856 comme Société liégeoise de Littérature wallonne), qui promeut la littérature wallonne et l'étude des langues régionales romanes de Wallonie (surtout dialectologie, étymologie, etc.).

Une maison d'édition liégeoise, Noir Dessin Production, commercialise, à côté de livres d'histoire locale en français, différents objets (parapluie, tee-shirt, autocollants) portant des maximes en wallon.

La Radio-Télévision belge francophone consacre encore quelques émissions radiophoniques dialectales en décrochage, mais il est loin, le temps où on enregistrait pour la télévision des spectacles en salle et en extérieur en wallon, parfois sous-titrés en français.

Plusieurs offices religieux sont célébrés en wallon, notamment la traditionnelle Messe en wallon de l'abbé Malherbe le lundi des Fêtes de Wallonie, le premier dimanche de mai dans le hameau des Boscailles à Éghezée, à Ciney ou le 15 août en Outremeuse à Liège...

Exemples[modifier | modifier le code]

Wallon Français
Walon Wallon
Diè wåde Adieu (littéralement "Dieu [vous] garde")
Bondjoû Bonjour
A Salut (souvent suivi d'une autre expression)
Årvey Au revoir
Comint ça vos va ? Comment vas-tu?
Dji n' sai nén Je ne sais pas.
poyon poussin
betch bisou (Namur)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chantal Denis (wa), Dictionnaire français-wallon d'après Nameur èt avaur-là, Namur, 2001.
  • Jean-Marie Pierret, Jean-Jacques Gaziaux et Jean Germain, Le wallon in Lîmês I. Les langues régionales romanes en Wallonie, Éd. Traditions et parlers populaires, Bruxelles, 1992 (ISBN 9782930047027).
  • Maurice Wilmotte, Le Wallon : histoire et littérature dès origines à la fin du XVIIIe siècle, 1893.
  • Maurice Piron, Les lettres wallonnes contemporaines, Éd. Casterman, Tournai, 1944
  • Maurice Piron, Anthologie de la littérature wallonne, Éd. Mardaga, Liège, 1978.
  • Lein Geschiere, Éléments néerlandais du wallon liégeois, Noord-Hollandsche, Amsterdam, 1950
  • Hervé Hasquin, La Wallonie, son histoire, Éd. Luc Pire, Bruxelles, 1999 (ISBN 2-930240-18-0)
  • Rita Lejeune et Jacques Stiennon, La Wallonie, le Pays et les Hommes : lettres, arts, culture, 3 volumes, 1977-79.
  • Joseph Dejardin, Dictionnaire des spots ou proverbes wallons, 2 tomes, Bulletin de la Société Liégeoise de Littérature Wallonne, Éd. H. Vaillant-Carmanne, Liège, 1891.
  • Jules Feller, Notes de philologie wallonne, Liège, Impr. H. Vaillant-Carmanne,‎ 1912, 462 p. (présentation en ligne, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Université du Wisconsin : collection de documents sur l'immigration wallonne au Wisconsin, enregistrements de témoignages oraux en anglais et wallon, 1976 (en) University of Wisconsin Digital Collection : Belgian-American Research Collection
  2. « Evaluer la vitalité : variétés d'oil et autres langues », dans Jean-Michel Eloy, actes du Colloque international, « Evaluer la vitalité des variétés régionales du domaine d'oïl », Amiens, Centre d'études picardes,‎ 29-30 novembre 1996
  3. « L'acception linguistique […] respectivement belge et dialectologique » Albert Henry, Histoire des mots Wallon et Wallonie, Institut Jules Destrée, Coll. « Notre histoire », Mont-sur-Marchienne, 1990, 3e éd. (1re éd. 1965), p. 59.
  4. UCL /FLTR - Programme d'études : ROM2471
  5. Fiche bibliographique sur le site ARLIMA/ Les Archives de littérature du Moyen Âge
  6. Jean de Haynin,seigneur de Louvegnies, Les mémoires de messire Jean, seigneur de Haynin et de Louvegnies... 1465-1477.... Tome 1 / Édité par R. Chalon/ -E. Hoyois (Mons)- 1842 sur Gallica
  7. Jean de Haynin, seigneur de Louvegnies, Les mémoires de messire Jean, seigneur de Haynin et de Louvegnies... 1465-1477.... Tome 2 / Édité par R. Chalon/ -E. Hoyois (Mons)-1842
  8. Louis Remacle, Problème de l'ancien wallon, Les Belles Lettres, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège, Fascicule CIX, Paris, 1948, p. 93.
  9. (en) Antony R. Lodge, French : from Dialect to Standard, Routledge, London, 1993.
  10. Yves Quairiaux, L'image du Flamand en Wallonie, Éd. Labor, Bruxelles, 2006.
  11. (de) « Der Lütticher Dialekt steht freilich dem Picardischen weit fremder gegenüber als die Dialekte der Provinzen Namür und Hennegau. Wenn auch der jetzige Dialekt der französ. Grentzgebiete (...) eine Art Mittelglied oder Uebergang zwischen wallonisch und picardisch dartsellt und sogar die südlichen Nuancen des Wallonischen sich dem Rouchi nähern, so zeigt doch der Lautbestand, zumal der Consonantismus, des Picardischen und des Wallonischen durchgreiffende Unterschiede. » W. Altenburg, Versuch einer Darstellung der wallonischen Mundart nach ihren wichtigsten Lauterverhälnissen, I, Eupen, Theil, 1880
  12. Albert Henry, op. cit., p57.
  13. Commission « Langue » de l'Union culturelle wallonne, Quelle planification linguistique pour le wallon ?, Actes du colloque international de Charleroi, 23 mars 1996 [lire en ligne]
  14. « On préfère l'appellation de zone wallo-picarde à celle d'ouest-wallon […] autrefois considérée comme principalement wallonne, selon la carte traditionnelle d'A. Maréchal, mais que les travaux de Louis Remacle ont fait plus ou moins basculer du côté picard. » Daniel Droixhe, Lexique des littératures dialectales du Hainaut, Université Libre de Bruxelles, le 20 septembre 2000 (consultée le 19 octobre 2007) [1]
  15. Walloon-American History - Walloon Heritage Institute
  16. E. Colet, Le parler wallon du Wisconsin: aspect phonétiques, lexicaux, morphologiques et syntaxiques, Doctorat, Université catholique de Louvain, 1970. Faculté de philosophie et lettres
  17. Patricia Mougel, Univ. Minnesota, pdf
  18. J. Ducas, From Grez-Doiceau to Wisconsim, p. 7-8.
  19. Sophie Devillers dans La Libre Belgique 2006, 29 août 2006.
  20. University of Wisconsin Digital Collections, The Belgian-American Research Collection
  21. John Powell, Encyclopedia of North American immigration, New York : Facts On File, 2005, p. 29
  22. Compte rendu de Françoise Lempereur, Xavier Istasse, Les Wallons du Wisconsin (The Walloons in Wisconsin) -livre et DVD sur le site de l'Université de Liège
  23. Toute la semaine, nous vous emmenons à la rencontre des Wallons du Wisconsin, de Namur à Walhain, du Vî Tchinisse à la Belgian Pie. È voye ! sur le site de l'avenir.net
  24. "Les Wallons du Wisconsin : une vidéo étonnante !" sur le site de la RTBF, 16 janvier 2014.
  25. (fr) Grammaire wallonne en ligne - Li waibe del croejhete walone
  26. http://monsu.desiderio.free.fr/jardin/patate.html
  27. (de) Walther von Wartburg, Französisches Etymologisches Wörterbuch. Eine Darstellung des galloromanischen Sprachschatzes, t. 15, 2, p. 113
  28. Gaston Lagaffe parle le rfondou walon, La Dernière Heure, le 11 septembre 2007 [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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