Alsacien
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| Alsacien Elsässisch |
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|---|---|
| Parlée en | |
| Région | |
| Nombre de locuteurs | plus de 700.000 Transmission inter-générationnelle très minoritaire depuis les années 1980[1]. |
| Typologie | SVO |
| Classification par famille | |
| Statut officiel | |
| Langue officielle de | Statut de langue régionale de France |
| Codes de langue | |
| ISO 639-2 | gsw[2] |
| ISO 639-3 | gsw[2] |
| IETF | gsw-FR |
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L'alsacien (Elsässisch, ou Elsässerdeutsch/Elsässerditsch, soit "allemand d'Alsace") est l'ensemble des dialectes alémaniques et franciques traditionnellement parlés en Alsace.
L'alsacien est la deuxième langue autochtone parlée en France (en nombre de locuteurs) après le français si on considère l'occitan comme un ensemble de parlers non-homogènes et la troisième si on prend en compte l'hypothèse contraire. La forme écrite traditionnelle étant l'allemand standard, la définition scientifique et légale de la "langue régionale" comprend également cette langue à diffusion internationale. Les transcriptions phonologiques basées sur le Schriftbild (les conventions orthographiques) du Hochdeutsch, des œuvres littéraires (poésie, théâtre) rendent compte de la richesse des variantes dialectales. En "krummes Elsass" Alsace "bossue" ou "tortue" sont en usage des parlers franciques moyen-allemands proches des formes parlées en Sarre / Saarland et au Luxembourg. Dans la région au nord de l'isoglosse û/au frontalier (Wissembourg - Lauterbourg) on parle un continuum francique méridional proche du pfälzisch / palatin, rattaché comme les dialectes alémaniques à l'allemand supérieur. Par ailleurs, des espaces de langue romane, dialectes dit welches et franc-comtois se trouvent sur les zones vosgienne et méridionale de l'Alsace. Le Territoire de Belfort "Romandie alsacienne" est un district alsacien séparé après 1871 et qui n'a pas encore retrouvé sa place traditionnelle en marge de la province.
Différents codes orthographiques sont en usage, chaque écrivain adoptant une orthographe plus ou moins personnelle. L’orthographe utilisée cherche plus à rendre compte précisément des coloris locaux de la langue parlée que d'assurer la compréhension pratique, la langue écrite (allemande ou française) suffisant à cette fonction. La prononciation en particulier varie d’une microrégion linguistique à l’autre, voire d’un village à l’autre. Ainsi les différences phonologiques, et dans une moindre mesure morphologiques, entre les parlers du nord au sud de l'Alsace sont importantes. On constate cependant une grande unité dans la syntaxe allemande commune et la compréhension entre Alsaciens est assurée. Les dialectes germaniques parlés en Alsace sont proches linguistiquement et compris dans le sud de l'Allemagne (Souabe / Schwaben, Palatinat / Pfalz, Bayern / Bavière) la Suisse et l'Autriche. La connaissance de l'allemand standard comme point de référence culturelle et littéraire entre les dialectes permet une intercompréhension facile. Des colonies de peuplement originaires de la région rhénane se trouvent en Europe centrale et en Amérique du nord, les dialectes se sont maintenus de manière extraordinaire dans ces communautés coupées de leur origine.
En perdant la compétence écrite de l'allemand standard, les usagers de l'alsacien réduisent leur langue à un dialecte littéraire sans usage autre qu'un précieux mais limité outil de création artistique.
Notons que le terme alsacien pour qualifier la langue est apparu en 1871 dans les milieux nationalistes français, qui n'acceptaient pas la perte de l'Alsace au profit de l'Empire allemand. Avant cette date, on ne parlait que d'allemand, sans que cela ne pose le moindre problème à personne, ni dans la population d'Alsace, ni en France. Mais si après la défaite, les Français avaient continué à employer ce qualificatif, cela aurait alors clairement signifié le caractère allemand de l'Alsace, sa légitimité à être une province de l'Empire, et toute prétendance future à une souveraineté française s'en serait trouvée injustifiée.
Sommaire |
[modifier] Caractéristiques linguistiques
Parmi les traits qui séparent l'alsacien de l'allemand standard, l'allemand littéraire "Schriftdeutsch" ou "Hochdeutsch", on peut citer entre autres l'absence de la diphtongaison dite bavaroise : « Wyn ou Wyh » pour « Wein », « Hüs » pour « Haus » ; la palatalisation du « u » long et le maintien d'anciennes diphtongues : « güet » pour « gut » (anciennement «guot»); un certain relâchement articulatoire : « sewa » pour « sieben »; le passage de [rs] intervocalique à [rsch] (le nom du village Schnersheim se prononce sur place Schnarsche) etc.
Il s'agit d'un dialecte germanique, dont la tendance est d'accentuer les premières syllabes d'un mot.
L'alsacien est également un dialectique flexionnelle, qui comprend quatre cas (théoriques) de déclinaison : le nominatif (cas du sujet), l'accusatif (le cas du complément d'objet direct ou COD), le datif (cas du complément d'objet indirect) et le génitif (cas du complément du nom). Toutefois, il ne subsiste réellement que deux formes courantes, celles du nominatif et celles du datif. L'accusatif n'est plus utilisé que dans quelques rares régions (sauf pour la flexion des pronoms personnels) et le génitif a disparu. On ne compte plus que trois temps dont deux sont des temps composés: le présent, le prétérit (passé composé; le passé simple a disparu comme dans l'ensemble des dialectes alémaniques) et le futur (qui est formé, tout comme en allemand et tous les dialectes germaniques, à l'aide d'un auxiliaire); et peu de modes : indicatif et subjonctif (qui sert également à former le conditionnel), ainsi que deux voies : active et passive. Il est à remarquer que l'alsacien, comme tous les autres dialectes alémaniques et bons nombres d'autres dialectes germaniques, peut utiliser un présent progressif [3] en plus du présent conventionnel.
L'appartenance de l'Alsace à la France s'est répercutée sur le plan lexical. Le fait d'être coupé politiquement de la sphère de l'allemand standard, qui, outre-Rhin, en Suisse, en Autriche, au Liechtenstein et ailleurs, sert aux locuteurs alémaniques de langue écrite (Schriftsprache), a permis la préservation d'un grand nombre d'archaïsmes, inintelligibles de nos jours même au pays de Bade ; d'autre part, le dialecte n'a cessé d'emprunter au français, et de perdre en richesse de vocabulaire. Ces deux tendances séparent l'alsacien des parlers alémaniques d'Allemagne et de Suisse peut-être davantage que les caractéristiques purement phonétiques.
Prononciation de l'alsacien
Voyelles
| Voyelle | Voyelle française | prononciation française | exemple | exemple [prononciation] |
|---|---|---|---|---|
| a | o | [ɔ] ou [å] | mort, sort, or, gore | der Mann (l'homme) [d'r mànn] |
| å | oo (variante longue) | [ɔ:] | idem, plus long | das Råd (la roue) [s' ràd] |
| à | a | [a] | salle, barde, salade | d'Mànner (les hommes) [d'mann'r] |
| e | a | idem en début et fin de mot dans le Haut-Rhin | idem | Mànele (petits hommes) [manala] |
| e | a | idem après une voyelle | idem | miet (fatigué) [miia't], lüege (regarder) [luuaka] |
| e | é | [ɛ] ailleurs | pré, été | lege (poser) [lééga] |
| e | eu | [ə] en fin de mot dans le Bas-Rhin | soeur | mänele (petits hommes) [mèneuleu] à Strasbourg |
| i | é | Entre [ɛ] et [i] | (aucun) | der Himmel (le ciel) [d'r hémm'l] |
| i | i | [i] lorsque la voyelle est longue | île, mille | der Rhi (le Rhin) [d'r Rii], der Wi (le vin) [d'r vii] |
| o | o, ô | [o] | sot, seau, beau | der Morge (le matin) [d'r môrga], solle (devoir, avoir l'obligation de) [sôla] |
| u | ou | [u] | nous, vous, sous | d'Wulke (les nuages) [t'voulka] |
| ü | u | [y] | sûr, dur, mur | Nüdle (nouilles) [nuudla] |
| ie | iia | [i:a] | aucun | Biewele (petit garçon) [biiavala] |
| üe | uua | [y:a] | aucun | der Büe (le garçon) [d'r buua] |
| ei, ài | aï | [ai] | ail, aïe | Meidele (jeune fille) [maïdala] |
Consonnes
| Consonne | Consonne française | prononciation française | exemple | exemple [prononciation] |
|---|---|---|---|---|
| b | b, p | entre le b et le p | aucun | bliwe (rester) [bliiva] |
| p | p ou b | assez rare, rencontré dans les mots d'origine latine | passage, pierre | prowiere (essayer) [proviiara] (un vrai "p"), passe (aller bien, passer, seoir) [possa/bossa] (entre b et p) |
| d | d, t | entre le d et le t | aucun | trinke (boire) [trénka/drénka] |
| t | d, t | entre le d et le t | idem | iwertriwe (exagéger) [év'r-triiva] |
| v | f | [f] | fièvre, filet | vergeifre (baver, salir en bavant) [f'r-gaïfra] |
| f | f | [f] | idem | Flàcke (taches) [flaka], fliege (voler dans les airs) [fliiaga] |
| g | gu, g, k | entre [g] et [k] | toujours comme dans "gare" | geifre (baver) [gaïfra/kaïfra] |
| h | h | [h] | h aspiré, prononcé en expulsant l'air des poumons | der Himmel (le ciel) [d'r hémm'l] |
| j | y | [j] | yeux, yodler | jede (chaque) [yééda] |
| k | k, g | entre [k] et [g] | aucun | kuma (venir) [kouma/gouma] |
| r | r | [r] roulé ou non, selon les régions | rouille, rouler | ràgne (pleuvoir) [rag'na] |
| s | s, ch | [s] le plus souvent; [ʃ] devant t, d, p et parfois r | savon, si (jamais comme un "z") ou chat, chien | springe (sauter) [chpré-nga], steh (être debout) [chtéé], sewe (sept) [sééva] |
| w | v | [v] | wagon, voiture, victoire | Wage (voiture) [vooga], Wulke (nuage) [voulka] |
| x | kss | [ks] | exciter, exfolier | Wax (aussi écrit Wachs) (cire) [voks] |
| z | ts | [ts] | tsé-tsé | Zahn (dent) [tsoo'n], Zorn (colère) [tsôrn] |
| sch | ch | [ʃ] | chat, chien | schriwe (écrire) [chriiva] |
| ch | rr | [x] | comme un "r" grasseyé semblable au "r" dans "cri", "croire" | noch (encore) [nôrr], Büech (livre) [buuarr] |
| ch | ch | [ç] | comme un "ch" de "chat" prononcé avec la langue collée au palais; particularité retrouvée dans le Bas-Rhin et en Allemand | Schlüch (tuyau) [chluurr dans le Haut-Rhin] et [chluuch] dans le Bas-Rhin |
| ch | k | [k] | se prononce "k" lorsqu'il se trouve avant un "s" | Wachs (cire) [vooks], wachse (grandir, croître, pousser) [vooksa] |
En ce qui concerne les couples (b,p), (d,t) et (g, k) - qui, normalement, ne présentent aucune différence de sonorité - il est en usage de privilégier l'orthographe des mots retrouvés en Allemand standard. Par exemple, le mot Biewele (petit garçon) [biiavala] pourrait très bien être écrit Piewele... Toutefois, la racine germanique du mot, Bub, est orthographiée avec un "B", ce qui a orienté notre choix.
De même pour les voyelles. Il existe deux "a" en alsacien. Celui qu'on dit naturel (noté a) et qui se prononce [ɔ] ou [å], et l'autre (noté à), qui se prononce comme le "a" français de "avion". Pourquoi noter "a" une lettre qui ne se prononce pas du tout comme tel ? Pour la simple et bonne raison que les voyelles des mots apparentés en allemand se prononcent [a]. Par exemple, le mot "roue" se traduit en allemand par "Rad" [raad]. En alsacien, il se prononce différemment : "Rad" [rood]. C'est encore une fois l'orthographe allemande qui prédomine. Le même phénomène est observé pour le "e", qui se prononce "a" presque partout dans le Haut-Rhin, à des positions où, normalement, en allemand, ils sont muets, légèrement prononcés, ou carrément prononcés "é" ou "eu".
La particularité du "fralsacien"
Toutes ces particularités de prononciation du dialecte alsacien (qui n'est donc pas une langue puisqu'il emprunte sa grammaire à l'allemand) ont conduit ses locuteurs à rencontrer un certain nombre de difficultés lors de l'utilisation du Français. Tout d'abord, notons qu'avant la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la plupart des Alsaciens vivaient de manière très rurale, et, même pour les citadins, il était d'usage de parler uniquement alsacien à la maison. La répression allemande (qui interdisait l'usage du Français et même de l'alsacien pourtant très proche de l'allemand) n'a pas arrangé les choses. L'Alsacien moyen parlait donc très mal le français qu'il devait apprendre à l'école.
Un certain nombre de phonèmes ou de consonnes n'existent pas en alsacien et sont retrouvées dans la langue de Molière, ce qui explique que les j ou les v soient écorchés en ch et f. De plus, comme nous l'avons expliqué, il n'y a pas de différence entre b et p, d et t, ainsi qu'entre g et k (pour être plus précis, il y a clairement une différence pour un alsacien, mais elle est inintelligible pour un français), ce qui ne facilite pas la différenciation des sons par un Alsacien. Ce phénomène n'est plus aujourd'hui rencontré que chez les personnes âgées ou ceux parlant couramment le dialecte, mais plus chez les jeunes. La seule réminiscences de l'Alsacien chez les jeunes ne le parlant pas est leur accent traînant, qui résulte de l'allongement de certaines syllabes, caractéristique essentielle des langues germaniques et de l'anglais.
De telles particularités, ainsi que l'apparente dureté des phonèmes ont conduit de nombreux francophones à se moquer des Alsaciens, haine exacerbée, durant la guerre, par la ressemblance auditive entre le parler alsacien et le parler allemand. L'association d'idées a très vite été réalisée, et l'accent alsacien associé au nazisme par les uns, au yiddish par les autres. Beaucoup de réfugiés ont souffert de cet amalgame durant la guerre et après la libération. Cette discrimination ne date pas d'hier.
Dès 1674, les Français estimaient que les rares Alsaciens à connaître leur langue la prononçaient mal (i.e. avec un accent germanique). Au XIXe siècle, « l’accent d’un homme comme Humann, plusieurs fois ministre sous Louis-Philippe et vivant fréquemment dans une société purement française, ne cessait de provoquer les railleries des journaux anti-dynastiques de Paris. Ils racontèrent que, Humann disant à la tribune "Mes projets sont détruits", la Chambre avait compris "Mes brochets sont des truites".[4] »
Très souvent, l'accent du sud de la France (dont les populations sont par contre romanes, et donc de langue bien plus proche) est jugé plus favorablement, alors que, à bien y écouter, il existe parfois de très fortes similitudes dans la prononciation de certaines syllabes et surtout de certaines voyelles, aspect bien souvent rejeté, oublié ou simplement indétecté, du fait de la "dureté" des consonnes.
Cette prononciation particulière, ainsi que l'existence d'expressions particulières - nées de la traduction littérale de certaines expressions germaniques et alsaciennes - ont donné naissance à ce qu'on appelle aujourd'hui le fralsacien, un français coloré d'expression et de tonalités alsaciennes. Ce n'est guère plus que ce langage qui est aujourd'hui connu de la France, ainsi que des jeunes alsaciens, puisque le dialecte et plus généralement l'Alsacien disparaissent progressivement au profit du Français. Notons que cet état de fait n'était pas une évidence cinquante ans en arrière, puisque 80% des alsaciens était capable de parler et de comprendre leur dialecte, contre bien peu aujourd'hui. La politique française d'après guerre pour la disparition progressive de l'alsacien y est pour beaucoup, puisqu'une répression existait, notamment dans les écoles, pour sanctionner les locuteurs. "C'est chic de parler Français" était lisible sur les bus alsaciens juste au sortir de la guerre. C'est ce slogan qui a survécu jusqu'à nos jours et qui a popularisé la croyance selon laquelle l'alsacien est la langue des paysans et des non-instruits... Phénomène qui existe également pour bien d'autres parlers régionaux.
De tout cela, un Alsacien sage dirait : "Wenn jeder vor sinre Tire tàt wische, wàr s'ganze Dorf süffer" (si chacun balayait devant sa porte, le village tout entier serait propre) [vènn yéd'r fôr sinra tééra tatt vécha, var s'gonntsa dôrf suf'r]
[modifier] Usage
Dis Hausz sted in Godes Hand - God be war es vor Feyr u(nd Brand)
("Cette maison se trouve dans les mains de Dieu - Puisse Dieu la protéger du feu et des incendies")
Aujourd'hui, on observe une forte diminution de l'usage de l'alsacien. C'est dans les centres urbains, avec leurs populations mobiles, que le recul est le plus notable. La Révolution française, période durant laquelle les États allemands étaient dans le camp ennemi, a marqué une véritable période d'intolérance mais de durée limitée. C'est essentiellement au sortir de la Première et de la Seconde Guerre mondiale que les autorités françaises ont le plus œuvré pour que l'usage de l'alsacien disparaisse au profit du français (voir notamment dans l'enseignement ci-après). En cette dernière période, il était entre autres dit qu'« il est chic de parler français ». Si le déclin continue, on peut cependant constater que l'alsacien a tendance à mieux résister que d'autres langues régionales, plus isolées, comme le breton. De fait, c'est la langue régionale française qui a le plus résisté à la politique d'uniformisation linguistique menée par le gouvernement français : en 1991, environ 400 000 alsaciens l'avaient léguée à leurs enfants.
Le recul brutal de l'alsacien a commencé au cours des années 1970. Les sexagénaires, et même parfois les quinquagénaires, se rappellent que dans leur enfance ils étaient surpris d'entendre des personnes âgées discuter entre elles en français ; dans la rue c'est en dialecte que, dans les années 1960, les enfants proposaient des billets de tombola. L'irruption de la télévision dans la vie familiale est pour beaucoup dans ce recul : il n'existe pas de chaîne en dialecte, à peine quelques émissions sur FR3, et le jeune Alsacien élevé dans le bilinguisme français-alsacien comprend d'emblée les chaînes françaises alors qu'il a beaucoup plus de mal avec les chaînes allemandes.
[modifier] Culture alsacienne
De nombreux artistes s'expriment en alsacien, contribuant à une culture spécifique, comme Tomi Ungerer, André Weckmann, René Schickelé, Jean Egen, Roger Siffer, Germain Muller, Liselotte Hamm et Jean-Marie Hummel, René Eglès, Isabelle Grussenmeyer, Sylvie Reff, Kansas of Elsass, Christophe Voltz, etc. De grands poètes ont écrit et écrivent en alsacien comme c'est le cas de Claude Vigée et Conrad Winter. Simone Morgenthaler a longtemps animé la populaire émission Sür un siess (FR3 Alsace), traduit Prévert et écrit des pièces en alsacien.
[modifier] Une survivance : le français d'Alsace
Il faut entendre par « français d'Alsace » non la langue parlée par les vieux dialectophones, qui traduisent en fait en français ce qu'ils pensent en alsacien (ils sont aujourd'hui de plus en plus rares), mais la langue utilisée spontanément par des personnes qui souvent ne connaissent pas ou connaissent mal l'alsacien et n'ont absolument pas conscience d'employer des formes marquées localement. Ainsi une phrase comme « Je vais laisser réparer mes chaussures » pour « Je vais faire réparer mes chaussures » ne s'entend plus que dans la bouche de gens âgés ; en revanche une bourgeoise soucieuse d'imiter le langage parisien n'hésitera pas à parler de son « manteau de pluie » (Regenmantel) au lieu de dire « imperméable ». « Faire le singe » signifie en français « faire l'imbécile pour amuser les autres » alors que le sens en alsacien serait plutôt « se rendre ridicule ». Un protestant vous dira souvent qu'il va « à l'église » et non « au temple » (ce dernier mot irrite même certains pasteurs). Sous l'influence de l'allemand « doch »; le mot « donc » s'emploie parfois au sens de « pourtant » (« Tu ne le sais pas ? Je te l'ai donc dit ! »).
Voir article détaillé : Français d'Alsace.
[modifier] L'enseignement et le bilinguisme français-allemand
Jusqu'à la Révolution française, l'allemand est la langue traditionnelle de l'école et de l'université. En 1853, le français devient la langue officielle de l'école, mais l'allemand reste enseigné 35 minutes par jour. En 1871 l'allemand redevient la langue officielle à l'école sauf dans les contrées francophones du Reichsland où le français est utilisé fortement. En 1918 c'est le rejet de l'allemand considéré comme une langue étrangère par l'administration française, et ordre est donné d'utiliser la méthode d'enseignement directe, qui consistait à utiliser le français sans transition. En 1928 le décret Poincaré-Pfister réintroduit l'allemand au cours du 2e semestre de la 2e année scolaire à raison de 3 heures 30 par semaine auxquelles s'ajoute l'instruction religieuse donnée en allemand. Lors de l'annexion de facto de l'Alsace par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, c'est le français qui est interdit d'usage et banni des écoles. En 1945 l'allemand est totalement supprimé de l'enseignement par l'administration française, par mesure "provisoire", mais qui finalement durera. Dès 1951 l'opinion alsacienne demande son rétablissement et l'allemand est réintroduit à la discrétion et à titre facultatif avec des enseignants itinérants. Ainsi, durant les deux dernières années du primaire certains Alsaciens bénéficient de trois heures d'allemand par semaine. En 1971, 85 % des parents sont favorables à l'introduction de l'allemand à l'école primaire, selon un sondage de l'IFOP pour les Dernières Nouvelles d'Alsace. En 1972 démarre un enseignement de l'allemand qui exploite l'acquis dialectal des enfants de neuf ans à raison d'une demi-heure d'allemand par jour. En 1974, 8 000 élèves sur 60 000 bénéficient dudit enseignement, financé directement par les municipalités. À partir du début des années 1990, l'association ABCM-Zweisprachigkeit développe les écoles bilingue paritaires. Depuis, la région a créé dans les écoles publiques des classes bilingues; voir Enseignement des langues étrangères.
D'après la brochure 2008 éditée par le Conseil général du Haut-Rhin (« Le département en chiffres »), les effectifs dans les classes bilingues (sur ce département) se répartissent comme suit :
- En primaire, 6 301 élèves fréquentent les écoles bilingues publiques, 924 le privé ;
- En collège, les effectifs sont de 793 et 184 respectivement ;
- En lycée, seuls 321 adolescents suivent des cours bilingues en enseignement public, aucun lycée privé ne proposant de cursus bilingue.
[modifier] Exemples
| français | allemand | alsacien [prononciation] | néerlandais | anglais |
|---|---|---|---|---|
| terre | Erde [erdoe] | Erd/Erde [Ard/Arda] | aarde | earth |
| ciel | Himmel [himmel] | Himmel [Hémm'l] | hemel | heaven, sky |
| eau | Wasser [vassèr] | wasser [voss'r] | water | water |
| feu | Feuer [foïeur] | fir [fiir] | vuur | fire |
| homme | Mann | Mann [monn] | man | man |
| femme | Frau [fraou] | frai [froï] | vrouw | woman |
| manger | essen | àsse [assa] | eten | eat (to) |
| boire | trinken | trinke [tré-nka] | drinken | drink (to) |
| grand | gross | gross [grôôss] | groot | big |
| petit | klein [klaïnn] | klein/klen [klaïnn/klenn] | klein | little, small |
| gros/gras | dick/fett | dick/fàt [dék/fatt] | dik/vet | thick/fat |
| nuit | Nacht [narr't] | Nacht [norr't] | nacht | night |
| jour | Tag [taak] | däi/dag [deï/dook] | dag | day |
| aujourd'hui | heute [hoïteu] | hit/héte [hétt/hééta] | vandaag/heden | today |
| hier | gestern | gescht/geschtert | gisteren | yesterday |
| demain | morgen | morn/morne [môrn/môrna] | morgen | tomorrow |
| matin | Morgen | Morje/Morge [môrya/môrga] | morgen | morning |
| midi | Mittag | Mitta/Mitdag [mét'too/mét'tok] | middag | midday |
| soir | Abend | Owe/Obe [ôva/ôba] | avond | evening |
| être | sein [zaïnn] | sin [sénn] | zijn | be (to) |
| avoir | haben | han/ha [honn/hoo] | hebben | have (to) |
| ceci/cela | dies/das | diss/zal/das[déss/tsal/dooss] | dit/dat | this/that |
| oui | ja | jà/jo [ya/yô] | ja | yes |
| non | nein [naïn] | nee/nà/nej/nài [néé/naa/neï/naï] | nee | no |
La prononciation "phonétique" est indiquée entre crochets.
En Alsacien : "i" se prononce presque toujours [é] (sauf lorsqu'il est long, où il se prononce [i] comme dans "île"), le "a" se prononce [o] comme dans "or" ou dans "bord", le "à" se prononce [a], comme dans "avion" ou "gare", le "e" se prononce [a] après une voyelle ou à la fin des mots (parfois au début) (dans le Haut-Rhin) ou [oe] (partout ailleurs). Le "w" se prononce [v] et le "v" se prononce [f].
Ces écrits ne reflètent de loin pas toutes les sortes de prononciations de l'Alsacien.
"b" devient "w" [v] et dans plusieurs cas, comme entre le français, l'anglais, l'allemand, l'espagnol et l'italien…
Des mots yiddisches ont souvent été adoptés en alsacien.
[modifier] Publications en alsacien
[modifier] Bande dessinée
- Les Aventures de Tintin et Milou
- D'Affär mit'm Tournesol - L'Affaire Tournesol
- De Castafiore ihre Schmuck - Les Bijoux de la Castafiore
- Astérix le Gaulois
- De Asterix än de olympische Spieler - Astérix aux Jeux Olympiques
- Asterix geht wieder dran - Astérix et la rentrée gauloise
- Gaston Lagaffe, n°10 Le géant de la gaffe (2007)
[modifier] Livres pour enfants
- E. et M. Sinniger-Wollbrett, s'Zwarichel vom Bàschbarri, ed. Nord-Alsace, 2002. (ISBN 2951754639)
[modifier] Logiciels
- Microsoft Office 2007 : accessible gratuitement à tous les possesseurs d'une version d'office soit en téléchargement soit sur CD rom via les organismes qui le diffuseront comme l'Office pour la langue et la culture d'Alsace ou les offices de tourisme. Office 2007 reconnaîtra 50 000 mots et expressions en alsacien.
[modifier] Notes et références
- ↑ [1]
- code générique (alémanique)
- ↑ Cf. français populaire: je suis après (en train de) de manger; allemand populaire: ich bin am essen; anglais: I am eating.
- ↑ http://www.koechlin.net/bk/bk43_022.htm
[modifier] Voir aussi
[modifier] Liens internes
[modifier] Bibliographie
- Adolf Paul, dictionnaire comparatif multilingue: Francais - Allemand - Alsacien - Anglais , éditions Midgard, Strasbourg, 2006. 372 pages
- Matzen Raymond, Daul Léon, Wie geht's ? Le dialecte à portée de tous, éditions La Nuée bleue/DNA, Strasbourg, 1999. 256 pages
- Matzen Raymond, Daul Léon, Wie steht's ? Lexiques alsacien et français, Variantes dialectales, Grammaire, éditions La Nuée bleue/DNA, Strasbourg, 2000. 175 pages
- Paul Lévy, Histoire linguistique d'Alsace et de Lorraine, éditions Manucius, Houilles, 2004 (rééd., 1re édition 1929).
- Robert Grossmann, Main basse sur ma langue, Éditions La Nuée Bleue, 1999
- Alphonse Jenny & Doris Richert, Précis pratique de grammaire alsacienne, ISTRA, 1984 (ISBN 2-219-00364-7)