Bourguignon-morvandiau

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Bourguignon-morvandiau
Bregognon-morvandiau
Pays France
Région Bourgogne
Nombre de locuteurs 50,000 ayant une connaissance de la langue en 1988[1]
Classification par famille
Échantillon
Lai mayon n'ost point frômée,ale ost ziâr ouvrie es quate vents que çhûlont brâment itchi tôte l'an-née: Gailarne, Soulâr, Bige pé Drévent.

Le bourguignon-morvandiau ou bourguignon-morvandeau (Bregognon-morvandiau) est une langue d'oïl parlée en Morvan (Bourgogne). C'est une des langues régionales de France[2].

Présentation[modifier | modifier le code]

Le bourguignon est une langue d'oïl, parlé en Bourgogne. Son aire de répartition est la suivante : au sud la ligne Chalon-sur-Saône, Le Creusot, Autun ; on remonte tout le Morvan du côté ouest jusqu'à la ligne Auxerre-Langres au nord et à l'est rogne un peu sur la Franche-Comté (Pesmes, Pointre, etc.).

Il se divise en plusieurs variantes : le dijonnais, le beaunois, le verduno-chalonnais, le valsaônois, le morvandiau, l'auxerrois, le langrois.

Le parler du sud du Morvan est spécifique.

Comparaison entre « sud-morvandiau » et « bourguignon »[modifier | modifier le code]

Le sud-morvandiau est influencé par le Brionnais-Charolais (dialecte d'oïl de transition avec le domaine francoprovençal). On va comparer une liste de mots:

Français Brionnais Sud-Morvandiau Bourguignon
cheval [ʦᵊvo] [çᵊvo] [ʃəvo, ʃəva‿ʊ]
genou [ʣᵊnø] [zᵊnoː] [ʒənɔ̃, ʒəno]
gerbe [ʣɑbrə, ʣᵊvɛlɔ̃] [zarbə] [ʒarbe]

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Bourguignon[modifier | modifier le code]

Le Bourguignon est une langue romane du domaine d’oïl. Il est constitué de vieux français (lui-même constitué de latin), de gaulois et autres mots celtiques. Les Burgondes ont apporté du vocabulaire administratif au dialecte bourguignon.

Il est aussi constitué d'ancien hollandais et d'ancien allemand. Le premier provient essentiellement des règnes des ducs de Bourgogne sur les Pays-Bas, par exemple, « couque » (pain d'épice) est issu du vieil hollandais kooke (gâteau).

Le Morvandiau[modifier | modifier le code]

Le Morvandiau est une variété du bourguignon influencée par les parlers du centre à l'ouest qui se caractérise par quatre grandes variantes:

La grande différence entre ces variété est l'utilisation de « ç'ost » (c'est) au nord d'une ligne Montreuillon-Moux-en-Morvan et de « y'ost » (c'est) au sud de cette ligne, de même le son « j » se transforme en « y » au sud de cette ligne, par exemple « gaujer » au nord (prendre l'eau) devient « gauyer » au sud.

De même, selon une ligne est-ouest de Saint-Brisson à la La Celle-en-Morvan, on différencie le parler : à l'ouest on dira un « s'vau » et « eine sarotte » et à l'est un « ch'vau » (cheval) et « eune charotte » (charette), d'où l'utilisation du « ç » dans de nombreux textes morvandiaux.

Ouvert largement aux influences extérieures (Bourgogne et Nivernais), le Morvan a connu également des forces de conservation (nasalité de type médiévale, maintien de diphtongue de coalescence devant palatale, il constitue une butte témoin du bourguignon (Claude Régnier dans Les parlers du Morvan, académie du Morvan, 1979). Le Morvandiau semble aussi apparenté au francoprovençal, en particulier par la présence d'un pronom neutre issu de « hoc » et par l'orientation du vocabulaire, ce qui confirme la thèse de Wartburg suivant laquelle la frontière Oc-Oïl était autrefois bien plus septentrionale que de nos jours (W.V. Wartburg, La fragmentation linguistique de la Romania, trad. Allières Slaka, Paris, Klincksieck, 1967, Bibliothèque française et romane)

Influence du francoprovençal[modifier | modifier le code]

Dans les vocables des villages le long de la Saône, on retrouve des sonorités francoprovençales.

Quelques mots bourguignons[modifier | modifier le code]

  • aujourd'hui : an-neut, auzdé, aujd'heu
  • crottin : chogne
  • maintenant (à c'te heure): aicht'hure, aiçt'heue
  • bonjour : bonjôr, salutâs
  • bourguignon : bregognon (le dialecte), bôrguignon (en morvandiau)
  • Bourgogne : lai Borgoègne
  • non : non, innô (morvandiau)
  • oui : sia, icho, içho (morvandiau)
  • gaupe : femme ou fille de mœurs déréglées (en morvandiau), treuillon (alentours de Bouilland)
  • parler français : pairlenter (morvandiau)
  • la haie : le pian, lai beurche, lai trasse, lai piaiçhie; bouchue
  • le ventre : lai boueille, lai beuille
  • vigneron : bareuzai
  • vin : proo, vègne (morvandiau) tord bouaiyau
  • pomme de terre : treuffe
  • bois, petite forêt : boëchon
  • chêne : çhâgne
  • hêtre : eine fouel, un foeyard, un fou
  • manger : mérinder (du latin merindare), miger.
  • déranger : détorber (cousin de l'anglais to disturb)
  • tabasser/faire mal : harser (de herse)
  • courir la queue en l'air par temps d'orage (vaches) : dâler
  • boire, se saoûler : treuiller, se queurler
  • verrat (cochon mâle) : vri, vorai
  • chevreuil : bigou
  • glisser : frazer
  • naïf, imbécile : arnais, un beuznot, un beutiot, un beurdodo
  • bon à rien, mauvais travailleur : berlaisou ; arquandier, beurloquot
  • fouiner, déranger des affaires : rabeuter
  • travailler peu efficacement : beutiller
  • s'éclabousser : s'afflinger
  • fou : beurdin ; breudin
  • une brebis : une ouaïe, eune beurbis, une queusse, une bigue
  • assieds-toi : Cheur te
  • une chouette : eune chouto, eine choue, un chavan
  • une saleté : un chni (mot encore couramment utilisé)
  • bouger beaucoup : r'veuiller
  • casser : bréyer (mot encore couramment utilisé)
  • un boiteux : un cambillaud
  • soleil : sulot
  • mouton : chastron
  • chien : ché
  • canard : boureux
  • cheval : g'vau
  • vache : vaiche
  • sale, délabré : tartouillot
  • trempé, mouillé : gaugé (mot encore couramment utilisé)
  • escargot : cagnole

De nos jours[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui le Bourguignon-Morvandiau ne se parle quasiment plus en dehors du Morvan et de ses marges. Les locuteurs sont souvent âgés mais il existe toujours une forme de transmission familiale. On entend toujours le timbre de cette langue dans les cafés des bourgs du Morvan, sur les marchés et aussi lors de veillées ou de festivals.

Le Bourguignon-Morvandiau connaît une certaine vitalité dans le domaine écrit[3]. On le lit régulièrement dans les revues Vent du Morvan et le carnet du Ménétrier ainsi que dans les journaux locaux, on peut également l'entendre sur certaines ondes.
Les conteurs Rémi Guilleaumeau, Pierre Léger, Jean Luc Debard, Jacques du Loup, Nanou Pichon, Guillaume Lombard, Laurent Desmarquet, et des groupes comme les Ragoûts, les Traîne-Bûches et des chanteurs comme Jean Michel Bruhat, BBM, Daniel et Marie France Raillard, Gaspard Malter, Vincent Belin, Rémi Guilleaumeau utilisent fréquemment cette langue puisée dans une base de données importante d'archives sonores[4].

Toutefois, les différents dialectes comme le Brionnais-Charolais, l'Auxois, les parlers du Val de Saône, même s'ils sont moins vigoureux sont toujours utilisés par une minorité de personnes vivant dans un milieu rural.

Les différents parlers locaux comme le Montcellien ou le Creusotin sont eux toujours parlés ou compris par toutes les générations les plus âgées et par une minorité de personnes plus jeunes. Mais, malgré la disparition progressive de cette langue, ses intonations continuent d'imprégner le parler régional. De ce fait, le français tel qu'il est parlé peut être difficile à comprendre pour une personne peu habituée à cet accent.

Littérature[modifier | modifier le code]

Le morvandiau-bourguignon fait l'objet d'une riche production littéraire depuis le XVIIe siècle.

  • Bernard de La Monnoye (Dijon 1641-1728) publie en 1701 les Noëls Bourguignons sous le pseudonyme de Gui Barôzai.
  • Aimé Piron (Dijon 1640 – id. 1727), apothicaire et poète, compose en patois bourguignon des Noëls (publiés en 1858), des chansons et des poèmes (lai Joye dijonnaise, 1701 ; lé Festin des Eta, 1706). Il est le père d'Alexis Piron.
  • Borne de Gouvault publie en 1787 deux chants dont Le mitan du gatiau publié par Edmond Bogros en 1873.
  • L'abbé Jacques-François Baudiau traduit en 1854 la Bulle Ineffabilis du pape Pie IX.
  • Eugène Pelletier de Chambure publie en 1878 le Glossaire du Morvan, ouvrage de référence.
  • Louis de Courmont (Blismes 1828-1900), poète, violoneux et chanteur, écrit de nombreux poèmes et chansons dont le fameux Branle du Diable.
  • Émile Blin (Château-Chinon 1865-1953), rédacteur en chef du journal Le Morvan et écrivain de nouvelles.
  • Louis Coiffier (1888-1950) instituteur dans la région d'Arnay. Amoureux du Morvan, il lui avait consacré entre les deux guerres un recueil de poèmes Par les sentiers fleuris, un roman Morvan terre d'amour et un livre en langue régionale Histoires de chez nous, contes et récits du Pays Bourguignon.
  • Alfred Guillaume, vétérinaire et maire de Saulieu (Côte-d'Or) au début du XXe siècle, publie en 1928 L'âme du Morvan[5].
  • Georges Blanchard (Donzy 1902-1976) publia au cours de sa vie plusieurs poésies et pièces de théâtres.
  • Marguerite Doré a publié des histouaies du canton d'Ved'la en 1978.
  • Lucien Gauthé a publié Vaicances ai Yocotai en 1984.
  • Jean Perrin, dessinateur, a publié deux bandes dessinées Galvachou en 1980 et Le violon des Loups en 1986.
  • Pierre Léger (Montsauche 1948), instituteur, poète et militant morvandiau (fondateur de l'association Lai Pouèlée) a publié zoizeau Flash, Ai traivars lai Pleshie, Elwery Song, Morvan vers l'Émeraude et de nombreux textes et chansons publiés dans L'Almanach du Morvan entre 1978 et 2000.
  • Gérard Taverdet, universitaire, président d'honneur de Langues de Bourgogne, auteur de nombreux ouvrages traitant du Bourguignon et de ses différents dialectes, et notamment d'une traduction des Bijoux de la Castafiore, Lés Aivantieures de Tintin : Lés ancorpions de lai Castafiore : Édition en bourguignon 2008.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le patrimoine linguistique morvandiau-bourguignon au cœur des langues romanes d'Europe. Actes du colloque de Saulieu (3 novembre 2001), Éditions GLACEM / « Vents du Morvan », 2005.
  • Les parlers du Morvan, Claude Régnier « Académie du Morvan » Château-Chinon, 1979.
  • Paroles d'Oïl, DPLO (collectif), Gestes d'édition, 1999
  • Glossaire du Morvan, Eugène de Chambure, Paris 1878
  • L'âme du Morvan, Alfred Guillaume, 1971
  • Vaicances ai Yocotai, Lucien Gauthé, édition Lai Pouélée
  • Mollerin sos Droune, Joséphine Darreau, édition Lai Pouélée

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.languesdoil.org/?cat=11
  2. Rapport Cerquiglini, 1999
  3. Les actes du colloque de Saulieu: le patrimoine linguistique Morvandiau-Bourguignon au cœur des langues romanes d'Europe
  4. http://www.mpo-bourgogne.org/ Maison du Patrimoine Oral Maison du Patrimoine basée à Anost
  5. référence, citation ou lien
  • Il put observer les paysans du Morvan alors que le patois était encore vivant. Il a su reproduire une langue sincère (son patois est bien celui de la région et non une langue artificielle), et transcrite avec discernement (il a su respecter à la fois les traditions de la graphie française et les saveurs de la phonétique locale). Son recueil de courtes nouvelles, L'âme du Morvan, truculent, est un ouvrage d'une grande valeur qui décrit, à travers des anecdotes pleines de vie, les différents aspects (politique, religion, évolution de la société, alimentation) d'une vie quotidienne aujourd'hui en voie d'oubli. (Gérard Taverdet in Un écrivain patoisant Bourguignon du XXe siècle : Alfred Guillaume, Bibliothèque de l'École des Chartes, 2001).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]