Alsacien

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Alsacien
Elsässisch
Pays Drapeau de la France France
Région Drapeau de l'Alsace Alsace
Nombre de locuteurs environ 700.000 Transmission inter-générationnelle très minoritaire depuis les années 1980[1].
Typologie SVO
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Statut de langue régionale de France [2]

L'alsacien (Elsässisch) est par convention[précision nécessaire], la dénomination donnée aux parlers alémaniques et franciques traditionnels d'Alsace[réf. nécessaire].

L'alsacien est la deuxième langue autochtone parlée en France (en nombre de locuteurs) après le français si on considère l'occitan comme un ensemble de parlers non-homogènes, et la troisième, si on prend en compte l'hypothèse contraire. Les transcriptions phonologiques des œuvres littéraires (poésie, théâtre), basées sur le Schriftbild (les conventions orthographiques) du Hochdeutsch, rendent compte de la richesse des variantes dialectales. En « krummes Elsass », Alsace Bossue sont des parlers franciques rhénans appartenant au moyen-allemand, relativement proches des formes parlées en Lorraine et au Palatinat. Dans la région au nord de l'isoglosse û / au frontalier (Wissembourg - Lauterbourg),on parle un continuum francique méridional proche du Palatin, mais rattaché comme les dialectes alémaniques à l'allemand supérieur. Par ailleurs, des espaces de langue romane, patois dit welches et franc-comtois, se retrouvent sur les zones vosgienne et méridionale de l'Alsace. Le Territoire de Belfort « Romandie alsacienne » est un district alsacien séparé après 1871, et rattaché à la Franche-Comté, qui n'a pas retrouvé sa place traditionnelle en marge de la province.

Différents codes orthographiques sont en usage, chaque écrivain adoptant une orthographe plus ou moins personnelle. L’orthographe utilisée cherche plus à rendre compte précisément des coloris locaux de la langue parlée que d'assurer la compréhension pratique, la langue écrite (allemande ou française) suffisant à cette fonction. La prononciation en particulier varie d’une microrégion linguistique à l’autre, voire d’un village à l’autre. Ainsi, les différences phonologiques et, dans une moindre mesure, morphologiques, entre les parlers du nord au sud de l'Alsace sont importantes. On constate cependant une grande unité dans la syntaxe commune de l'alsacien et la compréhension entre Alsaciens est assurée. L'ensemble des dialectes parlés en Alsace sont relativement proches linguistiquement.

Définition[modifier | modifier le code]

Aire de diffusion des dialectes alémaniques au XIXe et XXe siècles. On notera que l'Alsace bossue et la zone septentrionale autour de Wissembourg ne sont pas comprises.
Cartographie linguistique de l'Alsace en 1910

S'étendant en Alsace, l'alsacien constitue un ensemble de dialectes, essentiellement issus de langues germaniques. Parmi celles-ci, ce sont certaines variantes des langues alémaniques et franciques qui y sont pratiquées. La langue alsacienne n'est pas unifiée et le dialecte pratiqué peut varier d'une commune à l'autre, mais on peut les regrouper en plusieurs familles[3] :

Caractéristiques linguistiques[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreux traits qui séparent l'alsacien de l'allemand standard, l'allemand littéraire « Schriftdeutsch » ou « Hochdeutsch », on peut citer entre autres l'absence de la diphtongaison, dite bavaroise : « Wyn ou Wyh » pour « Wein », « Hüs » pour « Haus » ; la palatalisation du « u » long et le maintien d'anciennes diphtongues : « güet » pour « gut » (anciennement «guot»); un certain relâchement articulatoire : « sewa » pour « sieben »; le passage de [rs] intervocalique à [rsch] (le nom du village Schnersheim se prononce sur place Schnarsche) etc.

Dialecte de type germanique, sa tendance est d'accentuer les premières syllabes d'un mot.

L'alsacien est également un dialecte flexionnel, qui comprend trois cas de déclinaison : le nominatif (Sujet), l'accusatif (COD), le datif (COI) ; contrairement à l'allemand, l'alsacien n'a pas de génitif, il le remplace par une construction employant le datif. On ne compte plus que trois temps, dont deux sont des temps composés: le présent, le prétérit (passé composé; le passé simple a disparu, comme dans l'ensemble des dialectes alémaniques) et le futur (qui est formé, tout comme en allemand et tous les dialectes germaniques, à l'aide d'un auxiliaire) ; et peu de modes : indicatif et subjonctif (qui sert également à former le conditionnel), ainsi que deux voix : active et passive. Il est à remarquer que l'alsacien, comme tous les autres dialectes alémaniques, bon nombre d'autres dialectes et langues, peut utiliser un présent progressif[4] en plus du présent conventionnel.

L'appartenance de l'Alsace à la France dès le XVIIe siècle (règnes de Louis XIII et Louis XIV) s'est répercutée sur le plan lexical. Le fait d'être coupé politiquement de la sphère de l'allemand standard a permis la préservation d'un grand nombre d'archaïsmes, inintelligibles de nos jours même au pays de Bade ; d'autre part, le dialecte n'a cessé d'emprunter au français. L'alsacien a aussi été largement enrichi par le parler yiddish, apporté par les populations juives originaires de Pologne et de l'Est de l'Europe. Ces tendances séparent très fortement l'alsacien des parlers alémaniques d'Allemagne et de Suisse.

Prononciation de l'alsacien[modifier | modifier le code]

Voyelles[modifier | modifier le code]

Voyelle Voyelle française prononciation française exemple exemple [prononciation]
a o [ɔ] ou [å] mort, sort, or, gore der Mann (l'homme) [d'r monn]
å oo (variante longue) [ɔ:] idem, plus long s' Råd (la roue) [s' rod]
à a [a] salle, barde, salade d'Mànner (les hommes) [d'mann'r]
e a idem en début et fin de mot dans le Haut-Rhin idem Mànele (petits hommes) [manala]
e a idem après une voyelle idem miet (fatigué) [miia't], lüege (regarder) [luuaga]
e é [ɛ] ailleurs pré, été lege (poser) [lééga]
i é entre [ɛ] et [i] (aucun) der Himmel (le ciel) [d'r hémm'l]
i i [i] lorsque la voyelle est longue île, mille der Rhi (le Rhin) [d'r Rii], der Wi (le vin) [d'r vii]
o o, ô [o] sot, seau, beau der Morge (le matin) [d'r môrga], solle (devoir, avoir l'obligation de) [sôla]
u ou [u] nous, vous, sous d'Wulke (les nuages) [t'voulka]
ü u [y] sûr, dur, mur Nüdle (nouilles) [nuudla]
ie iia [i:a] aucun Biewele (petit garçon) [biiavala]
üe uua [y:a] aucun der Büe (le garçon) [d'r buua]
ei, ài [ai] ail, aïe Meidele (jeune fille) [maïdala]

Consonnes[modifier | modifier le code]

Consonne Consonne française prononciation française exemple exemple [prononciation]
b b, p entre [b] et [p] aucun bliwe (rester) [bliiva]
p p, b assez rare, rencontré dans les mots d'origine latine passage, pierre prowiere (essayer) [proviiara] (un vrai « p »), passe (aller bien, passer, seoir) [possa / bossa] (entre b et p)
d d, t entre [d] et [t] aucun trinke (boire) [trénka / drénka]
t d, t entre [d] et [t] idem iwertriwe (exagéger) [év'r-triiva]
v f [f] fièvre, filet vergeifre (baver, salir en bavant) [f'r-gaïfra]
f f [f] idem Flàcke (taches) [flaka], fliege (voler dans les airs) [fliiaga]
g gu, g, k entre [g] et [k] toujours comme dans gare geifre (baver) [gaïfra/kaïfra]
h h [h] h aspiré, prononcé en expulsant l'air des poumons der Himmel (le ciel) [d'r hémm'l]
j y [j] yeux, yodler jede (chaque) [yééda]
k k, g entre [k] et [g] aucun kuma (venir) [kouma/gouma]
r r [r] roulé ou non, selon les régions rouille, rouler ràgne (pleuvoir) [rag'na]
s s, ch [s] le plus souvent; [ʃ] devant t, d, p et parfois r savon, si (jamais comme un z) ou chat, chien springe (sauter) [chpré-nga], steh (être debout) [chtéé], sewe (sept) [sééva]
w v [v] wagon, voiture, victoire Wage (voiture) [vooga], Wulke (nuage) [voulka]
x kss [ks] exciter, exfolier Wax (aussi écrit Wachs) (cire) [voks]
z ts [ts] tsé-tsé Zahn (dent) [tsoo'n], Zorn (colère) [tsôrn]
sch ch [ʃ] chat, chien schriwe (écrire) [chriiva]
ch rr [x] comme un r grasseyé semblable au r dans cri, croire noch (encore) [nôrr], Büech (livre) [buuarr]
ch ch [ç] comme le ch du mot chat prononcé avec la langue collée au palais ; particularité retrouvée dans le Bas-Rhin et en allemand Schlüch (tuyau) [chluurr] dans le Haut-Rhin et [chluuch] dans le Bas-Rhin
ch k [k] se prononce [k] lorsqu'il se trouve devant un s Wachs (cire) [vɔks], wachse (grandir, croître, pousser) [vɔksa]
ng ng [ng] se prononce ng comme dans parking. Attention ; le -g final ne s'entend pas, le n est simplement prononcé avec le nez et le fond de la gorge Iewung (iia'vou-ng) (exercice, expérience)

En ce qui concerne les couples b / p, d / t et g / k —qui, normalement, ne présentent aucune différence de sonorité— il est en usage de privilégier l'orthographe des mots retrouvés en allemand standard. Par exemple, le mot Biewele (petit garçon) [biiavala] pourrait très bien être écrit Piewele. Toutefois, la racine germanique du mot, Bub, est orthographiée avec un B, ce qui a orienté notre choix.

De même pour les voyelles. Il existe deux a en alsacien. Celui que l'on dit naturel (noté a) et qui se prononce [ɔ] ou [å], et l'autre (noté à), qui se prononce comme le a français de avion. Pourquoi noter a une lettre qui ne se prononce pas du tout comme tel ? Pour la raison que les voyelles des mots apparentés en allemand se prononcent [a]. Par exemple, le mot roue se traduit en allemand par Rad [raad]. En alsacien, il se prononce différemment : [rood]. C'est encore une fois l'orthographe allemande qui prédomine. Le même phénomène est observé pour le e, qui se prononce a presque partout dans le Haut-Rhin, à des positions où, normalement, en allemand, ils sont muets, légèrement prononcés, ou entièrement prononcés é ou eu.

Il faut également noter qu'il existe une disparité dans l'utilisation des articles définis (en français, le, la, les)  : dans le Bas-Rhin, le masculin singulier le se dit plutôt de, alors que le Haut-Rhin préférera der. L'article défini féminin singulier demeure d' dans toutes les régions ou presque, alors que l'article défini neutre singulier peut se présenter sous la forme das ou plus généralement s. La subtilité la plus flagrante (voir le début de cette partie) est que, normalement, on admet que l'accusatif (le cas du complément d'objet direct) n'est plus usité en alsacien moderne. C'est vrai dans la majorité de la région, puisque l'accusatif de der / de est der / de, celui de d' est d', et celui de s est s. Par contre, il existe de petites bourgades jouxtant les Vosges, dans lesquelles l'accusatif de der devient de pour le masculin, mais rien ne change au féminin ni au neutre. Ce sont des disparités linguistiques pouvant dérouter le néophyte qui désirerait apprendre cette variante des langues germaniques.

Il faut également signaler, dans le Haut-Rhin, à hauteur de Colmar, d'un auxiliaire particulier servant à former le conditionnel. Là où le reste de l'Alsace utilise l'auxiliaire düe / tüe (faire) (qui sert aussi à former le présent progressif), les Colmariens font volontiers usage de gàtt.

Éléments grammaticaux simples[modifier | modifier le code]

1. Les verbes[modifier | modifier le code]

La syntaxe de l'alsacien est relativement proche de celle de l'allemand, et des langues saxonnes en général [5]. Le verbe se place ainsi toujours en seconde position dans une proposition simple.

Point plus important, les verbes alsaciens, tout comme les verbes allemands, possèdent souvent des « préverbes »[6]. À l'infinitif, ils se placent devant le verbe, tandis que fléchis (conjugués), ils s'en séparent, et migrent à la fin de la proposition, en accord avec la logique rétrograde de la langue[3][5]. Ces particules peuvent parfois modifier considérablement le sens du verbe. Par exemple, les verbes schwimme (nager), ufeschwimme (nager vers le haut), geh (aller), awegeh (aller vers le bas), stelle (poser), umstelle (déplacer).

En plus des verbes, et afin de les conjuguer à différents temps et modes, l'Alsacien dispose de 4 auxiliaires[5] :

- se ou senn (être), pour conjuguer au passé (verbes d'état, verbes de mouvement)

- ha (avoir), pour conjuguer au passé (tous les autres verbes)

- düe (faire), pour conjuguer au présent progressif (düe au présent et verbe à l'infinitif) ou pour former le conditionnel (düe au conditionnel et verbe à l'infinitif)

- wàre (devenir, équivalent de l'anglais will), pour conjuguer au futur (wàre au présent et verbe à l'infinitif), ou pour former le passif (wàre conjugué et verbe au participe passé).

Auxiliaire Prononciation Traduction Utilisé pour
se / senn [séé] [séénn] être Formation du passé. Construction : sujet + se (conjugué) + participé passé du verbe
ha [hoo] avoir Formation du passé. Construction : sujet + ha (conjugué) + participe passé du verbe
düe (1) [duua] faire Formation du présent progressif. Construction : sujet + düe (conjugué) + infinitif du verbe
düe (2) [duua] faire Formation du conditionnel. Construction : sujet + dàt (düe au conditionnel) + infinitif verbe
wàre (1) [vaara] devenir Formation du futur. Construction: sujet + wàre (conjugué) + infinitif verbe
wàre (2) [vaara] devenir Formation du passif. Construction : sujet + wàre (conjugué) + participe passé du verbe

Voici la conjugaison des auxiliaires au présent[3][5][7] :

Personne se ha düe wàre
je ich bin ha(n) düe wer(d) / wur
ju besch hasch düesch wersch
il / elle / cela er / se / es esch hat düet werd
nous mer senn hàn dien wàre
vous ehr senn hàn dien wàre
ils / elles se senn hàn dien wàre
2. Les temps en alsacien[modifier | modifier le code]

Les verbes peuvent se conjuguer à différents temps et modes[3][5]. En alsacien, il existe trois temps de l'indicatif :

- le présent (auquel on peut ajouter un présent « progressif » ou « emphatique »). Il se conjugue en utilisant le radical du verbe, sans terminaison, auquel on ajoute des désinences (-, -sch, -t, -e).

- le passé, qui est un temps composé, qui utilise un auxiliaire (être, "se" ou avoir, "ha"),

- le futur, également un temps composé, qui utilise un auxiliaire (devenir, "wàre" ou "wëre")

On peut également rajouter plusieurs modes: le conditionnel (deux formes composées) et le subjonctif (deux formes composées).

3. Morphologie du verbe[modifier | modifier le code]

Le verbe simple est constitué d'un radical et d'une terminaison[5].

Par exemple, le verbe stelle (prononcé « chdella ») est constitué du radical « stell » et de la terminaison de l'infinitif -e (qui se prononce « a » dans le Haut-Rhin et « oe » dans le reste de l'Alsace).

Il existe aussi des verbes à préfixe, qu'on appelle des verbes à « particule »[6]. Les verbes à préfixes fonctionnent de la même manière. Il existe cependant

- des préfixes rattachés au radical et

- des préfixes mobiles (qui se déplacent pendant la conjugaison).

Par exemple, le verbe stelle peut posséder un préfixe non-mobile comme dans bestelle (commander) ou mobile, comme dans umstella (changer de place). La présence d'un préfixe peut changer le sens du verbe.

Il existe tout une série de préfixes non-mobiles[6] : be-, ver-, zer-, ent-, er-, miss-, qui changent la signification d'un radical.

Il existe aussi des particules mobiles[6], beaucoup plus nombreuses : a(n), ane (hinan ou heran selon les localités), ab, awe (encore hinab et herab), bi, uff, ufe (aussi hinuff ou heruff selon les localités), bei, dar, fere, her, hin, i(n), ine, mit, no (ou nach), owe, um, ume (herum et hinum), vor, weg / wàg (ainsi que son dérivé ewàg ou awäj selon les régions), zu, züe. Ces particules se trouvent devant le verbe lorsqu'il est à l'infinitif (comme dans umstella (prononcé [oum-chdella]), qui signifie « déplacer »), mais se déplacent à la fin de la proposition lorsqu'ils sont conjugués (comme en allemand, d'où leur nom de particules mobiles).

Exemples de modification de sens avec différentes particules : exemple du verbe stelle (poser, mettre, disposer)

Verbe Particule Traduction
stelle - poser verticalement, mettre, disposer (sur la table), faire (un diagnostique)
bestelle be- (inséparable) commander (un plat, un colis), réserver (une place)
anstelle an- (séparable) allumer (appareil, dispositif), ouvrir (robinet), poser, placer (spécifiquement), engager (embaucher)
abstelle ab- (séparable) poser (vers le bas), éteindre (appareil), couper (courant, eau), éloigner (un objet)
instelle in- (séparable) installer, mettre, poser (à l'intérieur), régler (un appareil), embaucher, engager, cesser (un paiement)
üsstelle üs- (séparable) exposer, mettre dehors, placer, poster, éteindre (un appareil)
ufstelle uf- (séparable) mettre en place, poser, installer (sur), monter, relever, mettre debout (poser verticalement vers le haut)
vorstelle vor- (séparable) présenter, représenter, signifier

4. La phrase simple[modifier | modifier le code]

En temps normal, une phrase simple se construit selon le modèle suivant : sujet + verbe + complément / nom / adjectif[3][5].

Quoi qu'il advienne, le verbe doit toujours se trouver en seconde position dans la phrase. De ce fait, si la proposition commence par un complément, le sujet sera déplacé après le verbe, de manière à respecter cet axiome[3][5].

Exemples[8]:

aller : géh [géé] ; monter : ufe-géh [oufa géé] ; poser (verticalement) : stelle [chdella] ; déplacer : um-stelle [oum chdella] ; diminuer, perdre du poids : ab-neme [opp nemme].

  • Phrase : Il déplace le verre sur la table.
  • Traduction : Er stellt s'Glas uf'm Tisch um.
  • Phrase : Maintenant, il déplace le verre sur la table.
  • Traduction: Jetz stellt er s'Glas uf'm Tisch um [yets chdellt'r s'Glooss ouf'em téch oum]

Dans le second exemple, la présence d'un élément temporel en début de phrase (Jetz) oblige à déplacer le sujet (ici « er ») après le verbe, de manière à ce que ce dernier demeure en deuxième position. Chose importante : lorsque le verbe est composé (affublé d'un préverbe), c'est le radical (ici, stelle, sous forme conjuguée) qui se place en seconde position, la particule (ici, um) migrant à la fin.

5. Conjugaison des verbes au présent[modifier | modifier le code]

L'Alsacien comporte deux présents[5] : le présent simple (celui qu'on trouve en français) et le présent progressif (être en train de faire quelque chose), qui perd progressivement son sens. Le mode de conjugaison n'est pas compliqué : le verbe à l'infinitif est composé d'un radical sur lequel est greffée une terminaison de l'infinitif -e. Exemples : stelle [chdella] poser, mache [moora] faire, lése [lééssa] lire. La conjugaison se sert uniquement du radical.

Les pronoms personnels sujets sont les suivants[5] :

Personne Forme tonique Forme atone Forme enclitique Terminaison au présent
je ich [err] i -i -
tu dü [tuu] de [da] -de -sch
il / elle / cela er/sie/es 'r / se / 's -r, -se, -s' -t
nous mer [méér] mr -mr -e
vous ehr [éér] re [ra] -re -e
iIs / elles sie [ssii] se [sa] -se -e

Les pronoms peuvent avoir une forme tonique, atone ou enclitique (ajoutée à la fin d'un nom ou d'un verbe). Le tableau résume également les terminaisons verbales utilisées au présent avec chacune des personnes. La forme de politesse (vous) ne figure pas dans le tableau. En Alsacien, il s'agit de "Se", et elle est utilisée au pluriel. "Se mache" signifie donc aussi bien "Vous faîtes" que "Ils/Elles font". La seule différence vient de la majuscule appliquée à "Se".

NOTE : Le pronom dü/de n'est pas obligatoire et peut être négligé. En effet, la terminaison -sch suffit amplement à signaler que le locuteur est «  ». La forme deest ce qu'on appelle la forme atone de . Chaque pronom personnel possède une telle forme atone (le plus souvent utilisées avec l'usage), mais elles ne sont pas toutes indiquées.

Le tableau suivant donne tous les pronoms personnels utilisés couramment en Alsacien (formes toniques) et dix exemples de verbes avec leurs traductions. Exemples de quelques verbes réguliers au présent ou légèrement irréguliers (*) avec changement de longueur de la voyelle (longue dans le radical, rede ou courte dans la conjuguaison au singulier redd, reddsch, redd) ou carrément de flexion (la diphtongue ie devient üe au singulier et ie au pluriel) :

Verbe

stelle umstelle lüege

züelüege

mache

anmache

ufmache bestelle rede* anriefe*
Traduction poser déplacer regarder observer faire allumer ouvrir commander parler appeler (au tel)
je ich stell stell um lüeg lüeg züe mach mach an mach uf bestell redd rüef an
tu stellsch stellsch um lüegsch lüegsch züe machsch machsch an machsch uf bestellsch reddsch rüefsch an
il / elle / cela er / se / es stellt stellt um lüegt lüegt züe macht macht an macht uf bestellt redd rüeft an
nous mer stelle stelle um lüege lüege züe mache mache an mache uf bestelle rede riefe an
vous ehr stelle stelle um lüege lüege züe mache mache an mache uf bestelle rede riefe an
ils / elles se stelle stelle um lüege lüege züe mache mache an mache uf bestelle rede riefe an

Voici encore quelques exemples de verbes au présent, très courants, mais dont la conjugaison est irrégulière :

verbe personne steh geh versteh
traduction être debout aller donner comprendre
je ech / ich stand gang geb verstand
tu stehsch gehsch gesch verstehsch
il / elle er / se / es steht geht get versteht
nous mer stehn gehn gàn verstehn
vous ehr stehn gehn gàn verstehn
ils / elles se stehn gehn gàn verstehn
Particularité -and à la 1ère pers.

-n au pluriel

-ang à la 1ère pers.

-n au pluriel

b à la 1ère pers

n au pluriel

-and à la 1ère pers.

-n au pluriel

De manière générale, tous les verbes terminant en -we [-va] sont irréguliers, et sont caractérisés par une alternance b (singulier)/ w (pluriel, infinitif), comme par exemple : bliwe (rester), hewe (soulever), làwe (vivre), glaiwe (penser), liewe (aimer). D'autres peuvent avoir d'autres flexions consonantiques, comme le verbe sage (dire), chez qui on assiste à une alternance g/j, elle aussi assez courante en Alsacien. Les plus courantes concernent les alternance vocaliques (voyelles, diphtongues) entre üe et ie. Voici leur conjugaison au présent simple:

Verbe bliwe hewe làwe glaiwe liewe schiewe schriwe sage rüefe müesse/miesse
Traduction rester soulever vivre croire aimer pousser écrire dire appeler devoir
ich blib heb b glaib lieb schieb schrib sag rüef müess
blibsch hebsch bsch glaibsch liebsch schiebsch schribsch sàjsch rüefsch müesch
er / se / es blibt hebt bt glaibt liebt schiebt schribt sàjt rüeft müess
mer bliwe hewe we glaiwe liewe schiewe schriwe sage riefe miesse
ehr bliwe hewe we glaiwe liewe schiewe schriwe sage riefe miesse
se bliwe hewe we glaiwe liewe schiewe schriwe sage riefe miesse
Le présent progressif[modifier | modifier le code]

Le présent progressif se forme à l'aide d'un auxiliaire : düe (faire)

Cette forme peut également servir au débutant à former le présent simple —forme par ailleurs assez enfantine, mais tout à fait pardonnable. Elle ne nécessite que de connaître la conjugaison de düe uniquement.

Personne düe (auxiliaire) "faire" Prononciation
je ich düe [duua]
tu düesch [duaash]
il / elle / cela er / se / es düet [duuat]
nous mer dien [diiann]
vous ehr dien [diiann]
ils / elles se dien [diiann]

Pour former le présent progressif, il suffit d'ajouter derrière la forme conjuguée de düe, l'infinitif du verbe désiré. Par exemple, avec le verbe "stelle".

Personne düe (auxiliaire) "faire" + infinitif Traduction
1ere ich düe stelle Je suis en train de poser / Je pose
2e düesch stelle Tu es en train de poser / Tu poses
3e er/se/es düet stelle Il/Elle/On est en train de poser / Il/Elle pose
1ere mer dien stelle Nous sommes en train de poser / Nous posons
2e ehr dien stelle Vous êtes en train de poser / Vous posez
3e se dien stelle Ils/elles sont en train de poser/ Ils/elles posent

Exemple avec le verbe (à particule) ufmache (ouvrir).

Personne düe (auxiliaire) "faire" + infinitif Traduction
1ere ich düe ufmache Je suis en train d'ouvrir / J'ouvre
2e düesch ufmache Tu es en train d'ouvrir / Tu ouvres
3e er/se/es düet ufmache Il/elle/cela est en train d'ouvrir
1ere mer dien ufmache Nous sommes en train d'ouvrir / Nous ouvrons
2e ehr dien ufmache Vous êtes en train d'ouvrir / vous ouvrez
3e se dien ufmache Ils/Elles sont en train d'ouvrir / Ils/elles ouvrent

Remarque : ici s'applique bien évidemment la règle de la deuxième position du verbe : düe se place en seconde position et le verbe à l'infinitif se déplace à la fin de la proposition.

  • Cet homme est en train d'observer
  • Dà Mann düet züelüege [da monn duuat tsuua luaka]
  • (züe|lüege : observer)

Il est tout à fait possible de former le présent progressif à l'aide d'une périphrase, telle qu'on peut l'entendre dans certaines régions françaises, et qui se rapproche davantage de ce qu'on retrouverait en Allemand standart. La construction utilise le présent du verbe être (), et l'infinitif substantivé du verbe après la préposition an (à, sur). Le verbe « manger » se dit àsse (prononcé [assa]), et son infinitif substantivé est s'Asse (s' étant l'article neutre, et Asse, la forme substantivée, écrite avec une majuscule). La préposition « an » étant suivie du datif (une déclinaison : le sdevient em), on doit dire « an 'em Asse », qui se contracte toujours en « am Asse ».

Je suis en train de manger : « iIch bin am Asse » (err bén om assa), littéralement « Je suis à manger ». On n'a besoin, ici que de connaître la conjugaison de « sé » (être), et d'y ajouter « am + infinitif ».

6. Conjuguer au passé[modifier | modifier le code]

En alsacien, il n'existe plus de forme simple du passé. On utilise donc une forme composée, qui utilise un auxiliaire conjugué et le participe passé du verbe[5]. En français, le participe passé d'un verbe est surtout une affaire de terminaison (aller, allé ; manger, mangé ; voir, vu ; suspendre, suspendu; etc...), mais ce n'est pas seulement le cas en alsacien.

Construction du passé : sujet + auxiliaire (se ou ha) conjugué + participe passé

Le participe passé d'un verbe alsacien est construit différemment du français. Il nécessite l'utilisation d'un augment (un préfixe) sous la forme d'un g(e)-, d'un radical, et d'une terminaison (-t ou -e). Le participe passé peut être régulier (g(e)- + radical + -t), ou irrégulier (g(e)- + radical modifié + -e ou -t). Les participes passés irréguliers concernent les verbes dits forts, les autres, réguliers, étant des verbes faibles.

Voici une liste (non exhaustive) de verbes et de leurs participes passés (réguliers* ou irréguliers**):

Quelques verbes réguliers (faibles) :

Verbe Traduction Participe passé Traduction
stelle poser gstellt posé augment g(e)-
anstelle engager angstellt engagé augment g(e)- entre la particule séparable an et le radical
instelle installer ingstellt installé augment g(e)- entre la particule séparable in et le radical
ufstelle mettre en place ufgstellt mis en place augment g(e)- entre la particule séparable uf et le radical
bestelle commander bestellt commandé pas d'augment g(e)- avec une particule inséparable
liewe aimer gliebt aimé augment g(e)-
lüege regarder glüegt regardé augment g(e)-
mache faire gmacht fait augment g(e)-
bliwe rester (ge)blibt resté augment possible (sous forme de ge-) ou absent si verbe commence par b-, p-, t- ou d-
dànke penser (ge)dànkt pensé augment possible ou absent si verbe commence par d-, t-, p- ou b-

Quelques verbes irréguliers (forts)

(à venir)

Conjugaison au passé

Verbe Présent Passé
stelle ich stell

dü stellsch

er / se / es stellt

mer stelle

ehr stelle

se stelle

ich han gstellt

dü hasch gstellt

er/se/es hat gstellt

mer hàn gstellt

ehr hàn gstellt

se hàn gstellt

mache ich mach

dü machsch

er / se / es macht

mer mache

ehr mache

se mache

ich han gmacht

dü hasch gmacht

er/se/es hat gmacht

mer hàn gmacht

ehr hàn gmacht

se hàn gmacht

liewe ich lieb

dü liebsch

er / se / es liebt

mer liewe

ehr liewe

se liewe

ich han gliebt

dü hasch gliebt

er/se/es hat gliebt

mer hàn gliebt

ehr hàn gliebt

se hàn gliebt

La particularité du « fralsacien »[modifier | modifier le code]

Toutes ces particularités de prononciation du dialecte alsacien ont conduit ses locuteurs à rencontrer un certain nombre de difficultés lors de l'utilisation du français. Tout d'abord, notons qu'avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, la plupart des Alsaciens vivaient de manière très rurale et, même pour les citadins, il était d'usage de parler uniquement alsacien à la maison. L'alsacien moyen parlait donc relativement mal le français, qu'il devait apprendre à l'école.

Un certain nombre de phonèmes ou de consonnes n'existent pas en alsacien et sont retrouvées dans la langue de Molière, ce qui explique que les j ou les v soient écorchés en ch et f (pourtant existant). De plus, comme nous l'avons expliqué, il n'y a pas de différence entre b et p, d et t, ainsi qu'entre g et k (bopele, bébé ; dottel, idiot ; grièk, guerre) (pour être plus précis, il y a clairement une différence pour un Alsacien, mais elle est inintelligible pour un non-Alsacien), ce qui ne facilite pas la différenciation des sons par un Alsacien. Ce phénomène n'est plus aujourd'hui rencontré que chez les personnes âgées ou ceux parlant couramment le dialecte, mais plus chez les jeunes. La seule réminiscence de l'alsacien chez les jeunes ne le parlant pas est leur accent traînant, qui résulte de l'allongement de certaines syllabes.

De telles particularités, ainsi que l'apparente dureté des phonèmes ont conduit de nombreux francophones à se moquer des Alsaciens, sentiment exacerbé durant la guerre par la ressemblance auditive entre le parler alsacien et le parler allemand. L'association d'idées a très vite été réalisée, et l'accent alsacien associé au nazisme par les uns, au yiddish par les autres… Beaucoup de réfugiés ont souffert de cet amalgame durant la guerre et après la libération.

Dès 1674, les Français estimaient que les rares Alsaciens à connaître leur langue la prononçaient mal (i.e. avec un accent germanique). Encore au XIXe siècle, le ministre Georges Humann provoquait les railleries des journaux anti-dynastiques de Paris[9]. »

Cette prononciation particulière, ainsi que l'existence d'expressions particulières - nées de la traduction littérale de certaines expressions alsaciennes - ont donné naissance à ce qu'on appelle aujourd'hui le fralsacien, un français coloré d'expression et de tonalités alsaciennes. En 1950, on estime à 80% le nombre des Alsaciens capables de parler et de comprendre leur dialecte ; aujourd'hui, cette proportion se situe aux alentours de 45%. La politique française d'après guerre pour la disparition progressive de l'alsacien y est pour beaucoup, puisqu'une répression existait, notamment dans les écoles, pour sanctionner les locuteurs. « C'est chic de parler français » était lisible sur les bus alsaciens juste au sortir de la guerre. C'est ce slogan qui a survécu jusqu'à nos jours et qui a popularisé la croyance selon laquelle l'alsacien est la langue des paysans et des non-instruits… Phénomène qui existe également pour bien d'autres parlers régionaux.

De tout cela, un Alsacien sage dirait : « Wenn jeder vor sinre Tire tàt wische, wàr s'ganze Dorf süffer » (si chacun balayait devant sa porte, le village tout entier serait propre) [vènn yéd'r fôr sinra tééra tatt vécha, var s'gonntsa dôrf suf'r]

Usage[modifier | modifier le code]

Un panneau d'entrée à Mulhouse, en français et en alsacien.
Certaines municipalités encouragent la pratique de l'alsacien en mettant en place une signalisation bilingue.
Inscription sur une fenêtre à Eguisheim :
Dis Hausz sted in Godes Hand - God be war es vor Feyr u(nd Brand)
(« Cette maison se trouve dans les mains de Dieu - Puisse Dieu la protéger du feu et des incendies »)

Aujourd'hui, on observe une diminution de l'usage de l'alsacien. C'est dans les centres urbains, que le recul est le plus notable. La Révolution française, période durant laquelle les États allemands étaient dans le camp ennemi, a marqué une véritable rupture dans le rapport à la langue alsacienne. Durant l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne nazie de 1940 à 1945, l'usage de l'alsacien est interdit par l'occupant et très durement réprimé. Au sortir des Première et Seconde Guerre mondiales les autorités françaises œuvrent pour que l'usage du dialecte disparaisse au profit du français. Ce type de phénomène n'était pas isolé et a été observé pour d'autre dialectes ailleurs en France et en Europe. Durant cette dernière période, il était entre autres dit qu'« il est chic de parler français ». Si le déclin continue, on peut cependant constater que l'alsacien a tendance à mieux résister que d'autres langues régionales, plus isolées, comme le breton. De fait, c'est la langue régionale française qui a le plus résisté  : en 1991, environ 400 000 alsaciens l'avaient léguée à leurs enfants.

Le recul brutal de l'alsacien a commencé au cours des années 1970. Les sexagénaires, et même parfois les quinquagénaires, se rappellent que dans la rue, c'est en dialecte que dans les années 1960, les enfants proposaient des billets de tombola. L'irruption de la télévision dans la vie familiale est pour beaucoup dans ce recul  : il n'existe pas de chaîne en dialecte, à part quelques émissions sur France 3 Alsace.

La proportion de dialectophones croît régulièrement avec l’âge. Ainsi, d’après l’étude OLCA/EDinstitut de 2012, sont dialectophones : 74% des 60 ans et plus ; 54% des 45-59 ans ; 24% des 30-44 ans ; 12% des 18-29 ans ; 3% des 3-17 ans (issu du déclaratif parent).

Culture alsacienne[modifier | modifier le code]

De grands poètes ont écrit et écrivent en alsacien comme c'est le cas de Claude Vigée et Conrad Winter. Le poète Ehrenfried Stoeber et ses deux fils Auguste Stoeber et Adolphe Stoeber, poètes, dramaturges et folkloristes, ont beaucoup développé le répertoire alsacien. Plus récemment Simone Morgenthaler a longtemps animé la populaire émission Sür un siess (France 3 Alsace), traduit Prévert et écrit des pièces en alsacien.

De nombreux artistes s'expriment aujourd'hui en alsacien, contribuant à une culture spécifique, comme Tomi Ungerer, André Weckmann, René Schickelé, Jean Egen, Roger Siffer, Germain Muller, Liselotte Hamm et Jean-Marie Hummel, René Egles, Isabelle Grussenmeyer, Sylvie Reff, Kansas of Elsass, Christophe Voltz, etc.

Exemples[modifier | modifier le code]

français allemand prononciation alsacien* prononciation néerlandais anglais
terre Erde [éérde] erd / erde [ard / arda] aarde earth
ciel Himmel [hîm'l] himmel [hém'l] hemel heaven, sky
eau Wasser [vass'r] wasser [voss'r] water water
feu Feuer [foï'r] fir [fîr] vuur fire
homme Mann [mann] mann [monn] man man
femme Frau [fraou] frai [froï/freuy] vrouw woman
manger essen [èss'n] àsse [assa/asse] eten eat (to)
boire trinken [trîng-k'n] trinke [dréng-gue] drinken drink (to)
grand gross [grôss] gross [grôss] groot great
petit klein [klâïn] klein / klen [klaïnn / glèèn] klein/smal little, small
gros / gras dick / fett [dîk / fèt] dick / fàt [dék/fatt] dik/vet thick/fat
nuit Nacht [nârrt] nacht [norrt] nacht night
Bonjour Guten Tag [gout'n tâg] Boschour [bochour] goede morgen hello
Au revoir Auf Wiedersehen [aouf vîd'rzéén] Orùaar [orouaar] Tot ziens Good bye
jour Tag [tâg] däi / dag [deï/dook/deu] dag day
aujourd'hui heute [hoïte] hit/héte [hit/hétt/hééta] vandaag/heden today
hier gestern [g-èst'rn] gescht/geschtert [g-ècht] gisteren/gisterdag yesterday
demain morgen [môrg'n] morm/morne [môrn/môrna] morgen tomorrow
matin Morgen [môrg'n] morje/morge [môrya/môrga/môriè] morgen morning
midi Mittag [mitâg] mitta/mitdag [mét'too/mét'tok/médeu] middag midday
soir Abend [âb'nd] owe/obe [ôva/ôba/ôve] avond evening
être
tu es
sein
du bist
[zâïn]
[dou bîst]
sin
du besch
[sén]
[du béch]
zijn
je bent
be (to)
you are
avoir haben [hâb'n] han/ha [hon/hô/hôn] hebben have (to)
ceci/cela dies/das [dîss/dâss] diss/zal/das [déss/tsal/dôss] dit/dat this/that
oui ja [yâ] jà/jo [ya/yô] ja yes
non nein [nâïn] nee/nà/nej/nài [néé/naa/neï/naï] nee no
parapluie regenschirm [régenchirm] Bàràbli [barabli] paraplu, regenscherm umbrella

*L'alsacien ne possède pas réellement d'écriture officielle, ou alors pas d'écriture admise par toute la région (comme la plupart des dialectes).

La prononciation « phonétique » est indiquée entre crochets.

En Alsacien : « i » se prononce presque toujours [é] (sauf lorsqu'il est long, où il se prononce [i] comme dans « île »), le « a » se prononce [o] comme dans « or » ou dans « bord », le « à » se prononce [a], comme dans « avion » ou « gare », le « e » se prononce [a] après une voyelle ou à la fin des mots (parfois au début) (dans le Haut-Rhin) ou [oe] (partout ailleurs). Le « w » se prononce [v] et le « v » se prononce [f].

Ces écrits ne reflètent de loin pas toutes les sortes de prononciations de l'Alsacien.

De nombreux mots yiddisches ont souvent été adoptés en alsacien.

L'alsacien peut parfois évoquer des sonorités exotiques. Une plaisanterie classique en Alsace[7] rapporte ce dialogue entre deux soldats alsaciens lors de la campagne de Chine de 1860 :

  • Schang, schint d'Sunn seit schun ? [Cho-ng, chiin't d'Soun sèyt choun ?] (Jean, le soleil est-il déjà levé ?)
  • Jo, Schang, d'Sunn schint schun seit lang ! [Yo, Cho-ng, d'Soun chiin't shoun sèyt lo-ng] (Mais oui, Jean, le soleil est levé depuis longtemps !)

ce qui convainquit les autres soldats français que les deux compères parlaient le chinois !

Quelques expressions alsaciennes[modifier | modifier le code]

  • Nùmme d'tote Fisch schwimme mit'm Strom; [nouma d'tôôta féch chvémma métt'em chtrôôm]
    • Seuls les poissons morts nagent avec le courant.
  • S'Wasser laift nit der Bàrg ufe; [s'woss'r loïfft nétt d'r barg ouffa]
    • L'eau ne coule pas vers le sommet.
  • Iewùng macht der Meischter; [iiavou-ng morrt d'r maïcht'r]
    • L'expérience fait le maître.
  • Wenn der Kopf weg esch, hat der Arsch firowe; [venn d'r kôpff vekk éch hott d'r oorch firoova]
    • Quand la tête est partie, le cul est tranquille.
  • Üss're Muk macht er e Elefant; [uss'ra mouk morrt'r a éléfo-nt]
    • D'une mouche il fait un éléphant.
  • Dàs de kerich em dorf blit; [doss deu kérich ém dorf blit]
    • Que l'église reste dans le village, c'est-à-dire, Que la paix reste dans les chaumières.
  • Wenn jeder vor sinre Tere tàt wische, wàr s'ganze Dorf süffer (prononciation : venn yéderr foor sinnra tééra tatt vécha, vaar s'gonnssa dorff suffer)
    • Traduction : Si chacun balayait devant sa porte, le village entier serait propre.

Publications en alsacien[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Livres pour enfants[modifier | modifier le code]

  • E. et M. Sinniger-Wollbrett, s'Zwarichel vom Bàschbarri, ed. Nord-Alsace, 2002. (ISBN 2951754639)

Logiciels[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. olcalsace.org
  2. [1], Insee Chiffres pour l’Alsace • revue n° 12 • décembre 2002
  3. a, b, c, d, e et f Bénédicte Keck et Léon Daul (préf. Pierre Kretz), L'alsacien pour les Nuls, Paris, First-Gründ,‎ , 208 p. (ISBN 978-2-7540-1848-7, présentation en ligne), « Introduction », p. 6-7
  4. Cf. français populaire: je suis après (en train de) de manger; allemand populaire: ich bin am essen; anglais: I am eating.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k « Alsacien/Grammaire/Annexe/Synthèse complète », sur wikiversité (consulté le 16 février 2015)
  6. a, b, c et d « Verbe à particule », sur wikipédia (consulté le 16 février 2015)
  7. a et b Ernst Martin und Hans Lienhart, Wörterbuch der elsässischen Mundarten, Straßburg 1899-1907
  8. « LEXILOGOS », sur LEXILOGOS (consulté le 16 février 2015)
  9. La Revue de Paris, Janvier-Février 1916 où on peut lire : « Le parti conservateur gagna du terrain. Il avait à sa tête un personnage important, Humann, plusieurs fois ministre des finances [sous Louis-Philippe], et grand ami de Guizot. Les journaux opposants de Paris se moquaient de son accent et racontaient que, comme il disait à la tribune "mes projets sont détruits", la Chambre avait compris "mes brochets sont des truites" ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Grossmann, Main basse sur ma langue, Éditions La Nuée bleue, 1999
  • Pierre Klein, Comment peut-on être Alsacien? Essai sur l'identité française, préface d'Yves Plasseraud, Postface de Jean-Paul Sorg, SALDE, 2012 (ISBN 9782903850371)
  • Paul Lévy, Histoire linguistique d'Alsace et de Lorraine, éditions Manucius, Houilles, 2004 (rééd., 1re édition 1929).
  • Paul Lévy, Die deutsche Sprache in Frankreich - Band 1: Von den Anfängen bis 1830, Harrassowitz Verlag, 2013, übersetzt aus dem Französischen von Barbara Kaltz, 307 Seiten, * Adolf Paul, dictionnaire comparatif multilingue: Français - Allemand - Alsacien - Anglais, éditions Midgard, Strasbourg, 2006. 372 pages
  • Raymond Matzen, Daul Léon, Wie geht's ? Le dialecte à portée de tous, éditions La Nuée bleue, Strasbourg, 1999. 256 pages
  • Raymond Matzen, Daul Léon, Wie steht's ? Lexiques alsacien et français, Variantes dialectales, Grammaire, éditions La Nuée bleue/DNA, Strasbourg, 2000. 175 pages (ISBN 9783447068970)
  • Alphonse Jenny, Doris Richert, Précis pratique de grammaire alsacienne, ISTRA, 1984 (ISBN 2-219-00364-7)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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