Francique lorrain

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Francique et Lorrain (homonymie).
Francique lorrain ou platt
lothrengerplatt ou lothrìngerplatt
lothrengerdeitsch, lothringerditsch
Parlée en France
Région Lorraine, dans le département de la Moselle.
Nombre de locuteurs entre 48 000 et 300 000
dans le département de la Moselle. (360.000 en 1962)
En forte baisse.
Transmission inter-générationnelle très minoritaire depuis les années 1980.
Typologie SVO
accentuelle
flexionnelle
Langue vernaculaire
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle de Une des Langues régionales de France.
De plus, le francique luxembourgeois est langue officielle au Grand-Duché de Luxembourg.
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (version française)
  • francique luxembourgeois : Artikel 1
    All Mënsch kënnt fräi a mat deer selwechter Dignitéit an deene selwechte Rechter op d'Welt. Jiddereen huet säi Verstand a säi Gewësse krut a soll an engem Geescht vu Bridderlechkeet deenen anere géintiwwer handelen.
  • francique mosellan
  • francique rhénan de Lorraine : Artikel 1
    Alle Mensche sìnn frei ùnn mìt derselwe Dignité ùnn deselwe Rechte gebòr. Sie sìnn begabt àn Vernùnft ùnn mìnn zùenänner ìm Gäscht vùnn Brìderlichkät handle.
Dialectes parlés en Alsace-Lorraine Dialectes au XIXe siècle
Carte des dialectes dans le département de la Moselle.
Situation des principaux dialectes en Moselle
Distribution géographique des variantes du francique lorrain.


En France, le francique lorrain, encore appelé fréquemment lothrénger platt, lothringer platt, lothrénger deitsch, lothrìnger deitsch, lothrìnger ditsch, lothringer deutsch, ou tout simplement, le platt est l'une des langues régionales de Lorraine. C'est un terme générique qui désigne l'ensemble des dialectes du moyen allemand et de l'allemand supérieur parlés dans la partie germanophone du département lorrain de la Moselle (traditionnellement appelée Lorraine allemande).

Emile Guelen[1] distinguait en 1939 trois variétés qu'il avait nommées Westmosellothringisch, Niedlothringisch et Saarlothringisch. Il désigne globalement les trois formes linguistiques du francique utilisées en Lorraine:

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme de francique se rapporte au peuple germanique des Francs, qui a commencé à s'implanter dans la région à la période des Grandes migrations et ce, dès le IVe siècle. On remarque cependant que la germanisation de la région a sans doute commencé plus tôt, et qu'une thèse assez répandue veut qu'un substrat linguistique à la fois celtique et germanique ait préexisté à l'arrivée des Francs. Un des premiers écrits en francique est la traduction du traité de Saint Isidore en francique rhénan et datant du début du IXe siècle. La frontière linguistique mosellane s'est établie de manière durable sur une ligne qui traverse l'actuel département de la Moselle du nord-ouest au sud-est[2].

Malgré les changements de nationalité et les efforts des uns et des autres pour déplacer cette limite des langues, elle n'a quasiment pas varié jusqu'en 1945. Ce n'est qu'après la seconde guerre mondiale que la langue régionale fut combattue avec acharnement et qu'elle a entamé un mouvement de repli dont une des causes est sa parenté avec la langue allemande standard qui a été assimilée à celle des occupants nazis.

Comme pour les autres langues minoritaires, des associations se sont créées dans le but de parvenir à transmettre le francique. Parmi elles, on peut noter les associations Wei Lang Naar (« Jusqu'à quand ? » ou « Pour combien de temps encore ? »), Gau un Griis, Bei uns dahäm et Culture et Bilinguisme de Lorraine - Zweisprachig, unsere Zukunft.

La frontière linguistique en Moselle aux environs de l'an 1630.

Distribution[modifier | modifier le code]

L'aire linguistique du francique lorrain couvrait en 1945 d'après Toussaint[3] 370 des 763 communes de la Moselle. En 1962 cela représente 360 000 Mosellans comprenant le francique lorrain, soit 39 % de la population, et en 1975 440 000, soit environ 44 % de la population. En 1975 cela représente environ la même proportion c'est-à-dire 357 communes sur 716. Cette apparente augmentation ne signifie pas une progression de la pratique car elle est davantage le reflet de la démographie que de l'utilisation quotidienne de la langue[4].
Le Bureau européen pour les langues moins répandues estime qu'en 1990 la France devait compter 40 000 luxembourgeophones et 175 000 autres plattophones.

La distribution géographique des variantes se fait dans une logique est-ouest. Le francique luxembourgeois est parlé dans la région de Thionville et Sierck-les-Bains, incluant l'enclave linguistique de Rédange-Russange et le hameau de Nondkeil. Le francique mosellan est parlé dans la région de Bouzonville et Boulay. Le francique rhénan est parlé dans la zone allant de Saint-Avold à la région de Sarrebourg en passant par Forbach, Sarreguemines, le Pays de Bitche. Le francique rhénan est également parlé en Alsace bossue (Drulingen, Sarre-Union, La Petite Pierre) mais ne peut être qualifié de francique lorrain que si l'on entend cela au sens historique, l'Alsace bossue ayant fait partie de la Lorraine (au sens de langue régionale il conviendrait de parler ici de francique rhénan alsacien).

Il y a aussi le cas de la ville de Metz, qui avait localement un parler surnommé le Metzer platt (aujourd'hui disparu), étant un mélange de francique luxembourgeois, mosellan et rhénan. Ce parler avait pour origine les Lorrains germanophones qui ont migré à Metz au fil du temps.

Localités de la frontière linguistique[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle[5]:

Intercompréhension des variantes[modifier | modifier le code]

Les diverses variantes du francique lorrain possèdent de nombreux points communs et il existe une intercompréhension plus ou moins facile d'un lieu à l'autre. Cependant le terme francique lorrain ne doit pas être regardé comme une notion linguistique. Les branches spécifiques du francique à l'intérieur du Moyen-allemand sont de ce point de vue le francique ripuaire, le francique luxembourgeois, le francique mosellan et le francique rhénan.

Le francique lorrain est un continuum de dialectes car globalement l'ensemble des points communs et des différences fluctue selon l'emplacement géographique. Il ne se résume pas à trois formes linguistiques pratiquées en Lorraine et séparées par des lignes qui ont été établies sur un critère linguistique très partiel. Certaines propriétés sont transversales aux trois formes et l'intercompréhension qui en résulte dépend davantage de l'éloignement géographique que d'une ligne de rupture.

Le terme de francique lorrain ne désigne donc pas une catégorie établie sur des critères linguistiques mais un ensemble linguistique propre à un territoire géographique résultant des découpages des frontières politiques. Il est situé en Lorraine, plus précisément dans la moitié nord-est du département de la Moselle.

Le francique lorrain est une langue infra-régionale car pratiqué dans une partie seulement de la région. Le francique luxembourgeois, le francique mosellan et le francique rhénan sont aussi des langues supra-régionales car certaines variantes sont également parlées ailleurs qu’en Lorraine au-delà des frontières allemande belge et luxembourgeoise.

Il convient cependant de noter que l'on parle un dialecte alémanique, du point de vue des mutations consonantiques, dans une petite partie du sud-est du canton de Phalsbourg (vallée de la Zorn). La langue régionale de Lorraine germanophone inclut donc le dialecte bas-alémanique du sud-est mosellan. Si l'on peut parler de francique au sens historique, ce n'est pas tout à fait le cas pour les distinctions selon des critères linguistiques. Mais il y a ici un continuum dialectal qui ouvre la discussion. Dans le sud-est du département (pays de Phalsbourg et Dabo), les caractéristiques vocaliques (vocalisme) des parlers classés franciques ou alémaniques par leurs système consonantique sont proches entre deux villages voisins.

Caractérisation[modifier | modifier le code]

Traits distinctifs[modifier | modifier le code]

Le francique lorrain ou francique de Lorraine est un continuum de dialectes appartenant au Moyen-allemand de l'ouest (Westmitteldeutsch) ayant au moins plusieurs caractéristiques communes qui sont les suivantes:

Les deux premiers séparent le francique lorrain du bas-allemand:

  • mache

Le francique lorrain se situe entièrement dans le territoire où « faire » se dit « mache » ou « machen » par opposition à la prononciation « maken » utilisée en bas-allemand.

  • ich

Le francique lorrain se situe entièrement dans le territoire où « je » se dit « ich » par opposition à la prononciation « ik » utilisée en bas-allemand.

Les deux suivants séparent le francique lorrain de l'allemand supérieur:

  • appel

Le francique lorrain se situe entièrement dans le territoire où « pomme » se dit « appel » par opposition à la prononciation « apfel » utilisée en allemand supérieur.

  • pund

Le francique lorrain se situe entièrement dans le territoire où « livre » se dit « pund » par opposition à la prononciation « pfund » utilisée en allemand supérieur.

Un autre trait commun sépare le francique lorrain du francique ripuaire:

  • dorf

Le francique lorrain se situe entièrement dans le territoire où « village » se dit « dorf » par opposition à la prononciation « dorp » utilisée en moyen-allemand par le francique ripuaire.

Le francique de Lorraine se distingue aussi globalement des variétés qui le prolongent plus au nord:

  • fescht, geschter, schweschter, samschdaa

Le francique lorrain se situe entièrement dans le territoire où « fête » se dit « Fescht » « hier » se dit Geschter « sœur » se dit Schweschter et « samedi » samschdaa par opposition à la prononciation « Fest », « gestern », « Schwester » et « Samstag » utilisée en moyen-allemand dans les territoires situés plus au nord.

Variantes[modifier | modifier le code]

L'ensemble de l'aire linguistique est traversée par deux lignes isoglosses, orientées nord-est sud-ouest, qui délimitent les trois variantes à partir de mutations consonantiques du haut allemand réalisées partiellement en francique lorrain:

La ligne op/of sépare le francique luxembourgeois, domaine du op, du francique mosellan, domaine du of, mots signifiant sur ou (en allemand) auf.

Cette ligne se trouve entre les communes suivantes à l'ouest: Zeurange/Grindorf/Flastroff/Waldweistroff/Lacroix/Rodlach/Bibiche/Menskirch/Chémery/Edling/Hestroff et les communes suivantes à l'est: Schwerdorf/Colmen/Filstroff/Beckerholtz/Diding/Freistroff/Anzeling/Gomelange/Piblange

La ligne wat/was sépare le francique mosellan, domaine du wat, du francique rhénan, domaine du was, mots signifiant quoi ou (en allemand) was.

Cette ligne se trouve entre les communes suivantes à l'ouest: Ham-Sous-Varsberg/Varsberg/Bisten/Boucheporn/Longeville/Laudrefang/Tritteling/Tetting/Mettring/Vahl-lès-Faulquemont/Adelange et les communes suivantes à l'est: Creutzwald/Diesen/Carling/Porcelette/Saint-Avold/Valmont/Folschviller/Lelling/Guessling-Hémering/Boustroff

La diphtongaison faisant passer de la voyelle i à la diphtongue ei a atteint l'ensemble du francique luxembourgeois mais ne touche que de manière restreinte les domaines du francique mosellan et du francique rhénan de Lorraine. Elle atteint toutefois largement le francique mosellan et le francique rhénan dans leurs prolongements hors de Lorraine; c'est ainsi qu'un lorrain parlant le francique rhénan (le secteur de Forbach mis à part) dira gliche, alors qu'un sarrois dira gleiche.

Écriture et grammaire du francique lorrain[modifier | modifier le code]

Écriture[modifier | modifier le code]

L'écriture du francique a été codifiée par le GERIPA dépendant de l'université de Haute Alsace. Le francique luxembourgeois possède une orthographe officielle au Grand Duché de Luxembourg.

L'écriture en dialecte francique rhénan lorrain moderne est un phénomène extrêmement récent. L'usage du dialecte à l'écrit s'est longtemps limité à une partie de la poésie et aux pièces de théâtre dialectal. La langue allemande moderne s'est forgée à partir de la fin du XVe siècle, et la quasi-totalité du patrimoine écrit de la Lorraine germanophone (dite aussi Lorraine allemande ou thioise) est alors prise dans ce mouvement. Les actes officiels de la partie germanophone du Duché de Lorraine (Bailliage d'Allemagne) étaient rédigés en allemand de l'époque jusqu'en 1748 (ordonnance imposant le français dans les actes officiels en Lorraine inspirée par Antoine-Martin Chaumont de La Galaizière, chancelier de Lorraine). Il en allait de même pour les actes notariés du bailliage d'Allemagne. Il continueront à l'être jusqu'en 1773 à Rodemack, jusqu'en 1790 à Dabo, dans les terres d'Empire[6], et jusqu'à leur rattachement à la France en 1793 . Depuis la normalisation des écritures allemandes, la langue écrite utilisée par les Lorrains germanophones était l'allemand standard, même pour transcrire les éléments dialectaux, surtout après l'annexion de 1870 et la scolarisation massive de la jeunesse de l'époque.

Grammaire[modifier | modifier le code]

Il conviendrait de lister les traits grammaticaux communs à toute la Lorraine francique mais ce travail n'étant pas assez avancé, on pourra déjà se référer aux éléments publiés sur le francique rhénan de Lorraine.

Exemple grammatical[modifier | modifier le code]

Exemple tiré du francique rhénan de Lorraine (vallée de la Sarre et pays de Bitche)

  • L'auxiliaire avoir = hònn : ich hònn, de hasch, er/sie/'s hat, mìr hònn, ìhr hònn, se hònn (en allemand : ich habe, du hast, er/sie/es hat, wir haben, ihr habt, sie haben)
  • L'auxiliaire être = sìnn : ich bìnn (ou ich sìnn), de bìsch, er/sie/'s ìsch, mìr sìnn, ìhr sìnn, se sìnn (en allemand : ich bin, du bist, er/sie/es ist, wir sind, ihr seid, sie sind)

Statut officiel[modifier | modifier le code]

Le francique lorrain est, comme généralement les langues régionales de France, en manque de reconnaissance. Si le francique luxembourgeois est langue officielle au Grand-Duché de Luxembourg, le francique lorrain (sous ses diverses variantes) ne bénéficie que du statut de langue régionale de France, tel qu'énoncé dans le rapport Cerquiglini (voir à ce sujet l'article langues régionales de France).

Le festival de francique et des langues régionales[modifier | modifier le code]

Il se déroule pour la troisième fois en 2014 dans les villes mosellanes de Forbach et de Sarreguemines.

Affiche du festival de langue francique 2014.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Emile Guelen, die deutschlothringischen Mundarten, Forbach, 1939
  2. Paul Lévy, L'histoire linguistique d'Alsace et de Lorraine, Strasbourg, 1929
  3. Maurice Toussaint, La frontière linguistique en Lorraine, Paris, 1955
  4. Marthe Philipp, atlas linguistique de la lorraine germanophone, CNRS, 1975
  5. Die deutsch-französische Sprachgrenze in Lothringen, Straßburg 1887, S. 23 ff.
  6. Site des Archives départementales de la Moselle http://www.archives57.com/frontSite?controller=ViewPage&id=archives%23faire_une_recherche%23quelques_pistes%23Quelques_pistes_2%23Notaires
  • Alain Simmer, L'origine de la frontière linguistique en Lorraine, la fin des mythes ? Knutange, 1995.
  • Gérard Botz, L'histoire du francique en Lorraine, lothringer platt, ed Gau un Gris 2013.

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]