Berrichon

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Berrichon
L'parlure berrichonne
Pays France
Région Berry équivalent aujourd'hui au Cher, Indre, une partie de la Creuse, ainsi que quelques parcelles du Loiret et du Loir-et-Cher
Nombre de locuteurs plusieurs milliers
Typologie SVO
Classification par famille
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme : Tertous euls houmes naquissont libre et ida catté d'la digneté et des drets. I's tindont d'la radzon et ane aime et i's doévont s'aidié entermi ieux coum des frères.

Le berrichon est la langue d'oïl parlée dans la région du Berry.

Les origines[modifier | modifier le code]

Langue indo-européenne, langue romane, langue gallo-romane, langue d’oïl

Classification Linguasphere[modifier | modifier le code]

L'observatoire linguistique Linguasphere distingue cinq variantes du berrichon+bourbonnais :

  • bourbonnais (Allier, Cher sud)
  • nivernais (Nièvre)
  • auxerrois (Yonne ouest)
  • haut-berrichon (Cher nord, Cher est)
  • bas-berrichon (Indre et Cher)

Le déclin[modifier | modifier le code]

Le français s'est répandu dans la bourgeoisie et l'aristocratie berrichonnes dès le XVIe siècle ne laissant subsister qu'un patois dans les campagnes. Les différents événements historiques comme la Révolution française et l'instauration de l'instruction (par l'école, principalement) gratuite et obligatoire de Jules Ferry ont amené le patois berrichon, comme beaucoup d'autres, à disparaître.

De nos jours[modifier | modifier le code]

Néanmoins, des traces de celui-ci demeurent et des variantes entre régions internes au Berry subsistent encore : par exemple, pour le mot « pie », on entendra « edjasse » au nord et « ajasse » au sud, ou encore : un « pochon » (un sac), « s'tantôt » (cet après-midi), « l'tantôt » (l'après-midi), « patin » (pantoufle).

Lexique et prononciation[modifier | modifier le code]

Bien que n’ayant pas de grammaire proprement dite ni officielle, le berrichon répond à certaines règles de prononciation. Ainsi, on différencie les « a » en les prononçant ouverts ou fermés. Les « r » sont le plus souvent roulés ou appuyés. Les « o » quant à eux deviennent « ou », ce qui donne un houmme, une poumme, etc. Le son « oi » devient « oé ». Les suffixes en « –eur » deviennent « -eux ». « Leurs » devient ainsi « ieux ». Les terminaisons en « eau » deviennent « iau » (ex. « un siau d'iau »).

Il n'est plus possible désormais de parler de patois berrichon, mais de français coloré ou français patoisé. La plupart des Berrichons restent néanmoins très attachés à ces mots et expressions et les utilisent de façon usuelle.

La conjugaison varie aussi, au présent de l’indicatif, la première personne du singulier, la troisième du singulier et la troisième du pluriel se conjuguent de la même manière, ce qui donne des phrases de ce type « J’menons les oies ». De plus les articles la plupart du temps subissent une troncation : « I m’nons les oies ». Les terminaisons peuvent aussi être différentes du français, comme à l'imparfait où au pluriel « -aint » remplace « -aient » (ex. « I's étaint » à la place de « Ils étaient »).

En Berry il est coutume de précéder les prénoms par des articles : « la » pour les prénoms féminins et « eul’ » (le) pour les prénoms masculins.

Pour annoncer la météo, ce n'est pas le pronom "il" qui est employé, mais le pronom "ça". Par exemple : "ça pleut", "ça neigera", "ça a plu".

Quelques mots typiques du parler du Berry : luma, cagouille, cagoui (escargot), péquiou (petit chien), mainguion (petit repas), s’arreuiller (regarder avec attention, étonnement ou insistance), lichonner (boire, sous entend l'excès), lâpaud (qui aime flâner, plutôt paresseux), aga! (interjection exprimant la surprise ou la douleur), lichoun’rie (friandise), pal’tau (veste), arcander (travailler en flânant, traîner, se laisser distraire facilement au travail), agât d'iau (forte averse), chian (chien), s'accutter (s'asseoir), agouant (qualificatif dépréciatif pour une personne dont la signification peut varier : collant, difficile à contenter, désobéissant (enfant), pénible), attifer (habiller), berlaudiot (sot, idiot), biger (baiser, faire la bise), bourrée (danse berrichonne), cabasson (caisse), caqueziau (moustique), carroué, carroi, carroir (carrefour, croisée de chemins), charibaude (veillée en plein-air), chieuve (chèvre), formion, fromion (fourmi), ch'tit (mauvais, méchant, avare), daguenettes (pommes ou poires séchées), debesillé (mettre en petits morceaux (cuisine), en lambeaux, détériorer), jau (coq), lichée (petite quantité, petite portion), la Naud (Noël), ouche (jardin de la maison), chagner (railler, se moquer gentiment), bouchure (haie), rag'nasser (faire du bruit), etc.

Citations[modifier | modifier le code]

Honoré de Balzac donne la définition du douzain berrichon dans Eugénie Grandet : « En Berry, quand une jeune fille se marie, sa famille ou celle de l'époux doit lui donner une bourse où se trouvent, suivant les fortunes, douze pièces ou douze douzaines de pièces ou douze cents pièces d'argent ou d'or. La plus pauvre des bergères ne se marierait pas sans son douzain, ne fût-il composé que de gros sous. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vocabulaire du Berry et de quelques cantons voisins, par un amateur du vieux langage . Par Hippolyte - François Jaubert. 1842. Réédité par Slatkine reprints. Genève 1970.
  • Dictionnaire Berrichon, Jean Tissier, imprimerie typographique et lithographique A. Gablin à Châteauroux, 1884.
  • La Borne et ses potiers, Robert Chaton et Henri Talbot, éditions Delayance (épuisé).
  • Le Patois berrichon, Hugues Lapaire, Librairie universitaire J. Gamber. 1925.
  • Glossaire berrichon, Hugues Lapaire.
  • Patois et parlures du bas Berry, P. Delaigue, Imprimerie Badel Châteauroux 1971.
  • À temps pardu, Hubert Gouvernel, Maurice Bernardat imprimeur éditeur, La Charité sur Loire.
  • Glossaire berrichon, Paul Lefèvre et Maurice Brasdu. SAS Éditions.
  • Glossaire de la champagne berrichonne, Pierre-Valentin Berthier. Éditions Royer 1996.
  • Glossaire rural du centre. Recueilli par Jean-Baptiste Luron. A-Z patrimoine.
  • Le Parler du Berry et du Bourbonnais. Pierrette Dubuisson et Marcel Bonin. Éditions Bonneton.
  • Henri Lemeuthe (1856-1929), commerçant et poète né à Baugy (Cher), écrivait des poèmes en patois berrichon. Certains d'entre eux ont été publiés, on peut les consulter aux Archives du Cher.
  • Les Berrichons le regard de Roger Pearron, Grandvaux (ISBN 978-2-909550-67-1)
  • Aux pays du Berry, Catherine et Bernard Desjeux Grandvaux (ISBN 978-2-909550-66-4)
  • "Patois et chansons de nos grands-pères en Berry" Christophe MATHO, Jeanine BERDUCAT et Daniel BERNARD Éditions CPE novembre 2010 (ISBN 284-5-038267)

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]